RUINES ET FABRIQUES
(liquées par le bâtiment lui-môme. Tous les environs de la maison doivent participer de sa forme. Si une avenue conduit au portail, elle y aboutira bien à angle droit; des termes, des statues, des vases, des pavillons seront admis sur les terrasses. Au reste, tous les genres d'architecture sont compatibles avec les dispositions d'un parc, et nul décorateur n'est plus accommodant que la nalure.
On peut diviser les parcs en quatre genres, selon leur richesse ou leur simplicité, leur dimension ou leur destination. Le Parc et la Carrière, ou Pays, diffèrent assez peu : les massifs et les futaies jouent un plus grand rôle dans le premier ; il y a plus de liberté naturelle dans la seconde. La Ferme est le domaine dont parlait Addison, un compromis entre la culture lucrative et la décoration de luxe. Le Jardin proprement dit n'a pour objet que Tagrément.
A vrai dire, on ne voit pas trop ce que ces théories et ces divisions apportent de nouveauté dans la conception des parcs. Comme les jardins classiques, les jardins paysagers admettent l'emploi, l'appropriation humaine, du terrain, des eaux, des bois, des rochers, des bâtiments ; on y préfère la ligne courbe à la ligne droite, la pelouse au tapis vert, le lac au bassin, les rochers aux girandes ; en sont-ils moins factices ? Ils le sont moins franchement, voilà tout; et en voulant imiter la na-
ture, ils arrivent à la singer mesquinement. Contentons-nous de planter des bois et d'y ouvrir des allées, mais n'y semons pas, comme nous Talions voir, la plus bizarre multitude de curiosités hétéroclites. Sinon, revenons aux jardins de Le Nôtre qui subordonne nettement la nature à la fantaisie humame. Et encore, est-ce que Le Nôtre ignorait Tart des plantations, des parterres, l'aménagement des terrasses et des eaux? est-ce qu'il oubliait d'agrandir les perspectives à l'aide des campagnes environnantes ? est-ce que la plupart de ses grands ouvrages ne réunissaient pas tous les genres sur lesquels on s'est tant appesanti à la fin du dix-huitième siècle, le jardin, la ferme, le parc et la carrière? Le jardin anglais n'est lui-même qu'un genre du jardin de la Renaissance et du jardin français, une modification secondaire et qui n'a rien produit d'égal à la villa Aldobrandini, à Versailles, à Caserte, à Aranjuez : c'est ce dont on pourra juger avant la fin de ce chapitre.
Disons que, sans un vaste espace, il ne peut exister de véritable jardin paysager, et que partout où la nature avoisine une œuvre de l'homme, maison, statue, vase, elle doit se plier aux exigences de son maître et s'habiller à l'italienne et à la française. Réduit à des proportions médiocres, telles qu'en comportent les jardins de nos maisons bourgeoises et les squares des villes, le style anglais est particulièrement mesquin et affecté.
DAIïGERS DU GENRE ÂNGUIS. 211
« Un danger pressant, dit Walpole, menace notre goût: la recherche de la variété. Un Français l'a dit avec justesse : l'ennui du beau mène à la singularité. »
Nous avons cité deux ou trois des plus remarquables parcs dessinés par Kent ou son école. Les domaines de ce genre abondent en Angleterre et en Ecosse, tous beaux et verdoyants, munis de pelouses magnifiques, de charmants bouquets d'arbres et de plus ou moins de fabriques ou de ruines. On peut dire qu'ils se ressemblent tous par la variété même qui empêche d'en saisir le plan et qui en fait des paysages charmants, mais sans caractère particulier. Cependant Painshill était remarquable par son agreste simplicité ; Longleate par son aspect riant et ses vastes perspectives ; Wilton par les accidents de son sol et rétroitessc de son horizon. On vante la végétation de Sion- House, au duc de Northumberland, que Brown planta sur les rives de la Tamise, en face de Kew.
