RÈGLES DES JARDINS ANGLAIS
tielles ajoutent à la rapidité, du moment qu'elles ne sont pas en sens contraire. Encore faut -il qu'elles n'aient point trop d'enfoncement, sans quoi l'œil saute par-dessus au lieu de glisser ; c'est un hiatus et non une transition. Toutefois, dans un terrain vaste, on peut couper ou contrarier une pente au lieu de la précipiter. En thèse générale, avant de commencer de tels travaux, il faut savoir si le résultat gardera quelque chose de la majesté de la nature ; car si ce n'en doit être qu'une copie microscopique, partant ridicule, mieux vaut tout simplement la prairie, le bosquet non planté, et le ruisseau modeste qui serpente parmi les fleurs des champs.
Le Parterre doit se présenter inopinément dans une clairière ou quelque autre lieu bien abrité. Les plates-bandes éviteront à la fois la régularité et la bizarrerie, tâchant d'imiter les sites sylvestres où les fleurs sont jetées au travers des pelouses, autour des buissons d'épines, et viennent souvent se ranger sur les bords du chemin. Comme un parterre est une œuvre d'art, déshéritée des beautés de la nature, sans perspective, ni rehauts, ni fonds, il est permis de l'orner de quelques bagatelles sérieuses qui veulent être examinées de près, telles que les emblèmes des Vertus et des Arts, les bustes des grands fleuristes, le tout sous quelque portique sans prétention.
Dans la disposition des grandes lignes, les arbres
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sont d'un grand secours, déguisent certains défauts du terrain, ou dispensent de travaux onéreux. Aussi, sans être naturaliste, le jardinier devra être au fait de la taille, de la croissance, de Taspect et des habitudes de chaque arbre ; il lui faudra connaître ceux dont les branches naissent près ou loin de terre, les touffus et les déliés, les pyramidaux et les pommés, les ternes et les vernissés. Les couleurs, les allures des arbres produisent par leur juxtaposition des effets puissants et que l'on peut préméditer. On rangera bien les arbres toujours verts derrière ceux qui rougissent en automne ; ce sera un repoussoir aux tons différents des feuilles mortes. La perspective s'étendra au moyen de premiers plans d'une verdure sombre placés devant des feuillages grêles et pâles. Pour couvrir les difformités un peu trop apparentes du sol, on emploiera, mais avec discrétion, les hautes et profondes futaies. Avec un rideau d'ormes ou de peupliers, on cachera le bas d'une pauvre église de village et on n'en laissera voir que le clocher. Si une colline se dresse devant une perspective et la dérobe entièrement, outrez le défaut, plantez haut et épais le sommet du monticule ; et dépouillez la plaine qui le suit, à part un arbre çk et là.
Gardez-vous bien de planter des buissons sur le milieu d'une pelouse ; craignez de l'encombrer. Il faut ranger les arbustes le long des allées, bien en vue, pour que l'on jouisse des agréments particu-