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Nous avons enfin à nous rendre compte des effets des intempéries sur les Pyralés. Malheureusement, sous ce rapport, nous ne pouvons guère espérer aucune aide soit du froid, soit des pluies. Pendant l'hiver, les jeunes larves protégées par leur enveloppe de soie, s'engourdissent et deviennent presque insensibles à des températures même très-basses.
L'hiver de 1879-80 nous a fait passer par des froids de 25 à 30°, tout-à-fait anormaux dans nos régions, et il y avait lieu de croire que les jeunes chenilles en souffriraient. Il n'en a absolument rien été, car jamais les Pyràles n'ont été aussi abondantes que dans l'été qui a suivi. On a même fait, pendant la période des grands froids, l'expérience de recueillir des petites chenilles enfermées dans leur coque, et de les réchauffer graduellement ; elles se sont trouvées immédiatement aussi vivantes, que si l'hiver n'avait pas eu des rigueurs plus fortes que d'ordinaire.
D'autre part, les pluies, même persistantes, ne peuvent avoir que peu d'influence sur des chenilles qui savent s'abriter sous les feuilles et se filer, dans leurs loges, des rideaux qui les garan tissent.
Chacune des invasions de Pyrales observées autrefois a été, comme je l'ai déjà dit, suivie de périodes plus ou moins longues, pendant lesquelles le fléau semblait avoir disparu à peu près complètement. Quel était le motif de ces accalmies, quelquefois subites ? Avaientelles pour cause, Faction des parasites naturels, des intempéries ou d'autres agents encore inconnus ? C'est ce qu'il est assez difficile d'expliquer encore aujourd'hui. C'est le propre de la science, d'avoir besoin d'aller toujours en avant. Ce que nous savons, a, entre autres résultats, celui de nous faire mieux connaître ce que nous ignorons, et, par suite, de nous pousser encore et toujours, vers de nouvelles recherches.
M. le D r Laboulbène ( Ann. Soc. ent. fr.
4862.) parle d'une terrible invasion de Pyrales qui, de 1856 à 1862, ruina les /meilleurs coteaux de la Champagne. Toutes les feuilles étaient rongées, y compris les nervures, et même les pédoncules. Les vignes, en juin et juillet, ne présentaient plus trace de végétation, depuis environ cinq ans, lorsque au contraire, en 1862, les Pyrales parurent en nombre excessivement restreint. En même temps, les vignes les plus maltraitées les années précédentes, présentaient, en foule, une petite arai-
LA PYnAL?DE LA VIGNE .' 55
gnée noire, la Lycosa saccata. Y avait-il quelque rapport entre l'apparition de celle-ci et la disparition des Pyrales ? C'est ce qui reste
. dans l'obscurité. Mais enfin, c'est là un fait à consigner et à se rappeler, en attendant que d'autres observations viennent le corro-
. borer ou mettre à néant les déductions que l'on serait tenté d'en tirer.
procédés de destruction — Le remède le meilleur et le plus usité, au moins jusqu'à .ce jour, est incontestablement l'échaudage ou ébouillantage, dont le principe général consiste .a asperger les ceps par l'eau bouillante ou par tout autre ingrédient susceptible de tuer les petites chenilles. Audouin, dans son grand ouvrage, indiquait la cueillette des pontes de Pyrales sur les feuilles, mais on conçoit facilement ce qu'avait d'incomplet et de défectueux cette méthode de destruction, qui cependant était la plus efficace de toutes celles connues alors. On avait proposé aussi l'échenillage, ou la récolte des chenilles et des chrysalides sur les feuilles. On fiféconisait encore l'écorçage, qui s'obtenait en frottant avec force les ceps, au moyen d'outils ou de gants en fer, et qui était suivi d'un badigeonnage, avec u* liquide insecticide quelconque.
On n'avait, malgré les nombreux écrits parus sur la matière, rien trouvé de meilleur, jusqu'à ce qu'un vigneron de Romanèche, Benoit Raclet, imaginât, en 1840, le procédé de l'échaudage. Ce n'est pas le lieu de faire ici l'historique de cette invention. Je dois seulement la décrire en détail, puisqu'elle rentre maintenant nécessairement dans la culture courante de la vigne, et qu'elle en est devenue l'une des phases.
Mais auparavant, et pour ne pas revenir sur ce sujet, je veux indiquer sommairement quelques autres procédés qui ne sont que des modifications plus ou moins profondes de l'échaudage, préconisées récemment et non encore suffisamment expérimentées, pour que l'on puisse asseoir sur elles un jugement certain.
