LES PAUCS ET JARDINS
vent pas à l'état naturel, les lacs, les rivières et les cascades avec leurs accessoires. On admet que les sources, fontaines, ruisseaux, nappes d'eau peuvent convenir à tout jardin ; que l'étang, le petit lac, le ruisseau torrentueux et la rivière peuvent se placer dans tout parc de moyenne dimension; alors que le lac, le torrent, le vivier ont besoin pour se développer de létendue du #rand parc ou du domaine. Mais, dans le jardin le plus
Fig. 186. — Les bords d'une pièce d'eau.
petit comme dans le parc le plus vaste, il ne fautjamais négliger de ménager la vue des masses et des cours d'eau du paysage environnant et plus particulièrement celle de la mer, car ces vues conviennent à toute espèce de site.
Indépendamment des avantages déjà énumérés, les eaux plaisent par elles-mêmes : on aime à les voir, on recherche les lieux où elles se trouvent; elles répandent une agréable fraîcheur sur tout ce qui les environne; leurs bords donnent naissanceàune végétation qui leur est spéciale. Elles n'ont cependant de la grâce que lorsqu'elles se rencontrent là où la pente du terrain a dû naturellement les conduire et, dans n'importe quel cas et
quel que soit leur caractère, les eaux ne doivent jamais, dans un parc paysager, paraître un accident produit par un effet de Tari, ni se montrer sous des formes qui ne soient amenées ou justifiées par la disposition du terrain. On conçoit difficilement une pièce d'eau sur le flanc d'un coteau,
Fig. 187. — Une pièce d'eau sous bois.
de même qu'on n'admet pas une cascade dans un point bas, pas plus qu'un bassin régulier avec jet d'eau dans un vallonnement.
L'artiste doil s'appliquer à étudier et à comprendre la manière d être des eaux dans la nature et il doit s'en inspirer toujours dans ses créations personnelles.
a) Caractère particulier des eaux. — Les eaux se montrent sous trois caractères différents : elles sont libres et coulent; elles sont courantes et se précipitent; elles sont donnantes, renfermées et alors stagnantes.
Dans la première catégorie se classent les rivières, les ruisseaux, les
Fig. 188. — Eaux précipitées naturelles.
torrents; dans la deuxième, les barrages, les chutes d'eau, les cascades ;
dans la troisième, les lacs, les étangs, et tout ce qu'on désigne sous l'appellation générale de pièces d'eau.
b) Des eaux courantes , des eaux stagnantes. — Le caractère dislinctif d'une eau courante est de couler suivant une direction déterminée; celui des
Cl. Malcuit.
Fig. 489. — Eaux stagnantes.
eaux stagnantes est de n'avoir pas de mouvement propre bien déterminé.
Les eaux courantes s'étendent toujours en longueur ; les eaux stagnante s'étalent en tous sens et c'est là un des caractères qui leur est particulier et les fait se présen ter sous toutes sortes de formes et de dimensions. La raison en est que, d'une part, les bassins appelés à les renfermer ne laissant échapper que leur trop-plein, leur étendue n'est pas limitée par un courant rapide, mais seulement par la disposition du terrain. D'autre part, avec les renfoncements dans lesquels elles s'étalent et les points saillants qui les repoussent, elles présentent des baies et des caps, dus également à la disposition même du terrain, qui font prendre à leurs rives des formes variées à l'infini. Cette variété de forme — exempte de loi autre que celle qui en proscrit les saillies et renfoncements réguliers — est aussi
particulière et normale pour les eaux stagnantes qu'elle serait peu naturelle et peu admissible pour les eaux courantes.
Les eaux des rivières ou des ruisseaux, libres dans leur marche, suivent sans conlrainte les points bas du terrain dans lequel elles coulent
Fig. 100. — Eaux précipitées (imitation).
en y creusant leur lit. Elles n'ont pas tendance à s'étaler en tous sens, comme les eaux stagnantes qui, se trouvant généralement dans un point en cuvette et enserrées de tous côtés, font des efforts pour écarter les rives qui les retiennent. Ici l'obstacle résiste et la ligne limitative en acquiert tout naturellement du mouvement et de la variété (fig. 191). Là, l'obstacle cède sans beaucoup de difficulté et les lignes des bords suivent naturellement et presque parallèlement la direction du courant.
