‹ Les parcs et les jardinsChapitre 21 sur 61 · VAUX · texte numérisé non relu

VAUX

Boulingrins pleins de majeblt'% Où les dimanches, tout l'été, Bâillent tant d'honnêtes famille^ !

Fantômes d'empereurs romains.

Pâles nymphes inanimées Qui tendez aux passants les mains, Par les jets d'eau tout enrhumées !

Tourniquets d'aimables buissons, Bosquets tondus où les fauvettes Cherchent en pleurant leurs chansons.

Où les dieui font tant de façons Pour vivre à sec dans leurs cuvettes !

Dites-nous, marches gracieuses.

Les rois, les princes, les prélats £t les marquis à grand fracas.

£t les belles ambitieuses.

Dont vous avez compté les pas 1

Alfred de Musset.

Vous voyez que les vieux jardins français ne sont point hostiles à la poésie ; ils élèvent la pensée el l'invitent insensil3lenientà cette évocation du passé qui seule rend leur valeur à ces vases, ces bassins, ces statues, ces rampes, ces terrasses multipliées auxquels se prêtent si bien la régularité des plans et la symétrie des lignes.

Le premier grand ouvrage qui portât l'empreinte de Le Nôtre fut le parc de Fouquet, à Vaux, l'un des objets qui ont le plus surexcité la jalousie de Louis XIV et causé la disgrâce du surintendant. Fontainebleau, Rueil même, n'étaient rien près de ces huit cents arpents coupés de parterres, de bosquets et d'eaux vives et dont l'acquisition (1640) et l'aménagement n'avaient pas coûté moins de dix-huit

i2S PAUCS ET JARDINS.

millions. L'auteur de ces merveilles fuiappelcà les surpasser et on lui livra la vaste plaine de Versailles, triste termina la fois marécageux et stérile. Desimauvaisesconditionsdevaientdoublerlagloire de la réussite, mais peut-être en centupler les frais. On raconte que Louis XIV se faisait détailler toutes les beautés projetées et qu'à chaque fontaine, à chaque pièce d'eau, il disait : « Le Nôtre, je vous donnevingt mille francs. — Sire, Votre Majesté n'en saurapasdavantage,jela ruinerais, » réponditenfln le brave dessinateur, à la fois enchanté de ses plans et ravi de paraître ménager la caisse de son maître. L'anecdote est aussi instructive qu'agréable ; elle l'ait voir avec quel dédain le grand roi traitait la fortune publique ; il n'avait guère plus pitié du sang des Français que de leur argent.

Quand il fut démontré que la machine de Marly, engin dispendieux du Liégeois Rennequin, ne pouvait, malgrésesdeux cent vingt et une pompes, sulfire aux insatiables bassins, aux dévorants jeux d'eau du nouveau parc, on entreprit de leur donner à boire la rivière d'Eure qui coule à cinquante kilomètresdeVersailles. Un canal fut creusé jusqu'à Berchères le Mangot ; restaient deux lieues environ ; aussitôt on commença les deux cent quarante-deux arcadesprojetéesderaqueducdeMaintenon. Racine en vit quarante-huit en 1687 et les déclara construites pour l'éternité. On y fit travailler jusqu'à trente-six millesoldalsqui périssaient par milliers;

toules les nuits les chariots funèbres fonctionnaient. « Cet inconvénient^ dit madame de Lafayette, ne paraissait digne (Vaucune attention au sein de la tranquillité dont on jouissait, »

Ces travaux meurtriers, interrompus par la guerre, ne furent jamais repris. Un système de rigoles, quia cinquante lieues de développement, et les eaux des étangs environnants, suffirent, dans les grandes occasions, à remplir les innombrables tuyaux répandus sous les parterres, sorte de parquet posé sur des voûtes de plusieurs mètres de haut. Enfin, pourvus d'eau, les jardins reçurent leursderniers atours, statues, vases et colonnades.