Le premier consiste à lancer sur les cëps, au lieu d'eau bouillante, un jet de vapeur surchauffée. Ge système qui n'a jamais été sérieusement appliqué, a présenté, jusqu'à ce jour, de grandes difficultés pratiques, et l'installation des appareils parait devoir être arrêtée par des'obstables insurmontables Quant àl'action même de la vapeur surchauffée, sur lesPyrales, elle est certainement très-réelle, et le procédé, s'il ri'étartt arrêté par des difficultés matérielles, aurait d'autant plus d'avenir qu'il présente-
rait, sur l'échaudage à l'eau bouillante, le bé* néfiee de n'exiger qu'une quantité de liquide beaucoup plus minime. C'est même cette considération qui l'avait fait imaginer, car le transport de l'eau, sur des coteaux arides, est souvent difficile et coûteux.
C'est dans le même but encore que l'on a proposé l'emploi de l'acide sulfureux. On devait produire ce gaz, dans un récipient quelconque, et le conduire au moyen d'une pompe ou d'un soufflet, soit dans une grande caisse contenant les échalas, soit dans un appareil renfermant le cep. On a employé ce système dans certaines parties du Midi. Mais ce mode de préservation présente en lui-même un vice radical, c'est que les insectes, et particulièrement les chenilles de Pyrales si bien protégées par leurs coques soyeuses, peuvent résister, pendant un temps assez long, à l'action de l'acide sulfureux. Il faudrait donc en continuer l'application sur un même cep, pendant un temps trop prolongé; pour que l'opération fût réellement pratique.
L'échaudage par l'eau bouillante a été,depuis longtemps déjà, employé sur une grande échelle dans le Maçonnais, et il commence à faire son apparition en Bourgogne. Aussi a-t-ii Mt ses preuves. Le résultat en est certaine-
58 LA PïllALE DE LA VIGNE
ment très-appréciable, et les vignes échaudées donnent lors de la récolte, un résultat .suffisant non-seulement pour couvrir tous les .frais causés par l'opération, mais aussi pour donner un bénéfice très-appréciable , sans compter l'état plus florissant dans lequel se maintient le vignoble qui est soumis à ce trai- . tement.
L'appareil principal consiste en une chaudière, (fig.7) qui doit, pour répondre au cas particulier, pour lequel elle est construite, satisfaire à un certain nombre de conditions. Elle doit d'abord être de petites dimensions, légère et portative; elle doit fournir très-rapidement de l'eau à 100°, et être d'un chauffage économique. Enfin, on doit pouvoir la nettoyer facilement afin de permettre l'emploi de toutes les eaux, et l'introduction, comme la sor- Fig. t.— chnîdÛM ï tie du liquide, doit se
ébouillanter. . . -
i Système Monia?.) faire aisément et aussi ra-
pidement que possible.
Enfin la manœuvre et la conduite de cet instrument Fig s. - cafetière à doivent être assez simples, échauder. pour qu'on puisse les con~
fier à un vigneron . mêma inexpérimenté, sans qu'il en résulte, pour lui ou pour ses compagnons de travail, aucun danger. Les fabricants se sont ingéniés à remplir, chacun de leur côté, ces diverses conditions et il en est résulté un certain nombre de systèmes, de qualités plus ou moins sérieuses, qu'il n'y aurait aucune utilité à décrire ici en détail. Je me contenterai de donner seulement une idée des principes sur lesquels ils s'appuient.
Ces chaudières sont toutes verticales, à foyer intérieur, et d'assez petites dimensions, pour pouvoir être transportées facilement d'un lieu à un autre. Un serpentin traversant le foyer, amène un échauffement très rapide de l'eau, et la cheminée qui donne issue à la fumée, traverse un petit réservoir supérieur, où l'eau d'alimentation, que l'on y introduit, commence à s'échauffer. Un niveau d'eau et un robinet pour l'alimentation, complètent les organes essentiels. Enfin deux ou trois robinets latéraux permettent de puiser l'eau bouillante qui est remplacée immédiatement par une
égale quantité d'eau froide ; l'ébullition a lieu ainsi sans aucune interruption. Voici maintenant quelques indications pratiques sur le mode d'opérer. La chaudière et une provision d'eau suffisante, étant amenées dans la vigne à traiter, le chauffeur porte rapidement l'eau à Fébullition. Un jeune ouvrier est spécialement chargé de remplir les cafetières vides et de les tendre aux femmes et aux enfants, qui vont les verser sur les ceps.
Ces cafetières (fig. 8), delà contenance d'un litre environ, ont une double enveloppe qui met obstacle à la déperdition de la chaleur ; une ouverture située à leur base, sert à les remplir, tandis que le contenu est vidé sur le cep, au moyen d'un long bec effilé.
