JARDINS DE STAMBOUL
le jardin du sultan n'a donc point de peine à être l'un des plus beaux du monde.
Le Sérail, ancienne résidencedes sultans, aifectée maintenant au séjour des vieilles sultanes, occupe la pointe des Jardins, extrémité orientale de Stamboul. Les bâtiments datent de Mahomet 11.
Du côté de la terre règne une muraille crénelée, flanquée de tours, dont la vaste enceinte comprend de grands jardins où sont bâtis sans ordre, au milieu des platanes et des cyprès, nombre de kiosques simples et charmants. L'ancienne demeuredes sultans domine de ses petits dômes les riches perspectives du Bosphore. M. deLamartine veut quel'inlelligence et l'amour de la nature soient l'instinct de la race turque. Il pense que « cet instinct des beaux sites, des mers éclatantes, des ombrages, des sources, des horizons inmmenses encadrés par les cimes de neige des montagnes, » rappelle les goûts naturels et spontanés d'un peuple pasteur; n'est-il pas plus juste de voir dans les sultans les successeurs des empereurs byzantins, et dans le choix de leur résidence l'imitation toule simple de ceux qu'ils venaient de supplanter? Le palais du Sérail est loin du luxe intérieur que nous déployons dans nos palais d'Europe. On dirait un assemblage de tentes en bois doré, percées à jour, un riche campement au milieu d'un parc « où les arbres croissent libres et éternels comme dans une forêt vierge, où les eaux murmurent, où les colombes roucoulent. »
178 PARCS ET JARDLNS.
Les terrasses planent sur les jardins et sur la mer; assis derrière les persiennes des kiosques, les sultans pouvaient jouir à la fois de la solitude et de Taspect enchanté de THellespont. Une grande colonne corinthienne, dite de Théodose, se dresse sur une plate-forme entre les Jardins de fleurs, qu'on ne peut visiter, et des kiosques également interdits aux profanes. Plus loin s'étendent deux grandes esplanades plantées de superbes platanes et de pins d'Italie, égayées par des bassins et des gazons.
En Turquie, les cimetières sont des promenades fréquentées. Il n*en est pas de plus beaux que le grand et le petit Champ des morts, à Péra.
Le grand Champ des morts est un plateau immense ombragé de sycomores et de pins. On s'assied sans scrupule sur les longues dalles qui couvrent les sépultures franques (souvent anglaises). Un café en forme de kiosque s'élève dans une éclaircie dont la vue domine la mer. Des rires bruyants résonnent sous ces arbres funèbres. On aperçoit distinctement le rivage d'Asie, chargé de maisons peintes et de mosquées, comme si l'on regardait d'un bord à l'autre du Rhin. L'horizon se termine au loin par le sommet tronqué de l'Olympe de Bithynie, presque confondu avec les nuages. Sur le rivage, à gauche, le palais d'été des sultans allonge ses colonnades grecques dorées.
Le petit Champ des morts consiste en un bois de cyprès au noir feuillage, au tronc grisâtre, sous