CALCUTTA
l'ouest en méandres élégants. A Regenl's-Park est contigu le Zoological-Garden , qui , sans égaler en beauté notre Jardin des Plantes , le surpasse de beaucoup en richesses spéciales.
De Regent's-Park à Calcutta , la distance pour nous n'est point grande ; nous ne sortons point de l'empire britannique; Calcutta est un Londres indien. Tout ce que nous admirions tout à l'heure dans les serres et le jardin d'hiver du Jardin botanique, nous allons le retrouver à l'air libre sur les rives de l'Hoogly. Le Botanic-Gardeti de Calcutta déversait, il y a quelques années, sur le globe plus de cinquante mille sujets; en 1858, il avait perdu de sa beauté ; mais bien qu'on y cherchât en vain « l'ordre, la distribution et l'harmonie des lignes qui en faisaient le charme, et cette allée sans pareille de cycas des Moluques, dont les troncs étranges, les hautes ramures entre-croisées et les folioles légères rappelaient les piliers , les voûtes , les nervures et les ombres mystérieuses d'un monument gothique, » on y voyait encore « les belles fleurs de l'Amérique du Sud, suspendues en guirlandes fleuries aux plantains gigantesques des îles delà Sonde et aux rameaux du Rima de Taïti ; » à l'abri des palissades de cactus et d'euphorbes, « le délicat muscadier, au feuillage de myrte, mêlait constamment à sa verdure lustrée l'éclat de ses fruits d'or et les teintes délicates de ses fleurs tendres comme celles du pêcher. »
2i4 l»ARCS ET JARDINS.
« A force d'argent et de bras, le niveau parfait des plaines où coule le Gange a été assez tourmenté à Barrackpour pour animer le parc du gouverneur général par quelques mouvements de terrain. On y a fait avec goût des montagnes et des vallées, afin d'èlre obligé d'y bâtir quelques ponts d'un elfet agréable ; rien de tout cela n'est heurté ni mesquin, et tous les accidents du sol semblent dus à la seule nature. Sur un gazon toujours verl, se dressent, tantôt en massifs serrés et tantôt en clairières, et çà et là en tiges isolées, des manguiers, des pipeuls, des lauriers d'Inde, des banians, des tamarins, des mimosas, des casuarinas, des cocotiers , des dattiers , des borassus et d'admirables gerbes de bambous. Le tour des massifs les plus imposants, ou le pied des plus grands arbres, est garni d'une bordure d'arbrisseaux à fleurs : lauriers-roses, apocynées superbes ou jasmins aux larges pétales qui embaument au loin les parcours des sentiers. Ailleurs ce sont des roses de l'espèce qui s'est répandue si abondamment de ce pays en Europe; des pêchers, dont le fruit est amer, mais succulent et parfumé; puis des orangers, des citronniers, des grenadiers de la taille de nos futaies, mais qui ne servent laque d'ornement. »
(De Lasoye.)
Barrackpour n'a point les hôtes sauvages du parc de Delhi, où l'on trouve des chacals, des loups et
MAM, CEYUN. 245
des hyènes. Des lièvres, des faisans, des paons, des perdrix et des perroquets composent sa population animale.
A cette richesse naturelle et simple de Barrackpour, Siam oppose le contraste de ses jardins parés, dorés, habités par des foules de courtisans ou de talapoins. Faute d'avoir pu pénétrer dans le parc splendide qui environnait le harem du feu roi Phra-Somdetch-Mongkut, Henri Mouhot, le regretté voyageur, emprunte à l'évêque Pallegoix la description d'une pagode royale à Bangcock .
« Une pagode royale est un grand monastère où logent quatre ou cinq cents talapoins avec un millier d'enfants pour les servir. C'est un vaste terrain, ou plutôt un grand jardin, au milieu duquel s'élèvent quantité de beaux édifices, à savoir : une vingtaine de belvédères à la chinoise, plusieurs grandes salles rangées sur les bords du fleuve, une grande salle de prédication, deux temples magnifiques, dont l'un pour l'idole de Bouddha, l'autre pour les prières des bonzes; deux ou trois cents jolies petites maisons, partie en briques, partie en planches, qui sont la demeure des talapoins; des étangs, des jardins; une douzaine de pyramides dorées et revêtues de porcelaine, dont quelques-unes ont de deux à trois cents pieds de haut ; un clocher, des mâts de pavillon, surmontés de cygnes dorés, avec un éten-
dard découpé en forme de crocodile ; des lions ou des statues de granit et de marbre apportés de Chine, et aux deux extrémités du terrain, des canaux revêtus de maçonnerie, des hangars pour les barques, un bûcher pour brûleries morts, des ponts, des murs d'enceinte, etc. Ajoutez à cela que dans les temples, tout est resplendissant de peintures et de dorures ; Tidole colossale y apparaît comme une masse d'or ornée de mille pierreries. »
Mais revenons à une nature moins tourmentée par l'ingéniosité des hommes.
« Le jardin des rois Cinghalais existe encore à l'extrémité N. E. de Candy. Au centre d'un vallon revêtu du gazon le plus vert et le plus velouté, et qu'ombragent çà et là des massifs de rocous et de magnolias , s'élève le plus beau vestige dés constructions royales; c'est un pavillon de marbre blanc, entouré d'une colonnade régulière du meilleur style. De ce point, on domine toute la ville. Les plantations de ce parc sont entretenues soigneusement et sa vaste superficie présente à chaque pas de délicieux paysages de monlagnes. »
Sauf la beauté historique et pittoresque des jardins de Ceylan, on peut leur comparer, à Java, l'habitation de plaisance du gouverneur général. Devant le palais de Buitenzorg, s'étend une superbe prairie avec des étangs et de gros et forts arbres,