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CHAPITRE IY

ARTHRITISME ET NÉOPLASMES

Verneuil et son élève Ricard (1) pensent que la pluralité des néoplasmes sur les mêmes sujets et dans les mêmes familles prouvent l’unité' de la diathèse néoplasique.

Cette pluralité des néoplasmes était admise par Hun ter , Cruveilhier , Max Monnier , Broca. De nouvelles observations ont été publiées par Arnott (2) (1874), Sevestre , Hanot , Sauce (3) , Siredey , Ashwell . Ona

invoqué en faveur de cette diathèse néoplasique les faits dans lesquels « au même lieu, à des époques différentes, on rencontre des tissus morbides différents s'associant dans un même néoplasme et tendant à se remplacer l’un l'autre ».

Peut-être ne faut-il voir dans ces cas que la tendance particulière qu'a le tissu cancéreux à pulluler sur les points irrités (Pollard) ou en évolution.

L'hérédité prouverait aussi l’existence de cette diathèse néoplasique. C’est ainsi quei> Clerc (4), ayant recherché avec soin les antécédents de 30 néoplasiques, a retrouvé 7 fois la néoplasie, dans la famille (soit dans la proportion de 23 0/0).

Enfin Ricard résume ainsi l'opinion de M. Verneuil :

(1) Ricard. De la Pluralité des néoplasmes. Thèse, Paris, 1885.

(2) Arnott. Société Path. Londres, 1874.

(3) Sauce. Thèse, Paris, 1880.

(4) Le Clerc. Thèse inaugurale, Paris, 1883.

« Tout néoplasique est arthritique . » Ces conclu' sions ont paru exagérées à quelques auteurs ; mais elko montrent néanmoins les parentés qui existent entre l’arthritisme et le cancer.

Cancer. — L’hérédité de l’enchondrome, des névromes, des exostoses existe, mais elle est moins nette que celle du cancer. Broca signale 16 cas de mort par cancer dans une famille de 27 personnes et il fait remarquer que les ascendants meurent quelquefois du cancer après leurs descendants. Les cas de Waren sont concluants ; Butlin a observé l’hérédité des affections cancéreuses dans le tiers des cas ; pour Pag et cette proportion serait deux fois plus faible.

Pour Bazin (. Leçons théoriques sur les af. eut . chartreuses) les organes internes subissent souvent une atteinte profonde à la quatrième période de la diathèse herpétique. « Les cancers du foie, de l’utérus, surviennent souvent comme périodes ultimes de l’arthritisme. » Gintrac et Pujol ont soutenu aussi cette dernière opinion.

M. le professeur Hardy dit, dans son traité des Affections cutanées dartreuses : « 11 nous faut attirer l’attention sur ce que nous croyons être une dernière manifestation des affections dartreuses, c’est le cancer. »

Lelièvre insiste sur les rapports du cancer et de l’eczéma.

M. Gigot- Suard [U Herpétisme, 1870, p. 370) admet comme loi pathologique suffisamment établie, ies rapports qui existent entre l’herpétisme et le cancer. L’apparition du cancer coïncide presque toujours avec la disparition plus ou moins complète d’une dartre externe cutanée.

Les parentés morbides de la diathèse dartreuse et du cancer sont encore très nettes dans l’observation suivante que nous devons à l’obligeance de M. le professeur Teissier :

Diathèse urique . — Eczéma généralisé des membres inférieurs.

— Broncho-pneumonie . — Albuminurie. — Guérison. — Au bout

de cinq ans apparition de phénomènes dyspeptiques tenaces,

— Signes de cancer de l'estomac.

M. G.. soixante-huit ans, rentier d’une robuste santé, grand chasseur, ayant les attributs de la constitution arthritique nous fait appeler en juillet 1880 pour des accidents bronchiques très accentués. Il a de l’agitation, de la fièvre et de la dyspnée : ses crachats sont adhérents et légèrement teintés. L’auscultation fait reconnaître les signes d’une broncho-pneumonie assez intense. En même temps l’on constate que le cœur est un peu dilaté, on perçoit un bruit de galop assez net ; et l’examen des urines, fait séance tenante, révèle l’existence d’une assez notable proportion d’albumine. Il y a d’ailleurs de l’œdème des jambes et en même temps une éruption eczémateuse assez étendue qui cause au malade de vives démangeaisons.

Au bout de trois semaines, sous l’influence d’un traitement rationnel, les phénomènes thoraciques s’atténuèrent considérablement, mais l’albumine persistait dans les urines et l’éruption eczémateuse, loin de s’éteindre, prenait des proportions considérables.

Les jambes ne tardèrent pas à être envahies jusqu’à la racine des cuisses et nous dûmes avoir recours à remmaillottement avec le caoutchouc. A la fin de septembre, l'amélioration était considérable; il n’y avait plus que des traces à peine sensibles d’albumine dans les urines, l’eczéma avait presque disparu et le malade put se mettre en route pour faire un assez long voyage.

Depuis lors, la santé resta on peut dire parfaite jusqu’au commencement de l’automne dernier.

Des accidents dyspeptiques se montrèrent alors accompagnés d’un peu d’amaigrissement, de pâleur des traits et surtout d’un grand dégoût alimentaire. Je fus appelé auprès de M. G... le • 25 janvier dernier. Je le trouvai considérablement maigri, ne mangeant presque plus, vomissant presque chaque jour. De l’eczéma il n’y a plus Irace, l’examen des urines est absolument négatif au point de vue de l’albuminurie ; mais nous constatons l’existence de vomissements marc de café et à la palpation du creux épigastrique nous percevons un empâtement sur la nature duquel il ne peut exister le moindre doute.

