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LES PARCS ET JAKDINS

C'est une faute commune à bien des architectes paysagistes, lorsque Thabitation est plantée parallèlement à un cours d'eau, sur un terrain presque plat, que de ménager la vue de cette rivière suivant Taxe d'une vaste pelouse perpendiculaire au milieu de la façade de la construction (tig. 211). 11 faudrait, au contraire, la masquer à ces endroits où le cours

Fig. 209. — Rivière légèrement encaissée.

d'eau le plus large semblera toujours étroit pour l'ouvrir grandement sur ceux où il se développe en fuyant vers l'horizon. Les premiers plans devront être largement traités et le plus possible en harmonie avec le fond riche et majestueux formé par les eaux, où il se développe des reflets d'une telle puissance et d'un tel effet décoratif qu'il serait de la dernière maladresse de les amoindrir, en ne laissant apercevoir qu'une petite flaque d'eau sans étendue.

Par contre, le ruisseau qui s'échappe d'un massif pour courir vers

le fleuve ou la rivière est un effet naturel qu'il ne faut pas négliger.

Les rivières suivent au point de vue de leur construction les mêmes règles que les lacs et les pièces d'eau et les profils de leurs bords doivent se traiter de la même façon.

Lorsqu'un domaine est traversé par un grand cours d'eau, la partie

Fig. 210. — Rivière très encaissée.

AB (fig. 213) de ses bords qui serait aperçue d'un point important de la propriété, de telle façon que le rayon visuel fût perpendiculaire à la direction des rives, paraîtrait, par un effet de perspective, présenter un écartement moindre qu'il ne l'est en réalité et l'aspect de ces deux bandes sensiblement droites et parallèles à l'horizon est à éviter. 11 faut, dans ce cas, masquer par des plantations cette partie du cours d'eau et dégager, au contraire, les rives BD (fig. 214) qui, vues du môme point, s'écartent de l'observateur et laissent apercevoir une nappe d'eau plus étendue.

Lorsque ce cours d'eau sert de limite au domaine, au lieu de le traverser, et que des plantations en groupes isolés et d'essences particulières existent sur la rive opposée à la propriété, il ne faut pas hésitera repro-

Fig. 211.

duire ces mêmes plantations sur le terrain dont on dispose. Les massifs ainsi créés, bien que séparés par la largeur de la rivière, paraissent ne former qu'une seule masse et les limites du domaine semblent alors plus reculées.

e) Les ruisseaux. — Le ruisseau n'est autre chose qu'une petite rivière, peut-être plus rapide que la rivière proprement dite, mais d'un volume plus restreint et d'étendue moindre. Il est plus discret, moins décoratif qu'elle, mais son murmure est un charme supplémentaire qu'on ne doit pas négliger, tant dans le domaine le plus riche que dans le jardin le plus modeste. Son application peu coûteuse pour ce dernier cas n'est pas un de ses moindres avantages.

f) Les sources. — Ce sont les sources qui donnent généralement naissance aux ruisseaux et aux rivières ; elles sont naturelles et abondantes

ou proviennent de captations convenablement exécutées. Elles peuvent

Fig. 212. — Chute nécessitée par le mouvement général du sol.

sortir normalement de terre ou être amenées h des points déler-

Fig. 213.

Fig. 214.

minés pour donner naissance à des rivières ou motif à des chutes d'eau.

Il ne faut négliger aucun moyen de procurer à une propriété l'agrément de l'eau, mais il ne faut pas étalera découvert une maigre source formant fontaine et tombant dans un bassin ; il convient, au contraire,

Cl. Neurdein.