Du pied de la longue façade qui braque sur l'horizon ses trois cent soixante-quinze fenêtres, par delà les bronzes groupés sur des tablettes de marbre autour du parterre d'eau (1688-1690), le regard, passant par-dessus le bassin de Latone, qui se cache entre deux rampes tournantes décorées de statues et d'ifs en pyramides, va se reposer sur le fameux tapis vert, longue allée herbue entre deux charmilles transversalement coupées par des avenues dont les noms sont empruntés aux saisons , distingue encore, au bout du petit parc (le seul fréquenté) , le Char embourbé du bassin d'Apollon ; suit dans sa longueur le beau canal du grand parc, dont les bras latéraux gagnent à angle droit, ici la plaine de la Ménagerie, là le grand Trianon, et se perd enfin dans une campagne loinlaine semée de villages,

de hameaux, et qu'enfermait jadis une muraille de neuf lieues.

Parmi les beautés sans nombre semées dans ce merveilleux ensemble, il faut placer en première lignerOrangerie,rAlléed'eau,lebassindeXeptune, les bains d'Apollon, deLatone, la Salledebal, Encelade et la Colonnade. Nous ne parlons pas du Jardin du roi , qui date de 1 81 6 , ni du Labyrinthe, remplacé en 1775 par le Bosquet de la reine.

On descend à TOrangerie par le parterre du Midi, déjà situé en contre-bas du Parterre d'eau, sur la gauche du palais où nous étions tout à Theure adossés. De ce premier palier, la vue s'étend sur la vaste pièce d'eau des Suisses, et jusqu'aux bois de Satory; ces jardins, sur la gauche, occupent l'emplacement (lu potager du roi (cinquante arpents) , cultivé par le fameux la Quintinie. L'Orangerie est bâtie au-dessous du parterre, entre deux magnidques escaliers dits des Cent marches ; c'est un des chefs-d'œuvre de Mansart et ce qu'il y a de plus beau en aichiteclure à Versailles, sans excepter le château. Entre ses trois galeries d'un caractère mâle et simple et d'une vaste étendue, s'alignent, autour d'un bassin, jusqu'à douze cents caisses d'orangersettroiscentsd'espèces variées. Les orangers sont anciens et célèbres ; l'un entre autres, le Grand Bourbon, fut acquis en 1530 par la confiscation des biens du connétable de Bourbon. Si, comme on le croit, il fut semé en 1421, il atteint l'âge pro-

digieux de quatre siècles et demi. L'Orangerie a été construite en 1685.

De l'autre côté du château, en avant de Taile du nord, descendlacharmanleAUéed'eau, dessinée par Claude Perrault. Deux petites pelouses en longueur la partagent et s'égavent de vingt-deux groupes d'enfants aux attitudes variées qui tous, trois à trois, baignent leurs pieds folâtres en un bassin de marbre blanc et soutiennent sur leurs têtes une vasque empanachée d'un jet d'eau.

Plus loin, dans le même axe, s'étale le bassin de Neptune, dont les jets superbes sont chargés du to?(ÇM<?f final danslefeu d'artifice desGrandes Eaux; il faut, pour le contempler dans sa grandeur imposante, aller se placer à l'extrémité septentrionale du parc ; on a d'abord en face de soi, au-dessus du bassin , soixante-trois jets d'eau , dont moitié plantés comme des arbres de neige en des vases de plomb bronzés, et qui retombent par de vastes coquilles dans la grande pièce. Au-dessous, trois groupes énormes en plomb, fouillis de dieux, de tritons, de naïades et de chevaux marins vomissent des flots d'écume avec une verve qui eût réjoui un Homère. Les eaux s'élancent, bouillonnent, se croisent, se heurtent, faisant jaillir aux rayons du couchant des millions d'étincelles évanouies bientôt en brouillard diaphane. C'est une ivresse de fraîcheur et de lumière. Mais fuyons vite, toutes ces puissances de la mer qui exhalent fièrement leur souffle

gigantesque ne seront plus tout i\ l'heure que des formes noirâtres au-dessus d'une eau troublée, tristes de leur silence et de leur immobilité. Tel devait être Louis XIV \ieilli, lorsque la grande comédie des représentations royales cessait un moment de dérider sa face, et qu'il rentrait dans le silence de la vie intime entre Tauslère Maintenon et l'austère père La Chaise.