L'opération du versage doit s'effectuer en commençant par le bas du cep, et en remontant lentement le long de celui-ci, jusqu'au dessous du premier bourgeon, qu'il faut bien se garder d'atteindre avec l'eau bouillante; on redescend ensuite jusqu'au point de départ. Le but à poursuivre est de porter la surface du bois, et par suite, les petites coques sous-jacentes, à une température suffisante pour tuer les jeunes larves, soit au minimum 80°. Pour de petits ceps, une seule aspersion suffit, et l'eau bouillante, passant
par capillarité, en-dessous de la tige, n'épargne aucun parasite. Mais lorsque Ton a affaire à des vignes de dimensions plus grandes, il faut monter et descendre plusieurs fois avec la cafetière, et même en consacrer plusieurs au même' cep.
Ce travail doit nécessairement avoir lieu pendant le repos delà végétation, en hiver et au premier printemps, avant que les bourgeons de la vigne n'aient commencé à se gonfler, d'une part; avant aussi, d'autre part, que les larves de Pyrale ne soient sorties de leur repos hibernal.
On a vu que les échalas servent d'abri à un très grand nombre de ces larves ; il est donc urgent de leur appliquer aussi un traitement préservatif. Les aspersions d'eau bouillante seraient certainement efficaces, mais on a imaginé des moyens plus rapides et moias coûteux, d'arriver au même but. Le plus employé aujourd'hui est l'échaudage à la vapeur et plus particulièrement à la vapeur surchauffée. On l'obtient facilement en élargissant le tuyau de fumée de la chaudière, à la sortie de celle-ci, et en y installant un petit serpentin dans l'intérieur duquel circule la vapeur puisée dans la chaudière. Au moyen d'un tube en caoutchouc, on amène cette vapeur, qui est
à une température moyenne de 420°, dans une vaste caisse de bois où se trouvent emmagasinés 250 à 300 échalas. Ceux-ci atteignent bientôt 80* ou 90°, et tous les insectes qu'ils peuvent contenir sont tués. On n'a alors qu'à vider la caisse et à la remplir de nouveau avec d'autres échalas. Des perfectionnements de détail ont été apportés, à diverses reprises, à la construction de ces appareils pour en rendre l'emploi plus facile, mais sans modifier en rien le principe sur lequel ils s'appuient.
Le coût de cette double opération, échaudage des ceps et traitementdes échalas par la vapeur, est naturellement très variable avec les prix de la main-d'œuvre dans chaque localité, l'éloignement plus ou moins grand de l'eau, etc. En Bourgogne, on a calculé qu'il revient de 445 à 420 fr . par hectare.
Un autre inventeur a fait breveter un appareil différent destiné à purger les échalas de leurs insectes, sans le concours d'aucune chaudière, mais par l'emploi seul de l'air chaud. LeThermophore Gaillot, c'est le nom de cet appareil, consiste en une longue caisse de tôle partagée en deux compartiments par une cloison Iongitudinaleet percée de trous. A l'une des extrémités est un foyer à longue flamme ; à l'autre, une cheminée détermine un tirage assez
puissant. Sur la cloison perforée, se placent les échalas qu'on enferme au moyen d'un couvercle spécial. Au bout de quelques instants, l'opération est terminée, et l'on peut recommencer avec une nouvelle charge.
Enfin le Pyrophore Bourbon veut aussi arriver à la destruction de la Pyrale, en évitant l'emploi de l'eau, et par conséquent, son transport à grands frais sur les coteaux. Il agit au moyen d'un jet de flamme qui, activé par un soufflet, et projeté sur le cep comme le serait celui d'une lampe à souder, porte le bois et son écorce à une température suffisante pour détruire les insectes. Cet appareil, alimenté au moyen de l'huile minérale, pourra rendre économiquement de grands services ; mais il faut encore attendre le résultat des expériencesfaites.
En résumé, on peut dire que la Pyrale, si terrible naguère, est actuellement vaincue et qu'au prix d'un peu de travail fait avec soin, de quelques précautions et de légères dépenses supplémentaires, on peut être sûr de s'en débarrasser complètement. Il n'y a plus, pour y arriver, qu'à convaincre les cultivateurs de l'efficacité de ces procédés, et à leur enseigner à se servir utilement des appareils déjà très perfectionnés qui leur sont offerts.
LA PYRALE DB LA VIGNH
Voioi l'énumération des ouvrages qui ont traité plus spécialement de la Pyrale :
Bosc d'Autic.
Boberjot.
B. d'Acetis.
Artaud de la Ferrière.
Bosc.
Tondras.
Juric.
Audouin.
1786 Mémoire pour servir à l'histoire de la
chenille qui a ravagé les vignes d'Argent eu il en 1786. (Mém. de la Soc. roy. d'Asrr. de Paris).
1787 Mémoire sur un moyen propre à détruire
les chenilles qui ravagent la vigne.