Kitf. 215. — Un chenal formant point de vue (extérieur de la propriété).

de la laisser deviner au milieu de la verdure. 11 ne faut pas non plus prodiguer les nombreuses sources qu'un terrain peut posséder en des bassins multiples et séparés, mais bien les recueillir convenablement par des tranchées souterraines, pour les amener à composer une source unique, sinon plus accentuée et plus importante, tout au moins donnant naissance à un ruisseau, à une rivière ou même à un lac.

g) Formation des eaux donnantes. — Les eaux dormantes sont produites, soit par les eaux des pluies qui viennent se réunir dans une cuvette naturelle (ce qui est le cas de la plupart des lacs et des étangs), soit par une rivière dont une vallée a, en opposant un obstacle à son écoulement,

Fig. 216. — Un ruisseau dans un parc.

refoulé les eaux, soit par une rivière débouchant dans une vallée circulaire dont elle remplit le fond jusqu'à ce qu'elle s'échappe dans une autre vallée plus basse qui lui sert d'écoulement. Le courant, à la sortie d'un lac ainsi formé, est toujours impétueux.

Tels sont les principes généraux qui doivent servir de base à toutes les créations de l'architecte paysagiste dans le domaine des eaux naturelles.

h) Lacs. Pièces d'eau. — 11 résulte de ce qui précède qu'une pièce

d'eau tire son caractère et son expression des inégalités de ses rives, de leurs saillies ou de leurs renfoncements produits par les mouvements du terrain qui les renferme et c'est ce cadre, si susceptible d'accidents et de variété, qui l'embellit et en fait le principal charme.

Fig. 217. — Une source donnant naissance à un ruisseau (artificiel).'

L'étendue d'un lac ou d'une pièce d'eau doit être proportionnée à l'ensemble de la composition et au site dans lequel ils doivent figurer.

Lorsque le lac ou la pièce d'eau sont formés par une rivière, la partie la plus large ou la partie arrondie doit toujours se trouver à l'opposé de l'arrivée du courant — (fig. 219 bon tracé) (fig. 220 mauvais tracé).

Un lac ne doit pas être trop étendu et ses limites, qui peuvent être dissimulées, ne doiven t pas cependant échapper complètement aux regards : l'impression donnée par une vaste surface monotone est peu satisfaisante lorsque l'œil n'y trouve aucun objet sur lequel il puisse se reposer. Une

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vue sur l'immensité de la mer empoigne par sa grandeur et sa majesté ; mais combien cette vue ne gagne-t-elle pas à s'orienter sur cette immensité en passant sur un rivage, un cap ou une île qui donnent une figure particulière à l'ensemble.

Si Ton admet ce principe que, même la mer, — l'étendue la plus vasle que l'œil puisse embrasser — doive être agrémentée ou calée par des à-côtés, on est conduit à l'admettre également et a fortiori pour la surface

«, arrivée du courant.

6, partie opposée à celle arrivée.

Fig. 219. — Bon tracé. Fig. 220. — Mauvais tracé.

non bornée d'un objet infiniment moins vaste. Un lac dont les bords sont situés à perte de vue paraît n'avoir pas de limites; ce n'est qu'une surface plate sur laquelle la vue se perd et qui n'offre rien d'intéressant ni d'agréable. Une côte peu élevée et éloignée qu'on apercevrait peu distinctement ne saurait corriger à elle seule ce défaut, mais elle peut servir à le faire disparaître si, à des endroits déterminés, elle est couverte de végétaux qui lui donnent de la silhouette. Si Ton peut y distinguer, même confusément, des édifices ou des habitations importantes, le résultat n'en sera que meilleur.

Ces observations, bien que se rapportant directement aux grands lacs naturels, sont néanmoins applicables pour l'établissement, dans les parcs, des lacs qui doivent être une imitation aussi parfaite que possible des premiers. Il faut observer les mêmes principes pour les uns que pour les autres, car un lac artificiel, aussi restreint qu'il soit par lui-même, peut devenir très important si on le compare à l'ensemble et être alors être si mal proportionné à tout ce qui l'environne qu'il offre, mal-

gré son peu d'étendue, toute l'insipidité d'une immense plaine liquide. De même que, par ces artifices, on peut rapprocher de l'œil la partie de rivage qui semble trop éloignée, de même on peut, en abaissant jusqu'au niveau des eaux les rives trop exhaussées et trop visibles, en sup-

Fig. 221. — Une pièce d'eau vue de la tour Eiffel.

primant les objets susceptibles de les rapprocher, faire fuir le rivage et le confondre avec l'horizon : la surface de l'eau moins visiblement circonscrite paraît alors plus étendue.