C'est en 1685, d'après Dangeau, que le roi-soleil vit pour la première fois jouer toutes les machines de Neptune; malgré le pouvoir magique de la flatterie, il étfîit alors assez loin du bel âge où Girardon et Regnauldin le représentaient sous les traits de Phébuè servi par les nymphes. Le groupé considérable des bains d'Apollon, un des ouvrages qui honorent la sculpture française, exécuté vers 1662, fut d'abord placé dans la grotte de Thétis, où des fêtes furent données en Thonneur de la Vallière (1664). La Fontaine Ta décrit ainsi:

Ce dieu, se reposant sous ces voûtes humides, Est assis au milieu d'un chœur de Néréides :

Toutes sont des Vénus, de qui l'air gracieux >''entre point dans son cœur et s'arrête à ses yeux, n n'aime que Tliétis, et Thétis les surpasse.

Le Bosquet d'Apollon, tel que nous le voyons aujourd'hui, aétéremaniécomplétementpar Hubert

Robert en 1775, et il n'a rien perdu de ses grâces premières.

Nous avons indiqué remplacement du bassin de

Latone; c'est une composition ingénieuse et parfaitement appropriée à sa destination. L'artiste, Balthasar Marsy, a choisi le moment où Latone change en grenouilles et autres animaux aquatiques des paysans qui Tavaient outragée.

On appelle Salle de bal, ou mieux Bosquet de la cascade, une ellipse verdoyante dont le fond est décoré de gradins en rocailles où ruissellent, aux jours de fêtes, des nappes d'eau colorées par des lumières qu'il est aisé de dissimuler en certaines cavités du monticule artificiel. Le grand Dauphin aimait à dîner en ce lieu, et la cour y dansait parfois. En face de la cascade s'élève un amphithéâtre gazonné. La Salle de bal est située du côté de l'Orangerie, et le Tapis vert la sépare des bains d'Apollon.

A l'autre extrémité des massifs, et près du bassin d'Apollon, toujours du même côté du Tapis vert, Lapierre exécuta, sur les dessins d'IIardouin Mansart, un élégant péristyle en marbre de forme circulaire, soutenu par trente-deux colonnes multicolores aux chapiteaux blancs et dont les arcades supportent des plafonds décorés de bas-reliefs et une élégante corniche. Sous chaque arcade, une vasque en marbre lance un jet d'eau qui retombe dans un petit canal inférieur. Au centre de cette colonnade est un Enlèvement de Proserpiney assez décoratif, par Girardon. L'ensemble est gracieux, riche, et dépasse de beaucoup la naumachie si

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vantée de Monceaux. Les Romains auraient volontiers dîné là sous un vélarium de pourpre.

A peu près en face, au nord, un Encelade gigantesque, dont on n'aperçoit que la tête et les bras, lance du milieu des rochers qui Técrasent un dernier défi au ciel. De sa bouche s'élève un jet d'eau de vingt-trois mètres.

Le grand canal qui marque le milieu du parc sylvestre et le divise encore de ses deux bras transversaux, présente des dimensions remarquables, plus de 60 mètres de large sur environ 1600 de long. « Sous Louis XIV, cette majestueuse pièce d'eau était couverte de bâtiments de toutes formes, et principalement de gondoles vénitiennes conduites par de nombreuses troupes de rameurs et de matelots pour lesquels on avait construit un village dans les environs. Le roi, le grand Dauphin, les princesses y allaient souvent prendre le plaisir de la promenade et de la collation. Les fêtes finissaient toujours par quelque feu d'artifice sur le canal. En 1 770, pourlemariagedu princequifutLouisXVI, on y avait établi un soleil de feu qui éclairait toul l'horizon ( on eût dit un emblème de la révolution prochaine) ; et deux cents chaloupes couvertes de verres de couleurs fendaient les eaux enflammées. »

La direction heureuse, des jardins de Versailles avait valu à Le Nôtre la surintendance de tous les parcs royaux ; il ne s'en montrait pas plus fier, et Ton rapporte qu'il ne voulut sur son écusson que

trois colimaçons, deux et un, couronnés d'une feuille de chou et accompagnés d'une bêche.

