VILLA DE JLLKS II
raiii de Michel-Ange, s'était fait bâtir et dessiner par Vignole une élégante villa, hors des murs, du côté de la porte du Peuple. Des piliers corinthiens y supportaient le portique d'une cour circulaire. A gauche se développe une large rampe, escalier sans marches que l'on pouvait monter à cheval ; elle conduit à une délicieuse loggia soutenue par des colonnes, élargie par un vaste balcon. C'était là que Jules, après souper, s'entretenait de littérature et d'art avec Michel-Ange, avec Raphaël ou Bembo. La masse de la construction a résisté au temps ; mais les jardins ont disparu. Les canards se baignent dans les cascades ; les laveuses battent leur linge sur le rebord des vasques de marbre. Les colonnes ont les pieds dans le fumier, et des hangars masquent la belle ordonnance des bâtiments.
Terminons par quelques mots du président dv Brosses sur les îles Borromées, particulièrement sur VIsoIa bella^ décorée dans le courant du dixseptième siècle (1670) par le prince Vitalien Borromée.
« Une quantité d'arcades, construites au milieu du lac, soutiennent une montagne pyramidale coupée à quatre faces, revêtue de trente-six terrasses en gradins l'une sur l'autre, savoir : neuf sur chaque face ; mais ce nombre n'est pas si grand, à cause des bâtiments qui occupent une partie des faces de la pyramide. Chaque terrasse est tapissée, dans le
101) TARCS ET JARDINS.
tond, d'unepalissade soit de jasmins, soit de grenadiers ou d'orangers, et revêtue sur son bord d'une balustrade chargée de pots de fleurs. Le comble de la pyramide est terminé par une statue équestre formant un jet d'eau, et les quatre arêtes sont chargées sur les angles de statues, obélisques et jets d'eau.
« Cela ne ressemble à rien qu'aux palais des contes de fées. Le jardin n'est pas, à beaucoup près, aussi agréable en dedans qu'à l'aspect. Cependant il y a des endroits exquis, comme bocages de grenadiers et d'orangers, corridors de grottes, et surtout de vastes berceaux de limoniers et de cédrats chargés de fruits. »
Ces jardins, mal entendus en bien des endroits, n'en seront pas moins toujours beaux, par les perspectives qu'ils offrent et par celles qui les entourent ; il n'y a rien de plus riche et de plus riant que les bords du lac Majeur, avec leur végétation exubérante et Lîur horizon de montagnes neigeuses.
Anet, Gaillon, ontainebleau. — Seconde Renaissance sous Henri iV : parterre des Tuileries, de Saint-Germain, du Luxembourg. Éloge du buis, par Olivier de Serres. — Rueil.
« Il ne faut voyager en Italie ni ailleurs, » dit Olivier de Serres, « pour voir les belles ordonnances des jardinages, puisque notre France emporte le prix sur toutes nations, pouvant d'icelle, comme d'une docle école, puiser les enseignements sur telle matière. »
DucerceaUjhabilearchitecte qui décrivit, enl 576 1579, la plupart des belles résidences de la France centrale, mentionne une foule de jardins qui n'avaient rien à envier aux célèbres villas d'Italie :
Folembray, avec son parc d'une lieue de tour ; Vallery (à cinq lieues de Fontainebleau), château entouré de vergers, de vignobles, et dont le grand jardin, attenant à un étang et à une héronnerie,
était protégé à Touest par une galerie de vingtneuf arceaux ; Beauregard et Bury, carrés parfaits^ subdivisés en carrés plus petits et bordés des deux côtés par des galeries en charpente, avec pavillons à chaque bout; Monlargis, dont les classiques galeries étaient vêtues de lierre, et le jardin divisé eu petits carrés d'arbres nains; Blois, que de riches parterres ceints de vignes sur charpentes ou sur coudriers, et une longue avenue d'ormes sur quatre rangs, rattachent à la forêt prochaine ; Chantilly, refait et embelli par le Nôtre ; Chenonceaux encore, et Verneuil, et Anet, et Gaillon. Ces trois derniers semblent avoir surpassé les autres par les charmes de leur site et le profit qu'on en tira. Tous trois possédaient une terrasse et des vues étendues ; tel fut depuis le charmant jardin de Saint-Germain, dominé par des galeries élégantes et largement ouvert sur la poétique vallée de la Seine. Ducerceau vante les eaux intarissables et le labyrinthe de Verneuil, qu'il appelle un dédains. Pour Anet et pour Gaillon, nous lui emprunterons son langage un peu simple et lourd, mais qui sent son témoin oculaire.
