PARENTÉS DE LA FAMILLE ARTHRITIQUE ET DE LA FAMILLE NÉVROPATHIQUE
L'arthritisme coïncide souvent avec les névropathies.
Étudions d'abord les rapports de V obésité et du nervosisme . — M. le professeur Teissier les a surtout observés chez les femmes hystériques (8 observations). Chez l’homme, les états névropathiques ou hypocondriaques s'accompagnent assez souvent d’obésité. M. Teissier cite deux cas de coïncidence de chorée et d'obésité et dans l'un d'eux, dit-il :
« J'ai même observé un enfant de huit ans, qui, ayant été affecté d'une chorée à l’âge de cinq ans, avait conservé une excitabilité nerveuse des plus grandes et était devenu, à la suite de sa maladie, tellement gros qu'il en était difforme. Il avait une accumulation de graisse énorme dans les membres, autour de la poitrine, dans les parois de l'abdomen; et, avec cela, il était pâle, bouffi, présentant les apparences du tempérament lymphatique et avait beaucoup de peine à supporter la moindre fatigue. L'urine, examinée avec soin, ne présentait cependant aucune trace d’albumine.
» Chez les malades affectés de paralysie générale, de myélite ou d'idiotisme, on voit souvent survenir l'adiposité. M. Landouzy, dans sa thèse d’agrégation, a insisté sur
les faits d’obésité excessive qu’on observe assez souvent, à la suite des maladies du système nerveux. Ces faits ne sont pas rares, mais ils ne rentrent pas dans la catégorie de ceux qui nous occupent aujourd’hui, parce qu’il s’agit delà lésion des centres nerveux et non pas du nervosisme.
» Comme je le disais plus haut, il est curieux de voir à J a suite des névroses des modifications de la nutrition aussi différentes. Chez les premiers malades dont j’ai raconté l’histoire, la névrose amène l’amaigrissement, l’apepsie et une véritable consomption. Chez les autres, les souffrances nerveuses au lieu de produire la disparition de la graisse en favorisent au contraire l’accumulation, et chez ces derniers l’embonpoint, qui, ordinairement, quand il est renfermé dans certaines mesures, est un signe de santé et de vigueur, amène au contraire une déchéance des forces qu’on ne peut pas appeler cachectique, mais qui cependant doit être considérée comme un amoindrissement delà puissance nutritive.
» Il serait intéressant de rechercher maintenant, sous l’influence de quelles modifications nerveuses, la prolifération des cellules adipeuses se produit d’une manière anormale, et quelle modification survient dans le tissu adipeux.
» Il est probable que tous ces faits de consomption ou d’obésité tiennent à des perturbations de l’innervation vaso-motrice. Quand la névrose produit un spasme des filets du grand sympathique, les vaisseaux capillaires sont resserrés, les cellules adipeuses prolifèrent moins et l’on a, avec l’amaigrissement, l’exagération de la tonicité musculaire. Quand, au contraire, la névrose amène l’affaiblissement des capillaires, ceux-ci se dilatent, la sécrétion des cellules adipeuses est augmentée comme par une espèce d’anémie, et nous voyons se produire l’obésité. »
Rhumatisme. — Baillarger appelle l'attention sur les parentés du rhumatisme avec les névroses en général.
Le rhumatisme est fréquemment lié à l'hystérie. (Leuclet) (1), Durand (2) donne les conclusions suivantes :
1° Il existe entre le rhumatisme et certaines formes d'hystérie des liens de parenté très étroits.
2° Les rapports entre ces deux maladies sont établis par l'étude des conditions dans lesquelles elles se développent, par l'analogie de leurs symptômes, par l’alternance et quelquefois par la coïncidence des deux affections chez les mêmes individus.
Repéré (3) insiste sur l'action du rhumatisme dans la production des manifestations hystériques : les deux maladies peuvent marcher de pair sans s'influencer (Féré,1882).
Les parentés étiologiques de la chorées t du rhumatisme ont été indiquées par Bouteille.
’Sur 128 cas, Sée signale 61 fois la coïncidence avec le rhumatisme (dans 32 cas, l'arthrite rhumatismale existait).
M. Roger (4) considère la chorée comme une névrose rhumatismale, et présente commeune loi pathologique la coïncidence de la chorée et du rhumatisme, la rapprochant ainsi de la loi de la coïncidence de l'endocardite avec le rhumatisme.