i) Les bords des pièces {Veau. — Dans la nature, le bord des eaux est bas ou escarpé, sablonneux on marécageux, pierreux ou rocailleux suivant la nature des terrains. L'art peut s'appliquer à imiter ces différents genres, mais sans perdre de vue ce principe que, si la pièce d'eau est creusée dans le sol naturel et n'est pas alimentée par une rivière, ses bords doivent être taillés aussili pic que possible afin d'éviter des rivages vaseux lorsque les eaux s'abaissent, soit par évaporation, soit par infiltration. Si la pièce d'eau occupe l'emplacement d'un marécage et est alimentée par une rivière, quoique les berges ne se découvrent pas, il est bon, sinon, comme dans le cas précédent, d'avoir des berges à pic, du moins de leur donner

une inclinaison assez forte, afin d'obtenir rapidement une profondeur suffisante pour les empêcher d'être envahies par les plantes aquatiques. Si Ton veut accentuer cette végétation sur des points déterminés, il suffit de baisser les parties des berges correspondantes en pentes très douces.

Les bords des étangs et des pièces, d'eau sont, comme ceux des lacsT

Fig. 222.

susceptibles de prendre un grand nombre de formes, mais moins il va d'étendue d'eau, plus il serait puéril de rechercher des contrastes mul-

Fi£. 22i. — Mauvais tracé.

Fig. 225. — Bon tracé.

tiples. Les criques, les baies plus ou moins prononcées, les caps, les presqu'îles, les langues déterre, les promontoires, les embouchures de fleuves ou de rivières sont des inégalités naturelles des bords d'un bras* de mer ou d'un grand lac, mais il serait absurde d'en rechercher l'imitation, qui ne serait que choquante et risible, dans le contour d'un étang ou d'une pièce d'eau.

Quoique la variété soit le charme principal d'une pièce d'eau ou d'un lac,«il ne faut pas pousser à l'exagération en déchiquetant confusément leurs bords. La sobriété dans les détails, même les plus attrayants, doit toujours être une règle fondamentale du goût. Un enfoncement ou une baie demi-circulaire (fig. 222), malgré la beauté de cette forme, n'est pas naturelle. Il en est de même d'une figure limitée par des lignes droites (fig. 223).

Il faut donc composer ses contours, soit avec des lignes courbes, mais jamais régulières, soit avec des lignes presque droites, mais jamais complètement droites. Malgré tout, il faut que les contours aient assez de régularités pour éveiller Vidée de la forme et assez de variété pour exclure la monotonie (fig. 224).

11 faut également qu'il règne, à notre avis, une certaine idée de parallélisme dans l'ensemble des berges du départ a d'un lac et jusqu'à l'endroit de largeur maximum bc (fig 225).

j) lies. — Les eaux stagnantes peuvent admettre des îles, mais sans arbres et avec discernement, et il faut savoir s'en passer lorsqu'elles ne contribuent pas directement à l'embellissement de la scène. Placée avec art, une île (ou un groupe d'îles, suivant le cas) peut donner plus de profondeur à une perspective, faire paraître plus étendue la surface des eaux et plus éloignés leurs bords, soit en diminuant le lac aux endroits nécessaires, soit en dissimulant une partie. Mais il faut avoir soin que cette île ou ce groupe n'ait pas pour résultat de rétrécir par trop la pièce d'eau et de lui faire perdre toute proportion avec le site environnant.

Les îles dans les eaux stagnantes d'un lac diffèrent par leur forme de celles des rivières. Les premières sont plus unies, plus rondes et produites par la seule disposition du terrain : leurs formes peuvent être variées à l'infini. Les secondes étant produites parla division d'un cours d'eau doivent s'en ressentir, être plus allongées et avoir des berges qui conservent toujours un parallélisme apparent avec les berges opposées de la rivière. Dans les eaux courantes, les aspérités saillantes sont détruites par la force du courant et l'île prend une forme d'autant plus oblongue que le courant est plus rapide. La pointe de l'île se présente le plus souvent en amont (fig. 226) ; elle peut être en aval si les bords opposés à l'île, en se rapprochant, resserrent le courant et le rendent plus rapide (fig. 227).

