FLEURS DE PERSE
tentrionales de l'Arabie, les campagnes produisent d'elles-mêmes les tulipes, les anémones, les renoncules simples du plus beau rouge, les couronnes impériales. En d'autres lieux, comme autour dlspahan, les jonquilles croissent d'elles-mêmes ; aussi des narcisses de sept à huit espèces, du muguet, des lis et des violettes de toutes couleurs, des œillets simples et doubles et des œillets d'Inde d'une couleur qui éblouit, du jasmin simple et double, et du jasmin que nous appelons d'Espagne, plus beau et plus odorant qu'en Europe. Les guimauves sont aussi d'une belle couleur. Les tulipes ont la tige courte à Ispahan, ne montant qu'à quatre pouces de terre.Entreles fleursd'hiver(septembre-avril), sont les jacinthes blanche et bleue, le lis des vallées, de petites tulipes, la violette, le muguet, la myrrhe. Au printemps, la giroflée jaune et rouge en égale abondance, des ambrettes de toutes couleurs, et une admirable fleur de clou de girofle (ainsi nommée parce qu'elle ressemble tout à fait à un clou de girofle) ; elle est d'un ponceau incomparable. Chaque tige porte une trentaine de ces fleurs arrangées en forme ronde de la grandeur d'un écu. La rose est de cinq sortes, outre sa couleur naturelle : blanche, jaune, rouge (que nous appelons roaed' Espagne) , d'un rouge encore plus ponceau, et bicolore : rouge et blanc ou rouge et jaune. On voit sur le même arbre des roses jaunes, jaune et blanc, jaune et rouge.
Rien de plus beau à voir que les arbres fleuris, surtout les pêchers ; car les fleurs les couvrent si fort, que la vue même n'y trouve pas de passage.
La dynastie des Séfewys, la plus intelligente qui ait gouverné la Perse depuis les Sassanides, avait fait de sa capitale, Ispahan, une merveille d'architecture. Les palais, les collèges même, activement protégés par la mère de Shah-Abbas le Grand, s'alignaient autour de charmantes cours encombrées de fleurs et de platanes. On ne voit plus aujourd'hui que de faibles restes de ces magnificences, contemporaines de Versailles, de Chantilly et de Sceaux. Les jardins du sérail étaient uli ensemble féerique, bien que toujours régulier, de bassins, de volières, de pavillons, de palais, posés au milieu des grands arbres et des fleurs.
Les Champs-Elysées, prolongés de l'avenue de Neuilly, ne peuvent donner l'idée de la grande avenue d'Ispahan, longue de plus de trois mille mètres sur cent, et coupée vers son milieu par un magnifique pont.
« Les rebords du canal, qui coule au milieu d'un bout à l'autre, faits de pierre de taille, sont élevés de neuf pouces et sont si larges que deux hommes à cheval peuvent se promener dessus de chaque côté. Les rebords des bassins sont de même largeur. Les ailes de cette charmante allée sont de beaux et spacieux jardins, destinés aux grands officiers, dont chacun a deux pavillons :
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Tun fort grand situé au milieu du jardin, consistant en une salle ouverte de tous côtés avec des chambres et des cabinets aux angles ; l'autre sur le portail du jardin, ouvert du devant et des côtés, afin de voir plus aisément ceux qui vont et qui viennent dans l'allée. Ces pavillons sont de différentes construction et figure, mais presque tous d'égale grandeur, et tous peints et dorés, ce qui offre aux yeux l'aspect le plus éclatant et le plus agréable. Les murailles de ces jardins, pour la plupart percées à jour, ressemblent à ces rangées de mottes qu'on lait sécher; en sorte que, sans entrer dans les jardins, on voit du dehors tous ceux qui y sont et ce qui s'y passe. Les bassins d'eau sont différents aussi et en grandeur et en figure. L'allée n'est pas unie au cordeau ; on dirait qu'elle est en terrasses de quelque deux cents pas de long, plus basses d'environ trois pieds l'une que l'autre en deçà de la rivière, plus hautes d'autant au delà; les larges canaux sont plantés de hauts platanes h double rang. A travers les jardins des Vignes, des Mûriers, des Derviches, du Rossignol, du Trône, et vingt autres, au milieu des jets d'eau et des cascades, la superbe avenue débouche dans un domaine royal, nommé les Mille Arpents (non qu'il les contienne en effet, mais pour faire entendre que sa grandeur est extraordinaire).
« L'enclos est long d'un mille et large de presque autant, fait en terrasses soutenues de murs de
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pierre. On y compte douze terrasses élevées de six à sept pieds, l'une sur l'autre, et qui vont de l'une à l'autre par des talus fort aisés à monter, et aussi par des degrés de pierre qui joignent le canal. Il y a quinze allées, dont douze de traverse ; et, de quatre en quatre de ces allées, vous trouvez un large canal | d'eau à fond de cuve qui traverse le jardin parai- j lëlement, passant sous des voûtes de briques à l'endroit de trois allées longues, afin de ne pas les interrompre. Ces allées longues, qui sont tirées au niveau, mènent d'un bouta l'autre du jardin. Celle du milieu est ornée d'un canal de pierre, profond de huit pouces et large de trois pieds, avec des tuyaux de dix en dix pieds qui jettent l'eau fort haut. Au bas de chaque terrasse, à l'endroit de la chute du canal, laquelle est en talus et fait une nappe d'eau, il y a un bassin de dix pieds de diamètre, et au haut il y en a un autre, sans comparaison plus grand, profond de plus d'une toise, avec des jets au milieu et autour. » On ne saurait énumérer les bassins, pavillons peints, jets d'eau et volières dorées qui embellissent ces modernes paradis de la Perse.
Les jardins turcs sont fort simples et conçus à peu près dans le même esprit que ceux des Persans : peu faits pour la promenade et beaucoup pour le repos. Il n'y a point de plus belle perspective que celle du Sérail à Constantinople, et le Bosphore ferait du plus humble parterreun endroit délicieux ;