Le rhumatisme joue le rôle d'un excitant particulièrement actif de la prédisposition nerveuse : les encéphalopathies rhumatismales se manifestent, on pourrait dire exclusivement chez les sujets névropathes. Le rhumatisme réveille la diathèse nerveuse (folies rhumatismales de Burrows, Griesinger, Mesnet). Les manifestations convul-
(1) Clinique méd. Hôtel-Dieu.
(2) Contributions à V étude des relations entre l'hystérie et le rhu matisme , 1880.
(3) Thèse, 1883.
(4) Roger. Ou rhumatisme articulaire et viscéral chez les enfants et spécialement de leurs rapports avec la chorée. Arch. g . médecine , nos décembre 1866.— Janvier 1,867. — Janvier, février, mars et avril 1868.
sives ou délirantes varient suivant la prédisposition spéciale du sujet [in Féré).
On constate souvent le diabète chez des individus dont les ascendants ont présenté des maladies nerveuses cérébrales (Seegen, Marchai), et qui, eux-mêmes, sont sujets à des névroses (Durand-Fardel).
Les rapports héréditaires du diabète avec l’aliénation mentale ont été signalés par Seegen, Zimmer, Schmitz, Westphall, Durand-Fardel et Cottard.
Les névroses ne seraient point non plus étrangères à la production du diabète : ainsi Niepce et Marchai (de Calvi) ont signalé l'hystérie, l’épilepsie et l'aliénation ; Seegen, la crampe des écrivains ; Topinard, la paralysie agitante ; Becquerel, la paralysie générale.
Marchai de Calvi admet même une vésanie diabétique.
Les rapports de l'épilepsie avec le diabète ont été mis en relief par Jordao, Marchai de Calvi, Langiewicz, Griesinger, Lockart-Clarcke.
Le goitre exophthalmique a été considéré par M. Panas comme lié au diabète.
Les névralgies, et en particulier la sciatique, sont assez fréquentes dans le diabète; elles ne présentent pas toujours le caractère particulier que Worms avait voulu leur imposer.
Des douleurs fulgurantes, analogues à celles des ataxiques, ont été signalées dans le diabète par MM. Charcot et Raymond.
Bernard et Féré (1), Dreyfous (2) ont fait une excellente étude des troubles nerveux du diabète.
(1) Bernard et Féré. Des troubles nerveux et diabétiques. — • Arch.
nécrologie , d 882.
(2) Dreyfous. Pathogénie et accidents nerveux du diabète. Thèse d’ag. 1883.
Leyden a cité plusieurs faits d’asthme dans le diabète sucré ; mais il importe d’établir la distinction faite à propos des angines de poitrine.
Goutte. — Dans la goutte, le système central et périphérique peut être atteint dans toutes ses fonctions (mouvement, sensibilités générale, spéciale, intelligence). D’après M. le professeur Charcot, toutes les formes du rhumatisme (céphalalgie, délire aigu, folie) sont exactement reproduits dans la goutte.
Les troubles prémonitoires de la goutte ont été déjà mentionnés en partie : Garrod, Lassègue, Da Costa, Gastowtl, Belliard et M. le professeur Bouchard ont bien décrit les différentes formes du vertige.
L’apoplexie goutteuse a été décrite par Scudamore, Lynch, Gardner, Musgrave, Guilbert, Darnay, Copland. [In Féré.)
Gardner cite des cas d’aphasie remplacés par des accès de goutte et M. le professeur Charcot a vu l’aphémie ne survenir qu’au moment de l’accès de goutte.
On a décrit des parentés morbides de la goutte avec l’épilepsie (Van Swieten, Lynch, Garrod), avec l’hypochondrie (Lorry, Lynch, Morlot), avec la manie (Whytt) ; avec l’hystérie (Ideler, Klein, Musgrave), avec la chorée (Stoll, Barthez, Guilbert), avec les névralgies (Graves), avec le tétanos (Sauvage, Weilkardt, Ackermann), mais il est très utile de se souvenir du sage précepte de Grant, à savoir que toutes les maladies qu’un goutteux contracte ne sont pas pour cela de nature goutteuse.
A côté de la coexistence de l’épilepsie et de la goutte, il faut citer la combinaison des deux maladies dans les
familles.
On a signalé, en outre, la folie goutteuse (Whytt,
Lorry, Lynch, Garrot, Dagonet, Berthier, Rayner). Les accès de manie cessent inopinément quand les jointures sont prises de nouveau. Les phénomènes morbides, tels que la dépression, l’obtusion peuvent se dissiper de sorte que la validité des actes volontaires ne peut être contestée. (Tardieu.)
Andrew , Clarke insistent sur les relations de la goutte avec la mélancolie dont la nature serait prouvée par les faits critiques de l’accès articulaire. ( Erumpente podagra solvitur melancolia .) (Lorry.)
