‹ Les parcs et les jardinsChapitre 22 sur 61 · CHA>'TILLY. 1 H · texte numérisé non relu

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s'étendait à perte de vue autour de Chantilly, et assurait à ce domaine des chasses magnifiques.

Le fils du grand Condé, l'un des hommes les plus hargneux, les plus patelins, les plus bizarres qu'aient produits les nobles races, qui se croyait chien par instants, aboyait, se fourrait sous les meubles, comme eût pu le faire un brahmane dégradé par la métempsycose, puis redevenait le plus noble, laplus charmant, leplusaffabledes mortels, fut le vrai créateur des merveilles de Chantillv ; c'est lui qui fit achever le grand château, flanqué de hautes tours, formé par Mansart en pentagone régulier; qui, dans le petit château, legs des Montmorency, d'un aspect moins noble, mais d un aménagement intérieur beaucoup plus riche et plusélégant, accumula les salons chinois, les chambres dorées, les galeries de tableaux en Thonneur de son père. Ses trois millions de renies suffisaient à peine à ces embellissements ruineux et aux réceptions splendides que les rois honoraient de leur présence ; c'étaient des collations, des festins, des feux d'artifice de seize mille livres ( plus de cinquante mille francs), des folies véritables.

M. le duc, petit"fi!s du précédent, voulut recevoir à Chantilly la duchesse de Berry, fille du Régent. Le voyage dura dix jours, et chaque jour eut sa fête. « La profusion, le bon goût, la galanlerie, la magnificence, les inventions, Tart, l'agrément des diverses surprises, s'y disputèrent à l'envi.

Il pensa, dit Saint-Simon, y arriver une aventure tragique au milieu de tant de somptueux plaisirs. M. le Duc avait, de l'autre côté du canal, une très-belle ménagerie, remplie des oiseaux et des bêtes les plus rares. Un grand et fort beau tigre s'échappa et courut les jardins de ce même côté de la ménagerie, tandis que les musiciens et les comédiens, hommes et femmes, s'y promenaient. On peut juger de leur effroi et de l'inquiétude de toute cette cour rassemblée. Le maître du tigre accourut, le .rapprocha et le ramena adroitement dans sa loge sans qu'il eût fait aucun mal à personne que la plus grande peur. »

De si éblouissants souvenirs pâlissent un peu la renommée de Saint-Cloud, malgré son joli château d'eau et la belle venue de son grand jet qui s'élève à quarante-deux mètres, avec une force capable de chasser un poids de soixante-cinq kilogrammes.

Le parc de Saint-Cloud est très-grand (onze cent quarante-six arpents) et très-beau, mais il n'a d'autre lien avec le châleau que le grand escalier de gazon qui monte à la lanterne ; quoique bien inventé, c'est insuffisant. On pense que l'architecte Lepautre, en établissant la cascade en face de la Seine, espérait en faire comme le piédestal d'un château élevé dans son axe.

La résidence des Gondi, des Orléans, de Louis XVI et de Napoléon est demeurée la maison mal pla-

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cée et mal distribuée du contrôleur Hervart. Sans doute elle a été sans cesse, depuis 1658 et 1695, reconstruite et modifiée; mais aucun embellissement n'a pu racheter les défauts qu'entraîne sa situation. Rejetùe sur le côté du parc et en contrebas des coteaux de Ville-d'Avray, elle est à peu près masquée par les arbres magnifiques de la grande allée.

Considéré isolément, et en dehors du château, le parc de Saint-Cloud est une admirable promenade, soit qu'on parcoure l'avenue qui longe la Seine et dont les ormes séculaires abritent en automne les grandes baraques multicolores des saltimbanques et des marchands forains accourus pour les fêtes de septembre; soit qu'on gravisse les chemins obliques et les sentiers tortueux qui mènent à la lanterne de Démosthènes; ou que, de la haute pelouse hantée par les commerçants endimanchés et les jeunes joueurs de ballon, on regarde les méandres de la Seine, les masses vertes du bois de Boulogne et la carrure massive de TArc de Triomphe ; ou bien qu'on s'engage dans les vastes allées qui se prolongent jusqu'à Ville-d'Avray et Sèvres : partout on trouvera de grandes ou riantes perspectives, des retraites cachées et une puissante végétation.

Le parc réservé, qui occupe toute la droite du domaine, renferme de belles avenues ombragées où l'on entrevoit des cerfs et des chevreuils tran-

quilles. Il domine les bois de Marne et de Villed'Avrav. Le chemin de fer de Versailles le traverse dans sa largeur. Charles XTaccruf, au nord, d'un jardin du Trocadéro, qui occupe les hauteurs de Montretout.

M. Vatout, qui a fait l'histoire de Saint-Cloud, a constaté les changements considérables que le parc a subis ; ainsi, dit-il, on chercherait vainement la grotte de verdure qui servait de couronnement à la grande cascade, une foule de statues, d'ailleurs médiocres, qui ornaient les bassins ; les Goulottes, au murmure desquelles Charlotte de Bavière allait souvent rêver et quelquefois médire; le Trianon^ remplacé par le pavillon de Breteuil, mais déshérité de ses jardins brodés, de ses tourelles et du grand bassin de Vénus ; l'allée des Portiques^ le pavillon de la Félicité, élevé par Marie-Antoinette; le Mail, le Fort, et mille aulres détails minutieusement célébrés par les poètes et les auteurs contemporains.

Le parc a du moins gardé son jet d'eau et les gradins élégants de sa grande cascade, ouvrage de Lepautre, et d'où l'eau retombe dans un grand bassin dessiné par Mansart; il s'est enrichi en 1800 d'une copie exacte du monument de Lysicrale, dît lanterne de Démosthènes^ que l'architecte Fonlaine éleva sur une tour carrée, au-dessus de l'amphithéâtre de verdure.

Meudon a de l'agrément, et sa terrasse est bien

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