‹ Les parcs et les jardinsChapitre 38 sur 61 · KENT · texte numérisé non relu

KENT

les campagnes voisines vinrent se grouper au fond du jardin. Il fallut bientôt que, pour s'assortir avec la liberté de la nature ambiante, le parc secouât son réseau de formes rigides. Si bien que l'horizon devint partie intégrante du plan, partie dominante, commanda la distribution des jardins.

Faisons observer en passant que cet artifice, tout indiqué par la nature, a été pratiqué de tous temps. Ce ne sont pas les Anglais qui l'ont découvert ; il faut se défier de leur excessive vanité, qui les rend souvent par trop naïfs. Où la campagne entre-t-elle plus dans les jardins que dans la villa de Toscane de Pline, dans les villas de Tivoli et de Frascali, qu'à Versailles enfin, ou à Saint-Cloud, ou à Meudon ?

« C'est alors (quand l'horizon devint partie intégrante du plan) que parut Kent, assez peintre pour sentir les charmes d'un paysage, assez hardi et ferme dans ses opinions pour oser donner des préceptes, et né avec assez de génie pour entrevoir un grand système dans le crépuscule de nos essais imparfaits. Il franchit la clôture, et vit que toute la nature est un jardin. »

Kent (1685-1748) est celui de leurs dessinateijrs que les Anglais opposent le plus volontiers à Le Nôtre. Il avait pour axiome que la Nature a horreur de la ligne droite. De là cette absence d'unité qui est le défaut de ses plans ; ses idées, Walpole, son admirateur, l'avoue, eurent rarement de la

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grandeur. Après avoir proscrit toute école et toute règle, il ne sut point s'arrêter à de justes limites. Ne s'avisa-t-il pas de planter à Kensington des arbres morts, pour donner à la scène un plus grand air de vér ité ? Les travaux de Kent paraissent avoir été aussi nombreux que ceux de Le Nôtre ; mais ils ont manqué de cachet personnel et d'unité : aussi est-il difficile de lui faire sa part dans la création des domaines fameux de Stowe, de Painshill, de Leasowe, de Hagley, qui ont été considérablement modifiés par ses continuateurs Brown, Cbambers ou Whately. Le parc anglais, étant plus ou moins une imitation de la natuie, n'est jamais terminé ; rien n'y est nécessaire ; la raison n'y joue aucun rôle ; et c'est là son infériorité absolue visà-vis des villas d'Italie et des jardins français. 11 a souvent plus de charme pour le promeneur, et toujours moins de mérite aux yeux d'un artiste. Ce n'est point que l'art ou du moins l'artifice y ait manqué; beaucoup d'écrivains spéciaux, le poète Mason, les dessinateurs Whately, Chambers, l'amateur Walpole, et tant d'autres, Shenstone, Mason, Repton, Alison, Hilpin, Uvedale-Price, en ont tracé les lois, traitant dogmatiquement des édifices, parterres, arbres, eaux, rochers, ruines môme. Voici quelques-unes des règles ou des idées, souvent contradictoires ou vagues, d'après lesquelles ont été composés les jardins anglais. Nous les empruntons çà et là aux ouvrages théoriques

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