‹ Les parcs et les jardinsChapitre 29 sur 61 · LA GRANJA. J · texte numérisé non relu

LA GRANJA. J

a des jeux d'eau dignes de Chantilly et de Versailles, dont il imite aussi les ifs et les myrtes taillés, et la décoration monumentale.

Au fond d'un beau parterre, en face du palais, Amphitrite, entourée de cygnes, de dauphins, de zéphyrs, arrête en un grand bassin la cascade Nueva, qui, par dix gradins de marbres polychromes, s'élance d'un bassin supérieur où nagent les trois Grâces soutenues par des tritons. La cascade est dominée par un temple octogone un peu massif.

Une vaste mei\ alimentée par les ruisseaux de la montagne, verse, des hauteurs du parc, ses ondes inlarissables à vingt-six fontaines, bassins, chutes et groupes répandus dans les parterres et sous les bosquets. On cite une série de cascatelles, nommée la Carrera de Caballos : Apollon tuant Python qui vomit de véritables torrents ; le dragon d'Andromède, dont le jet a trente mètres ; Tamphilhéatre deVertumne et Pomone; le Canastillo^ d'où qua^ rante fusées jaillissent parmi les fruits et les fleurs ; la Renommée, gerbe de trente-cinq mètres ; enfin les Bains de Diane, évidente contrefaçon, mais trèsréussie, des fameux Bains d'Apollon. Cesi une scène immense où des nymphes et des animaux luttent à qui fera le plus d'écume et de bruit; l'extraordinaire abondance des eaux prolonge indéfiniment leurs ébats. Cette seule pièce coûta trois millions. .

« Le mélancolique Philippe V s'arrêta quelques instants, avec un sentiment de plaisir, devant cette magniflque pièce, la première fois qu'on la fit jouer devant lui, puis reprenant son allure morose : « Tu m'as distrait trois minutes, dit-il, mais tu « m'as coûté trois millions. »

Le PardOy à trois lieues de Madrid, vaste enclos giboyeux de vingt lieues de tour, renferme aussi des jardins et des pièces d'eau.

Le Buen-Retiro, de Madrid, dont les curiosités ont excité la verve bouffonne de Théophile Gautier, est d'uneétendueassezrestreinte(1400 mètres). Ravagé en 1808, ilaété rétabli par Ferdinand VII à peu près tel qu'il existait sous Philippe IV. Une large avenue de tilleuls, doublée de haies et de statues colossales des rois d'Espagne conduit à un vaste étang, derrière lequel s'étendent les enclos réservés. Théophile Gautier a vu dans le Buen-Retiro la réalisation du rêve d'un épicier cossu, « des fleurs communes et voyantes, de petits bassins dans le goût des devantures de marchands de comestibles, cygnes de bois peints en blanc et vernis, et autres merveilles d'un goût médiocre ; » chalets à prétentions indoues ou turques, étables garnies de chèvres empaillées et de truies en pierre grise. Dans une de ces fabriques, d'affreux automates, mus par des rouages mal graissés, «battent le beurre, filent au rouet, bercent de leurs pieds de bois des enfants de bois couchés dans leurs berceaux sculptés ; dans

LA PEINHA. iÔÎ^

la pièce, voisine, le grand-père malade est couché dans son lit, sa potion sur la table ; on a poussé le scrupule jusqu'à placer sous la couchette une urne indescriptible, mais fort bien imitée.... Une belle statue équestre en bronze de Philippe V relève un peu toutes ces pauvretés. »

La végétation des passeios de Lisbonne est merveilleuse. Les héliotropes garnissent les murailles comme du lierre ; les géraniums ont trois mètres de hauteur; les jasmins sont immenses; les orangers forment des vergers. Le parc du château de la Penha, aux environs de Cintra, se développe sur plusieurs lieues d'étendue ; camélias, myrtes, bananiers,géraniums,s'y pressent en allées si épaisses que le jour y pénètre à peine ; des eaux courent au pied des haies d'hortensias bleus ; les jardins enclavent deux montagnes d'où l'on voit la mer. Versailles peut seul donner une idée des vastes jardins du couvent de Santa-Cruz ; les ravages du temps et de l'abandon y ont épargné une énorme muraille de cèdres séculaires autour d'un lac presque aussi grand que la pièce d'eau des Suisses.

