I.hs l'Ai; ami». 3 i
seau chéri devint bientôt si familier, si téméraire, qu'il prit des libertés extrêmes et descendit fort souvent de son bâton pour faire un tour de promenade sur la nappe et manger dans l'assiette môme de sa maîtresse, à la grande mortitication de Thibaut qui, n'osant pas grommeler, refoulait toute sa mauvaise humeur au fond de son âme impénétrable.
Madame de Charbois ne put se défendit1 d'un secret mouvement de jalousie et de haine contre ce nouveau favori, qui l'avait presque supplantée une semaine entière dans les bonnes grâces de madame liougemont; mais elle dissimula très habilement et crut devoir prendre patience, sachant fort bien que la vieille capricieuse se base* rait piomptement de son oiseau bavard, elle qui n'aimait pas huit jours de suite la même chose.
Mais cependant huit jours se passèrent, «t
la tendresse de madame Kougemont pour son idole, loin de se refroidir, devenait au contraire plus vive et plus ardente. Elle restait presque toute la journée comme en extase devant son perroquet, dont la voix criarde et glapissante faisait retentir le salon pendant que Pauline s'enrouait à lire des ouvrages de piété; et le soir, quand madame Rougemont allait se coucher, on remontait le perchoir et l'oiseau dans une petite pièce qui précédait l'appartement de M. et madame Rougemont. Cette chambre n'était plus celle de Pauline qui logeait à l'autre extrémité du corridor : la vieille tante, toujours inquiète, toujours défiante, avait pour maxime qu'on ne dort jamais bien près de son héritier.
Cette femme étrange s'imaginait perpétuellement qu'on cherchait à l'assassiner : c'était bien la plus ombrageuse des créatures. Personne ;m monde ne se trouvait à
LKS PA11AMI. g. 3 j ;
l'abri de ses noirs soupçons; elle était parfois tentée de craindre son mari, quand elfe souffrait un peu de l'estomac, et que M. Kougemont insistait pour lui faire boire un verre d'eau sucrée à la fleur d'orange, qu'il avait préparé lui-même. Néanmoins leurs chambres étaient contigués et se communiquai! ml par une porte.
Bien que ses domestiques lui donnassent chaque jour de nouvelles preuves d'attachement et de fidélité, elle ne laissait pa> de croire qu'ils étaient fort capables les uns et les autres de l'empoisonner, pour avoir plus vite leur part dans la succession.
Aussi , quand sa pauvre tête fermentait pleine de ces lugubres idées, madame Ilougemont frissonnait, toute pale, au moindre bruit dans 1rs persiennes, au moindre Craquement de meublés; elle ne voyait partout que voleurs, assassins, brigands, e! ne se COUcbait pa&, sàfl •■ ;.\<>ir minutieusement
1 S IHS PARASITES.
regarde sous le lit, derrière les rideaux, et dans toutes les armoires. La nuit, bien souvent elle seveillait en sursaut, épouvantée par des rêves sinistres; et d'une voix presque éteinte elle appelait son mari qui venait en chemise, avec une lumière à la main, faire une perquisition nouvelle dans la chambre. Une fois déshabillée, madame Rougemont fermait les trois serrures de sa porte et la verrouillait; néanmoins, malgré ces précautions, elle se gardait bien de confier à Mariane la clef de la première chambre, où logeait le perroquet-meunier.
Quelquefois M. Rougemont plaisantait sur les folles terreurs de sa femme, et s'émancipait jusqu'à dire qu'elle était vraiment comique avec toutes ces chimères ; mais elle lui coupait sèchement la parole, et répondait en secouant la tête :
— C'est bon ! c'est bon ! vous verrez si je
suis toile! vous venez, monsieur Rougemont !
Le brave homme lisait habituellement tout haut le journal à sa femme, et ce qui les intéressait le plus l'un et l'autre, c'étaient les événemens sinistres dont les dernier. colonnes sont toujours remplies. Un soir d'hiver, que les deux époux étaient assis de. vant le feu, et que M. Rougemont faisait la lecture du Journal de Paris, parmi les nombreux assassinats qui foisonnaient dans la lugubre feuille un surtout produisit une impression terrible et profonde sur madame Rougemont. L'article était conçu en ces termes :
— On écrit de Rhodez :
« Un crime horrible commisavec dés cîr- « constances atroces vient de jeter la terreur « dans nos campagnes
-„>o LtS PARASITES.
