LES 1>AK AMIES
petite! Elle est pourtant douce comme un agneau; on ne s'aperçoit pas seulement qu'elle est dans la maison.
— Oui, oui, c'est toi qui dis ça! parce que tu ne bouges pas de ta cuisine, et que tu n'as jamais su compter! Pourvu que ta broche tourne, le reste t'est bien égal ! ce n'est pas toi qui paies ! Mais je vois les comptes, moi ! c'est abominable ! Toutes les semaines,- des quarante livres de viandes!... et puis le sucre! il faut voir comme il va, le sucre !... d'un train de poste, quoi! Ces petites filles, ça ne vit que de sucre et de friandises ! Elle ruinera sa pauvre tante!
— Mais en vérité tu n'es pas raisonnable, mon ami, dit la cuisinière; tu ne te plains pas quand M. le curé dîne à la maison, lui qui dévore; et cette pauvre enfant qui mange comme un oiseau....
— Oh! M. le curé, c'est autre chose, interrompit brusquement Thibautcn souillant
une large bouffée de tabac; celui-là, à la bonne heure, jel'estime, c'est un bon enfant!
11 a toujours quelque chose d'aimable à dire- Non, va m'est égal quand il vient! 11 boit comme un trou; mais ça ne me fait pas de peine, parce que c'est un brave homme! Il ne manque jamais de me dire : « Thibaut, comment se porte cette bonne Louison? et la petite? Elle vous fera de l'honneur, cette enfant-là, mon cher Thibaut. j> Au moins on sert avec plaisir des gens comme ça ! on leur verse du vin de bon cœur! Mais ces pentes péronnelles, ça vous parle toujours comme à des chiens ! ça veut commander.. Thibaut une assiette! Thibaut par-ci, Thibaut par-là! Ouh! depuis trente ans de service, j'espère que c'est un peu dur, de s<voir faire la loi par une morveuse!
— Mais, Thibaut, lues injuste! elle le parle toujours poliment.
— Elle n'a pas seulement l'air de faire
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attention à moi, marmotta le domestique; elle ne me demande jamais comment je me porte, et ne dit rien d'aimable à Jeannette. C'est une orgueilleuse, elle ne parle pas.
— Mais que veux-tu qu elle te dise, mon ami? la pauvre enfant est si triste! Tu ne songes donc pas quelle vient de perdre sa mère!
— Qu'elle vient de perdre sa mère, répéta sourdement Thibaut, ce n'est pas bien sûr ! Vois-tu, c'est peut-être un prétexte pour nous mettre une bouche de plus dans la maison1. Ma pauvre maîtresse, on la gruge de tous côtés! on la prend pour une bonne vache à lait. Elle veut toujours avoir à sa table des pique-assiettes qui lui mangent ses bons dîners, comme si elle ne pouvait pas les manger toute seule avec son mari, bien plus tranquillement et sans faire autant de «impenses. Ça me fend le cœur! on profite de < qu'elle est trop bonne, cette pauvre <la-
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me! elle se laisse manger la laine sur le dos! Ils ont tous une lai m d'enragés, comme s'ils i\ aient jeûné depuis huit jours! Je ne dis pas ça pour 31. le curé, mais pour ce Robin!... ce vieux ladre qui ne me donne pas seulement détiennes ! Et ce que j'en dis, ce n'est pas pour l'intérêt! il aurait beau me donner vingt francs au jour de l'an, ça serait tout de même! Moi, je ne tiens pas à l'argent, mais j'aime ma maîtresse. On n'est pas domestique depuis trente ans dans la même maison sans s'attacher. Et puis tous les jours un nouveau pique-assiette! Je parie que nous allons avoir encore dimanche ce petit bonhomme à moustaches qui ne refuse jamais de vin et qui ne sait pas dire merci.
— Mais voilà déjà bien long-temps que M. le baron de Cornille n'est venu dîner, mon ami. On ne peut vraiment pas dire qu'il vient trop souvent.
— C'est ennuyeux! grogna Thibaut, tu
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prends toujours le parti des autres ! tu es toujours pour ceux qui dînent.
— Dame! il faut bien, mon ami. Si j'étais continuellement à me plaindre comme toi, je n en serais guère plus avancée, et mon ouvrage ne se ferait pas.
— Tu es une bête, toi, répliqua Thibaut avec colère; je te dis que c'est ennuveux d'avoir toujours une tablée comme ça! Il faut que j'ajoute la rallonge, et souvent à l'heure du dîner, quand mon couvert est mis. Mais cette petite chipie, qu'est-ce qu'elle est venue faire chez nous? Je ne suis qu'un domestique, mais je donnerais quinze francs de ma poche pour la voir à tous les diables! c'est pas que je lui souhaite du mal, mais elle va coûter de l'argent à sa tante! Il ne suflit pas delà nourrir, il faut encore l'habiller des pieds à la tête, l'entretenir de robes, de chapeaux, de souliers !
