CONSTITUTION DU JARDIN FRANÇAIS
Exposé. — Dans le style régulier il existe généralement deux parties : le parc et le jardin. Le parc est la partie forestière de la propriété, alors que le jardin en est la partie décorative et ornementale.
Le jardin est le plus souvent séparé du parc par des murs, par des fossés ou par des grilles. Le parc, lorsqu'il est attenant à une résidence importante, renferme des allées droites bien percées qui aboutissent à des pavillons servant de rendez-vous de chasse ou de but de promenade.
Le jardin est soumis aux formes régulières et son ordonnance doit être établie avec des rapports et des proportions correspondant aux bâtiments. Le terrain qui lui est affecté doit être divisé en compartiments enclos de charmilles ou découverts, ayant des formes géométriques élémentaires— carrés, rectangles, octogones, etc., — meublés de vases, de statues et de bancs, ornés de bassins, de pièces d'eau et de canaux aux formes régulières, et il est souvent séparé du château par des terrasses desservies par des escaliers monumentaux.
De grandes allées droites et symétriques réunissent entre elles toutes les parties pour en faire un tout répondant à un dessin d'ensemble.
L'ordonnance et les proportions dépendent donc du goût de l'artiste créateur et de l'idée qui a présidé à son œuvre.
Position de la maison. Cour d'honneur, dépendances. — Dans le style illustré par Lenôtre, pour la détermination de la position occupée par le château, il se présentait généralement deux cas :
1° Le château n'était séparé de la grande route que par sa cour d'honneur (fig. 3 et 4).
2° Une ou plusieurs allées droites conduisaient, à travers le domaine, de la voie publique principale à une cour d'honneur précédant le château (C'est le cas le plus fréquent) (fig. 5 et 6).
Cette cour d'honneur était toujours limitée, du côté de l'arrivée, par une grille ou par un saut de loup ; le château en formait la façade opposée,
Fig. 4.
Fig. 5.
alors que les façades latérales étaient déterminées par les communs et dépendances.
La cour d'honneur étant considérée comme le vestibule de la propriété, elle devait être assez grande pour assurer le mouvement des arrivées et des départs, à l'exclusion du service des cuisines, des communs et des dépendances qui se faisait par des entrées de service communiquant avec des cours secondaires. De celte façon, les allants et venants, les importuns ne pouvaient surprendre les habitants du château en se dissimulant et les gens de service ne se coudoyaient pas avec les visiteurs de marque.
Plan d'ensemble du jardin. — Le jardin ne commençait réellement que du côté de la façade postérieure. Il était en tout cas toujours séparé de la partie delà propriélé formant entrée, des communs et des dépendances. Il était ainsi entièrement réservé aux maîtres et considéré comme la suite, en plein air, des appartements avec lesquels il devait se lier, soit par la
i$ LES PARCS ET JARDINS
vue principale partant d'une pièce principale, soit par des vues secondaires partant de pièces déterminées.
Dans presque tous les cas on trouvait le château, ainsi que nous l'avons «déjà dit, élevé sur terrasse et communiquant aux parterres par des esca-
Fig. 7.
liers monumentaux et, lorsque le terrain le permettait, avec des terrasses intermédiaires.
Pour rétablissement du jardin le dispositif suivant semble avoir presque toujours servi de point de départ. Les bâtiments du château formaient la tête et les deux bras d'un ï alors que la vue principale, qui souvent se prolongeait bien au delà des limites du jardin, en formait le
corps. (Le pointillé indique la forme. A et B, le château et ses dépendances.) (fig. 7) .
Les parterres émaillés de broderies (C, C) mais dépourvus d'ombre se disposaient sur ce point de vue avec la partie principale ornée d'un bassin (D), de jeux d'eau, cascades, statues, etc., alorsque les autres par-
i« LES PARCS ET JARDINS
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STYLE CLASSIQUE (JAKDINS FRAiNÇAIS) 19
\ue principale partant d'une pièce principale, soit par des vues secondaires partant de pièces déterminées.
Dans presque tous les cas on trouvait le château, ainsi que nous l'avons «déjà dit, élevé sur terrasse et communiquant aux parterres par des esca-
Fig. 7.
liers monumentaux et, lorsque le terrain le permettait, avec des terrasses intermédiaires.
Pour rétablissement du jardin le dispositif suivant semble avoir presque toujours servi de point de départ. Les bâtiments du château formaient la tête et les deux bras d'un ï alors que la vue principale, qui souvent se prolongeait bien au delà des limites du jardin, en formait le
corps. (Le pointillé indique la forme. A et B, le château et ses dépendances.) (fig. 7).