Il faut aussi conserver une certaine proportion entre l'île et la surface liquide d'un lac en même temps qu'avec l'ensemble du paysage environnant. Une propriété très grande en pays très ouvert comportera

Point • en amont

Pointe en aval

Fig. fc*>.

Fiç. 227.

un lac et une île traités différemmentqu'une propriété renfermée, limitée

a . arrivée <îe l'eau h départ, de l'eau ..... courant

Fig. 228.

Fig. 229.

par des murs avec un horizon borné, pour lequel le goût et le raisonnement sont les seuls guides.

k) Formation d'une pièce d'eau ou d'un lac. — Une pièce d'eau tire son origine soit d'une rivière rencontrant dans sa route un point bas formant bassin dans lequel elle s'épanche et qu'elle remplit pour s'en

échapper à nouveau et reprendre ensuite sa marche normale ; soit d'une rivière qui s'étale avant de se perdre à un endroit déterminé. Dansle pre-

Pig. 230.

mier cas, la pièce d'eau ou le lac doit se terminer non en s'évasant, mais en se rétrécissant, pour ramener les eaux au point de départ qui doit, sauf dans certaines circonstances provenant d'accidents de terrain, se trouver à l'opposé de l'arrivée (fig. 228). Malgré un terrain accidenté (fig. 229) ces deux points ne doivent jamais être situés l'un à côté de l'autre (fig. 230), à moins que le lac ne soit agrémenté d'une lie (fig. 231).

La ligne pointillée des figures cicontre indique le courant tel qu'il doit s'établir et tel qu'il doit servir de base pour l'orientation des berges.

Dans le cas d'une rivière s'épanchant pour se perdre dans un déversoir, la pièce d'eau ou le lac ainsi formé doit toujours se terminer en s'évasant et le point d'écoulement des eaux doit se trouver généralement au milieu du fond de l'évasement et toujours au point des berges le plus éloigné de l'arrivée (fig. 232) .

Si l'on veut atteindre le maximun d'eflet décoratif, il faut parvenir à créer, par la disposition du vallonnement, une chute à l'arrivée et au départ de l'eau ou seulement une chute à l'un de ces deux points ; mais, pour cela, il faut que le terrain environnant s'y prête, car vouloir établir une cascade dans un site qui n'en seconderait pas, par son aspect général,

û-C.A évasemervt Je lac

. B. milieu du fond de l'ëvasemenl

Fig. 232.

l'exécution est toujours une entreprise téméraire et très délicate. Les efforts trop ostensibles et trop violents faits pour combattre des dispositions naturelles peu favorables sont permis, mais il faut se défier de voir

Fig. 233.

s'évanouir le charme qu'on s'était promis d'en tirer, en n'arrivant souvent qu'à un non-sens. Malgré tout, il faudra que le terrain soit plié à cette

décoration par des vallonnements et par des remblais raisonnes et non par des remblais d'exhaussement formant chaussées ou talus et amenant le niveau des eaux au-dessus du sol environnant — (fig. 233 mauvais profil) (fig. 234 bon profil).

1) Cas où la création dune pièce d eau est obligatoire. — Lorsqu'une propriété présente un bas-fond marécageux, il est indispensable d'assainir le sol en creusant un lac ou une pièce d'eau. Le cas le plus fréquent est celui d'un vallon dans lequel on fait une retenue : les eaux épousent alors normalement le relief du sol ; elles forment des anses sur les points où la vallée et le vallonnement s'élargissent et elles sont repoussées, au contraire, lorsqu'un contrefort du coteau ou un bombement dans le mouvement du sol vient former un cap. Le fond et les bords de la pièce d'eau seront alors très faciles à arranger ; il suffira d'en accentuer les berges de manière à y éviter les marécages.