(Mém. de la Soc. d'Agr. de Paris).
1810 Mémoire sur la Pyrale de la vigne. (Cto-
rendu de la Soc. d'Agr. de Lyon, p. 106).
1811 Mémoire sur la Pyrale de la vigne.
(Cte -rendu de la Soc. d'Agr. de Lyon, p. 70.
1813 Notice sur la Pyrale et autres insectes qui nuisent aux vignobles. (Ann. de l'Agr. do France, t. 53, p. 379).
1825 Rapport sur un concours ouvert sur la destruction de la Pyrale do la vigne.
(Mém. de la Soc. d'Agr. de Lyon, p. 33 à 43).
1833 Rapport sur les moyens do répression de la Pyrale de la vigne (Mém. de la Soc. d'Agr. do Lyon, p. 34 à 86).
1837 Notice sur les ravages causés par la Pyrale dans le Maçonnais. fCterendu de l'Ac. des sciences, p. 384 et 471).!
1837 Considérations sur les dégàls commis par la Pyrale do la vigne à Argent teuil. (Cte-rendu de l'Acad. des se, p. 334 et 471),
Dnmértl.
Sauzey.
Andouin.
Desvignes.
Ormancey.
Hecappe.
TTallot.
Bourgeois.
Bugnion.
Andouin.
1837 Rapport sur les dégâts de la Pyrâle dans les vignobles d*ArgenteuîI.(CterenduderAc.des sciences, p. 311).
1837 Rapport sur les résultats obtenus par les procédés employés pour détruire la Pyrale (Ann. Soc. agr; de Lyon, p. 352).
1837 Note sur la Pyrale. (Bull, de la Soc.
ent. Fr., p-70).
1837 Note sur la Pyrale. (Ann. des se. nat.
série 2, t. vin; p. 5 et 65).
1838 Note sur la Pyrale. (Bull. d'Œnologie
de France, t. vin, p. 161).
1838 Note sur la Pyrale. (Ann. soc. agr. de Lyon, tome I, p. 390).
1838 Manuel pour la cueillette des pontes de la Pyrale.
1838 Moyen entomologique pour détruire la Pyrale à l'aide du Calosome sycophante et inquisiteur. (Ann. Soc.
agr. Lyon, p. 542).
1838 Manuel pour la cueillette des pontes
de la Pyrale.
1839 Mémoires pour servir à l'histoire des
insectes ennemis de la vigne. (Mém.
de l'Ac. de Dijon* p. 31 ; Ann. Soc.
agr. de Lyon, 1841, p. 257; Revue et Magas. de Zoologie, 1840, p. 298;.
1841 Etude sur la;Pyrale.(Soc. agr. de Lyon, p. 44).
1841 Sur quelques insectes qui nuisent à la
vigne. (Neue Denkschrift allgem.
Schweiz. Geselsch)
1842 Histoire des insectes nuisibles à la vi-
gne et en particulier; de la Pyrale de la vigne.
Sanxey 1812 Rapport sur les résultats des diverspro-
cédésemployésjusqu'à cejourpour la destruction de laPyralede la vigne. (Ann. Soc. agr. Lyon, p. 352à 37Î).
Herpin. 1845 Note sur divers moyens propres à la
destruction de la Pyrale de la vigne,
Westwood
Macquart
1847 The . Pyralis ot the Vine (Cardeners- Cnronictc. n- 16, p. 253, avec fig.).
1852 Neue Bcobachtung ûb'er Tortrix vilisana ein de m Weinstockc in Oesterrelch schr schœdliche Inaeckte (Verhansdl. Zool. bot. Verein in Wien.p.l.
1854 Les arbrisseaux d'Europe et leurs insectes, in-8.
De Lanarpc 1855 Rapport présente à la Société Vaudoi se sur les renseignements qui lui sont parvenus au sujet de la destruction du ver de la vigne. (Bull. Soc.
Vaud.J .
Paria. 1858 Exposé fait à la commission du comité
agricolederaiTondis3.de Reims relativement à la Pyrale de la vigne.
Epernay, in-8.
Vantrinde La- 1858 Réflexions pratiques pour arriver à la motte. destruction de la Pyrale. Epernay,
1859 Delà Pyrale delà vigne et des moyens^
de combattre cet insecte. (Toulouse, journal l'Aigle des 21 et 22 avril).
1860 De la Pyrale de ta Vigne, de ses causes
et des moyens sûrs et Tacites de la détruire, etc. Fpernay, in-8.
Laboulbène.
Peyerimhoff.
Kaltenbach.
Ladrey.
Ifontoy.
Heuzé.