— Mais enfin, mon ami, qu'est-ce (ju«'
tout cela peut te faire? Tu as bien tort , vraiment, de te rendre malheureux pour de pareilles choses. Ce n'est pas ion argent qu'on dépense.
— Non , mais c'est l'argent de ma maîtresse ! bourdonna-t-il en rallumant sa pipe qui venait de s'éteindre; cette petite-fillelà aurait bien mieux fait de rester dans son pays. Je n'aime pas les intrus !
— Mais c'est la nièce de madame Rougemont, Thibaut.
— La nièce! la nièce ! murmura Thibaut; ce n'est pas une raison pour venir s'installer chez les autres ! Elle va cajoler sa tante , nous faire du tort ! Vois-tu, je m'y connais, moi!... Elle vient pour hériter !... Elle aura tout, et nous rien ! Cette pauvre maîtresse , lu sens bien que je voudrais la voir aller jusqu'à cent ans, comme ce vieux avare de Monialbcrt ! Ce n'est pas pour me vanter, mais je me jetterais dans la rivière avec
toute ma famille, pour cette pauvre dame ! ... Mais , enfin , on ne peut pas vivre toujours, et sitôt qu'elle aura les yeux fermés, je parie que la nièce va faire maison nette, et nous renvoyer tout nus, si elle peut. Après trente ans de service , c'est un peu dur !
— Bah ! bah ! Thibaut, tu te fourres dans la tête des idées qui n'ont pas le sens commun. Je prie le bon Dieu pour qu'il nous conserve encore bien long-temps notre chère maîtresse , mais , si nous avions le malheur de la perdre, je suis bien sûre que ses vieux domestiques ne seraient pas oubliés dans son testament. Cette bonne maîtresse, elle nous l'a répété , j'espère , assez de fois, qu'elle songerait à nous, à l'établissement de notre fille.
— Allons, c'est assez bavarder, interrompit Thibaut en secouant sa pipe vide ; il est temps d'aller se coucher. Mais, vois-tu, c'esl
fini! je n'aurai plus de repos dans cette maison.
Jl tira la manche de Jeannette, qui fit semblant de se réveiller en sursaul Qt se mit à bailler en se frottant les yeux.
— Dorss ma petite , dors à ton aise , dit le père , en la prenant dans ses bras avec la tendresse d'un ours qui lèche ses petits ; et lui collant un gros baiser sur la joue, il monta l'escalier de bois qui menait à sa chambre, précédé de Louison portant la chandelle.
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Thibaut nourrissait contre Pauline une espèce de rancune sourde, qui s'exhalait de temps à autre en bourdonnemens d'injures que par bonheur elle n'entendait pas.
La petite Jeannette faisait comme son père et se modelait sur lui ; elle répondait même encore plus grossièrement à Pauline, et l'épiait du matin au soir. Louison, au ion-
traire, bien loin de partager l'aversion de Thibaut, parlait toujours à la jeune orpheline avec douceur et prévenance : alors Thibaut grondait sa femme et lui prodiguait les dénominations les moins amicales. Malgré l'humeur acariâtre et brusque du vieux domestique , ce n'était pas un méchant homme; il avait même assez bon cœur de temps en temps ; mais il était profondément rancunier et d'un orgueil slupide. Il se trouvait cruellement humilié de servir à ta- 1 le un autre que son maître ou sa maîtresse; et ses yeux lançaient des flammes, quand il donnait une assiette à Pauline, à la petite morveuse, comme il l'appelait. Pour Mariane, elle parlait assez poliment à sa jeui.e maîtresse, mais parfois elle prenait le ton raide et sentencieux de madame Rougemont. Quand la vieille tante* semblait de bonne humeur avec sa nièce, Mariane était plus doucereuse; mais dès que le visage de
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madame llougemont se rembrunissait, la figure et la voix de sa femme de chambre devenaient tout-à-coup maussades et grondeuses. Alors elle était presque insupportable.
Thibaut ne perdait aucune occasion de tourmenter la pauvre entant ; il la contrariait par mille petites taquineries sournoises , dont elle ne pouvait pas se plaindre, et qu'elle dévorait en silence : c'étaient comme autant de coups d'épingle. Pauline, de même que toutes les jeunes personnes qui se développent, avait souvent fort peu d'appétitaux heures des repas ; elle restait des journées entières sans manger, pour ainsi dire. Mais parfois elle éprouvait tout-à-coup le besoin de prendre quelque nourriture. Thibaut s'en aperçut. A lors il cacha toutes les clefs des buffets, des armoires, et la petite Jeannette eut Tordre de surveiller les moindres gestes do Pauline. (> nouveau Caleb avail si lori
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à cœur les intérêts de sa maîtresse , il portait si loin l'économie, qu'un verre d'eau sucrée, bu entre les repas, lui semblait une prodigalité folle , une débauche , un crime impardonnable.