« Madame de Vignol, qui demeurait de-
« puis plusieurs années dans une maison
« charmante située sur les bords de l'Ave v-
c ron, a été trouvée morte dans son lit. On
« a constaté sur le cadavre dix-neuf coups
« de poignard. Cette dame que l'on disait
« fort riche vivait seule avec un domesti-
« que et une femme de chambre, qui ont
« disparu l'un et l'autre. Le bruit court que
« plusieurs personnes fort connues se trou -
« vent compromises dans cette affaire. On
« soupçonnait d'abord le domestique et la
a femme de chambre d'avoir assassiné leur
« maîtresse pour la voler, mais les armoires
« n'ont pas été forcées; on n'a pas même en-
« levé une montre et quelques bijoux d'un
c grand prix qui étaient placés sur un meu-
« ble auprès de la victime.
« Au moment où nous écrivons ces li-
« gnes. nous apprenons que la femme de
« chambre de madame «le Vignol vient dtfé-
LKS PARASITES. .1* |
t tre retrouvée dans lWvevron: le cadavre
« portait au cou des marques de strangula-
« tion évidentes.
« La police est à la recherche des cou-
« pables; on dit qu'un mandat d'amener
« vient d'être lancé contre le baron de *'*
a neveu de madame de Vignol. »
Pendant cette lecture, madame Rougemont était pale et regardait Pauline d'une étrange manière.
— Eh bien ! mademoiselle, vous avez entendu ! dit-elle d'une voix sourde et un peu tremblante. Qu'est-ce que vous dites de cela?
— Oh! c'est épouvantable, ma tante! répondit Pauline encore émue de celte lugubre histoire; mais je n'en doute pas, les coupables seront punis tôt ou tard!
— Tôtou tard, ajouta sèchement madame
SU LES PAIlASMl.v
Rougemont, oui ! mais en attendant, la malheureuse femme n'en est pas moins assassinée ! Eh bien ! mon mari , qu'en pensezvous? hein ! Dites-moi, suis- je folle d'avoir peur et d'être prudente? Sans toutes les précautions, que je prends bien malgré vous, nous serions peut-être assassinés depuis long-temps ! Nous demeurons dans un endroit fort désert, et l'on n'est jamais sûr des gens qui vous entourent !
— Bah ! ma chère amie, répliqua M. Rougemont avec calme, n'avons-nous pas d'excellens domestiques, d'une fidélité à toute épreuve, et qui se feraient tuer mille fois pour nous, si l'on voulait nous faire du mal ?
— Oui ! oui ! peut-être !... c'est possible ! interrompit madame Rougemont d'un air qui trahissait quelque arrière-pensée. Ils sont fidèles ! je ne dis pas non ! je veux bien le croire. Mais ils ne sont pas seuls ici!... On a vu des serviteurs long-temps fidèles et dé-
Il s PARASITES.
\ouès se laisser tout-à-coup séduire, a force d'argent, pur des personnes qui ont intérêt à votre mort... Oui! oui, cela s'est vu, et ><* voit tous les jours, continua-t-elle en lançant un regard de travers a Pauline, qui brodait un voile pour la Sainte Vierge. Par exemple, cette pauvre madame de Vignol se croyait bien sûre d'un ancien domestique, et pourtant... cet hommes'est laissé corrompre par le neveu!
— Oh! ma tante, s'écria Pauline avec chaleur, c'est impossible! Non, vous ne pouvez avoir une pareille idée! Un neveu!.. ( )li! c'est comme si vous disiez qu'un (ils peut assassiner sa mère!
— Alions, allons, ne laites pas l'innocente, Pauline, repartit madame Rougemont en s.vouant la tète avec une expression <le pli vsionoinie indéfinissable; vous savez trèsbien que cela se voit tous les jours! lu.
Certes les neveux el les niè< es en -cn»r;il
ne sont pas très scrupuleux quand ils espèrent avoir la succession de leur tante; mais ils se trompent bien souvent, ma nièce, et tel qui assassine pour hériter est parfois bien attrapé à l'ouverture du testament !
— Mon Dieu ! mais de quel air vous me dites cela, ma tante, répondit craintivement Pauline, qui ne put s'empêcher de baisser les yeux devant le regard scrutateur et fixe de madame Rougemont.
— Oui, oui, baissez les yeux, mademoiselle, vous faites bien peut-être, car vous êtes une petite hypocrite!