1862 Note sur la Pyrale. (Bull. Soc. ent. fr. p. 70).
1869 Le ver de la vigne. (Bull, de la Soc.
d'hist. nat. de Colmar, p. 27).
1872 Die Pflanzenfeinde aus der Klasse der •* Insekten .
1876 La Pyrale de la vigne.
1878 Echaudage de la vigne. Chauffage des échalas à la vapeur. (Bull, du Com.
d'Agr. de Beaune.)
1880 La Pyrale et l'œuf d'hiver, (la Vigne française, p. 86).
LA COCHYLIS
Le plus redoutable parasite des grappes est un petit Lépidoptère dont la chenille est vulgairement nommée, par les vignerons, le ver à tête rouge, ou ver coquin. Cette chenille peut causer des dégâts considérables, quoique moins directement apparents que ceux de la Pyrale. Aussi est-il essentiel d'en connaître complètement la biologie afin de saisir le moment favorable pour l'attaquer et la détruire.
Voici d'abord la description sommaire des trois états de cet insecte :
La chenille, à l'état adulte, est longue d'environ 8 mm . Elle a la tête brun rougeâtre foncé, ainsi que le premier anneau du corps. Celui-ci est d'abord grisâtre, puis d'un rose violacé tendre, bien distinct ; il est lisse et luisant, et porte en dessus, une ligne étroite, jaune pâle.
La Chrysalide a seulement 6 mm et est d'un brun uniforme. Elle s'enferme dans une coque blanche, oblongue.
70 LA COCHYLIS
Le papillon enfin a les ailes antérieures jaunâtres, traversées par une bande d'un brun foncé,et les ailes postérieures d'un gris cendré. Il a seulement 7 à 8 mm de longueur, et 14 à 15 mm d'envergure.
C'est au milieu du mois de mai qu'apparaissent, pour la première fois, les papillons. Les femelles déposent immédiatement leurs œufs, sur les jeunes pousses, les pétioles, l'axe et le pédoncule des grains ; ils sont réunis en petites plaques analogues à celles que déposent les Pyrales.
D'abord d'une teinte uniforme jaunâtre, ces œufs présentent bientôt des taches rougeâtres, et peu à peu, on voit, au travers de l'enveloppe, se dessiner la petite larve, et ses mouvements s'accentuer de plus en plus. Vers le douzième jour après la ponte, et à la fin de mai, les jeunes chenilles percent la coque de l'œuf et se rendent de suite à la base des petits grains qui ne sont encore que des boutons à fleur. Elles les percent près du pédoncule, pénètrent dans leur intérieur, et se mettent à ronger les étamines et les ovaires. Les boutons prennent alors une teinte plus jaunâtre, se fanent, et se trouvent, par un léger réseau filé par les chenilles, réunis en bouquets de 2 à 4 fleurs ensemble. Chaque bouton ne
LA COCHYLIS 71
contient qu'un habitant, qui tout d'abord, est d'une taille presque microscopique. Bientôt la chenille est obligée de quitter son premier abri qui est épuisé, pour passer à un autre grain, et ainsi de suite, détruisant successivement tous les organes de la fructification et de la reproduction, qui se trouvent sur son chemin. En même temps, préoccupée de se tenir toujours à couvert, elle réunit toutes ces fleurs avec ses fils de soie, de façon à les mettre en paquets plus ou moins gros, suivant l'importance de la grappe ; celle-ci ne tarde pas à être complètement perdue. Quelquefois elle perce même l'axe du pédoncule pour s'y installer, et du même coup fait périr tous les grains. Quand l'année est précoce, elle poursuit son œuvre destructive même dans les grains déjà noués, et les entame avec ses mandibules. Après six semaines environ, vers la fin de Juin ou le commencement de Juillet, la chenille devient adulte et songe à se métamorphoser en nymphe.
Elle tisse alors un filet plus étendu et plus serré, embrassant un grand nombre de grains, et s'y enferme comme dans une coque. D'autres fois, elle se contente de s'abriter dans les gerçures de l'écorce ou les fentes des échalas, ou bien roule le bord d'une feuille, et la
72 LA COCHYLIS
fixe avec sa filière. Pans l'un ou l'autre cas, elle s'enferme définitivement dans un cocon oblong, blanc et soyeux.
Ainsi mise à l'abri de toutes les intempéries et des attaques de ses ennemis, elle subit dans un repos absolu, sa métamorphose en Chrysalide. Cet état d'ailleurs dure peu, puisque quelques jours plus tard, quinze à vingt environ, le papillon, brisant son enveloppe, s'échappe par une fente qui se produit dansla partie dorsale de la chrysalide, et par une ouverture qu'il pratique à l'une des extrémités de la coque. Tl entraine même souvent dans cette déchirure du cocon, par les efforts qu'il fait pour se délivrer, l'enveloppe nymphale qu'il vient de quitter et qui s'y arrête.