Il n'est pas nécessaire, au point de vue de la perspective, d'apercevoir toute la circonférence d'un lac, pas plus qu'il n'est admissible qu'une rivière n'offre point de bornes. Une rivière n'est jamais plus intéressante
que lorsqu'elle se perd dans un bois et qu'elle est dérobée à la vue par un accident de terrain ou par des plantations ; un lac, une pièce d'eau paraissent d'autant plus grands qu'on n'en aperçoit pas d'ensemble lous les détails. C'est surtout de leur disposition et non de leurs teintes propres que les unes et les autres tirent leur caractère.
Les eaux stagnantes admettent des bords opposés concaves (fig. 192) ;
Fig. 19J. Fig. 192.
donner cette forme aux deux bords d'une rivière serait, par contre, méconnaître les principes indiqués plus haut et ceux qui vont suivre.
c) Formation des eaux courantes. Rivière. — L'eau dans la nature est toujours en mouvement; elle s'élève en vapeurs et retombe en pluie. Lorsque celle-ci tombe sur un sol peu perméable, une faible partie seulement pénètre dans les terres, est arêtée par le sous-sol et sort ensuite en suintements qui finissent par former les petits ruisseaux ; mais la plus grande partie s'écoule à la surface en ravinant le sol.
Une contrée peu perméable présente toujours de nombreux petits cours d'eau qui forment une série de dépressions allant se réunir dans des vallons. Us rendent le sol accidenté, si la surface est élevée au-dessus des vallées voisines, ou marécageux, si elle est presque de niveau avec elles.
Lorsqu'elles tombent sur un sol perméable, la presque totalité des eaux y pénètre et s'enfonce jusqu'à un sous-sol imperméable. Elles s'y répandent et en sortent lorsqu'elles trouvent un orifice en donnant naissance à des sources souvent importantes. Il y a alors peu deruisselle-
ment superficiel, lacontrée est peu tourmentée, ne présentant que de rares vallées généralement profondes.
Pour que les eaux n'entraînent pas le terrain sur lequel elles coulent, il faut qu'il y ait équilibre entre sa résistance et leur force d'entraînement.
Fig. 193. — Imitation d'eau précipitée.
Cet équilibre ne se produit qu'au furet à mesure que le terrain prend une pente de plus en plus douce, et l'eau, en s'écoulant sur des revers moins rapides, n'a plus alors autant de force, par suite de la diminution de sa vitesse ; elle coule sans enlever les terres.
On peut donc admettre que le ruisseau approfondit la vallée au fond de laquelle il coule jusqua ce que la penle soit assez faible pour que la vitesse de son courant soit en équilibre avec la résistance du sol.
Les rivières étant les résultantes des ruisseaux, il s'en suit qu'elles cou-
lent toujours dans le point le plus bas de la vallée. Si le sol est résistant,
Fig. 194. — Une cascade naturelle.
la vallée est resserrée, ses pentes rapides arrivent jusqu'à Teau et son thalwegest d'autant plus incliné que le volume d'eau est plus faible. Plus
gallon
t^tS ortie du vallon
pi
aine
l'inclinaison est forte, plus les eaux sont torrentueuses, forment des rapides et courent bouillonnantes au milieu d'une nature agitée, généralementrocheuse. Les inflexionsde la vallée sont alors brusques et motivées par des sauts de terrain ou par des barrages de rochers plus compacts, par des chutes et des cascades qui disparaissent au fur et à mesure que
le sol devient moins consistant. Il est creusé et emporté par le passage des eaux jusqu'à ce que la pente soit devenue assez faible pour que la vitesse du courant ne ronge plus ou faiblement le lit et les berges. La diminution de pente d'un ruisseau ou d'une rivière est en raison directe de l'augmentation de sa profondeur et de rallongement de son cours.
