L'ALAMÉDA DE GRENADE
a L'Arabie est son aïeule », et le monde n'a rien à opposer au laurier-rose du Généralife. La riante Alaméda de Grenade peut servir de type et de modèle. « Figurez-vous une longue avenue de plusieurs rangs d'arbres d'une verdure unique en Espagne, terminée à chaque bout par une fontaine monumentale dont les vasques portent sur les épaules de dieux aquatiques d*une diffornjité curieuse et d'une barbarie réjouissante. Ces fonlaines, contre l'ordinaire de ces sortes de constructions, versent l'eau à larges nappes qui s'évaporent en pluie fine etenbrouillard humide, et répandent une fraîcheur délicieuse. Dans les allées latérales, courent, encaissés par des lits de cailloux de couleur, des ruisseaux d'une transparence cristalline. Un grand parterre orné depetitsjets d'eau, rempli d'arbustes et de fleurs, myrtes, rosiers, jasmins, toute la ^ corbeille de la flore grenadine, occupe l'espace entre le Salon et le Génil et s'étend jusqu'au pont élevé par le général Sébastiani, du temps de l'invasion des Français. Le Génil arrive de la Sierra- Nevada dans son lit de marbre, à travers des bois de lauriers d'une beauté incomparable. Le verre, le cristal sont des comparaisons trop opaques, trop épaisses, pour donner une idée de la pureté de celte eau qui était encore la veille étendue en nappes d'argent sur les épaulés blanches de la Sierra -Nevada. C'est un torrent de diamants en fusion. » (Th. Gautier.)
ia4 PARCS ET JARDINS.
Les domaines royaux de l'Espagne, quelques disparates qu'y aient introduites des embellissements récents, sont tous réguliers et classiques; les leçons de la Renaissance s'y trouvaient d'accord avec les Iraditions moresques ; et la royauté de Le Nôtre y fut moins contestée que celle de Philippe V.
L'Escurial était la demeure de Philippe II, et on l'y sent encore. « Ce sont de grandes terrasses et des parterres de buis taillé, qui représentent des dessins pareils à des ramages de vieux damas, avec quelques fontaines et quelques pièces d'eau verdâtre; plus d'architeclurequede végétation; un jardin solennel, ennuyeux, empesé, digne du monument morose qu'il accompagne. »
En revanche, on ne saurait imaginer rien de plus agréable que la campagne d'Aranjuez. C'est une oasis au milieu des steppes de la Nouvelle-Castille; de riants horizons se découvrent de toutes parts aux alentours duTage etduXamara, ombragés d'aunes, de peupliers, de saules, bordés de prairies où paissent des chevaux andalous, napolitains et normands, des vaches de toute robe et de tout pays; les mûriers blancs couvrent les pentes des collines ; les montagnes sont couronnées de chênes kermès ; les haies et les bosquets sont pleins de nids et de chansons.
Le domaine rassemble des échantillons de toutes les cultures : la Huerta Valendana est à la