« Derrière le logis seigneurial d'Anet, il y a une terrasse d'où Ton descend au jardin. Sous la terrasse est une longue galerie voûtée. Le jardin est de bonne grandeur et richement accoustré de galeries à l'environ, dont les trois côtés sont tant en arcs qu'en ouvertures carrées, le tout rustique, le
AiNET, GAILLON. 100
jardin est garni de deux fontaines. Derrière icelui sont deux grandes places servant comme de parcs, séparées et closes. Ces places sont remplies comme parquets, les unes de prés, les autres de taillis, d'autres de bois, de garennes, d'arbres iruitiers, viviers, et iceux sont séparés par allées et canaux. » — Héronnerie, — orangerie, — volière monumentale.
« Gaillon est accomodé de deux jardins, Tun desquels et au niveau d'icelui, et entre deux une place en manière de terrasse. Or est ce jardin accompli d'une galerie belle et plaisante, digne d'estre ainsi appelée à cause de sa longueur et du moyen comme elle est dressée, ayant sa veue d'un cosfé sur le jardin, et de l'autre sur ledit val, vers la rivière. Au milieu du jardin est un pavillon où sevoit une fontainedemarbre blanc. Quanta l'autre jardin, il est compris en ce val, sur lequel la galerie a son regard merveilleusement grand, joignant lequel est un parc de vignes, dépendant de la maison, non fermé. Outre plus au même val, tirant vers la rivière ,1e cardinal de Bourbon a fait ériger et bastir un lieu de Chartreuse, abondant en tout plaisir. Il y a davantage en ce lieu un parc, auquel si voulez aller, soit du logis ou bien du jardin d'en haut, il faut souvent monter, tant par allées couvertes d'arbres que terrasses qui toujours regardent sur le val ; et continuant vous parvenez jusques à un endroit où est dressée une petite chapelle
no I»AKCS ET JAIIDINS.
et un petit logis avec un rocher d'ermitage, assis au milieu d'une eau, ayant la cuve carrée, et au-»', tour d'icelle des petites allées à se promener ; pour' auquel entrer il faut passer une petite bascule; Près de là se voit un petit jardin, et dans iceluy force piédestaux, sur lesquels sont posées des figures entières de trois à quatre pieds de hault et de toutes sortes de devises ; avec ce, quelques allées bercées couvertes de couldres. »
Les nombreux remaniements qui ont embelli Fontainebleau n'en ont pas tellement altéré la physionomie ancienne qu'on n'y reconnaisse encore la marque et le cacliet de la première Renaissance. Les jardins tiraient leur principale originalité d'un vaste étang contenu par une énorme chaussée revêtue de quatre rangs d'ormes, et de la différence* de niveau entre la cour de la Fontaine et le grand parterre. On y voyait un jeu de paume, une palestre, et, comme dans les villas du temps, des bordures de buis ceintes de fossés d'eau courante, des ifs taillés, des tonnelles et des galeries en charpente soutenues par des cariatides peintes en vert, des grottes, des fontaines et de petits monuments, comme le pavillon de Pomone.
Henri IV ne toucha guère à Fontainebleau que pour l'embellir, et il y toucha beaucoup. C'est lui qui éleva, au milieu du canal, une statue colossale du Tibre, fondue sous François V\ et, dans le grand étang, le charmant pavillon octogone, pro-
FONTAIIN'EBLEAU. 113
pice aux conférences et aux méditations secrètes. 11 orna de jets-d'eau les carrés du parterre, creusa des viviers dans le jardin des Pins, entoura de palissades monumentales un carré de fleurs qu'ombrageaient quelques grands et vieux arbres. Il re* cula les fossés du potager et le borda d'agréables galeries qui, d'un côté, se liaient à la grande chapelle et au pavillon de l'horloge, de l'autre, à ses propres appartements. Ces jolies constructions, terminées par une volière-promenoir, furent endommagées par un incendie ; et, sous Louis XIV, une orangerie les remplaça.
Le beau parc, qui semble faire entrer les jardins dans la forêt, est encore l'œuvre d'Henri IV ; c'est lui qui le planta et le ferma du grand mur où, sur une longueur d'un mille, au bord du canal, est suspendue la fameuse treille du roi.