L'augmentation de profondeur correspond à l'élargissement des vallées et les lacets formés parles cours d'eau s'accentuent et se multiplient d'autant plus que leur courant devient de plus en plus faible.
Ces lacets sont formés par le courant lui-même (fig. 195.... courant), c&r lorsqu'une rivière débouche sur une plaine, elle y cherche pour son écoulement les points bas; mais, poussée par la force de son courant, elle ept entraînée dans un sens quelquefois opposé à celui de la pente générale du sol.
Si ce sol est friable, elle l'emporte, jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle (ô, fig. 195) formé, soit par un sol plus consistant, soit par l'élévation des berges. Le courant est dévié dans un autre sens qui reste toutefois dans la direction de la pente générale. L'eau poussée par la force centrifuge du côté de la rive c (fig. 195) la creuse, alors qu'elle laisse déposer sur l'autre rive e les matières charriées qui donnent lieu à des alluvions et font avancer cette rive parallèlement à elle-même vers c qui recule. Après avoir léché pendant quelque temps cette rive, le courant se trouve rejeté à nouveau à l'opposé sur la rive f où il produit les mêmes phénomènes qui se continuent en formant, par rapport à la ligne générale de pente, des rives concaves et des rives convexes décrivant des lacets qui
Fig. 195.
LE STYLE PAYSAGER (DES EAUX) m 105
vont diminuant jusqu'à ce que le courant devienne assez faible pour ne plus déplacer les rives.
Les deux bords d'une rivière sont donc sensiblement parallèles et son
Centre do
H rivière
Fig. 196.
lit s'élargit surtout aux points de renversement du courant. Ces élargissements, aussi accentués qu'ils puissent être, font toujours tourner dans le
Genh-e de ^
la rivière
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môme sens les courbes décrites par les deux rives. On ne trouve pas normalement dans une rivière des renflements formés par deux concavités dirigées vers le centre de la rivière
(fig. 196), car, en admettant qu'une cause fortuite occasionne une telle disposition, le courant se porterait à un moment donné sur une des rives au détriment de l'autre, entraînant le déplacement du fond de la rivière. La rive abandonnée par le courant n'étant plus baignée que par de l'eau presque stagnante serait vite comblée par les matières charriées.
Les rives convexes par rapport au centre de la rivière (fig. 197) ne sont pas non plus admissibles, car le courant resserré entre cet étranglement deviendrait plus fort et aurait vite fait, à moins de circonstances exceptionnelles, de se frayer un chemin en usant les obstacles (voir le pointillé).
Il résulte de ce qui précède que les berges des rivières peuvent arriver à se rapprocher ou à s'éloigner très sensiblement, mais qu'elles conservent
Fig. 198.
cependant toujours entre elles un parallélisme approximatif, c'est-à-dire que Tune est toujours concave, opposée à l'autre qui est convexe, ou réciproquement.
Une rivière arrivant dans une vallée circulaire, dont l'autre extrémité se trouve légèrement plus haut que le point d'arrivée, s'y répand et s'étale jusqu'à ce que son niveau ayant atteint une certaine hauteur, elle déborde à nouveau : c'est ainsi que se forment les lacs. On peut vérifier l'exactitude de ce qui précède sur un trottoir ordinaire d'une certaine largeur, en prenant un arrosoir d'eau et en laissant couler assez lentement son contenu du sommet delà pente de ce trottoir (fig. 198). L'eau forme tout d'abord une petite agglomération stagnante, s'enflant jusqu'au moment où, débordant, elle cherche à s'écouler. Au lieu de descendre en ligne droite vers le caniveau, on la voit se faufiler vers les points bas provenant des tassements et se livrer au travail indiqué plus haut. Il arrive que, dans sa course, l'eau rencontre un tassement plus profond et plus grand que le voisin : elle s'étale alors, prend de l'ampleur et forme un lac en miniature. El lorsqu'elle est arrivée à remplir ce creux, elle s'échappe à nouveau par le point le plus bas des bords et recommence à couler.
d) Rivières et cours tT eau. — Nous avons ditqu'une rivière était d'autant plus sinueuse qu'elle était moins encaissée etque son cours, moins rapide, s'étendait dans un lit moins resserré.