De cette Espagne, où le bananier et le palmier croissent en forêts, on passe sans être dépaysé dans les riches plantations de Cuba, bien plus voisines de l'Éden de Milton que les jardins anglais.

Ce sont de magnifiques avenues doubles de palmiers et de manguiers qui s'allongent enire d'interminables plaines de verdure où les plants de café

no PAUCS ET JAUDLNS

semblent des massifs de lauriers du Portugal. A Tentour, les vastes frondaisons du bananier étendent leur ombrage et balancent leurs cimes légères pour protéger les arbrisseaux plus délicats contre les rayons du soleil. Des arbres à fleurs et à fruits de toute espèce sont disséminés dans toutes les directions. Autour de la maison s'étend généralement un parterre, riche harmonie de couleurs, suave bouquet des parfums les plus variés ; quelquefois un labyrinthe dé citronniers cache une statue de marbre. Des ailes de la maison partent en ligne droite d'autres avenues d'amandiers, de limons, d'orangers pliant sous le poids de leurs fruits éclatants. C'est le domaine lui-même, comme le voulait Addison, et rien autre, qui constitue le jardin.

Fleurs de la Perse; La Grande Avenue et les Mille Arpents à Ispahan. — Jardins du Sérail; Cimetières turcs. — Scutari; Choubrah. — Jardins du Grand-Mogol et du roi de Lahure. — Parc du temple du ciel à Pékin; le paiais de la Mer sereine.

Le Perse a-t-elle eu son Le Nôtre? Je l'ignore ; mais ses jardins royaux, tels que le voyageur Chardin les décrit, ressemblent assez à une ébauche du Grand-Trianon. L'art de Le Nôtre se rattache en droite ligne à la composition des \illas de la Renaissance, et celles-ci aux villas de Rome antique ; de même les Persans sont restés fidèles aux traditions de leurs ancêtres ; ils n'ont fait que rajeunir les paradis des satrapes et les accommoder à la vie apathique et voluptueuse où les ont réduits le fatalisme musulman et l'épuisement de leur race. Leurs jardins consistent ordinairement en une grande allée qui partage le terrain, tirée à la ligne et bordée de platanes, avec un bassin d'eau au mi-

in PARCS ET JARDINS.

lieu, d'une grandeur proportionnée au jardin, et deux autres plus petits sur les côtés. L'espace entre deux est semé de fleurs confusément et planté d'arbres fruitiers et de rosiers, et c'en est toute la décoration. On ne sait ce que c'est que parterres et cabinets de verdure, que labyrinthes et terrasses, et que ces autres ornements de nos jardins. Les Persans ne se promènent pas dans les jardins comme nous faisons ; ils se contentent d'en avoir la vue et d'en respirer l'air. Ils s'asseyent pour cela en quelque endroit du jardin à leur arrivée, et s'y tiennent jusqu'à ce qu'ils en sortent.

La monotonie de l'ensemble et le négligé des détails sont amplement rachetés par la variété infinie des arbres fruitiers et des plantes fleuries, non que leurs espèces puissent égaler les nôtres en excellence et en beauté cultivée ; les Persans ne pratiquent ni la greffe, ni les croisements féconds de notre horticulture raffinée ; leur sol produit de luimême tout ce que rassemblent leurs jardins.

Les fleurs de la Perse, par le vif des couleurs, sont généralement bien plus belles que celles de l'Europe et que celles des Indes. L'Hyrcanie est un des plus admirables pays pour les fleurs ; il y a des forêts toutes d'orangers. La partie la plus orientale de ce pays-là, le Mazenderan, n'est qu'un parterre depuis septembre jusqu'à la fin d'avril. C'est aussi le meilleur temps pour les fruits.

Vers les confins delaMédie, aux frontières sep-

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