‹ Les parcs et les jardinsChapitre 14 sur 61 · BOBOLI · texte numérisé non relu

BOBOLI

là tête du curieux, au moment n;iême où il se complaît dans la lecture d'une sentence de Salomon inscrite sur le socle.

■ La plupart des beaux jardins de l'Italie ont dû à la nature même le plus grand de leurs charmes, la vue. Us s'adossent à des collines et à des montagnes. Soit que le château les domine ou se cache à leurs pieds, ils offrent toujours des terrasses, de vastes escaliers, des chutes d'eau qui leur donnent le mouvement et la vie ; la pente aussi nécessite des allées obliques ou tournantes qui rompent la monotonie assez justement reprochée à nos jardins classiques.

Le jardin Boboli, à Florence, est l'un des modèles les plus purs de ces compositions végétales qui, par le juste accord du goût et de la fantaisie, satisfont complètement l'esprit et les yeux .

Le mouvement du terrain le divise en deux parties distinctes : l'une, basse et se prolongeant jusque vers l'enceinte, renferme d'épais ombrages, des gazons entourés de sombres allées, des eaux étendues en petits lacs ; l'autre, élevée en face du palais qu'elle domine, superpose en terrasses royales, étage en vastes rampes les longues rangées de cyprès et de pins, les statues, les vases de marbre. De ses hauteurs une vue magnifique présente Florence en panorama ; au premier plan, la couleur forte du palais Pitti contraste avec les tons lumineux des lointains. Entre les terrasses et

l'ARCS ET JARDISP.

, on peut s'arrêter sur une assez grande e, nommée l'Amphithéâtre, et décorée lisque égyptien. C'est de là que part une •nue qui conduit aux régions supérieures, oite s'étendent des taillis et des pelouses; de distance, au bout d'une «liée où les tement avec les statues, on entre dans le île ovale ornée d'une magnifique fon- 1 y admire la statue colossale de l'Océan, lis fleuves qui soutiennent son piédestal.

e passe pour le chef-d'œuvre de Jean de Parmi les autres sculptures, pour la pluiocres, brillent des figures de Bandinelli auchesde Michel-Ange, placées dans une

peu de distance du palais, comme dans uaire.

ie est assez grand pour que divers grandsent essayé, sans détruire aucunement le : des jardins, certaines cultures utiles, elles du mûrier et de la pomme de terre.

plan général et dans sa dùcoration, Bo- ^ toujours l'œuvre de Nicolas Braccîni et Buontalenli, qui le composèrent en 1550.

lutour de Florence un grand nombre de storiques : le Poggio impériale qui, de

de Médicis, passa aux Orsini, aux Odes- Madeleine d'Autriche; on y monte de

par une superbe avenue de cyprès ; auicore s'élève la colline d'Arcetri. célèbre

VILLAS FLORENTINES. dl

par ses vignobles : la villa del Giojeilo, où Galilée passa ses dernières années ; la villa Mozzi, séjour favori de Cosme l'ancien ; Careggi, où Savonarole vfsita Laurent de Médicis à son lit de mort et lui refusa Fabsolution; Rinuccini, aujourd'hui Palmieri dé' tPe visi^ asile des héroïnes de Boccace durant la peste de 1348 ; Pratolino, désert aujourd'hui et délabré, dont les eaux jaillissantes et les belles plantations, dessinées parBuontalenti, plurent jadis àBianca Capello, la terrible et romanesque Vénitienne ; on y voit encore un célèbre colosse de l'Apennin, ouvrage de l'Ammanati. La tragique histoire de cette Bianca Capello et de Laurent de Médicis eut son dénoûment au Poggio a Cajano, charmante villa grand'ducale, traversée par le fleuve Om])rone, et où s'est excercée la fantaisie du grand architecte Julien de San-Gallo.

Pise et Padoue sont fières de leurs jardins botaniques, les plus anciens de l'Europe (1544, 1545). A Pesaro, les ducs d'Urbin eurent leur parc. Gênes montre au visiteur charmé le jardin de ses illustres Doria ; le délabrement des colonnades, l'herbe qui envahit les allées, ne peuvent enlever à ces terrasses leur principale beauté, la vue d'une mer plus bleue que le ciel, et dont tous les flots semblent des saphirs taillés à facettes.

Les jardiïis de Rome et des montagnes voisines n'appartiennent presque plus au seizième siècle ; mais ils ont précédé le style classique et se ratta-

02 PARCS ET JARDIjSS.

Tchent étroitement à la Renaissance. Le goût du grand y tourne à l'emphase, et la grâce y dégénère en manière. Des labyrinthes, de splendides escaliers « qui semblent destinés à quelque cérémonie de peuples triomphants conduisent à une mailsonnette étonnée et honteuse de s(m gigantesque piédestal. » Le marbre, l'ardoise, la brique, les buis, les ifs taillés dessinent des arabesques, des devises et des armoiries ; des statues jouent de divers instruments mus par les eaux. Le président de Brosses s'est moqué avec une sorte de raison de ces jeux d'eaux, de ces girandes, de ces singuliers concerts hydrauliques. Et cependant, « comme en somme, les palais sont d'une coquetterie princière ou d'un goût charmant ; que ces j jardins, surchargés de détails puérils, ayaient été dessinés avec beaucoup d'intelligence sur les ondulations gracieuses du sol et plantés avec un vrai sentiment de la beauté des sites ; enfin, comme les sources abondantes y ont été habilement diri gées pour assainir et vivifier cette région bocage re, il ne serait pas rigoureusement vrai de dire que la nature y a été mutilée et insultée. Les brimborions fragiles y tombent en poussière ; mais les longues terrasses, d'où l'on domine l'immense tableau de la plaine, des montagnes et de la mer ; les gigantesques perrons de marbre et de lave qui soutiennent les ressauts du terrain, et qui ont, certes, un grand caractère ; les allées couvertes

Page 1