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IV. — LES ROCHERS

Exposé. — On donne le nom de roches à toutes les substances minérales qui se rencontrent dans Técorce du globe en masse considérable :

Cl. Neurdein.

Fig. 255. — Rochers naturels. Assises horizontales.

tels sont les granits, les grès, les calcaires, les sables, etc., et on entend généralement par rocher la masse extérieure, isolée et apparente d'une roche.

Par la diversité de leurs formes, de leurs masses et de leurs couleurs, les rochers sont aussi une des ressources les plus pittoresques offertes par la nature à l'artiste paysagiste, soit que leurs anfractuosités escarpent le flanc stérile d'une colline ou que leurs fissures étalent, à travers leurs débris,, une végétation qui contraste avec l'aridité de leur masse; soit que leurs blocs façonnés par le temps se détachent en saillies menaçantes, s'amoncellent en masses soutenues par des piles, se courbent en arcades, s'enfoncent creusés en cavernes ou voûtés en grottes ; soit qu'ils apparaissent en fragments isolés ou se groupent mamelonnés sur le versant de la colline ; soit enfin qu'ils soient sillonnés, déchiquetés et rongés par les eaux. Quelques-uns sont entiers et solides dans la totalité de leur masse; d'autres sont crevassés et d'autres, minés par la base, sont merveilleusement soutenus par des fragments inférieurs peu en rapport avec le poids qu'ils supportent.

On voit par là quels accidents intéressants les rochers peuvent amener dans une perspective et quels éléments puissants de décoration ils apportent dans la composition de toute espèce de jardins.

Si, dans un domaine, on peut rencontrer des rochers d'une certaine envergure — qu'il est toujours intéressant de conserver, soit qu'ils se présentent en amas, ou par fragments, soit qu'ils se lient avec le sol ou s'en détachent — ce serait, à plus forte raison, une grande faute que de ne pas ménager la vue sur ceux existant dans le moindre jardin. Il n'est pas niable que les rochers et les rocailles que peut offrir le sol d'un jardin présentent, dans bien des cas, un effet décoratif de quelque intérêt, et que, malgré l'exiguïté du cadre, on ait avantage à les conserver et même quelquefois à les avantager en les dégageant par des vallonnements appropriés.

On est arrivé, après s'être longtemps contenté d'ajouter aux charmes des rochers existants par des plantations, des vallonnements et des déblais, à les imiter presque à la perfection, à tel point que, dans bien des créations même de peu d'importance, le rocher artificiel bien en harmonie avec l'ensemble, bien en proportion et bien au point voulu, est un attrait des plus pittoresques.

Cl. Neurdein.

Fig. 256. — Rochers naturels. Assises verticales.

On ne doit pas en conclure qu'il faille, en toute circonstance, empiler, au hasard, quelques pierres brutes dans le moindre carré de terrain, voulant ainsi figurer d'une bien étrange manière le rocher ou la grotte que l'on tient alors à considérer comme de rigueur. S'il est blâmable de dénaturer un site en le dépouillant, souvent à grands frais, de ses accidents pittoresques, il ne l'est pas moins de placer des rochers dans un terrain qui ne s'y prête pas : c'est vouloir, de parti pris, en rendre l'emploi grotesque.

a) Caractères des rochers. Groupement. — Les rochers ont des caractères propres qui influent sur les milieux dans lesquels ils sont situés. — Leur caractère général est le pittoresque ; leurs caractères particuliers sont les effets de sauvagerie, de majesté, d'effroi ou de merveilleux qu'ils peuvent, suivant les cas, produire.

Un rocher est majestueux lorsqu'il se présente sur une étendue assez, considérable et s'élève à une certaine hauteur sans que sa surface soit variée par un grand nombre de saillies. Si le terrain dont on dispose est de peu d'étendue, il faut renoncer au majestueux pour s'en tenir simplement au pittoresque.

Un rocher est effrayant lorsqu'il contient des pierres en porte-à-faux, en équilibre sur d'autres et qu'il inspire, par ses dispositions qui semblent narguer les lois de la nature, un sentiment de crainte. Il est pittoresque lorsque, bien à l'échelle du site où il est employé, il réunit tous les avantages décoratifs susceptibles de l'embellir.

Dans l'ornementation des jardins, les rochers forment donc deux groupements :

1er groupement : le rocher à l'état naturel;

2e groupement : le rocher d'imitation.

1° Le rocher naturel. — Ainsi que nous l'avons dit, lorsque les rochers existent à l'état naturel dans une propriété, même de faibles dimensions, il y a toujours intérêt à les mettre en relief aux endroits où leur vue ne peut ni être choquante, ni paraître un non-sens. On admet, en effet, difficilement un rocher bordant une allée principale d'arrivée ou situé à proximité même de l'habitation, un rocher laissé au milieu d'une pelouse qu'on aurait fortement déblayée pour obtenir un point de vue; tandis qu'on le recherche, au contraire, sur les lianes de massifs, s'appuyant sur un fond

de remblais ou en bordure d'une route pratiquée sur une côte ou dans un terrain à accidents brusques et pittoresques.

On met en relief les rochers existants, soit en les dégageant du pied,

soit en remblayant le dessus, soit en les choisissant pour orner ou terminer un point de vue, soit enfin en les habillant de plantations appropriées.

Si les murs d'une terrasse peuvent reposer sur le roc naturel,, la maison en acquiert un aspect de dignité et de solidité- Une carrière à ciel ouvert dont l'exploitation a été abandonnée peut être facilement transformée en un coin quelquefois aussi pittoresque que sauvage.

De grosses pierres sur le bord d'un courant ajoutent à ridée de force qui s'en dégage et, lorsqu'elles apparaissent au milieu d'une pièce d'eau ou d'un lac, elles attirent la pensée sur l'action puissante de cet élément.

Un creux profond, peu remarquable parlui-même, devient intéressant s'il est bordé d'un sentier et planté judicieusement. Il devient alarmant par un simple garde-fou placé sur lesbords, de même qu'un petit pont rustique jeté entre des rochers leurdonnedu caractère. Une hauteur taillée à pic dans le déblai d'un profil, une roche masquée deviennent quelquefois intéressantes rien que par leur mise en valeur.

Un rocher qui semble suspendu et qui menace continuellement de sa chute tire toute sa grandeur de sa situation plutôt que de ses dimensions.

Une maison placée sur le bord d'un précipice, un bâtiment élevé sur le sommet d'un rocher escarpé rendent curieuse une position qui sans cela n'aurait souvent pas exalté l'imagination.

Les rochers naturels se distinguent rarement par leur élégance; ils sont trop vastes et trop hauts pour prétendre à la délicatesse. Cependant, leurs formes sont souvent agréables et il est toujours possible de les modifier et de cacher leurs défauts par des plantations appropriées. Lorsqu'il s'agit de produire des effets importants, les grands arbres doivent entrer en scène, car, lorsqu'ils ne peuvent atteindre à la moitié de la hauteur des roches qu'ils doivent servir à caractériser, l'imagination élève ces rochers dans les mêmes proportions. Un seul arbre bien planté fait quelquefois plus dans cet ordre d'idées que tout un massif. Un arbre qui serait insignifiant dans une plaine ordinaire devient intéressant s'il sort avec effort d'une crevasse de rocher.

En résumé, les rochers ont toujours un caractère dominant qui influe

ce

sur tout le reste de la composition, ce sont eux qui rendent admirables les irrégularités les plus bizarres des mouvements de terrain, les méandres les plus extraordinaires d'un ruisseau ou d'un torrent.

2° Rochers d'imitation ou artificiels. — Dans ses diversités de formes et

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