— Oh ! ma femme ! ma femme ! vous êtes injuste à son égard, interrompit M. Rougemont d'un accent plein de reproche.
— Injuste ! non, non, monsieur, je sais fort bien ce que je fais et ce que je dis, et j'ai mes raisons, à moi connues!... En attendant, ma nièce, n'oubliez pas que celui ou celle qui compte sur les souliers d'un
LES PAR^ms. 5 «
mort s'expose à marcher pieds nus. Voilà !
Pauline sentit son cœur se goniler d'amertume et de larmes, bien qu'elle ne pût s'expliquer entièrement ce que sa tante voulait dire. Elle ne fit aucune réponse et tomba dans une profonde rêverie.
Madame Rougemont ne parla plus de toute la soirée; son visage exprimait la préoccupation et l'inquiétude, et par moment elle tressaillait. Enfin, elle se lève brusquement, sonne sa femme de chambre, puis, après avoir reçu très froidement le baiser de Pauline, elle moule dans sa chambre à coucher, avec son mari.
Quand Mariane fut partie, madame Rougemont s'empressa d'aller fermer à double tour la porte de la première pièce et de mettre tous les verrou x; ensuite, ell»' prit un flambeau et regarda suivant son habitude derrière les rideaux et sous le lit.
— En vérité, ma chère amie, vous per
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des la irte ! dit M. Ilougemont, enveloppa dans sa robe de nuit, et nouant son bonnci de colon avec un large ruban bleu dont la rosette lui tombait sur le nez, je vous trouve chaque jour plus étrange et plus impressionnable ! vous apercevez des voleurs partout : Dieu, me pardonne! vous aurez bientôt peur de cette pauvre enfant qui est douce et bonne comme un ange
— Ta, ta, ta! interrompit madame llougemont avec aigreur, vous êtes d'une crédulité vous!., ça fait pitié ! Quant à moi, je m me lie nullement aux apparences! on y est trop souvent trompé !... Tenez! voyezsous? Je m'y connais en physionomie, et ma nièce n'est pas franche, non, non, elle n'est pas franc lie!...
— Ma femme ! ma femme!...
— Encore une fois, je m\ connais, n plus que vous! Cette petite4à s'imagine, jeto mus bien suit, qu'après moi, elle scia riebe '
et pourra faire un beau mariage avee ma fortune qu'elle convoite !...
— Mais ma chère amie, vous lui supposezla des idées quelle n'a pas, qu'elle n'aura jamais! je vous répète que cette jeune fille vous aime, qu'elle vous regarde comme une mère, et qu'elle est pleine de reconnaissance.
— La reconnaissance, bail! bah! 6ezvous-y ! Vous ne savez donc pas ce que l'intérêt, la soif de l'or, sont capables de faire commettre!... 11 est si facile de se procurer du poison, des poudres qui ne laissent aucune trace!... Ah ! c'esl à Eure frémir!... Je ne sais pas, niais il me semble que notre cuisinière est très-bien avec ma nièce!... beaucoup trop bien peut-être!
— Quoi! voudriez-vous donc, ma chère amie, qu'elle lût pour cette paume enfant aussi dure, aussi bourrue que cet original
de Thibaut que je suis obligé de gronder tous les jours à cause de ses brutalités!
— Et vous avez grand tort, répliqua vivement madame Rougemont. Thibaut est un homme sur lequel jepuis compter au moins! c'est peut-êire le seul...
— Et moi donc? ma bonne amie, dit en riant M. Rougemont, est-ce que je commence à vous devenir suspect? par hasard?..
— Allons, allons, pas de mauvaises plaisa literies, monsieur Rougemont; je ne les aime pas, quand je parle sérieusement. En attendant, j'ai mes raisons, et je ne veux pas (jue ma nièce mette les pieds dans la cuisine; ce n'est point sa place.
— Voyons, voyons, pas décolère! calmez-vous, ma bonne amie, et dormez bien-
M. Rougemont lui souhaita le bonsoir, puis il alla dans sa chambre avec une bougie.
— Né fermez pas cette porte, dit madame Rougemont; car si j'appelais, vous dormez
si fort que vous ne m'entendriez point, et qu'on aurait le temps de m'égorger dix fois avant que vous fussiez seulement éveillé! Vos pistolets sont toujours bien chargés, n'est-ce pas?