Dans bien des cas la construction d'une pièce d'eau peut être commandée par la nécessité de capter des sources ou, aussi, parcelle d'obtenir des déblais nécessaires pour les remblais.

m) Raccordement des vallonnements avec les bords des eaux. — Les ter-

rassements aux abords d'une pièce d'eau ou d'un lac, pour produire un effet agréable, doivent être dirigés en pentes douces vers le niveau de l'eau. Le raccordement des vallonnements avec une pièce d'eau peut se

Fig. 2J5.

Fig. 236.

faire, soit en arrivant à plat légèrement au-dessus de la ligne de niveau (fig. 235), soit en se décrochant sur cette ligne en une bordure arrondie très allongée (fig. 236) formant encaissement gazonné au pourtour.

Fig. 237.

Fig. 238.

Cet encaissement varie suivant les formes du vallonnement général : lorsque le vallonnement est allongé et large, la bordure s'en ressent et

Fig. 239.

Fig. 240.

est d'une faible hauteur; lorsque le vallonnement est resserré (fig. 237), la bordure est courte et sa hauteur est imposée par le profil.

Si les bords se trouvent resserrés entre deux bombements de massifs à la naissance de la pièce d'eau (fig. 238), les bordures viennent se raccorder avec le bombement général.

n) Etanchéité des pièces d'eau. —Lorsque le terrain dans lequel estcreusée une pièce d'eau est perméable, on retient les eaux par des moyens artificiels. Les deux systèmes employés couramment sont : le glaisage et le bétonnage. Le glaisage, lorsqu'on a la glaise sous la main, est le plus économique.

Suivant les cas, basés sur la nature même du sol et sur la quantité

186 LES PAIICS ET JAHDINS

d'eau disponible, Fétanchéité doit être parfaite ou relative. Pour une étanchéité parfaite, il faut avoir recours au bétonnage ; pour une étanchéité relative, le glaisage suffit. Le glaisage se fait ou sur la surface des berges seulement, si le fond est assez imperméable, ou sur toute l'étendue de la pièce d'eau, dans le cas contraire. Le bétonnage doit se faire sur toute la surface.

o) Profils des tords de pièces d eau ou lacs. — Bien des formes ont été données aux bords des étangs, pièces d'eau ou lacs, depuis le perré en

TTO9*>*S

Fig. 211. Fig. 2k2.

maçonnerie, en perré droit incliné (fig. 239) ou à parois verticales (fig. 240), et les bordures inclinées en ciment (fig. 241) jusqu'aux bordures allongées formées par le sol naturel (fig. 242).

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& . revèUnia/it béton armé b béton orclini'rra

Fig. 243. Fig. 2tt.

L'expérience a démontré la nécessité de la règle suivante. 11 faut employer les bords inclinés, lorsqu'il s'agit de sol naturel ou de bords glaiseux, et les bords relativement verticaux, lorsqu'il s'agit de berges construites. Dans bien des cas, on trouve le bord cimenté d'une pièce d'eau établi suivantla forme ci-contre (fig. 243). Celte forme aie désavantage de ne pas retenir les terres et de laisser dégagée une ligne de séparation entre Feau et le gazon. Beaucoup de paysagistes, pour obviera cet inconvénient, font garnir la partie A (fig. 244) de rocaillages. Cela a tout au moins l'avantage de rapprocher le gazon du plan d'eau, mais laisse quand môme subsister une

ligne de démarcation, peut-être moins visible et moins régulière que la précédente, mais tout aussi désagréable.

Le gazon des pelouses bordant une pièce d'eau, étang ou lac doit venir.se perdre autant que possible dans l'eau même. Cela est relativement facile lorsqu'on a affaire à une bordure inclinée formée par le sol naturel ou glaise. Il suffit pour un terrain naturel (fig. 245) de semer tout le talus

Fig. 245.

jusqu'en a et de laisser pousser le gazon, avant le remplissage de la pièce d'eau, ou d'en plaquer, ce qui est préférable.

