DEVISES DES PARTERRES
Il est curieux de considérer quelques-uns des compartiments, « que le roi a lait faire à Saint-Germain et en ses nouveaux jardins des Tuileries et de Fontainebleau, au dresser desquels M. Claude Molet, jardinier dé sa Majesté, a fait preuve de sa dextérité. »
Ce « carreau » des Tuileries, enrichi d'arabesques inscrites en des carrés, des losanges, des platesbandes et des cercles, ressemble à s'y méprendre à une riche boiserie. Cet autre est une de ces étoffes soutacliées et brochées dont on couvre les sièges. Au milieu d'enrichissements, fleurons, palmettes, verdoyé la devise royale, II coupé d'un glaive, croisé des deux sceptres (France et Navarre), le tout lié d'une banderoUe. Celui-ci présente un carré aux encoignures rehaussées de carrés plus petits, et flanqué de quatre demi-cercles ; au centre, TH royal est chargé de faucilles et de caducées. Celui-là, ingénieusement armorié de fleurs de lys et de chimères allernant avec des entrelacs de C (Corysandre?), inscrit dans son riche carré une jolie rose centrale,
A Fontainebleau, on voit des ovales groupés autour d'un cercle d'où rayonnent des sentiers. Dans les jardins de Saint-Germain, les chiffres royaux sont très-grands; les caducées y ont des ailes; et sur la banderolle (de gravier sans doute), on lit : Duoproteget uniiSj un seul protégera les deux sceptres. Olivier do Serres donne le plan d'un « rond
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sis à Saint-Germain, accompagné es deux bouts de bordures qui rendent la planche longue : dont l'on pourra tirer l'adresse de faire uii jardin entier, avant des allées droites, des côté^ droits, des diagonales et des courbes* ».
L'ancien parterre du Luxembourg était bordé de deux murs de terrasse, l'un à hauteur d'appui, l'aulre plus élevé ; entre les deux, circulait une plate-bande fleurie, d'environ quatre mètres de large ; de petits bassina à jets d'eau, communiquant pardesrigoles, couronnaient les murs et rafraîchissaient les ifs et les buis de là bordure. Ces mièvreries ont disparu; mais le plan du jardin, avec ses élégantes terrasses courbes, garde encore la forme générale que lui donna Jacques Desbrosses*.
Le mauvais goût de la décadence italienne, évité dans nos jardins royaux et princiers, s'était répandu dans les provinces, en Flandre, surtout en Hollande. Près de Harlem, toute une chasse au cerf était représentéeen charmille ; l'abbé de Clairmarais, dans 6on jardin deSaint-Omer, gardait une troupe d'oies, dindons et grues, en if et en romarin ; l'abbé des Dunes au contraire était gardé par des gens d'armes de buis. M. de la Borde a encore vu (1808) à Chambaudoin, en Beauce, des instruments de musique
* Des accroissements successifs avaient fait du Luxembourg la plus grande et la mieux aérée de nos promenades urbaines. Peutêtre, quand ce livre paraîtra, sera-t-il diminué d*un quart.
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taillés en grand dans les arbres verts et groupés en labyrinthe.
Les jardins de Rueil qui, dit-on, inspirèrent Lf Notre, en quête d'un plan pour Versailles, ont été, sans nul doute, les mieux conçus et les plus richement ornés de rOccident, dans la première moitié du dix-septième siècle. Le domaine entier constituait une demeure d'une magnificence inouïe pour le tenfips et qui éclipsait les châteaux royaux. Il appartenait au reste au véritable roi, à Richelieu, qui l'avait créé à grands frais sur l'emplacement d'une petite, maison de plaisance achetée à un nommé Moisset. Ce fut vers 1621 que Rueil fut terminé : il avait coûté l'énorme somme de treize cent vingt-six mille livres. L'aménagement des eaux y surpassait tout ce qu'on avait vu jusqu'alors ; les jardins étaient semés de curiosités végétales et ornementales : ici les premiers marronniers d'Inde apportés en France étalaient et relevaient au printemps les cinq doigts de leurs feuilles qui semblent des mains ouvertes ; là, un arc de triomphe, copie de l'arc de Constantin, précédait la plus riche des orangeries. A l'entour d'un immense parterre qui se déroulait devant la l'arade, plus de cent jets d'eau élancés retombaient sur une cascade à trois chutes. Trois épaisses colonnes d'écume s'élevaient encore dans une vaste pièce carrée au bout du canal. D'autres eaux jaillissantes animaient le parc, décoré d'une cascade en amphithéâtre.
Parterres, jels d'eau, parc et pavillon sur le lac, où Richelieu présidait son conseil, tout cela n'esl plus. Morcelé au dix-huitième siècle, Rueil fut anéanti en 93.
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