Tous les matins à six heures Pauline devait être levée pour accompagner sa tante à la messe. En revenant de l'église , mada me Rougemont faisait de la tapisserie jusqu'au dîner, pendant que sa nièce lisait à haute et intelligible voix des livres de dévotion qui pour la plupart n'étaient pas écrits en français : dignes chefs-d'œuvre de cette bande noire qui plantait alors par toute la France ses croix de mission gigantesques , et parcourait les campagnes en vendant sa pacotille de chapelets et de misérables ouvrages tout gonflés de superstition et de barbarismes.
La gêne extrême de madame Ermann l'avait forcée d'interrompre l'éducation
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brillante mais encore inachevée de sa fille. Pauline avait de grandes dispositions pour la musique , elle chantait avec âme , et touchait passablement du piano, bien qu'elle n'eût encore que cinq ou six mois d'étude. En outre elle avait beaucoup lu pour son âge, mais seulement des ouvrages de haute littérature et d'histoire qui , loin d'exalter sa jeune et vive imagination, ne faisaient que développer son esprit et ses facultés heureuses. Elle trouvait du bonheur à s'instruire.
Mais sa tante lui défendit expressément ce genre de lecture ; elle confisqua tous les livres qui formaient la petite bibliothèque de Pauline , et lui donna en place sept ou huit volumes insipides, dont le meilleur était une histoire de Krance élémentaire , par demandes et par réponses. Boileau , Hacine, Corneille, et tous les grands auteurs du grand siècle furent mis sousclei dans une
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armoire, et madame Rougemont leur substitua des livres d'église de toute espèce, eucologes, paroissiens, semaines de Pâques, retraites pendant le carême, des Assomptions, des Pentecôtes, enfin autant de volumes que l'almanach contient de fêtes religieuses dans l'année. Au bout de quinze jours Pauline avait pris en dégoût la lecture.
Une lois , pendant l'absence de sa tante , elle ouvrit le piano et voulut jouer de souvenir une contredanse qu'elle affectionnait; niais ses doigts posaient à peine sur le clavier, que madame Ilougemont entra brusquement et lui commanda de fermer le piano.
— Occupez-vous de choses plus importantes, mademoiselle! dit-elle avec sévérité. Apprenez d'abord par cœur le saint Kvangilc; ensuite nous verrons ce qu'il faudra faire. Quant à la musique, je vous dispense dfe
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l'étudier : c'est un art de pur agrément et qui n'est pas nécessaire aux jeunes personnes. A votre âge on ne doit songer qu'à bien remplir tous ses devoirs de religion.
La pauvre enfant tremblait au moindre mot de sa tante, comme une écolière devant sa maîtresse de pension qui ne cherche du matin au soir qu'à la trouver en défaut et la gronde souvent par habitude. Quand Pauline, au milieu de ces dures et continuelles réprimandes, laissait échapper le nom de sa mère avec un torrent de larmes , madame Rougemont lui disait dune voix aigre:
— Pauline, rien n'est plus désagréable que de voir toujours pleurer ! Vous parlez continuellement de votre mère, comme si vous n'étiez pas < ontente de ce que je fais pour vous! Enfin, vous avez l'air de vous plaindre, et cela n'est pas honnête, ni fe*
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peclueux. Sans doute il est fort naturel qu'une lille regrette sa mère, mais on ne peut pas toujours pleurer^ On doit retenir ses larmes, quand on se trouve devant le monde. Je vous demande un peu quel beau tapage cela ferait, si dans un salon , par exemple , tous ceux qui ont quelques sujets de tristesse poussaient des cris et des lamentations ! On ne s'entendrait plus. D ailleurs , il est bon de vous dire, Pauline , que si vous laites bien de regretter votre mère, vous auriez tort de l'imiter : certes , ce n'est point un modèle à suivre. Elle aimait beaucoup trop le plaisir et n'avait point assez de religion. Mainte et mainte fois j'ai cru devoir lui faire à cet égard, en bonne sœur, des
observations sérieuses Elle a toujours
méprisé mes conseils ! Vous , Pauline , tâchez de les suivre un peu mieux , pour me récompenser des soins que je vous prodigue , et des sacrifices que j'ai déjà faits pour
vous. Songez que M. l'abbé Morel m'écrit fort souvent pour me demander si je suis contente de vous, Pauline.
Pauline se fût trouvée bien malheureuse, sans la tendresse paternelle de M. Rougemont qui l'aimait comme sa fille. Quand madame Rougemont grondait Pauline ou lui parlait durement, l'excellent oncle avait toujours quelque bonne et caressante parole pour consoler la pauvre enfant, et sécher une larme au bord de sa paupière. Aussi la vieille tante disait-elle avec aigreur que M. Rougemont gâtait sa nièce, et qu'il ferait beaucoup mieux de s'occuper des truites et des brochets.
