‹ Les parcs et les jardinsChapitre 10 sur 61 · LE LAI DE L'OISELET · texte numérisé non relu

LE LAI DE L'OISELET

des fleurs et des épices de toute espèce, et en si grande abondance que si on y eût apporté un mourant pour lui faire respirer le baume qu'elles • exhalaient, elles l'eussent dans l'instant rappelé ' à la vie. Le terrain était uni et sans aspérité. Les arbres, quoique fort élevés, avaient tous une hauteur égale, et quelque fruit qu'il vous plût de leur demander, ils pouvaient vous l'offrir. Au milieu du verger, s'élevait en bouillonnant une fontaine qui allait perdre dans la rivière ses eaux claires et fraîches. Elle était ombragée par un pin dont les rameaux épais et éternellement verts, aux jours les plus brûlants de l'année, la défendaient du soleil.

Mais c'est surtout l'auteur du Roman de la Rose qui a rassemblé dans son jardin idéal tout ce que pouvait rêver de plus beau en ce genre l'imagination de ses contemporains. Ses fleurs, ses arbres, ses oiseaux et ses fontaines sont jetés un pea au hasard comme ses vers enfantins, souvent puérils, souvent aussi malins ou gracieux. On a plaisir à écouter un moment le babil de cette muse et à la prendre pour guide dans les mignardes prairies dont elle a encadré ses fictions naïves.

Oisiveté se charge de nous introduire « au jardin tout vert » où siègent Déduict et sa cour ;

Et ne fut oncques lieu si riche D'arbres et d'oisillons chantans.

|. Car par les buissons bien sentans,

Et lani fui Qu'elle poi

a de quoi »

Car leur u Gomme ui Violette y

Cloux de I Graine de Liiatl, ani:

lais non plus on ne vit tant de fruits, de tout t : grenades, muscades, amandes, ligue», , coins, pèches ;

Les chaiaingnes, pommes et poires, Neffles. prunes, blanches et noires; Scrises fre^ches nouvelleties.

Cormes, alises et noysettes.

Les tiaults lauriers et les haults pins Esloient lï dedans ces jardins; Oliviers aussi et cyprès.

Dont il n'en est guéres si près ; Les ormes y estaient branchez, Et aussi gros chesnes fourcbez.

Qije vous iroys-je plus comptant!

Des arbres divers y eut tant Que ce me seroit grant encombre De vous les déclairer par nombre.

lE ROMAN DE <L\ ROSE. 65

Ce n'était pas un taillis, c'était une futaie régulière, laissant entre les files d'arbres de larges allées, mais cependant si drue et si épaisse que

\ les rayons du soleil n'en perçaient pas les om-

^^ brages,

r^ Ne ne pouvoient en bas descendre

\- Ne faire mal à l'herbe tendre.

t Au verger sont dains et chevreulx

Et aussi plusieurs escureulx

Qui par sur les arbres sailloient ;

Connins [lapins) y estoient qui yssoient

Bien souvent hors de leur tanières,

En moult de diverses manières.

Enfin,

Par lieux, estoient clères fontaines,

Sans barbelotes et sans raines ;

L'eaue alioit aval en faisant

Son mélodieux et plaisant.

Aux boits des ruysseaux et des rives,

Poignoit l'herbe drue et plaisant.

Grand soûlas et plaisir faisant.

Boccace nous fait un tableau analogue, bien que déjà moins confus, d'un jardin italien au quatorzième siècle, que l'on croit être la villa Rinuccini. C'était un grand espace clos de murs et attenant à un palais. « Au centre et tout autour couraient de larges allées droites et couvertes de treilles en berceaux. » On peut comprendre, sans forcer le sens, que toutes les allées rayonnaient d'un point central. Les fleurs sans nombre répandaient un tel parfum que l'on croyait marcher « à travers toutes

PARCS ET JABDINS.

«ces de l'Orient. » Les rosiers blancs et rouaisaienf, aux deux bords des allées, comme durs impénétrables, si bien qu'on se promek l'abri du soleil, « sous un ombrage d'une r exquise. »

1 milieu, dans un cercle verdoyant d'orangers cédrats, « s'étalait une pelouse d'une herbe (ue invisible, mais d'une verdure si épaisse leen paraissait noire, ».émailléede mille vaj de fleurs ; une fontaine de marbre blanc en paît le centre et lançait un grand jet d'eau uf sur une colonne, comme la Hamme sur un lelier, mais si vigoureux et si haut « qu'il l fait marcher un moulin. » L'eau retombait la vasque avec un bruit délicieux, se répanen canaux souterrains, « et ressortant en branches charmantes et admirablement trarevenaitaujour pour baigner le tour de la ise. De là d'autres canaux la portaient par le reste de l'enclos, se réunissant enfin dans emier endroit ou était la sortie du jardin, lescendait alors, toujours pure, vers la plaine, courant faisait, avec beaucoup de force etcer- 1 grand profit du propriétaire, tourner deux ins.