James Paget cite 15 exemples de transformation d’af-

fections chroniques de la peau en cancer squirrheux de la mamelle (in Salle , Thèse, Paris, 1877). Chenet (Thèse, 1876, cancer du sein chez Fhomme) cite Topinion de M. le professeur Verneuil qui ne confond pas l'arthritisme et Pherpétisme ; car la première diathèse occasionne le cancer tandis que la seconde détermine Pépithéliome.

Cazalis, selon Charcot, croyait à la relation de la goutte et du cancer : M. le professeur Charcot affirme que, dans le rhumatisme chronique, le cancer et le cancroïde ne sont pas exceptionnels. Les nodosités d’Héberden ne sont pas rares chez les sujets atteints de cancer.

D’après Bazin , le, cancer est fréquent chez les goutteux. Paget dans ses leçons sur les maladies constitutionnelles insiste sur la coexistence de la goutte et du cancer. Sur 150 goutteux Lécorché n'a vu que trois cancers.

Dans un mémoire inédit qui nous a été confié par M. le professeur Teissier, les parentés morbides du diabète alternant et du cancer sont nettement démontrées.

I. Dans une première observation de diabète, le malade succombe à un cancer du sein.

II. Dans un second cas, c’est un cancer du pancréas et des intestins qui détermine la mort.

III. Le troisième fait est résumé ainsi : « Voilà donc encore une observation de diabète alternant, existant chez une personne douée des plus belles apparences de la santé, mais arthritique et chez laquelle le diabète vient encore aboutir à une dyscrasie cancéreuse (cancer de Putérus).

IV. La quatrième observation est un cas de diabète alternant de nature arthritique et terminé par un cancer du colon descendant.

M. le professeur Teissier vient de nous communiquer une cinquième observation qui établit encore les parentés du diabète et du cancer.

Il y a plus de vingt ans que M. X. . . tut reconnu diabétique ; mais son diabète ne fut jamais très accentué, il ne dépassa pas 40 0/0 de sucre en vingt-quatre heures ; il alla plusieurs fois de suite à Vichy et se guérit complètement.

Voilà de longues années que l’examen des urines n’a jamais décelé la moindre trace de sucre. L’état général, du reste, paraissait parfait.

Mais, depuis plusieurs mois, sans que l’appétit soit perdu, il y a un peu d’inappétence, ou bien des envies brusques de manger qui rappellent la boulimie. Trois ou quatre heures après le repas, se produisent très fréquemment des vomissements pituiteux, jamais alimentaires jusqu’ici. Mais il y a déjà un peu d’amaigrissement et la palpation de la région épigastrique révèle une douleur fixe dans la région xyphoïdienne sans empâtement notoire il est vrai. Néanmoins, il y a là un état qui ne laisse pas que d’inspirer certaines craintes.

Ce mémoire se termine par les réflexions suivantes :

« On peut se demander maintenant si la dégénérescence cancéreuse qu'on a constatée chez ces cinq derniers malades, à la fin de l'évolution du diabète n'est pas la cause du diabète au lieu d'en être la conséquence. Dans cette hypothèse, l’altération des fonctions du grand sympathique abdominal, trouverait une explication facile, ainsi que la production du sucre ou de l’albumine dans les urines. J’éprouve toutefois une certaine difficulté à l’admettre, en raison de la longue évolution qu’a présentée la maladie.' Dans ces cas, l’affection diabétique a duré de six à huit ans et l’on sait que les néoplasies cancéreuses parcourent leur période en beaucoup moins de temps, deux ou trois ans en moyenne. Cependant, il ne serait pas impossible qu'il en fût ainsi, car l’on ne sait jamais quand ont commencé à se former les premiers noyaux d’une tumeur cancéreuse. Avant que les signes accusateurs se produisent, la lésion a pu marcher d’une manière silencieuse et latente et ne révéler son existence qu’au moment où la tolérance de l’organisme

a cessé et où les lésions matérielles ont commencé à enrayer d’une manière sérieuse les fonctions des organes atteints.

» Quoi qu’il en soit, je livre ces faits tels que je les ai observés, convaincu qu’ils pourront être utilisés plus tard, quand des faits nouveaux seront venus se joindre à eux. »

Les modifications nutritives générales favoriseraient le développement du cancer, qui se comporterait comme une maladie infectieuse. Cette théorie est encore douteuse, car les expériences d’inoculation du cancer, tentées par White, Langeribeck, liuhn , Hutchinson , Doutreleyont, Reineke , Quinquaud, Novinski , Hyvertl, Suesserott (in Index medicus) ne sont pas suffisamment probantes. Rommelaere (1) fait jouer un grand rôle à la viciation de la nutrition intime dont la réalité serait établie par l’hypoazoturie.

L’administration de l’acide urique à des animaux [(chiens et lapins) prédisposerait au développement de tumeurs cancéreuses (Gigot-Suard).

Enfin, certains auteurs, Amussat, Schrœder van der Kolk sont portés à croire que le siège du cancer est dans le système nerveux et ils basent leur opinion sur les relations qui existent entre l’arthritisme et la névropathie (Chenet).

Mais, il faut bien le reconnaître, la plupart de ces tentatives d’explications sont bien hasardées ( Kermis son) (2).

(1) Rommelaere. Récents travaux sur le cancer. — Sem. méd . 17 avril 1884.

(2) Kermisson. Congrès chirurgie, 1885.

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