Lorsqu'il s'agit d'une bordure glaisée (fig. 246) on sème jusqu'au m veau a duglaisage. Mais lorsqu'on se trouve en présence d'un sol perméable et qui

S*f°n <ft0 40j5

Béton ordinaire/

Fig. 247. Fig. 248.

nécessite pour la conservation de l'eau un bétonnage (et nous recommandons un bétonnage composé d'unepartie de 0m,10, 0m,15 ou 0m,20, suivant les sols, d'épaisseur de béton ordinaire revêtu d'un béton en ciment armé qui a donné à l'usage, par son homogénéité, des résultats merveilleux), le profila adopter est celui indiqué (fig. 247). lise fait aussi bien en maçonnerie avec revêtement en ciment arme qu'en béton et ciment armé. L'avantage de la coupe Ax (fig. 248) est de permettre devenir jusqu'au bord de l'eau avec le remblai en terre végétale (ligne pointillée, fig. 248) et de semer. L'eau s'arrêtant à l'arête x, le gazon peut pomper l'humidité qui lui est nécessaire sans être détérioré par le clapotis de l'eau. On peut m}molaiss3r déborder le niveau de l'eau au-dessus de l'arête x jusqu'à

la ligne pointillée c. L'absorption se fera encore plus facilement et le gazon ne se desséchera pas par sui le de manque de fraîcheur qui pourrait être occasionné par le ciment de la bordure. De cette façon on obtient des bordures de pièces d'eau absolument parfaites et d'apparence natu-

Fig. 219. — Une source.

relie, la trace de la main de l'homme disparaît par le revêtement de terre et, dans ce cas aussi, le placage de gazon (lorsqu'on peut s'en procurer) est préférable au semis.

p) Des eaux précipitées ou tombantes. Cascades. — Lorsque la pente du sol sur lequel les eaux coulent s'accentue, elles se précipitent et donnent naissance à des torrents; lorsque la pente aboutit à une paroi verticale du sol, les eaux sont tombantes et forment des cascades. C'est généralement dans les pays montagneux que les eaux torrentueuses prennent

Fig. 250. — Un parc avec son potager (par M. R..., architecte paysagiste à Paris).

naissance, tantôt coulant en torrents ou en ravins, tantôt tombant en cascades qui rejaillissent sur les flancs des rochers.

L'imitation de ces effets doit être étudiée conformément à ces données et une cascade ne peut guère se placer que dans une partie fortement accidentée, lorsqu'on a à sa disposition le volume d'eau suffisant pour franchir, assez brusquement et pendant un temps déterminé ou, ce qui est préférable, continuellement, les divers obstacles qu'on lui oppose. L'importance de la cascade varie suivant les emplacements, mais, sauf de bien rares exceptions, cette imitation reste toujours au-dessous de la nature.

Le ruisseau torrentueux est un dérivé du torrent et est surtout h sa place dans un parc. Il n'exige pas autant de volume d'eau qu'une cascade ou qu'un torrent et doit être dirigé, pour paraître naturel, à travers un ravin.

Les chutes se présentent sous divers aspects : les eaux peuvent s'échapper en une seule masse ou se diviser en plusieurs ; la naissance de la chute peut présenter une seule ligne de niveau ou deux ; elles peuvent être très larges ou très étroites, très hautes ou très basses et subir une quantité infinie de modifications. Les proportions à déterminer entre la hauteur, la largeur et le volume d'eau, les relations que ces proportions peuvent avoir avec les scènes où elles jouent un rôle, les genres auxquels les chutes peuvent s'adapter et les types de chutes qui conviennent à ces genres sont déterminés surtout par le goût et par l'imagination de l'artiste, alliés à l'étude des lois naturelles de la marche des eaux. Pourtant, trois points se détachent nets et précis : il faut que le site dans lequel on veut faire entrer un torrent ait un caractère propice à cet accident; il faut que la chute soit autant que possible constante ; il faut surtout s'appliquer à masquer l'art mis en œuvre et à voiler l'artifice.

q) Voisinage de la mer. — Les créations faites sur les bords de la mer doivent être dessinées à grands traits, car ce n'est pas à travers l'étroite percée d'un obscur massif, mais, au contraire, largement que la vue doit pouvoir s'étendre. C'est là qu'il faut, plus que partout ailleurs, étudier la configuration du terrain et, loin de le tourmenter par des vallonnements multiples, l'en affranchir au contraire et l'agrandir de toutes parts par des vallonnements continus ou allongés.

