CHAPITRE III
ÉLÉMENTS NATURELS. EMPLOI DES OBJETS NATURELS § l. — DU TERRAIN
a) Exposé. — Les effets qu'offrent les saisons, les nuances qui les caractérisent sont plus ou moins subordonnés à une infinité d'exceptions. Il en résulte que les principes à poser sont soumis à une multitude de convenances locales qui les font admettre ou rejeter.
11 n'en est pas de même des formes et des effets produits par les accidents de terrain : ceux-ci sont stables, permanents et les combinaisons, avec l'aide de la perspective et des illusions d'optique, en étant innombrables, les effets produits peuvent être variés à l'infini.
Cette infinie variété de formes et d'inflexions, qui naissent du mouvement etdes accidents du terrain, a besoin d'être étudiée très attentivement. Si l'on n'en a pas, dans la nature, examiné les causes et si Ton ne s'est pas rendu familiers les effets qui en résultent, on est porté à croire que ces formes sont arbitraires et n'ont pas de règles et qu'il suffit pour les imiter d'éviter les lignes parallèles, les pentes uniformes et les contours réguliers. En abandonnant au hasard, au caprice ou à l'ignorance ce qui est une suite nécessaire de causes constantes et connues, on ne produit que des effets bizarres, des invraisemblances et des contresens, tandis que, si Ton a observé la nature, si Ton a saisi la pureté des contours qu'elle présente, on cherchera à rendre avec la plus scrupuleuse exactitude l'élégance de ses formes et à imiter ses effets dans toute leur vérité.
Sans étudier tous les moyens que la nature met en œuvre, nous nous bornerons à donner quelques observations générales sur les principales causes qui modifient les formes du terrain.
Elles suffiront à éveiller l'attention du paysagiste vers l'étude des
vallonnements, une des parties de notre art aussi négligée qu'importante.
b) Surface des terrains. — La surface d'un terrain peut être convexe, concave ou plane.
C'est dans la combinaison de ces trois formes que sont renfermés tous les vallonnements
dont un terrain est susceptible |
et sa beauté dépend des propor- I
tions et de l'harmonie de leur jf
mélange. g
Les formes convexe et concave g
ont des variétés plus nombreuses *
et plus étendues que la forme "I.
plane, mais il ne faut pas en •£-
conclure au rejet de celle-ci : g>
ou
c'est une forme de vallonnement I
qui doit être mélangée aux deux «S
autres. .S
Une pente très douce, con- S*
cave, devient plate pour l'œil si ^
on ne la tourmente pas un peu »
par des bombements; une rivière .*
entre deux mamelons dégénère en gouttière si on ne lui donne pas, par place, un peu d'ampleur en aplatissant ses fonds.
On peut introduire dans un profil en raccordement ou en fond de vallonnement des plans inclinés ou horizontaux ; mais il ne faut les regarder que comme des parties subordonnées aux
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autres el ne les laisser, en aucun cas, devenir les parties principales. On peut toutefois se hasarder à ménager dans un parc d'une certaine étendue des parties plates assez importantes, pourvu qu'elles soient limitées par des objets de dimensions correspondantes. Si les objets qui les terminent sont aussi vastes que beaux, l'œil les distinguera facilement et la perspective de la plaine n'en sera que plus agréable. La beauté et la grandeur seules ne suffisent pas si elles ne sont soumises à l'arrangement des contours. Une fuite bien régulière des plus beaux arbres ne peut corriger l'insipidité d'un terrain plat qui serait heureusement modifié: au contraire, si la fuite est adroitement interrompue, si la régularité en est brisée par des arbres en renfoncement et en décrochement.
c) Formation naturelle des vallonnements. — La pluie dans sa chute entraîne les corps les moins adhérents des sols plus ou moins inclinés,
Fig. 79.
en môme temps que les matières les plus susceptibles de s'amollir et de se détacher. Dans ces déplacements, ces matières obéissent aux lois de la chute des corps, façonnent les vallonnements par les dépôts plus ou moins importants qu'elles forment et font prendre aux terrains les diverses inflexions sous lesquelles on les voit. C'est donc là la cause physique et sans cesse agissante qui modèle les pentes et donne aux terrains en plan incliné leur expression pittoresque plus ou moins accentuée. C'est cette cause qui fait que des pentes de déclivité différente se lient l'une à l'autre par des plans inclinés se raccordant en courbures plus ou moins heurtées avec les plaines sur lesquelles ils reposent; que les côtes abruptes se ravinent; que les terrains propices se creusent en formant des interruptions de pentes qui mettent à nu les rochers leur servant de soutènement pour former des plans verticaux (fig. 79). Il faut donc reconnaître que la chute des pluies est la cause des inflexions qui dessinent les pentes
des coteaux et des montagnes. Cette cause agit avec lenteur, mais en tout temps et partout. En examinant les effets qui en résultent, on voit qu'au moyen des matières détachées des parties supérieures par les pluies et roulées par les eaux, les terrains en pente s'arrondissent, s'affaissent plus ou moins ; que le mouvement de ces mêmes matières s'arrête là où la pente cesse et qu'en s'y accumulant, elles adoucissent alors l'angle qui provient de la rencontre du plan incliné avec le plan de niveau. Les matières coulent avec moins de célérité et en quantités moindres à mesure que les plans inclinés perdent de leur déclivité.