Les parterres émaillés de broderies (C, C) mais dépourvus d'ombre se disposaient sur ce point de vue avec la partie principale ornée d'un bassin (D), de jeux d'eau, cascades, statues, etc., alorsque les autres par-
terres (E, E, E, E) étaient placés de chaque côté avec une certaine symétrie, sinon dans les détails, du moins dans l'ensemble. Le tout était créé
Fig. 8.
avec l'objectif de se relier toujours à un point central commun : le château. Il suffit d'examiner le schéma ci-contre et le plan ci-dessus (fig. 8) pour se rendre compte de ces dispositions. Les dessins employés étaient toujours empruntés aux formes géométriques et les proportions établies avaient
beaucoup d'analogie avec les proportions usuelles de l'architecture. C'est une des principales raisons pour lesquelles l'architecte fut considéré pendant longtemps comme seul capable de dessiner un plan de jardin.
Cela pouvait être vrai au temps où Ton ne faisait réellement qu'un style et" qu'un genre, celui de Lenôtre, et où les créations des jardins étaient plutôt rares ; mais aujourd'hni où ce style lui-même s'est transformé pour se plier aux exigences modernes, où il est passé de la place principale à une situation secondaire dans les créations multiples et même dans les restaurations, il appartient à l'architecte paysagiste d'en assurer et les études et l'exécution.
Parterre, statues, futaies. — Comme nous l'avons dit, la portion du jardin qui fait face à l'habitation forme le parterre et est plus spécialement réservée, surtout dans ses parties proches de la maison, aux fleurs, vases, statues et bassins de moindres dimensions, les parties les plus éloignées étant traitées en tapis de gazon, ornées d'arbres et d'arbustes taillés et coupées par des pièces d'eau ou canaux de plus d'envergure.
Le parterre est délimité généralement par des allées rectilignes partant symétriquement du château et dont les principales s'étendent jusqu'à la limite de la propriété (fig. 10).
Dans bien des cas, les grandes allées latérales d'un parterre aboutissent àun rond-point, pour ne plus faire, àpartir de là> qu'une allée vaster magistrale, bordée d'arbres taillés et dont le milieu se trouve être ou un canal ou un tapis de gazon (fig. 11).
Les allées secondaires coupent les allées principales presque toujours symétriquement, soit à angle droit, soit suivant des angles déterminés par la composition d'ensemble. Si les figures ainsi formées ont les angles trop saillants, on les adoucit par des lignes circulaires ou autres, suivant l'inspiration correspondant à un ensemble voulu et se mariant avec les carrefours de croisement des allées secondaires et avec les ronds-points établis au croisement des allées principales (fig. 12).
Les compartiments formant l'ensemble des parterres autres que ceux de broderie, qui sont la résultante de dessins spéciaux, se composent le plus généralement, au pourtour, de plates-bandes de fleurs de largeurs
déterminées par les proportions de l'ensemble et par l'importance des compartiments. Elles sont séparées, par un sentier sablé, d'un tapis cen-
Château
Fig. 10.
Fig. li.
tral occupant l'intérieur du plateau. Ces plates-bandes sont plantées de Heurs et leurs points d'angle comme leurs axes, à des endroits déterminés
A . Bassin
Fig. 12.
par le dessin, peuvent être agrémentés d'arbustes à fleurs sur tige ou d'abustes taillés.
Les tapis de gazon, établis suivant des axes déterminés symétriquement, sont ornés de vases et de statues. Pour que la composition en soit riche, il faut retrouver ces vases et ces statues, soit en bordure des allées principales, soit formant motif principal ou motif d'angle au croisement de ces mêmes allées ou au centre de compartiments déterminés.
Les parterres sont toujours installés sur un terrain de préférence plat.
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Ils peuvent cependant être établis sur un terrain légèrement incliné^
Fig. 14.
Fig. 15. — Intérieur de massif. — Salle de lumière au milieu d'une futaie. (Le milieu do la salle est occupé par une pelouse agrémentée d'une corbeille centrale de roses.)
mais, dans ce dernier cas, il ne faut plus songer aux bassins de milieu. Si
le terrain est très en pente, ils peuvent être établis à plat et étages (fig. 14).
De chaque côté d'un parterre s'étend la haute futaie plantée soit en quinconces, soit en massifs coupés par des allées ou par des points de vue gazonnés. Quelquefois les intérieurs des massifs sont ornés de pelouses,, de salles de verdure, de salles de lumière (fig. 15) et même de labyrinthes.
Lorsque le jardin est pris dans une forêt ou dans un bois appartenant
Fig. ià. — Point de vue gazonné.
à la propriété ou lorsqu'il est situé en bordure d'un bois, les axes découverts doivent se prolonger au loin, soit par de larges avenues, soit par des points de vue ou des avenues gazonnées, afin d'augmenter la sensation <le grandeur qu'on doit éprouver dans toute création de ce genre.
C'est en étendant au loin la vue et en reliant les environs aux principales lignes architecturales de la propriété qu'on arrive à celle sensation (lig. 16).
§ iv
Les arbres. — Les arbres doivent aussi se plier à la régularité du dessin, non seulement par leur alignement, mais aussi par leurs formes ; les arbustes de parterre sont taillés suivant des formes géométriques
Fig