Il mourut en 1700, « après avoir, » dit Saint- Simon, « vécu quatre-vingt-huit ans, dans une sanlé parfaite, avec sa tète et toute la justesse et le bon goût de sa capacité, illustre pour avoir le premier donné les divers dessins de ces beaux jardins qui décorent la France, et qui ont tellement effacé la réputation de ceux d'Italie (qui, en effet, lie sont rien en comparaison) que les plus fameux maîtres en ce genre viennent d'Italie apprendre et admirer ici. Le Nôtre avait une prolûté, une exactitude, et une droiture qui le faisaient eslimer et aimer de tout le monde. Jamais il ne sortit de son élat ni ne se méconnut, et fut toujours parfaitement désintéressé. Il travaillait pour les par liculiers comme pour le roi, et avec la nlôme application; ne cherchait qu'à aider la nature et à réduire le vrai beau au moins de frais qu'il pouvait ; il avait une naïveté et une vérité charmantes.

« Le pape pria le roi de le lui prêter pour quelques mois. En entrant dans la chambre du pape, au lieu de se mettre à genoux, il courut à lui. « Eh! bonjour, lui dit-il, mon révérend père, en lui sautant au cou, et l'embrassant et le baisant des deux côtés. Eh ! que vous avez bon visage, et que je suis aise de vous voir, et en si boime sanlé ! » Le pape, qui était Clément X, Altieri, se mit à

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rire de tout son cœur. Il fut ravi de cette bizarre entrée, et lui fit mille amitiés.

« A son retour, le roi le mena dans ses jardins de Versailles, où il lui montra ce qu'il y avait fait depuis son absence. A la Colonnade, il ne disait mot. Le roi le pressa delui dire son avis: «Eh! bien, Sire, que voulez-vous que je vous dise? D'un maçon vous avez fait un jardinier (c'était Mansart), il vous a donné un plat de son métier. » Le roi se tut et chacun sourit; et il était vrai que ce morceau d'architecture, qui n'était rien moins qu'une fontaine et qui le voulait être, élait fort déplacé dans un jardina Un mois avant sa mort, le roi, qui aimait à le voir et à le faire causer, le mena dans ses jardins, et, à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise que des porteurs roulaient à côté de la sienne, et Le Nôtre disait là : « Ah 1 mon pauvre père, si tu vivais et que tu pusses voir un jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manquerait à ma joie. »

Parmi les nombreux jardins qu'il eut à dessiner pour le roi, les princes ou des particuliers, on cite le grand Trianon et Marly, dont nous allons parler, Clagny , donné par Louis XIV à la Montespan, Saint-Cloud, Meudon, h s Tuileries (1665), souvent

* n y a bien de la sévérité dans l'opinion de Saint-Simon, et peut-étro quelque jalousie dans la réponse de Le Kùtre.

modifiées, surtout dans leur partie antérieure, et récemment défigurées par la maladroite adjonction d'unparterre pseudo-anglais, Chantilly, Sceaux, la terrasse de Saint-Germain, le parc de Turin. Appelé en Angleterre, il y donna le plan de Greenwich et de Saint-James ; on lui attribue la villa Panfili, à Rome.

Vers 1687, Louis XIV, las des grands appartements mal distribués de Versailles, se fit construire par Mansartun agréable rez-de-chaussée sur remplacement d'un ancien pavillon de chasse nommé Trianon, à l'extrémité septentrionale du grand parc. Le Nôtre y joignit un assez beau jardin ; mais le plus bel ornement de Trianon est la terrasse élevée dans l'axe d'un bras transversal du grand canal, et d'où le roi aimait à suivre les divertissements aquatiques de ses enfants. Vers 1 700, il se dégoûta du grand Trianon et se prit de passion pour Marly, que Mansart ornait de concert avec Le Nôtre.

C'est là que tout est grand, ([ue l'art n'est point timide;;

I^, tout est enchanté, c'est le palais d'Annide ;

C'est le jardin d'Alcide, ou plutôt d'un héros

Noble dans sa retraite, et grand dans son repos...

Voyez -vous et les eaux, et la terre et les bois,

Subjugués à leur tour, obéir ù ses lois;

A ces douze palais d'élégante structure

Ces arbres marier leur verte architecture,

Ces bronzes respirer, ces fleuves suspendus,

A gros bouillons d'écume à grands flots descendus.

Tomber, se prolonger dans des canaux superl)es,

lia s'épancher en nappe, ici monter on gerbes...