C'est d'après ces causes que les petites sont altérées insensiblement, mais perpétuellement ; c'est par elles qu'elles augmentent ou diminuent de rapidité ; c'est par elles que les vallées se creusent ou se comblent, que les plaines s'abaissent ou se haussent; c'est d'elles que les terrains reçoivent leurs inflexions variées (exemple : la vallée du Tessin).
Les vents violents, les fortes gelées, l'action et la force des vapeurs mises en mouvement par la chaleur, les secousses souterraines, les volcans et d'autres causes de fermentations, concourent à modifier la surface de la terre ; mais les effets qui en résultent sont locaux et ne sont appréciables que dans des circonstances particulières.
d) Etablissement des vallonnements tV un jardin. — Les vallonnements artificiels doivent donc être établis d'après les considérations qui précèdent, et le genre adopté pour le jardin doit influer sur leur application, sans oublier toutefois qu'un jardin s'adaptant au site et à ses vallonnements naturels est toujours moins coûteux à établir; qu'il est très difficile de faire prendre à un site bien caractérisé un caractère opposé à celui qu'il a naturellement. Ce n'est qu'à grand renfort de dépenses qu'on y parvient et encore conserve-t-il toujours l'empreinte de son caractère primitif.
L'art véritable dans l'application des vallonnements doit donc tendre, dans la création d'un parc, à ne jamais dénaturer la configuration du terrain, alors que, dans la création d'un jardin, le terrain peut être entièrement transformé et le vallonnement doit être traité d'ensemble et avec autant de régularité que possible.
t'ne plaine n'est pas intéressante par elle-même ; pour peu qu'elle s'écarte de l'uniformité parle vallonnement, elle change de nature.
Prenez une cuvelte placée sur une table : présentant sa face convexe, elle paraît beaucoup plus pelite et de moindre importance que si, placée au même endroit, elle présente sa face concave. 11 en est de même des terrains ; de deux terrains de mêmes dimensions et de même forme, l'un à surface concave, l'autre à surface convexe, le premier paraîtra plus étendu que le second ; il sera également plus léger et plus élégant d'aspect.
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Fig. 80. -— Un vallonnement.
Dans un terrain bien exposé, la forme concave doit donc dominer et, dans un jardin dont on a la libre exécution comme vallonnements, le mouvement général doit toujours être concave. Ce que Ton cherche surtout par le vallonnement, c'est à allonger la perspective, en évitant l'uniformité d'un sol plat, et à agrandir l'aspect général. On ne peut y arriver que par le vallonnement concave, accentué par des accidents en remblais convexes sur des points déterminés, — tels que massifs et corbeilles, — qui viennent donner à l'aspect général plus de fond et plus d'envergure.
Les points de vue suivant une surface concave ont toujours plus d'ampleur que lorsqu'ils sont coupés par une surface convexe.
Si les terrains sont convexes, à pentes rapides, on doit les interrompre souvent par des aspérités formées de petits rochers.
Lorsqu'un vallonnement concave AB vient aboutir à un ressaut naturel du terrain garni de rochers BC, ce serait un manque absolu aux lois de la nature que de n'avoir pas en CD la continuation de ce vallonnement
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Fig- 81.
suivant une ligne sensiblement parallèle à la ligne du terrain supérieur prolongée (fig. 81).
Si le ressaut est voulu et que le terrain supérieur soit un terrain remblayé AB ou un terrain naturel plat au bout duquel aurait été ménagé,
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remhZcuis
Fig. 82.
par un déblai BCD, le ressaut en question (fig. 82), la forme convexe en remblais AB est obligatoire.
L'artiste devra, dans l'emploi des formes concaves et des formes convexes, ne pas abuser des oppositions trop brusques et des effets trop saccadés et, dans tous les cas, s'appliquer à obtenir des raccordements bien étudiés et harmonieux, imitant en cela la nature qui, même dans ses contrastes les plus prononcés, reste toujours harmonieuse.
Les bas-fonds, la ravine, le vallon le plus étroit, la vallée la plus spacieuse présentent toujours des ressources qu'il ne faut jamais manquer de mettre en évidence. Un paysage d'un de ces genres suffit quelquefois à la composition d'un jardin.
Dans la détermination de la place à occuper par une pièce d'eau, il ne faut pas perdre de vue que, créée sur une surface plane, les vallon-