PELOUSES ET ROCHERS
liers, fleurs, parfums, feuillages, qu'ils peuvent présenter. On n'ira point, à plus forte raison, perdre des arbres exotiques et rares en des plans étendus. Il sera raisonnable de les reléguer en des coins particuliers, où ils peuvent avoir quelque signification.
Si la nature a, dans un coin de parc, préparé d'elle-même un site sauvage, un désert tout fait, on n'a plus qu'à en faire ressortir Tâpreté par Tadjonction discrète de quelques touffes d'arbrisseaux . On vêtira les rochers de lierres, de fougères, d'œillets rustiques. Si elles atteif^nent une certaine hauteur, une petite et légère fabrique au sommet en augmentera l'importance. Les rochers peuvent difficilement se passer de bois ou d'eau ; ils aiment à être couronnés de grands pins et parcourus par une cascatelle bondissante.
Plusieurs chutes d'eau qui se succèdent sont préférables à une grande cascade, dont la figure et le mouvement sont trop réguliers. Une rivière parsemée d'iles ovales, entre des bords parallèlement cantournés, donnera au parc de la variété, du calme et de la fraîcheur. Un bon moyen d'en allonger et même d'en élargir le cours, c'est de la couper de ponts. On doit mettre à profit ce que donne la nature, fontaines, ruisseaux, torrents; mais c'est une hérésie, un contre-sens, que d'enfermer l'eau en des bassins de pierre, de l'élever malgré elle en gerbes et en panaches : il faut lui laisser sa
pente et ses courbes, les exagérer plutôt. Les cascades en escaliers sont formellement condamnables, l'eau ne se conduisant pas ainsi quand elle est livrée à elle-même ; il faut une bonne vraie chute, de roc en roc. Cependant, les lacs étant dans la nature, on admettra dans les parcs des étangs habités par de jolis poissons, semés d'îles, et dndmés'{)ar des massifs dont le soleil distend ou raccourcit les ombres.
Les ruines sont belles et expressives; elles s'accommodent aisément aux irrégularités du terrain; elles donnent de l'âge au domaine. Mais il faut qu'elles fassent illusion, qu'elles ne soient ni trop frustes ni trop neuves. Là est là difficulté; les moins compliquées seront toujours les meilleures, à moins d'un talent consommé ; on recommande les naumachies, les aqueducs, les colonnes tronquées, les tombeaux.
Comme pour les ruines, pour tous les bâtiments accessoires, il est plus avantageux d'être vus obliquement que directement ; tous les détails doivent se fondre dans l'ensemble. Toutefois, il faut reconnaître une certaine opposition entre Tarchitecture et le jardinage, car les édifices veulent être réguliers, et les jardins demandent une irrégularité quelconque, ou au moins une certaine rusticité dans la régularité. Autour de la maison d'habita-
tion, il sera convenable de modérer les écarts de la nature et de l'astreindre à quelques formes in-