‹ Les parcs et jardins au commencement du xxe siècleChapitre 30 sur 97 · OBJETS DE MAIN-D'ŒUVRE · texte numérisé non relu

OBJETS DE MAIN-D'ŒUVRE

EFFETS ET EMPLOI DE MATÉRIAUX DE COMPOSITION ET D'OBJETS DE MAIN-D'ŒUVRE

v Exposé. — Les matériaux de composition et objets de main-d'œuvre créés par l'homme pour compléter les éléments naturels dans l'appropriation, l'embellissement et le perfectionnement des sites mis à sa disposition pour la création de parcs ou jardins sont :

Les entrées;

Les clôtures ;

Les constructions d'ornement (fabriques) ;

Les voies de promenades, comprenant : avenues, allées, terrasses, salles vertes et terre-pleins ;

Les points de vue.

Ces divers éléments doivent toujours rester en rapport avec le caractère particulier du site dans lequel ils sont employés; ils doivent s'harmoniser avec les objets naturels existants et arriver à contribuer, par leurs détails développés chacun suivant une échelle particulière, à l'harmonie générale de l'ensemble. Ils peuvent, sans cesser de rester en rapport avec la nature du site et seulement par leur architecture, leurs emplacements, leurs tracés, etc., en prononcer plus ou moins le caractère, le développer et, souvent même, le modifier.

....... f § I. - HABITATION ET DÉPENDANCES

à) Habitation. 1° Exposé, — Il est bien rare, et cela très malheureusement pour l'architecte paysagiste, que l'habitation et ses dépendances soient créées en même temps que le jardin. Dans bien des cas, pour ne pas dire dans presque tous, les bâtiments principaux, établis d'avance et que le

propriétaire tient à conserver, se trouvent en désaccord avec les dispositions naturellement indiquées pour la composition par l'étendue et parle caractère même du site.

Dans ce cas, l'artiste doit étudier son terrain sous tous ses aspects et ses efforts doivent tendre à relier toutes les masses entre elles et à faire concourir à ce but tous leurs détails.

Il est bien rare aussi, lorsqu'un propriétaire veut créer de toutes pièces une propriété, qu'il consulte simultanément son architecte et son paysagiste. 11 s'entend tout d'abord avec le premier pour le choix du site et c'est celui-ci seul qui a voix au chapitre pour indiquer l'emplacement de l'habitation, des entrées et des dépendances.

Nous n'avons nullement l'intention de plaider l'incompétence de l'architecte en pareille matière, mais l'expérience nous a toujours prouvé que le plus éminent de tous a, pour préoccupations principales, l'aspect, la mise en valeur de ses constructions, leur dégagement et, cela, trop souvent au détriment de l'ensemble et surtout du parc à créer. Les données paysagistes lui manquent ou lui échappent, ou disparaissent devant cette préoccupation constante qui se résume en deux mots « mon architecture ».

Nous pensons qu'il serait plus prudent pour le propriétaire désireux d'arriver à un résultat sérieux de consulter le paysagiste pour l'achat de son terrain et de le mettre en rapport avec son architecte pour choisir, d'accord avec lui, l'emplacement de l'habitation, de ses dépendances et des entrées : l'un pourra défendre « son architecture » et l'autre « son jardin », en voyant le parti à tirer de tel ou tel emplacement, et l'entente entre les deux permettra d'arriver aux meilleurs résultats.

2° Des styles à appliquer. — L'idée du paysagiste et le genre qu'il doit logiquement appliquer dans sa composition doivent influencer aussi le style des bâtiments et c'est pourquoi nous avons mentionné la nécessité qu'il a de se familiariser avec l'architecture et ses styles.

Il est indiscutable que, sur un terrain plat ou légèrement vallonné, le style gothique ne saurait convenir, pas plus que dans une situation escarpée, au milieu de terrains très vallonnés et très découpés, le style renaissance ou le style Louis XV puissent logiquement être applicables. On ne comprendrait pas davantage une terrasse devant une construction moyen

âge ou gothique qu'on n'admettrait des escarpements devant un château renaissance.

Combien de propriétaires, pour étaler un luxe criard, secondés par un architecte désireux de se signaler dans un genre qu'il croit sien et, tous deux, ignorant ou négligeant les principes ci-dessus, ne tiennent pas assez compte du site environnant et de la situation. Us étagent alors des constructions hors de proportion avec le cadre dans lequel elles sont placées et ces manques de tact font considérer le premier comme un pédant et le second comme une non-valeur.

Ce sont là des erreurs de goût préjudiciables à tous deux et il est regrettable d'avoir à constater combien de nos domaines modernes sont construits avec cette fausse note comme point de départ.

