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LES JARDINS CLASSIQUES

Durant laplus grande parlicdui'ègnedeLouisXV, les successeurs de Le NiHre continuèrent la Iradifion du jardin classique; et de nouvelles descriptions d'un type identique seraient à bon droit accusées de monotonie. De la France, le style de Le Nuire s'était aisément répandu en Italie, où Une paraissait d'ailleurs (ju'une suite naturelle du goût d« )a Renaissance, commun aux deux pavs. La villa

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que le cardinal Albani se fît construire auprès de Rome, sur ses propres plans, est le parfait modèle de cette symétrie qui prétendait raffîner même sur la régularité du dix-septième siècle. Sans en nier la beauté, M. Tainc en a bien saisi le caractère.

« Aucune liberté n'v est laissée à la nature, tout y est factice. L'eau ne s'élève qu'en jets et en panaches, elle n'a pour lit que des vasques et des urnes. Lespelousesysontenferméesdansd'énormes haies de buis plus hautes qu'un homme, épaisses comme dos murailles, et formant des triangles géométriques dont toutes les pointes aboutissent à un centre. Sur le devant, s'étend une palissade serrée et alignée de petits cyprès. On monte d'un jardin à l'autre par de larges escaliers de pierres semblables à ceux de Versailles. Les plates-formes de fleurs sont enfermées dans de petits cadres de buis, elles forment des dessins et ressemblent à des tapis bordés, régulièrement bariolés de couleurs nuancées.

<( De superbes chênes-lièges élèvent sur une terrasse leurs pilastres monstrueux et le dôme toujours vert de leur feuillage monumental. Des allées de platanes s'allongent et s'enfoncent comme un portique ; de hauts cyprès silencieux collent leurs branches noueuses contre leur écorce grise et montent d'un air grave, monotone, en pyramides. Des aloès drossent contre la paroi blanche des murai lies

CASERIE. iL)5

leur tige étrange, pareille à un serpent convulsif hérissé par la lèpre.

« Les yeux se promènent sur la suite d'arcades rondes qui forment le portique tournant, sur la balustrade et les statues qui diversifient la crête du toit, sur les colonnes jetées çà et là, sur les rondeurs des viviers et des haies. »

11 n'y a là aucun compromis avec la nature, aucune concession au goût nouveau qui commençait à passer d'Angleterre sur le continent.

Ailleurs, on trouve les deux styles déjà juxtaposés et non sans charme, comme dans la résidence royale de Caserte, bâtie et dessinée par Vanvitelli (1752-1759).

Le jardin, d'une étendue immense, est divisé en deux parts. La première, tristement majestueuse, imparfaite imitation du genre de Le Nôtre et du parc de Versailles, est terminée par un vaste canal, des fontaines et une abondante cascade tombant du haut d'une colline ; le canal est si long qu'on a dû établir par deux ponts une communication entre les deux rives. Au delà, commence le jardin paysager célèbre par la grandeur de ses chênes-liéges. Les accidents du terrain, la diversité des plans, l'éclat de la verdure et la magnificence de la végétation, soit indigène, soit çxotique, en font une délicieuse promenade.

La Villa Reale, à Naples, présente le même caractère avec moins de solennité. Entre cinq avenues

d'acacias, d'yeuses, de saules pleureurs, des rosiers de Bengale, des myrtes et des orangers forment des massifs et des corbeilles que décorent des vases et des statues. Le molif central et auquel tout se rattache est un bassin de granit porté par des sphinx ; une nappe d'eau s'en échappe en cascade. Un tiers environ du parc est planté à l'anglaise.

La plupart des beaux jardins en Allemagne, et ils y abondent, bien que plantés à l'origine dans le goût français , appartiennent plutôt au genre paysager. Nous aurons occasion de les parcourir et d'admirer la parfaite mesure avec laquelle ils ont fondu Kent et Le Nôtre. Ici nous ne mentionnerons que Schœnbrunn, imitation directe de Versailles ou de Marly (1700), et qui conserve toujours sa physionomie classique. Pour rappeler à Marie- Louise une treille de Schœnbrunn qu'elle aimait. Napoléon fit rapidement élever dans le parc de Compiègne par l'habile dessinateur Bertault un berceau long de dix-huit cents mètres , route fleurie et close que l'on peut parcourir en voiture.

La Hollande restait fidèle à cet art mièvre et propret que la Renaissance et Le Nôtre avaient agrandi jusqu'à l'emphase. Instruite à son école, l'Angleterre ne faisait que suivre de loin l'Italie et la France. C'est Addison qui l'avoue lui-même : «Les jardins d'Angleterre, dit-il, ne sont pas si propices à l'imagination que ceux de France et d'Italie,

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