Depuis l'arrivée de Pauline, le baron de Cornille, jeune et superbe gentillâtre qui demeurait à deux ou trois milles du château , faisait à madame Rougemont de fréquentes visiles, et redoublait pour elle de prévenance <it de galanterie. Quand il
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venait, Pauline trouvait la soirée moins longue et ne s'ennuyait plus ; mais le jeune baron de Cornille s'étant vu plusieurs fois contraint de siéger trois heures de suite à la table de piquet, par indisposition subile de madame de Charbois, devint beaucoup plus rare et ne fit plus ses visites que pendant le jour. Madame Rougemont le reçut alors assez froidement, et le pria de vouloir bien venir désormais dans la soirée.
— L'éducation de ma nièce m'absorbe tout entière, dit-elle: je passe la journée à l'instruire , et j'éloigne d'elle autant que possible toutes les distractions qui pourraient la détourner de son travail. Elle est fort ignorante pour son âge, et je veux qu'elle répare le temps perdu.
Le baron de Cornille avait de fortes raisons pour ménager l'humeur susceptible «t rancunière de la vieille tante. Il revint donc faire de temps à autre la partie de pi-
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quet, et lâcha de bâiller le moins possible.
C'était le jour de Pâques. Pauline devait communier avec sa tante qui lavait éveillée à cinq heures du matin pour lui faire une espèce de sermon sur l'Eucharistie. Le maigre et les jeûnes du carême avaient exténué la pauvre enfant, qui n'était pas d'une forte complexion.
Enfin on partit pour l'église. Il faisait un temps magnifique, et madame Piougemont cheminait lentement, appuyée sur le bras de sa nièce qui portait l'ombrelle. Thibaut marchait derrière avec deux paroissiens dans chaque main ; et l'on apercevait à cinquante pas en avant M. Rougemont qui, tenant son chapeau en l'air à six pouces de sa irle pour se garantir d'un soleil trop ardent, bâtait le pas et commençait a gravir l'éminence que dominait l'église. M. llougemont était marguillier de la paroisse et alignait toujours d'arriver trop tard à l'office : aussi
le dimanche se donnait-il à peine le temps d'avaler une grande jatte de lait pour son déjeuner; il entrait presque toujours dans leglise un quart-d'heure avant sa femme.
On ne voyait partout que paysans et paysannes endimanchés, avec leurs beaux habits et leurs belles robes de fête : l'église était pleine de monde . et l'on distinguait , au milieu de la foule campagnarde , les chapeaux à plumes des élégantes du pays qui cherchaient à s'éclipser les unes les autres, et rivalisaient de toilettes et de ridicule. M. Montalberl était venu pour se distraire un moment.
Enfin la messe commença. M. le curé avait mis pour la première fois une étole magnifique, toute reluisante d'or,que madame Rougemont venait de lui donner. M. Rougemont , installé dans son banc de marguillier, chantait à pleine voix le gloria in excelsis ; madame Rougemont et sa nièce étaient placées
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à la gauche de l'autel, clans une espèce d'avant-scène réservée pour la famille.
Les enfansdu chœur beuglaient d'une effroyable manière; et la voix du curé se mêlait tant bien que mal au saint charivari, pendant que le bedeau sonnait la cloche et s'interrompait de temps en temps pour humer une prise de tabac. Déjà M. Montalbert commençait à bâiller : tout à coup il se fait un grand bruit de chaises, un grand bruit d'éperons!.... tout le monde regarde, Pauline elle-même ne peut se défendre d'un mouvement de curiosité ; elle lève les yeux de son livre.
— Voulez- vous bien lire votre messe, Pauline, dit madame Rougemont en lançant un regard sévère à sa nièce. Songez que vous allez tout à l'heure vous présenter à la sainte table !
Pauline baissa la tète , et se hâta de tourner un feuillet de son paroissien; mais quoi-
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qu'elle lut très pieuse, une curiosité presque irrésistible ramena plusieurs fois encore ses yeux vers le personnage , dont l'entrée dans l'église venait de produire une espèce de sensation.
Ce personnage était M. le baron de Cornille : toutes les jolies villageoises en raffolaient; car le galant baron avait toujours quelquechose d'insolemment aimable à leur dire : tantôt il ne tarissait pas en couipliniens sur leur costume qu'il trouvait délicieux et plein d'élégance; tantôt, les éblouissant de grandes phrases pompeuses qu'elles ne comprenaient pas, il jurait par sa baronnie de Cornille que le soleil était beaucoup inoins brillant que leurs yeux. On assurait dans le pays que par malheur il ne se bornait pas aux complimens, et que |>lus d'une jeune imprudente s fascinée par de belles promesses, et trop crédule aux incn-