Le jardin paysager, en laissant un champ très vaste aux combinaisons de l'architecte, doit, malgré cette liberté d'action, conserver son harmonie et écarter tous les détails que ne retient pas un plan d'ensemble sagement étudié qui doit rester soumis aux règles établies et non devenir une production de caprice. C'est surtout pour les dehors de l'habitation que l'observation de ces règles est le plus nécessaire et c'est là que rien ne doit être négligé, car un édifice étend son influence au delà de ses murailles et, particulièrement, sur les accessoires qui lui sont propres.

3° Des influences susceptibles d'agir sur le choix de remplacement. — La fortune, les goûts et les habitudes du propriétaire sont autant d'éléments qui doivent entrer en ligne de compte pour le choix de l'habitation, car celle-ci détermine d'une façon absolue les dépendances et autres accessoires de main-d'œuvre et c'est en s'attachant à obtenir une unité d'ensemble qu'on arrive à éviter des hors-d'œuvre dispendieux. S'il y a désaccord entre le site, le jardin et le bâtiment sans qu'aucun raccordement heureux soit possible, il faut savoir faire les sacrifices nécessaires pour ramener cette unité d'ensemble. Si l'emplacement de l'habitation est mal choisi, si les bâtiments en mauvais état exigent de grandes réparations ou d'autres dépendances, une semblable restauration est souvent plus coûteuse qu'une construction complète ; tandis qu'il suffit quelquefois, pour permettre un habile raccordement, de faire l'acquisition de quelque terrain limitrophe.

4° Choix de remplacement de l'habitation. — Dans un grand parc, le choix de remplacement pour l'habitation principale est un point capital qui, tout en conservant un certain intérêt, diminue d'importance lorsqu'il s'agit d'un petit parc, pour presque disparaître dans le jardin de ville. Combien de grandes propriétés ont, malgré les fortes dépenses qu'elles ont exigées, cette tache originelle d'une habitation mal placée, soit qu'elle se rapproche trop de l'eau ou de la voie publique, soit qu'elle s'isole dans un coin hors de toute échappée de vue agréable, soit que, placée au fond d'un étroit vallon, elle se trouve enclavée, écrasée, humide et malsaine, soit que sur un point trop élevé, elle est ou entièrement nue ou complètement masquée, soit enfin que, placée à mi-côte, elle se trouve adossée à une pente trop raide et sans horizon.

Ce sont autant de fautes qu'on doit éviter en recherchant les avantages suivants ; une exposition à l'abri des vents nuisibles, des inondations ou de la sécheresse habituelles au pays ; la facilité de jouir de la fraîcheur du Nord, dans les climats chauds, et de la chaleur du Midi, dans les climats froids, du levant et du couchant dans un climat tempéré ; la possibilité d'établir la façade principale à la meilleure exposition et en face de l'horizon le plus agréable, de manière à produire elle-même le maximum d'effet dans les jardins et dans le paysage environnants. Sur le versant d'une colline, l'emplacement normal de l'habitation est à mi-côte : cela permet d'utiliser les sources les plus élevées pour en approprier les eaux à l'usage de l'habitation.

Tout en observant ces principes, il faut éviter l'inconvénient d'écarter trop l'habitation de la voie publique, ce qui aurait pour résultat de livrer le parc aux allées et venues des visiteurs et de leur laisser trop d'incertitude sur le chemin à, suivre pour gagner la maison. Il faut se garder aussi de faire paraître le parc plus petit en plaçant l'habitation juste en son milieu. Le château gagne à être aperçu dès l'entrée, mais, dans quelque position qu'il se trouve, il est rationnel de l'isoler des communs et des dépendances, de façon à le laisser dégagé au milieu de la verdure et commandant le parc de tous côtés.

A) Dépendances ou servitudes. 1° Exposé. — Les dépendances ou servitudes sont simples ou complexes ; simples s'il ne s'agit que d'une maison de campagne que l'on habite seulement pendant la belle saison ; com-

LE STYLE PAYSAGER (HABITATION ET DEPENDANCES) 2fô

plexessi le jardin devient grand parc et si le propriétaire y séjourne une grande partie de Tannée.

Dans le premier cas, elles se résument, le plus souvent, au logement du jardinier qui a pour mission de surveiller la propriété et consistent en un petit pavillon décoratif placé près l'entrée principale. On peut y ajouter des écuries et remises, qui ne servent que lorsque les propriétaires sont là, et les compléter par une basse-cour confiée aux soins de la femme du jardinier.

Dans le second cas, les écuries et remises se séparent de l'habitation du jardinier pour former des dépendances à part et se rattacher plus directement à l'habitation principale ; la basse-cour se complète d'une étable ; le jardinier demeure à proximité de son potager et le pavillon d'entrée abrite un garde-portier.