La profondeur des eaux y est très variable et celles-ci sont, en général,
Mauvais. Bon .
Fig. 199. Fig. 200.
limpides, lorsqu'elles coulent sur un sol rocailleux ou sableux ou quand elles dorment paisibles au niveau des gazons.
Ce serait donc une mauvaise imitation du cours sinueux mais toujours continu d'une rivière que de construire une suite de bassins tourmentés
par des retours brusques les repliant continuellement sur eux-mêmes et disgracieusement tortillés de courtes et subtiles sinuosités, plus nombreuses trop souvent dans un jardin de quelques hectares qu'elles ne le sont naturellement dans le cours d'une rivière à travers tout un pays (fig. 199). Une autre faute consiste à effiler en coin aigu une langue de terre très étroite formant un des bords d'un détour forcé et de ne pas arrondir suffisamment le bord opposé (fig. 200) . Une troisième est de ne pas indiquer la rive en élargissant, à ses dépens, le lit de la rivière, ainsi
CKufe
Mauvais.
Bon.
Fig. 201.
Fig. 202.
que cela a toujours lieu par l'effet naturel du courant dans les détours quelquefois brusques d'une rivière même rapide [fig. 201) .
Quand les eaux se divisent pour former une île, les deux courants qui l'entourent sont rarement de même force et de même largeur et toujours le lit en aval de cette île est élargi par la réunion des deux courants (fig. 202).
Si Tune des rives est concave, la rive opposée doit être convexe, à moins qu'une crique dune certaine importance ne soit formée par le courant détourné. Tout élargissement du lit de la rivière doit se faire suivant ce principe (fig. 203).
Les bords d'une rivière n'ont pas partout le même escarpement ; ils doivent toujours suivre les accidents et la configuration du terrain.
Les bords opposés ne sont pas obligatoirement de même décrochement et leurs talus ne sont pas tenus à être constamment uniformes, à moins, par exemple, que le courant insensible n'arrose constamment le gazon d'une pelouse (fig. 204).
Si la nature du terrain et le nivellement forcent à encaisser la rivière, soit pour empêcher des infiltrations, soit pour éviter des dépenses de
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Dispos i lion mauvaise. Disposition bonne.
Fig. 203.
Admissible.
nivellement et de rocailles, il faut conserver aux rives le talus naturel des terres mises en remblais de façon à ne pas être obligé de les piloter
Fig. 204.
(fig. 205). Cette dernière opération peut être nécessaire dans certains cas pour éviter ou pour sauver un arbre, ou pour une cause de force majeure.
Terrain «n pente
Fig. 206.
A travers un massif
Fig. 205.
Le pilotage simple (fig. 206), bien qu'admissible, manque d'élégance et Ton doit, autant que possible, soutenir dans ce cas les terres par des enrochements (fig. 207).
LE STYLE PAYSAGER (DES EAUX) lôfr
Dans un pays accidenté, agreste ou sauvage des rochers peuvent motiver des chutes d'eau et des différences de niveau entre les biefs d'une rivière ; mais, au milieu d'un pays de plaines, on ne doit en faire usage qu'avec beaucoup de discrétion. Leur emploi exagéré serait aussi ridicule
Fig. 208. — Rivière non encaissée.
qu'une différence trop sensible dans les niveaux des biefs, à moins qu'une chute ne soit motivée à un point déterminé par un ressaut naturel du terrain.
Les différences de niveau et les chutes peu naturelles, mais nécessitées, souvent, par un mouvement général du vallonnement ayant tendance à relever l'habitation, ou destinées à donner de l'écoulement aux eaux, se dissimulent généralement soit par un pont, soit par un massif. Les chutes naturelles ou motivées se dégagent au contraire et s'avantagent par des enrochements.