Après quelques heures de repos pendant lesquelles le nouvel arrivant consolide ses organes par leur exposition à l'air, les sexes se recherchent et se réunissent. Mais il est à noter, que ce papillon ne quitte jamais, pendant le jour, le dessous d'une feuille, et que ce n'est qu'au crépuscule ou à l'aurore, qu'il prend ses ébats.
Alors a lieu une seconde ponte, qui est, par conséquent, déposée à la fin de Juillet ou au commencement d'Août. Les femelles choisissent, pour y placer leurs œufs, principale-
LA COCHYLIS 73
ment les diverses parties de la grappe, et même la peau des grains déjà gonflés à cette époque. Cette importante fonction étant remplie, le papillon meurt n'ayant joui de la liberté que pendant cinq à six jours, sous son état parfait. Quelques jours pius tard, et après avoir passé parles mêmes changements de teinte que la première fois, l'œuf s'ouvre sous les efforts de la petite chenille qui s'y trouve emprisonnée, et lui livre passage. Encore presque imperceptible , elle parcourt avec vivacité la surface du grain qui l'a vu naître, et choisit l'endroit où , avec ses mandibules aiguës, elle va le plus facilement entamer l'épiderme. Elle fait un trou assez grand •*pour la laisser passer, et commence de suite à sucer les sucs de l'intérieur. Mais elle est encore bien petite, et malgré sa voracité, elle n'avance que lentemet en besogne. Aussi, l'endroit où elle commence son attaque, est-il celui où elle séjourne le plus longtemps, celui qui souffre davantage de sa présence. Ee grain encore presque complètement valide, y envoie un afflux de sève destiné à réparer la brèche qui est déjà faite, et c'est de là que vient le durcissement que l'on remarque àcette partie du grain ; celui-ci devient en effet, à cette place, noir et calleux.
74 LA COCHYLIS
Mais la jeune chenille prend des forces, sa taille s'accroît et sa consommation subit la même progression. Le grain se vide peu à peu et de plus en plus rapidement. Quand elle n'y trouve plus une nourriture suffisante et de son goût, elle s'adresse à un autre grain qu'elle lie au premier au moyen de ses fils ; elle en englobe bientôt quatre ou cinq et plus et se nourrit au milieu d'eux sans se donner le souci d'en terminer un avant d'entamer l'autre. Les grains commencés pourrissent, accumulent en eux l'humidité, comme le ferait une éponge, et achèvent de perdre ce qui aurait pu rester sain dans la grappe. C<eux qui contiennent ou ont contenu la chenille, outre qu'ils sont liés par des fils, présentent à letrr surface un trou encombré de matières pulvérulentes et excrémentitielles comme on le remarque sur les pommes attaquées.
Les chenilles atteignent l'âge adulte alors que les raisins sont encore loin d'être murs. •Elles n'attendent pas la vendange pour quitter les grappes et-échappent ainsi à la destruction qui les attendrait dans la cuve ou le pressoir. En prévision de la chute des feuilles, des froids de l'hiver qu'elles vont avoir à traverser, la plupart se réfugient dans la terre, où elles se logent dans un petit cocon de soie,
LA COCHYLIS 75
dans la texture extérieure duquel entrent des fragments de terre ou de sable qui le renforcent et en soutiennent les parois, tandis que 1 intérieur reste lisse. D'autres chenilles se contentent de l'abri qu'elles trouvent dans les fissures du cep ou des échalas, ou bien profitent de celui que leur offre la mousse des vieux ceps. Ainsi enfermées, les chenilles subissent un jeûne complet, elles s'engourdissent, se contractent et deviennent presque insensibles aux atteintes des intempéries. Au printemps, à la fin d'avril ou en mai, la métamorphose en nymphe s'opère et, peu de jours après, a lieu l'éclosion de l'insecte parfait. Celui-ci s'accouple, les femelles pondent de nouveau, et le même cycle recommence.
Cet insecte a donc deux générations par an, qui toutes deux s'attaquent à la grappe. La première subit très rapidement toutes ses métamorphoses, tandis que la seconde reste inactive pendant les longs mois de l'hiver. Le séjour qju'elle fait pendant ce temps dans la terre, la rend inaccessible à la plupart de nos remèdes, et il semble jusqu'à ce jour assez difficile de nous délivrer de ses attaques.
L'échaudage printanier, usité avec succès j
contre la Pyrale, est impuissant contre la ]
Cochylis,et des viticulteurs ont été souvent
76 LA COCHYLIS
surpris de voir leur récolte compromise par ces chenilles, alors qu'ils avaient, au printemps, pratiqué consciencieusement l'ébouillantage de leurs ceps.