Des dispositions spéciales peuvent être adoptées pour les écuries et remises lorsque le propriétaire est amateur de chevaux; elles peuvent alors être plus vastes, construites avec une certaine recherche d'architecture et servir de fond de perspective ou de point de vue. 11 peut en être de même pour les vacheries, bergeries et les basses-cours ; mais, si ces constructions sont dégagées et visibles des autres points de la propriété, il faut toujours avoir soin d'y ménager une arrière-cour aussi masquée que possible et servant à abriter, en les dissimulant, les fumiers et les autres détritus.

2° Placement des dépendances. — Contrairement à la solution anciennement adoptée et qui consistait à créer une cour d'honneur encadrée par les dépendances, nous pensons que la solution la plus rationnelle, alors même que les communs seraient légèrement séparés du château par des espaces libres, est d'éloigner les dépendances de l'habitation. On évite ainsi l'importunité du voisinage, le bruit et l'incommodité pouvant résulter des odeurs qui se dégagent des écuries, élables, etc. Il est suffisant d'avoir à supporter ce voisinage dans le jardin de ville sans être obligé encore d'en retrouver les inconvénients à la campagne. Ici, chaque chose peut avoir sa place, sans qu'on aille jusqu'à trop éloigner les communs de l'habitation pour la commodité des ordres et du service.

Si les communs peuvent être attenants au potager ou à proximitéde ce jardin, on évitera des transports de fumier et il est bon, à notre avis,

d'y rattacher la basse-cour en en séparant, si Ton veut, la volière que Ton peut toujours trouver à placer dans la promenade.

Une vacherie doit être isolée et dans une partie un peu retirée, quoiqu'en vue de la propriété.

3° Hygiène et architecture des communs et dépendances. — Nous ne parlerons ni des mesures hygiéniques à adopter pour les dépendances directes de l'habitation, ni de l'architecture qui leur convient; ces travaux sont du ressort de l'architecte des bâtiments; ils ne doivent pas être traités par le paysagiste, qui n'intervient que pour en déterminer les emplacements au mieux des intérêts de la composition du jardin.

Le paysagiste doit cependant avoir le souci de défendre les principes de paysage que son expérience lui a donnés et ne pas hésiter, par exemple, à faire remarquer, le cas échéant, que le luxe architectural dévastes constructions pour l'habitation et toutes ses dépendances frappe de ridicule l'exiguïté mesquine du jardin qu'ils écrasent de leur masse; alors qu'il est moins choquant d'avoir autour de l'habitation, même la plus modeste, un vaste jardin et même un grand parc.

Le contraste dans ce dernier cas produit bon effet quand, au lieu d'en exagérer l'opposition, on sait l'adoucir en harmonisant le style de l'architecture avec l'élégance ou l'agreste simplicité du jardin ou du parc.

c) Bâtiments d'exploitation rurale. 1° Femie. — Dans les servitudes se placent les bâtiments à l'usage d'exploitation rurale.

Si la propriété ou le domaine n'est pas exclusivement une propriété rurale — auquel cas la maison d'habitation doit être le centre du groupement des bâtiments d'exploitation — , mais comprend en outre un parc, les bâtiments doivent, tout en ornant le fond d'un point de vue et en restant accessibles aux promeneurs du parc, former un groupement bien distinct.

La réunion des bâtiments divers d'exploitation rurale en corps de ferme exige une distribution spéciale, suivant que la propriété est exclusivement rurale ou que la ferme est seulement rattachée au domaine et confiée à un fermier. L'avis du paysagiste n'est pas à dédaigner pour ces installations et les connaissances qu'il doit avoir en économie rurale font de lui un auxiliaire précieux pour l'architecte. Il devra toujours se renfermer dans les données ci-après :

1° Assurer la promptitude el la régularité du service en facilitant la surveillance et en économisant la main-d'œuvre, sans encombrement dangereux pour la sécurité de tous;

2° Prévenir toutes les chances d'un incendie général en disposant les bâtiments de façon à permettre de restreindre et de localiser tout incendie, sans toutefois exagérer l'isolement et mettre certains bâtiments hors de la surveillance et hors de portée des secours immédiats.

cl) Orangerie et serres. Jardin d'hiver. 1° Théorie générale. — Il n'est pas, à notre avis, de propriété complète sans son groupe de serres ; elles sont aussi indispensables au jardinier qu'à la propriété pour permettre de produire les plantes nécessaires à la décoration parfaite des jardins.

Un groupe de serres peut toujours être facilement installé, même dans un parc de dimensions restreintes, et il gagne à être complété par un jardin d'hiver destiné à fournir les plantes utilisées pour la décoration intérieure de l'habitation.