On a déjà remarqué que la paix ramenée en France par Henri IV avait été le signal d'une seconde Renaissance, à laquelle ne fut pas étrangère l'influence d'une reine florentine. Jamais on ne conçut d'une façon plus simple et plus élégante à la fois les galeries et les pavillons ; on commença de créer des orangeries, et la Flore s'enrichit de plusieurs végétaux exotiques ; Olivier de Serres ne donne pas de plan de jardin sans y dessiner au centre un jardin botanique rond ou carré. Les orangers surtout étaient pour lui l'objet d'une admiration qu'il exprime naïvement :
114 l'AHCS ET JARDINS.
«Coiumeceschoses sont ordinairement degrande dépense, aussi ne se laissent-elles manier que pai* les grands, en France, en Allemagne et ailleurs, où, non sans merveille, voit-on croître et mûrir ces précieux fruits, quoique sous air contraire à leur inclination. Avec beaucoup d'esbahissement cela paraît à Heidelberg, maison de l'Électeur pa latin, de laquelle le jardin, nourrissant telles précieuses plantes, est environné d'une grande cloison de charpenterie, et couvert de même durant le mauvais temps, pendant lequel les arbres y sont tenus chaudement par des poêles qu'on y échauffe ; et, par le moyen des grandes fenêtres qu'on ouvre et ferme à volonté, le soleil y entre es beaux jours pour réjouir les arbres. Finalement, le beau temps venu et la crainte des froidures passée, sont les arbres développés de leurs couvertures et cloisons et laissés au pouvoir de Tété, si que, moyennant ces magnifiques somptuosités, continuellement la douceur du printemps et de Tété règne en ce logis-là, et jamais n'y est sentie la rigueur ie l'hiver.
« Ne se peut exprimer la grande beauté de ces précieuses plantes, provenant et de l'immortelle et éclatante couleur verte de leur ramage et des bonnes qualités de leurs fruits, qui, contre le na- j turel detous autres, demeurent attachés aux arbres la plus grande partie de l'année; et ce qui en augmente la grâce, est qu'on voit à la fois sur même
ELOiiE DU BUIS. H5
lige des petits, des moyens, des grands, voire leurs fleurs les accompagner très-longuement, <:ausans très-souëlVe senteur en lieu où ils sont enl'erinés. »
L'art de tracer des dessins végétaux atteignait les derniers raffinements.
« Ici sera montré comme Ton doit se servir de& herbes et les employer, ayant égard à leurs facultés, pour l'ornement du parterre, alîn de le rendre magnifique, selon les dessins qu'en aurez faits par la guide de la fantaisie et la commodité des lieux : ainsi qu'avec admiration plusieurs excellents jardins de plaisir se voyent disposés en ce royaume, mesmes ceux que le roi fait dresser en ses royales maisons ^e Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, les Tuileries, de Monceaux, Blois, etc. Ce ne pourrait voirement être sans merveille, que la contemplation des herbes, parlans par lettres, devises, chiffres, armoiries, cadrans; les gestesdes hommes et bêtes ; la disposition des édifices, navires, ba^ teaux, et autres choses contrefaites en herbes et arbustes avec merveilleuse industrie et patience : comme de telles gentilleries l'on remarque à Chanteloup, où ont été assujettis et arbustes et herbes,
« Les myrtes, la lavande, le rosmarin, la trufemande et le bouïs, sont les plus propres plantes pour bordures, et qui plus longuement durent. Et
aux compartimens simples, doubles, entrecoupés etrompus, la marjolaine, le thym, le serpolet, l'hyssope, le pouliot, la sauge, la camomille, la menthe, la violette, la marguerite, le basilic, et autres herbes demeurant toujours vertes et basses, comme Toseille et le persil, qui en cet endroit se laissent marier, et aussi celles qui, avec ces qualités-là, ont quelques attrayantes senteurs. La rue y est employée, quoique de senteur forte, mais c'est pour sa facilité à se ployer à ce service. »
Mais le bonis prime tout.
c< Aux injures des temps résiste le bouïs, sur luy n'ayans aucun ou peu de pouvoir ne froidures ne gelées. C'est pourquoi est-il employé en climat septentrional à Tembellissement des jardins, même à cause de sa grande durée, vivant fort longuement sans beaucoup de culture, dont les ouvrages s'en rendent comme perpétuels et toujours magnifiques. Les bancs du jardin de Gaillon preuvent ces choses : aussi en plusieurs autres beaux jardins de la France se voient avoir duré de longues années de beaux ouvrages façonnés de bouïs, comme sièges, bancs, bâtiments, pyramides, colonnes, hommes, bêtes, que de telle matière, tant elle est ployable, l'habile jardinier contrefait, au contentement de la vue. Ne défaut au bouïs que la bonne senteur. »