r) Caractère spécial des eaux par rapport à chaque genre de jardin. — 11

résulte de ce qui précède que le caractère dominant des eaux employées détermine leur utilité et leur appropriation à tel ou tel genre. Le domaine cl le grand parc admettent les eaux sous toutes leurs formes, mais il ne fait réellement cas que de celles qui sont en proportion avec l'ensemble

Fig. 251. — Plantation bords des eaux (sous-bois).

général et qui, par leur volume, y apportent une expression déterminée : les petits effets y sont obtenus par des ornements de détails, des surprises des coins de fraîcheur. On devra donc s'attacher à accentuer les eaux existantes qui ne le seraient pas suffisamment, à les rendre plus ostensibles; mais on devra en voiler des parties, s'il y a défaut ou excès de proportion dans l'ensemble. Elles devront toujours être traités de façon que cet ensemble en acquierre plus de vigueur et plus d'expression.

Au parc conviennent les eaux établies en surface et, pour cette raison, on y recherche les eaux stagnantes. Si l'on doit employer des petits effets

d'eau, ce ne peut être que dans des scènes détachées et particulières auxquelles on veut donner de la fraîcheur et un intérêt spécial. 11 faut éviter de les faire concourir à l'ornement des grands ensembles qui doivent être la dominante d'un grand parc.

Le petit parc admet tous les genres pourvu qu'ils concourent à l'ensemble général.

Le jardin peut se passer des effets d'eau, mais il admet le ruisseau

Fig. 252. — Plantation (bords de pièce d'eau).

aux bords doux et frais, dont le cours modéré serpente entre les gazons et les fleurs en égayant quelque coin ombragé. Il admet la petite pièce d'eau, restreinte et limitée, car, n'étant généralement composé que de* scènes de petite étendue, les eaux stagnantes ne peuvent y être mises qu'en proportion de ces scènes. Lorsque le respect de ces proportions amène à réduire par trop les effets cherchés, il faut savoir ne pas hésiter à supprimerla pièce d'eau.

Dans le parc rural, ce qu'il faut préférer ce sont les ruisseaux qui fertilisent les champs et donnent de l'activité à la végétation; ce sont les chutes ou retenues d'eau qui peuvent faire marcher roues ou turbines. Il convient d'en proscrire celles qui ravagent et dévastent et toutes celles qui, en général, ne présentent pas un but d'utilité.

s) Plantation du bord des eaux. — Les rivières, pièces d'eau et lacs apportent naturellement un grand charme dans une scène paysagère ; mais ce charme est encore augmenté par l'ordonnance des plantations sur les rives. Suivant leur disposition, on arrive à produire, dans une propriété assez étqndue, des scènes très diverses.

Quelques saules touflus de trois ou quatre espèces mélangées donnent souvent d'agréables effets. Un peuplier d'Italie isolé fait bien sur le

Fig. 253. — Plantation (bords de pièce d'eau).

bord des eaux; un groupe de peupliers prend du caractère et un de ces arbres change complètement d'aspect, s'il est calé par une touffe de saules.

On trouve dans la nature de ces exemples qu'il ne faut pas négliger d'étudier.

Cette observation de la nature a amené le praticien à choisir, pour la plantation sur les rives des lacs, pièces d'eau, etc., certains arbres et arbustes particuliers et à faire une distinction entre les espèces convenant aux bords des eaux tranquilles et celles plus spéciales aux eaux courantes. C'est donc surtout la connaissance de ces végétaux, au point de vue pratique plus encore qu'au point de vue botanique, et plus que toute théorie qui guidera le paysagiste dans ces plantations.

Et c'est de la pratique que ressortent les principes théoriques ciaprès :

1° Une plantation du bord des lacs et pièces d'eau peut être homogène ou composée d'essences variées.

Fig. 254. — Plantation des bords d'une rivière.

2° Les plantations homogènes ne sont admissibles que sur de grands espaces.

3° Dans un parc de moyenne étendue, tout en conservant la tonalité générale du lieu dans la plantation des fonds, il vaut mieux varier les essences.

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