‹ Les parcs et les jardinsChapitre 47 sur 61 · OUEN-MING-YOUEN · texte numérisé non relu

OUEN-MING-YOUEN

dirait que Ton a sous les yeux les douzes salles d'or (les signes du Zodiaque). »

Au milieu d'un vaste bassin, sur un rocher, l'or et les laques éclatantes resplendissent, ou mieux resplendissaient, dans les moindres détails d'un palais féerique à cent chambres, à quatre façades. Les rives sont variées à l'infini ; aucun endroit n'y ressemble à l'autre ; ici, ce sont des quais de pierre de taille où aboutissent des galeries, des allées et des chemins ; là, des quais de rocaille en manière de degrés, ou bien des terrasses, et, de chaque côté, un escalier montant aux bâtiments qu'elles supportent; et au delà, d'autres encore, avec d'autres palais en amphithéâtre. Ailleurs, c'est un massif d'arbres en fleurs, un bosquet d'arbres sauvages, et qui ne croissent que sur les montagnes les plus désertes : arbres de haute futaie et de construction, arbres étrangers, arbres à fleurs, arbres à fruit.

On trouve à Tentour quantité de cages et cabanes ornées, moitié dans l'eau, moitié sur terre, retraite d'oiseaux aquatiques innombrables (ailleurs, il y a de petits parcs pour la chasse et de petites ménageries). Un grand espace, entouré de treillis en fil de cuivre très-fin, y rassemble en foule les poissons précieux et rares , brillants comme or et comme argent, bleus, rouges, verts, violets, noirs, gris de lin, ou bariolés et moirés de toutes ces couleurs ensemble.

A de certaines heures, comme par enchantement, le lac se couvrait de barques dorées et vernissées. Les nuits de fête, et surtout à la fête des lanternes, des illuminations, des feux d'artifice bien plus parfaits que ceux de l'Occident, inondaient le bassin d'une pluie de reflets et de fleurs enflammées. Point de chambre, de salle, de galerie, de statue où ne parussent plusieurs lanternes. Il y en avait sur tous les canaux, sur tous les bassins, en façon de petites barques promenées par les eaux ; sur les ponts, sur les montagnes, presque à tous les arbres; et toutes d'un travail fin, délicat, de toutes grandeurs, de toutes formes et de toutes matières, poissons, oiseaux, animaux, vases, fleurs, fruits ou bateaux, de soie, de nacre, de corne ou de verre; on en a vu de peintes, de brodées, qui ne l'avaient pas été à moins de mille écus.

Voici la légende de l'album :

<^ Ce site est en forme de vase ou de coupe quadrangulaire. A l'orient est le palais des perles^ qui brillent comme les pistils de fleurs abondantes; à l'occident, trois grands bassins forment comme des croissants de lune. Une verdure naissante brille dans les intervalles vides. Enfin tout ce qui se découvre à la vue fait de ce lieu un site sans rival. »

Toutes les montagnes et les collines sont couvertes d'arbres, et surtout d'arbres à fleurs, qui sont ici très-communs. Les canaux ne sont point.

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comme chez nous, bordés de pierres de taille tirées au cordeau, mais tout rustiquement avec des morceaux de roches, dont les uns avanceni et les autres reculent, et qui sont posés avec tant d'art qu'on dirait que c'est Touvrage de la nature. Tantôt le canal est large, tantôt il est étroit ; ici il serpente, là il fait des coudes, comme si réellement il était maîtrisé par les collines et les rochers. Les bords sont semés de fleurs qai sortent des rocailles et qui paraissent être le produit de la nature ; chaque saison a les siennes. Outre les canaux, il y a partout des chemins, ou plutôt des sentiers qui sont pavés de petits cailloux et qui conduisent d'un vallon à l'autre. Ces sentiers vont aussi en serpentant.

Les galeries, non plus, ne vont guère en droite ligne ; elles font cent détours pour embrasser un bosquet, un rocher ou un bassin. Leurs toitures, en selles et en dos d'âne, sont terminées par de capricieux frontons. Les ponts ne sont pas moins libres en leur forme : ils tournent en serpentant, si bien qu'un espace de trente ou quarante pieds de long comporte un pont qui en a cent ou deux cents. Le bois, la brique, les pierres de taille sont tour à tour employés à la construction des ponts. Les uns ont pour garde-fous des balustrades de marbre sculptées en bas-relief et ciselées avec art; d'autres portent à leurs extrémités des pavillons à jour ou d'élégants arcs de triomphe.

On veut partout un beau désordre, une anlisj^métrie. La variété .de toutes ces maisons de plaisance, disséminées dans une foule de petits vallons, derrière de petits monticules, au bord de petits lacs, aux colonnes de cèdre ou de marbre, aux charpentes laquées, aux murailles polies, aux toits rouges, jaunes, bleus, verts, violets, se trouve non-seulement dans la position, la vue, l'arrangement, la dislribution, la grandeur, l'élévation des corps de logis, mais encore dans les parties différentes dont le tout est composé. Il faut aller en Chine pour voir des portes et des fenêtres de toutes figures : rondes, ovales, carrées; en forme d'éventails, de fleurs, de vases, d'oiseaux, d'animaux, de poissons, régulières et irrégulières.

« Un empereur doit lui-même bâtir son palais, et il ne peut habiter dans aucun de ceux qu'ont habités ses prédécesseurs. » Il en est de même sans doute pour les princes, fils, frères ou cousins de l'empereur. De là cette multitude de bâtiments, sans cesse accrue depuis deux siècles, jusqu'aux jours où des peuples civilisés, amis des arts, ont été saccager et piller les merveilles du Versailles chinois*.

L'art déployé par les Chinois dans la décoration

* Les détafls qui précèdent résument une intéressante monoip^'aphie de M. Pauthier et une lettre du frère Alliret, attaché comme peintre au service de KIiien-Loung. [Lettres édifiantes, tome XXXV.)

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