Chiswick, plein des trésors de la ville et des champs,
est semi-classique ; on y trouve les vieux ifs de Louis XIV et la disposition ondoyante des parcs nouveaux ; on y voyait un -pavillon dans le style de Palladio ; Chiswick appartient au duc de Devonshire. Blenheim, à Woods tock, domaine offert à Marlborough, présente, à côté d'un premier jardin
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symétrique, un beau parc de Brown. Certains bouquets d'arbres jetés au milieu des pelouses sont admirablement groupés ; la végétation est splendide ; ce ne sont que platanes, ifs, épicéas, tulipiers, catalpas, cèdres du Liban. Mais toute cette riche verdure, cette suite incohérente de perspectives diverses, ont certainement moins de grandeur significative que la grande avenue de trois milles de long qui vient se terminer, en face même du château, par un arc de triomphe à pilastres corinthiens : c'est bien là l'ofirande de la nation anglaise au vainqueur de Ramillies.
Stowe, dans le Buckingham shire, modèle reconnu du jardin anglais orné, d'abord planté à la française, fut transformé par Bridgman et Kent, sous la direction du propriétaire, lord Cobhaip. Vanbrugh et divers autres artistes coniribuèrent depuis à son embellissement. Admiré de Pope, il n'a rien perdu de sa renommée.
Le domaine a de trois à quatre cents arpents. C'est un ensemble très-compliqué de terrasses, de pièces d'eau, et surtout de fabriques sans nombre, coupées autour du château et comme noyées dans un vaste parc extérieur ou carrière qui communique par plusieurs grilles au jardin central. On ne peut guère qu'en mentionner les perspectives les plus réussies sans en indiquer la distribution; c'est un plan à la main qu'il faudrait marcher à travers ces fantaisies jetées là pèle-
mêle sans destination utile et sans lien qui les rattache.
La perspective de la terrasse méridionale a beaucoup d'agrément; elle domine une belle pelouse semée de troupeaux, et dans le fond, au boîit d'une large avenue bien alignée, une grande pièce d'eau régulière formée par la jonction de deux rivières sinueuses. I.a terrasse mène à une orangerie, annexe d'une des ailes du château, et qui se développe devant un gracieux parterre.
Un bosquet sillonné de chemins capricieux précède le temple dorique de Bacchus, annoncé par des sphinx et décoré de médiocres peintures ; un tapis vert, un grand lac, un temple de Vénus, sur la rive opposée, lui font un attrayant horizon. Dans le bois voisin , une sorte de cellule de la Thébaïde, en troncs d'arbres, surmontée de deux croix agrémentées de vilaines inscriptions où « le latin dans les mots brave l'honnêteté, » se nomme Termitage de Saint-Antoine ; à peu de distance, comme un reste de la fameuse tentation, danse une dryade de pierre.
Les dômes des deux pavillons qui terminent les jardins au couchant sont couronnés d'une petite rotonde à deux colonnes ; Kent les a reliés par une belle grille en fer. Si maintenant nous coupons droit vers la gauche, la clairière nous laissera voir Ifii pyramide consacrée à Vanbrugh, monu-
ment noirâtre qui a bien vingt mètres de haut. Le labyrinthe voisin est d'un aspect plus gai ; ses détours nous conduisent, par de jolies salles de verdure, à une éminence ornée de cyprès où une statue de la reine Caroline repose sur quatre colonnes ioniques.
Nous nous apercevons bientôt que nous avons tourné autour du grand lac entrevu tout à l'heure; nous voici arrivés au bord de l'eau. Deux îles verdoyantes, les pelouses ou les bosquets des rives, des rochers semés de grottes que fréquentent des dieux marins en marbre, une superbe cascade et surtout des troupes de cygnes font de ce lieu la plus piquante et la plus animée des scènes de Stowe. Le temple de Vénus, appuyant sur un petit bocage ses trois pavillons reliés par un hémicycle de six arcades, fait pendant et face au temple de Bacchus ; l'intérieur du pavillon principal est décoré de peintures d'après la Reine des fées de Spencer. Au delà de la grande pelouse, est un autre édifice consacré encore à Vénus ; c'est la Rotonde, élevée de manière à former le centre d'une foule de points de vue. A ses pieds, au milieu des taillis, se cache la caverne de Didon, séparée par un sentier sombre mais court d'un monticule où s'élève la colonne corinthienne de Georges II. La colline est habilement placée au centre d'un panorama où se groupent le lac avec la Rotonde et le temple de Vénus, te chà-