On ne peut guère conseiller que de cueillir et d'écraser avec soin les grappes ou les grain» qui paraissent attaqués. Mais ce travail est à peu près impraticable dans la grande cul* ture. On pourrait aussi remuer la terre dans les vignes pendant l'hiver, pour exposer les petites coques à la gelée ; mais, outre que le résultat serait assez problématique, on risquerait ainsi de faire atteindre par le froid la vigne elle-même. Le meilleur est de s'en rapporter aux ennemis naturels de cet insecte.
Parmi ceux-ci se rangent de petits Hyménoptères parasites qu'on ne connaît pas encore bien nominativement.
Ces chenilles ont encore à craindre l'Arachnide nommée Thcridion benignum, et aussi tous les carnassiers qui font leur proie des êtres vivants.
LA COCHYLIS 77
Les principaux auteurs qui ont écrit sur la Cochylis sont les suivants :
Nenning (von) 181 1 Ueber ein den Weintrauben hctchst
eçhœdliches , vorzuglich auf der Insel Rcichenau bei Constanz einheimischeslnsect. (Tineauvae). lpl.
«olor. c i« édit. en 1810.
Bosc. 1812 Rapport sur une teigne (Tinea uvella)
qui vit aux dépens des bourgeons de la vigne et des grains des raisins.
(Ann. de l'Agr. fr. t. 51, p. 241-214;.
Vallot. 1839 Mémoire pour servir à l'histoire des in-
sectes ennemis de la vigne et à l'indication des moyens propres à prévenir leurs ravages. (Mém. de l'Ac.
de Dijon, p. 31-53;.
Bugnion,Blan- 1841 Mémoire sur quelques insectes qui nuichet et Forel. sent à la vigne dans le canton deVaud
(Neue Denkschrift allgem. Schweiz.
Gesellsch, t. v, p. 44. pi. 1;.
Audouin. 1842 Histoire des insectes nuisibles à la
vigne.
SAoaey. 1847 Mémoire sur la Cochylis omphagiella
(teigne de la vigne) et moyen de la détruire. (Ann. Soc. agr. de Lyon, t. x, p. 423-430).
Kollar. 1850 Ueber Weinbeschadigung durch einen
klemen Nachtfalter, Tortrix Roserana Froel. , in den Weingaerten von Brum naechst Mœdling (Sitzungsber. Akad. Wissensch. Wien, t. v, p. 89-91).
Laboulbéne.
Bach.
Forel.
Go or eau.
Boisduval, Goret.
LA COCHYLIS
1857 La Cochylis roserana à Villefranche.
• (Soc. en t. de;France. Bulletin, p. 90).
1858 Uebcr Cochylis roserana, die Wein-
motte. (Natur und Oflenbarung, t. 4, p. 254-264.
1860 Société Linnéenne de Lyon, p. 123.
1861 Insectes nuisibles aux arbres fruitiers,
aux plantes potagères, fourragères, et aux céréales.
1867 Entomologie horlicole.
1868 Soc ent. Fr. Bulletin, p. 99.
A côté de la Pyrale et de la C<ochylis viennent se ranger un certain nombre d'autres lépidoptères, vivant aussi aux dépens de la vigne, mais en nombre assez restreint, pour qu'ils n'aient pu lui nuire jusqu'à présent,, d'une manière sérieuse. Il faut cependant les énumérer, car un jour peut venir, où leur voracité s'accroissant, nous forcera peut-être à les redouter davantage. Il sera bon alors, de les connaître d'avance, et de savoir les combattre. Du reste, il faut bien dire que le traitement par l'échaudage, doit détruire bien d'autres parasites que la Pyrale. **
La Lobesia botrana Lv. est un petit papillon confondu ordinairement avec la Cochylis, dont elle à peu près la livrée et les mœurs. Elle apparait en Juin, et sa chenille vit sur les grappes* fleuries.
80 LES ÀUTHES pahasites de la vigne
Une noctuelle, YAgrotis crassa, L. a des mœurs différentes, et il faut s'y arrêter un peu plus, car elle est quelquefois assez nuisible. Sa chenille (flg. 9) a 5 centimètres de longueur, et
est d'un gris nuancé de brun ou de vertluisant, avec deux raies noires sur le
Fig. 9. — Ver grisou Chenille , . ..
dAgrotis crassa. dosetune ligne noire
de chaquecôté ; des points noirs sont en outre épars sur les anneaux. C'est pendant la nuit qu'ont lieu ses dégâts. Elle vit en terre, à une profondeur de 2 à 3 centimètres, et elle ronge i'écorce de la tige ou des racines, et peut-être les bourgeons pendant la nuit. On la trouve au mois de mai, non-seulement dans les vignes, mais un peu dans toutes les cultures, car outre qu'elle est très-répandue, elle vit à peu près indifféremment d'un grand nombre de plantes. MM. Demermety et Vallot lui assignent^ nom de Phalène Monoglyphe.