— Oui, oui, et mon espingole aussi, répondit M. Rougemont avec un éclat de rire; ainsi dormez bien tranquillement, nous sommes en état de soutenir un siège.
Un quart d'heure après, il n'v avait plus de lumière dans la chambre de M. Rougemont qui ronflait de toute sa force. Madame Rougemont ne dormait pas encore, et son imagination bouillonnait, pleine de terreurs funèbres : la clarté pale de la veilleuse tremblait sur les rideaux et le plafond, où se découpaient de noires silhouettée. Madame Rougemont avait beau se retourner on tout sens, elle ne pouvait trouver le sommeil, el le battement de ses altères l'épouvantait
Chaque (ois que la pendule sonnait les
heures, le timbre métallique faisait tressaillir madame Rougemont qui lout-à-coup se dressait effarée sur son séant, et promenait par toute la chambre un œil fixe et troublé. Enfin, après trois heures de brûlante insomnie, elle commençait à s'assoupir: le silence était profond, et l'on n'aurait pu entendre quelesronflemens sourds de M. Rougemont endormi , et l'oscillation monotone du balancier.
Soudain madame Rougemont s'éveille en sursaut : elle écoute, elle regarde, rien ! La mèche de la veilleuse pétillait dans l'huile, et ne répandait qu'une lueur faible et vacillante. Madame Rougemont, appuyée sur une main , est toujours sur son séant; elle retient son haleine et prête la plus grande ;i t h ntion. Elle frissonne, car un bruitétrange 96 lait entendre derrière la porte verrouillée. (]'<'st eoinmr 1<1 bruit d'une serrure qu'on lime avec précaution.
Elle veut crier, appeler au secoure, mais sa voix meurt; et puis elle réfléchit dans son trouble que si elle appelle, les brigands enfonceront la porte aussitôt, pour la poignarder elle et son mari. Cependant le bruit continue ; par momens il est plus clair, plus distinct, et ressemble au grincement d'une tenaille contre du 1er, puis soudain le bruil cesse, et reprend an bout de quelques secondes.
La malheureuse femme demeure immobile et froide comme du marbre; son cœur seul bondit avec violence et se gonfle dans sa poitrine comme pour la briser; ses dents claquent. Alors, maigre sa terreur elle se lève tout doucement, et pâle, grelottante, s'en va presque à tâtons dans la chambre de son mari!
— Monsieur Rougemontl dit-elle d'une voix sourde ei faible, monsieur Hou
mont?... Mais celui-ci n'entend pas; il dort profondément.
— Monsieur Rougemont, continue-t-elle en Rapprochant de son mari qu'elle secoue avec force, levez-vous! vite! vite!
Le dormeur s'éveille brusquement , et sentant une main froide contre son visage, il pousse un cri de frayeur et se jette à bas de son lit; car le brave homme, bien qu'il fût moins impressionnable que sa femme, n'étaitguére plus belliqueux dansl'occasion, et tenait fort à sa peau.
— Nous sommes perdus! dit madame Hougemont d'un accent plein d'effroi. On force la serrure de ma porte! Us sont plusieurs! je les ai entendus marcher!
— Ah ! mon Dieu ! répond le mari, c'est vous, ma chère! Vous m'avez fait une peur! Que diantre! aussi, réveiller les gens de la sorte ! sans lumière encore!
— Venez! vite! vite!... prenez vos ar-
mes!., vos poignards, vos pistolets!.. Ali
mon Dieu! Entendez-vous! entendez-vous?
— Oui, ma foi ! dit M. Rougeniont , avec un tremblement dans tous les menibr» s, c'est à votre porte !
Et traîné pour ainsi dire à la remorque par madame Ilougemont, il entre à moitié nu dans la chambre de sa femme.
On n'entendait plus de frottement contre la serrure, mais comme un bruit de pas dans la chambre voisine.
— Il faut appeler! dit M. Ilougemont en saisissant le cordon de la sonnette, Thibaut viendra tout de suite!
— Non, non, malheureux! nVn biles rien! répondit vivement madame Rougemont en lui retenant le bras de toutes ses forces. Avant que Thibaut soil au milieu du corridor, nous serions massacrés! D'ailleurs, comment ferait-il pour entier dans la première chambre? Vous savez bien qu'il n'a
pas la ciel, et que les verroux sont mis.