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Tout J)osquet est un temple et tout marbre est un dieu; Et Louis, respirant du fracas des conquêtes, Seml)le avoir invité tout l'Olympe à ses fêtes.

Delille.

Louis XIV eût aimé ces rimes emphaliqucs, lui qui souffrait l'énorme adulation, bien déplacée après Ryswick et au moment de la succession d'Espagne, que Mansart n'avait pas craint de traduire en pierre de taille dans la grande avenue de Marly. Douze pavillons, consacrés aux douze heures du Jour, y précédaient le château du roi-soleil; ainsi Virgile mêlait Auguste vivant aux signes du zodiaque. Rien de plus beau d'ailleurs que la disposition du jardin, de la grande cascade, qui, ruisselant à larges nappes sur soixante-trois marches de marbre, alimentait aisément plusieurs grands bassins revêtus de carreaux en porcelaine et entourés de balustrades dorées, prison des carpes royales. Les parterres s'en allaient d'étage en étage, séparés par diverses allées, jusqu'à la pièce de la Grande-Berge, que sa bordure faisait ressembler à un miroir de Venise. xMarly ne manquait, comme on pense, ni de statues, ni d'ifs taillés, ni de tapis verts.

Saint-Simon se plaint que toutes les allées, se côtoyant à des niveaux différents, et cachées les unes aux autres par des haies touffues, eussent trop d'oreilles. Il allait à la dernière pièce d'eau du dernier parterre, représentant une conque, et

MARLY. 13ÎI

dans laquelle se miraient les chevaux de Coustou. Le plus riche ouvrage de Le Nôtre, après Versailles et Marly, parait avoir été Chantilly.

De héros en héros, d'âge en âge embelli.

Il y règne seulement un peu de confusion, qu'il faut attribuer aux perpétuelles retouches ou additions qui le modifièrent dans le courant du dixhuitième siècle ; peut-être aussi à la difficulté de trouver un centre de perspective dans un domaine qui comprend trois châteaux ou habitations séparées. La confusion entraîne du moins la variété et l'imprévu; ce sont les qualités de Chantilly. .

On vantait l'Orangerie, la galerie des Vases, celle des Trente-Arcades, le Vertugadin, amphithéâtre vert qui semble un riche manteau attaché aux formes gracieuses du coteau de Vineuil, le Parterre d'eau, dont le canal forme une grande allée transparente, bordée de dix jolis bassins, l'ile des Jeux, pourvue de manèges et de balançoires, la fameuse pelouse dont le gazon dru et court est si favorable encore aux courses de chevaux, un beau potager à trois étages, et partout ces cascades qui, du temps de Bossuet, ne se taisaient ni jour ni nuit; on ne les a guère entendues depuis 1791 .

Les eaux de Chantilly, pour l'abondance, étaient sans rivales. Le canal, alimenté par la Nonette, a

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trois mille mètres de long sur quatre-vingts de large. Au-dessous du large bassin circulaire où la Nonetle vient tomber parmi les grands arbres, une chute d'eau en hémicycle, à cinq nappes, forme la tête du canal.

Les Grandes-Cascades doivent être placées au rang des merveilles •de l'hydraulique; peut-être surpassaient-elles les magnificences du bassin de Neptune à Versailles. Au centre d'un bassin circulaire, une gerbe entourée de huit jets jaillit de la cime d'un rocher, et retombe en pyramide au milieu de quinze autres jets. A l'entour, jouent des fontaines et des guéridons rangés sur quatre gradins de verdure. Au-dessus, dans uji autre bassin, des candélabres, buffets d'eau, mascarons, stalactites, dragons, lultent de verveetd'écume. Un troisième bassin, pourvu de cinq jets symétriques, termine cette partie de la cascade -

D'une salle de verdure où aboutissent six grandes allées, descendent deux escaliers en fer à cheval, se développant avec grâce, décorés de guéridons empanachés d'eau, qui déversent leurs nappes dans trois bassins. 11 y a quatre paliers, cinq nappes encore, tombant dans autant de bassins garnis de soleils et de jets, des chandeliers dont le soleil allume les fusées liquides, et toujours des colonnes d'eau, de l'écume et du bruit.

Enfin, une forêt de sept millearpents, coupée d'avenues immenses réunies au rond-point delà Table,

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