UAgrotis obeliscg, S. V. a une chenille lisse, d'un gris vineux, avec quelques lignes longitudinales noires et d'autres lignes obliques sur les côtés; les stigmates sont cerclés de noir. Elle vit aussi dans la terre, et s'attaque aux bourgeons pendant la nuit.
L'Agrotis aquilina S. V. a sa chenille d'un
gris brun ou vert avec quelques lignes peu marquées. Elle a les mêmes habitudes que les deux précédentes et est polyphage comme elles.
On a signalé encore trois autres lépidoptères qui sont aussi polyphages, mais qui, eu raison de la taille de leur chenille, peuvent être quelquefois très-nuisisibles. Ce sont les Chélonia lubricipeda] C. villica et C. Caja.
Leurs chenilles noires variées de brun, très-velues, sont bien connues, surtout celle de la C. Caja qui est la plus répandue. Elle atteint jusqu'à 5 à 6 centimètres de long, et Ton conçoit aisément qu'elle doit faire de fortes entailles dans les feuilles. Toutes ces chenilles doivent être écrasées avec soin, partout où on les rencontre ; elles ne peuvent qu'être très-nuisibles.
La Procris Ampelophaga est un papillon vert, avec les ailes antérieures brun-verdàtre,. et les postérieures brun noirâtre. Il a 12 à 13"»» de long, sur 20 à 25 mm d'envergure. Sa chenille a une longueur de 20 à 25 mm ; elle est jaune pâle grisâtre, avec cinq lignes noires longitudinales ; sa tête est brune , et son corps est garni de longs poils bruns. Elle se trouve surtout en Italie, et M. Paessrini, de Florence, Fa'prëse pour sujet d'unihémoire intéressant.
Elle est très nuisible en Autriche et en Crimée,, où Ton a constaté, que deux à trois chenilles suffisent pour détruire un cep. La femelle pond environ 300 œufs.
Le Sphinx de la vigne (Sphinx ElpenorL.) est rose avec les ailes antérieures d'un vert jaunâtre tendre et offrant une couleur rose sur leur bord costal et sur trois bandes longitudinales. . Il mesure 60 à 65 mm d'envergure. La chenille a 8 centimètres de long et elle est d'un brun grisâtre entrecoupé de noir, avec deux taches latérales noires sur les quatrième et cinquième anneaux. Elle s'attaque à la vigne, mais ce n'est guère qu'accidentellement qu'elle le fait et elle vit plus habituellement sur les Epilobium. Aussi est-elle peu à redouter malgré sa grande taille.
L'Antispila Rivillei, Starinton, n'est pas à proprement parler nuisible. Sa chenille se contente de creuser de petites mines dans le parenchyme des feuilles. Elle découpe ensuite celles-ci pour en former un étui ovale où elle demeure avant de se métamorphoser. Elle est de très-petite taille et encore très rare.
Enfin d'autres grands papillons du genre Sphinx (Deilephila celerio, L. D.porcellusL. D. lineata L.) vivent au besoin sur la vigne à l'état de chenilles, mais elles ne peuvent jamais
devenir nuisibles, car elles n'en font pas, à beaucoup près, leur nourriture exclusive.
La Mamestra brassicœ ou papillon du chou est, comme chacun le sait, très redoutable pour les jardins. La chenille ronge quelquefois les feuilles de la vigne, mais ce n'est que par hasard.
La chenille de YAgrotis obesa vit, comme ses congénères, dans les racines de la vigne; elle est particulièrement méridionale.
Le Triphœna pronuba L. ronge aussi quelquefois les bourgeons pendant la nuit et peut causer de grands dégâts lorsqu'elle parait en nombre. On l'a signalée â diverses reprises dans la Gironde et le Midi. La chenille est grise, longue de 4 à 6 centimètres avec deux filets blancs sur la tête. On peut s'en emparer de 8 heures du soir à minuit ; elle est à ce moment appliquée contre le courson et elle dévore le bourgeon qui se trouve à sa portée. Il lui en faut, suivant leur développement, 4, 5 et même 6 pour assouvir sa faim. Quand un cep est détruit, elle passe à un autre. Il y a rarement deux chenilles sur la même souche. Pendant la journée, elle entre en terre, s'y roule en couronne, à 3 ou 4 centimètres de profondeur, et y reste en repos. On la trouve en avril et mai.
La Mania typica L. enfin cause aussi, paraîtil, de notables ravages dans les vignes du Midi et surtout de l'Espagne.