L'orangerie, entraînant avec elle la création d'un parterre symétrique, ne peut être logiquement établie que dans des parcs d'une certaine ampleur, permettant, sans rompre l'unité de composition, l'emploi de parterres à la française d'une importance en rapport avec le bâtiment.

2° Constructions. Emplacements. — La construction des serres et jardin d'hiver doit être faite par le paysagiste, car les règles à observer pour l'exposition, les températures et les besoins de la culture sont particulièrement de son ressort.

Pourtant, dans certains cas, surtout à l'intérieur des villes et lorsque le propriétaire lient à cette disposition, le jardin d'hiver est attenant à Thabilation ; sa construction échappe alors à la compétence du paysagiste. Souvent aussi les serres, lorsque le terrain est rare, sont disposées de façon à faire également suite à l'appartement avec lequel elles doivent alors se trouver de plain-piei de façon à former ainsi un véritable jardin d'hiver qui rentre dans les attributions du constructeur de la maison.

Par contre, l'orangerie peut se grouper avec les serres pour former un ensemble ; son établissement devien t dans ce cas du domaine du paysagiste.

Si elle reste indépendante et doit concourir par son aspect architectu-

Fig. 275. — Jardin d'hiver (intérieur).

Fig. 276. — Jardin d'hiver (intérieur).

rai à l'ornementation de la propriété, sa construction doit être faite par l'architecte du bâtiment.

Il est nécessaire de rapprocher les groupes de serres des parties cultivées du jardin et de les placer près du potager et à proximité de la demeure du jardinier chef, afin d'en permettre facilement la surveillance On doit toujours s'efforcer d'obtenir que la maison du jardinier chef communique directement avec le groupe des serres et adopter cette disposition chaque fois que cela sera possible.

On comprend aisément que les serres ou jardin d'hiver seraient déplacés et constitueraient un contre-sens ridicule si on les rencontrait dans un

Cl. Ncurdetn.

Fig. 277. — Orangerie attenante à l'habitation.

coin isolé et perdu ou au milieu d'un site sauvage. On ne peut admettre davantage une orangerie établie dans un tel site ou au centre d'un terrain accidenté.

3° Orangerie. — On doit orienter l'orangerie dans une position variant de l'Ouest au Sud ; il faut aussi y ménager une grande aération et y conserver beaucoup de clarté; il est nécessaire enfin de toujours réservera l'extérieur un emplacement destiné à l'exposition des plantes en plein air pendant la belle saison.

La difficulté de trouver un emplacement convenant aux bâtiments de l'orangerie sans nuire à l'effet du paysage doit déterminer, dans certains cas, les architectesà les relier àriiabitation près de laquelle on peut toujours les placer.

Éloignée de l'habitation, l'orangerie sert à orner d'une façon spéciale une partie delà propriété, masquant au besoin un voisinage désagréable à voir. Si elle s'appuie à un massif de gros arbres, sur un terrain légèrement en pente, il convient d'adopter, comme étant la plus agréable à l'œil, une disposition en amphitéàtre pour les parterres qui doivent en orner la façade et servir à l'exposition des plantes pendant l'été.

Fig. 27S. — Orangerie isolée dans un parc.

Ce qui précède peut dans une certaine limite s'appliquer au jardin d'hiver.

4° Serres. — Les premières conditions à observer pour une serre sont son exposition à la lumière du soleil et son aération. Le chauffage y joue aussi un rôle important; mais, quelque soit le système adopté, la disposition générale et les détails de construction d'une serre doivent être toujours et indispensablement subordonnés aux deux conditions ci-après :

1° Laisser en tout temps le plus large accès à la lumière du soleil;

2° Assurer le renouvellement facile de l'air sans introduction directe de l'air froid du dehors.

L'exposition doit donc être, comme pour l'orangerie, de l'Ouest au Midi.

La forme des serres et leur hauteur sont subordonnées à l'usage auquel on les destine ; elles peuvent être à une seule pente et adossées à un mur ou être isolées et, dans ce cas, à deux pentes. La pente peut être régulière, c'est-à-dire suivant un plan ou en courbe : cette dernière forme de vitrage à l'avantage de concentrer le plus de chaleur naturelle et le plus de lumière.

Un groupe complet de serres comprend :

Une serre froide ou jardin d'hiver ;

Une serre tempérée ;

Une serre chaude.

Si dans le groupement de ces serres on est amené à avoir une partie centrale, il faut éviter, pour les motifs indiqués plus haut, de faire une toiture plane à pans ; la forme en dôme est en tous points préférable.

Lès questions d'installation et de chauffage sont à régler d'avance avec les constructeurs spéciaux, en tenant compte de l'usage auquel les serres sont destinées.

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