— N'importe ! dit M. Rougemont blanc comme sa chemise, quand les voleurs entendront venir quelqu'un , ils prendront la fuite? Je vais sonner à tour de bras et tirer un coup de pistolet pour leur faire peur !
— Non, non, non ! Qui vous dit que nos domestiques ne sont pas d'intelligence avec les brigands !!.. Oui ! le jardinier peut-être !
Tout ce colloque se faisait à voix basse, avec la plus grande précipitation.
— Ah! bon Dieu! Nous sommes perdus!
s'écrie madame Rougemont en se cramponnant à la chemise de son mari, car le pauvre homme n'avait pas même songé dans son • pouvante à s'envelopper d'une robe de chambre. Voilà le bruit qui recommence! le bruit des limes et des tenailles!.. Ah! c'est fait de nous! ils crochètent la serrure ! vile ! vite! barricadons-nous! la serrure ne tient
FIS i»\l; \SIIES.
plus qu'à une vis! Poussons la commode contre la porte ! vite ! vite !
— Oui! dit M. Rougemont presque tbu de terreur.
Quoique vieux et faible, il trouva des for. ces grâce à la peur, qui lait quelquefois accomplir des prodiges.
Pendant que sa femme poussait < onvulsivementla commode d'un côté, il la soulevaitde l'autre, etla traînait péniblement vers la porte; quand le meuble fut au milieu <1< la chambre, ils réunirent tous deux leurs effort3 sur un même •point, et la commode alla heurter le battant de la porte.
— Maintenant des fauteuils! décrie madame Rougemont hors d'elle-même, des fauteuils! des livres sut la commode! Oui vos in-folio ! la porte s'ouvre en dedans , par bonheur! nous aurons le temps d'appeler au secours.
El voilà qu'en moins de ( iiic | minutes
presque toute la bibliothèque de M. Rougemont, les chaises, les fauteuils, étaient pêlemêle, entassés les uns sur les autres; ensuite ils mirent le lit contre la commode, et des meubles sur le lit!
— Du courage, ma femme, du courage !
disait M. Rougemont, essoufflé, et suant à grosses gouttes malgré la frayeur qui l'assiégeait. Armons-nous! armons-nous !
Puis, courant à sa chambre, il en sortit presque immédiatement avec une paire de pistolets dans une main, et dans l'autre une espingole.
— Tenez, madame Rougemont, dit-il, prenez l'espingole et laites mordre la poussière au premier qui entrera.
— Non, non, pas d'espingole! cria sa femme en reculant d'horreur à la vue de cette arme bourrée jusqu'à la gueule.
— Il faut de la présence d'esprit dans les nioinens critiques, poursuivit M. Rouge-
LES PARASlTt >• -,Zm
mont ! alors seulement on connaît L'homme! Maintenant, sonnez, madame Ropgemont, sonnez de toutes vos forces! Criez au voleun à l'assassin!
— Non, aufeu ! monsieur Rougemont , car on ne viendrait pas!... Au feu! au feu! au feu!
Et les cris de madame Hougemont étaient accompagnés de coups de sonnette épouvantables qui retentissaient comme un beffroi dans toute la maison! Les domestiques a< coururent sur-le-champ, pleins de frayeur, mais ils trouvèrent la première porte fermée en dedans. Elle était solide, bien garnie de ferrures, et pour renfoncer il aurait fallu prendre un maillet. Cependant M. Rouj mont avait ouvert une fenêtre qui donnait sur la cour , et continuait de crier au feu!
Thibaut, qui était descendu précipitainmeni pour chercher une h#che, entendit la voix de son maître!
— Me voilà! monsieur! me voilà, dit le domestique dune voix de stentor, soyez, tranquille, je viens à votre secours. Je prends la hache.
— Une échelle, Thibaut, une échelle!
vite! vite!
Déjà Thibaut avait appliqué une échelle contre la muraille, et montait les degrés, une lanterne à la main, et sa hache sur l'épaule.
— Non, Thibaut, reste en bas, dit M. Rougemont, tiens ferme l'échelle!., ma femme va descendre, et puis moi ensuite!...
Madame Rougemont,à qui l'effroi donnait de l'énergie et des forces, descendit la première les tremblans échelons, entortillée dans un peignoir; son mari se hâta de lasui vre, en chemise, les jambes et les pieds nus.
Ils avaient complètement oublié l'un et l'autre qu'ils étaient dans le plus simple appareil.