GUISCARD
ressauts dans les lignes boisées, de forts et épais massifs de tilleuls, interrompus, prolongés, fondus avec des taillis légers, contournent la pelouse du midi et dessinent nettement leurs ombres sur le gazon fin. Des arbres isolés, des groupes, semblent composés par un peintre, c'est le tableau du poète :
De grands hêtres touffus, droits, forts comme des tours, Sur lïmmobile appui de leurs colonnes grises '
Portent le voile épais que balancent les brises Entre l'obscur chemin et l'ardeur des beaux jours.
Au loin, sous les arceaux de la noble futaie, Paraît, développant ses muscles presque humains, L'yeuse au noir feuillage, arbre des parcs romains, Que l'argent des bouleaux par intervalle égaie.
Un groupe aux beaux contours s'écrie : a En nous louchant Poussin nous a donné la noblesse et la force; Le pinceau de jluysdal a poli notre écorce ; Claude nous a baignés dans le soleil couchant. »
Ailleurs, c'est un immense quinconce, plein de jour et d'air, qui dissimule une large route sur le côté droit de la pelouse occidentale ; puis une antique allée d'ormes, qui terminait l'ancien parc, une vallée couverte de saules, au delà du lac, et qui se prolonge jusqu'à une colline boisée, en dehors de l'enceinte du parc.
Les jets d'eau de l'ancien parterre, tirés à grands frais de sources lointaines, se sont évanouis ou plutôt sont revenus à leur allure première ; sous forme de ruisseau, ils accidentent les bois qui
bordent la pelouse du midi, et traversent sous un pont rustique une Route- Verte aux larges sinuosités. Au bout de la route est une vieille futaie percée d'allées droites d'où l'on débouche sur une croupe avancée. Sur la gauche du coteau, la perspective change, les montagnes se rapprochent et enferment l'horizon dans un sombre hémicycle. Aux environs, comprises dans le domaine, une ferme agricole et une ferme pastorale rustique répandent leurs sillons et leurs prés émaillés de bestiaux.
Il faut noter en passant un précieux avantage de Guiscard. Bien peu de ses ornements ne sont pas un objet de revenu. La grande pelouse est une très-bonne prairie; tous les taillis sont ea coupes réglées ; les eaux sont empoissonnées ; il y a dans le bois de vastes pâtures propres à nourrir nombre de bestiaux et à faire des élèves qu'on peut nommer les jardiniers des pelouses : car en les tondant ils les renouvellent. Le parc est d'un modique entretien, puisqu'on en a exclu les arbres taillés, les fleurs délicates, les eaux forcées, les murs de terrasse et de clôture.
Morel a tracé à Guiscard une piste pour les courses ; il remarque lui-même que les anciens, si appréciateurs des exercices du corps, joignaient à leurs villas des Xystes pour la gymnastique et des hippodromes pour les luttes équestres. La piste ou carrière de Guiscard est entièrement liée