Les visiteurs allant d'un côté et d'un autre, idaient partout plus de vingt espèces d'oii chanter à l'envi ; c'était une dernière beauté i\i dont les autres les avaient empêchés de s'a-

pvr;;-

VELIA KISCCCIM.

, percevoîr.En effet, le jardin contenait peut

'■ cent .espèces de superbes bêles, qu'ils se i

['traieat réciproquement. D'un ciité partaient

I lapins, d'autres des lièvres ; là reposaient des

vreuils, là paissaient des daims; enfin queU

autres familles d'animaux tranquilles et i

s'ébattaient comme nos bêtes domestiques. >.

L'Angleterre, qui devait inaugurer, trois

: quatre cents ans plus tard, une si complète r

■ lution dahs le dessin des parcs, n'entendait

■ au moyenâge, les jardins autrement que la Fn cl l'Italie. Elle semble même y avoir appliqui ^■oùt beaucoup plus mesquin et toutes sorte

: colifichets usités en Hollande ; en somme, le ]

est toujours dirigé selon des lignes droites. i « A Warwick-Castle, dit Walpole, il y a une ' pisserie moyen âge qui représente un jardin I analogue à de certaines fresques d'IIerculani ; petits enclos carrés fermés par des Ireillagi [ (les espaliers, ornés régulièrement de vases I fontaines, de cariatides ; élégante symétrie ap I priée au petit espace qu'on donne aux jardins ( ' les villes. »

Il est probable que la France posséda, vei : fin du moyen âge, les modèles des jardins.

l étaientdus aux loisirs de René d'Anjou, aussi |. bile aux arts de la paix qu'impropre à ceux d

guerre et delà politique.

[ Aux environs d'Angers, à l'entour d'une gr

PABCS ET JAB

ppelait àsafetnmelsah e, le bon roi Mené dess u'un sol schisteux sen ité. La patience et l'imam

nature ; où végétaient louirent, pour la premi e de Provins et l'œillet.

res s'étendirent des n irterres èmaillés de rar lit à ce lieu le nom de is son séjour de prédile jvence, où il aimait à urs et les étrangers, e

moments de sa vie. Un sol trcs-mouvemenie lit à la beauté des plantations la variété des !S et des perspectives ; une admirable exposiavorisait la croissance d'arbres rares et de ; nouvelles ; aux jardins d'Âix, au zélé du roi , le Midi doit l'expansion de la culture du er, l'acclimatation de la canne à sucre et l'airation du raisin mustat. L'ordonnance de

villa devançait, à ce qu'il semble, les élés conceptions de cette Renaissance, dont les iers rayons éclairaient les dernières années linziéme siècle. C'étaient d'immenses ten'asisposées en amphithéâtre, et qui toutes se re- X à l'habitation. Deux collections de fleurs

et d'oiseaux curieux, les plus riches du le, y enchantaient de longues galeries cou-

JARDINS DU ROI RLNÉ. li

vertes ou à ciel ouvert. De limpides ruisseaux, traversés çà et là de légères passerelles, venaient former au bas des terrasses d'immenses viviers qui en complétaient l'ensemble, et où se jouaient toutes les espèces connues de poissons d'eau douce.

l.cs Arabes' a PaLerme, à Taleac«, à Cordoue. à Séville e[ 1 Grenudo l'Alhaïubra el le Cénéralife. — L« jardin de Ssc-ma-Koum;. — Les villas de Nelia1iualca;oll et de Honléiuma; Teicuco. CliapolUpei: ; Jardins nattants de Heiico.

Les Arabes, dont la civilisation jeta, du huitième au quatorzième siècle, un si vif éclat, excellaient à répandre la fraîcheur des eaux dans des jardins réguliers comme les nôtres, esubérants comme la nature méridionale.

La pièce d'eau des jardins de la Ziza, à Palermo (950), entourait un pavillon décoré de mosaïques, de stucs, et surmonté d'une coupole éclatante. A quelque distance, se trouvait un parc d'environ deux milles de circuit, encore admiré au seizième siècle. La pièce d'eau centrale, vaste et solidement pavée en pierres de tailles carrées, était dominée

1 charmant è i. Un long por its pavillons â s ; des murs e 1 moresque a ne ; c'est lui q ence et de Mi is par des carii l'Alcazar et 1 leur physionoi

en briques p le Hongrie. So is garnis de ^ obliques ou i ssins. Tous ce osse épingle, piques destina neurs, douce

Ce jeu charm tout ; elle file

de l'allée, dei 1 ne sait où fi , l'air rafraic Llhainbra de G le ou cascade, e grands réseï ssifs d'orange as, dans lesgi ;nt le palais. >

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