La coexistence de la goutte et de l’hystérie a été mise en lumière par Laygock, Trousseau, M. le professeur Charcot, Fouqué, Mossé.
Le tabès survient souvent chez des diathésiques (Cornbal, etc.) , surtout des rhumatisants (héréditaires ou personnels). « On trouve souvent chez les ataxiques un arthritisme héréditaire et personnel qui a préparé le terrain d’abord et qui ensuite, sous l’influence d’excès ou de tout autre hérédité (névropathique), se localise sur l’axe spinal et développe dans les cordons postérieurs, les scléroses que, dans d’autres cas, on observe sur d’autres organes » (Grasset). Russell Reynolds parle de l’ataxie goutteuse. [B rit. med ., janvier 1877.)
Le professeur Charcot cite un cas dans lequel la goutte fait place à la paralysie générale.
La goutte offre encore des parentés morbides avec l’atrophie musculaire progressive (Potain), la sclérose en plaques disséminées (Garrod, Begbie, Todd, Mac Bride) .
Lhirondel indique la combinaison de la goutte et de la paralysie agitante.
D’après quelques auteurs, le grincement de dents signalé par Stewart, Graves, Garrod, ne manquerait pas d’analogie avec le trismus goutteux décrit par Sauvage, Ackermann, Barthez.
Les migraines, les névralgies sont très fréquentes chez les goutteux. La névralgie sciatique est celle que l’on observe le plus habituellement. D’après Paget* les névralgies des goutteux peuvent avoir de grandes ressemblances avec les coliques des peintres et alors elles sont brusques* capricieuses.
Les crampes qui précèdent ou suivent l’attaque sont quelquefois confondues avec l’ataxie (Parry, Begbie). Mais ces manifestations nerveuses, auxquelles on peut ajouter les troubles sensoriels (retinite, etc.)* les accidents de la goutte spinale (Ollivier) n’ont pas l’intérêt clinique de l’asthme (Sée* G. de Mussy, Simon) et de l’angine de poitrine.
M. Landouzy, dans une leçon clinique, intitulée ; « De l’angine de poitrine envisagée comme symptôme et dans ses rapports avec le nervosisme arthritique »* a insisté sur l’existence des accès d’angine de poitrine chez les tabétiques et chez les hystériques; il a bien montré aussi que l’angine de poitrine est* plus fréquemment qu’on ne le croit* la manifestation du nervosisme * quelquefois même, l’angor pectoris est la première révélation imposante d’un nervosisme arthritique. Ces observations présentent un haut intérêt clinique et prouvent l’importance de la distinction à établir entre l’angine vraie et les pseudo-angines des névropathes, des arthritiques, des gastriques.
« Ces pseudo-angines* en effet, se terminent souvent parla guérison ; l’angine vraie est toujours grave, elle se termine presque toujours par la mort subite (Huchard). » M. Landouzy a bien résumé ce fait en disant que le névropathe* atteint d’angine de poitrine, est à plaindre ; le cardiopathe* menacé d’angine de poitrine* a tout à craindre. Ces pseudo - angines de poitrine sont caractérisées par la répétition fréquente des accès * par leur appa-
rition, parfois périodique et nocturne, à l’heure des paroxysmes des affections arthritiques, asthme, faux croup, par leur longue durée, et elle se distingue de l’angine vraie par le siège et la nature de la douleur, etc. Cette distinction est aussi importante que celle qui a séparé autrefois l’asthme de toutes les affections pseudo-asthmatiques, l’épilepsie de tous les symptômes épileptiformes ou convulsifs (Landouzy). En résumé, l’angine de poitrine est au moins aussi souvent symptôme de nervosisme arthritique que d’arthritisme cardio-vasculaire, mais elle peut encore avoir des parentés plus intimes avec certaines affections de la famille arthritique. M. le professeur Vergely a observé des accès d’angine de poitrine dans le diabète; ils peuvent être simples ou associés à des névralgies intercostales ; ils peuvent se montrer en dehors de toute affection cardiaque. Elle est considérée comme une manifestation goutteuse par Elsner, Schâffer, Schmitz, Stoller, Fuster, Mac Queen, Johnston. Blackhallavu l’alternance de l’angine de poitrine et du rhumatisme chronique.
Les étroites parentés qui existent entre la famille névropathique et les maladies que nous venons d’examiner ont même été poussées plus loin, et certains auteurs n’ont pas hésité à rattacher à des altérations nerveuses le diabète, la goutte et même le rhumatisme chronique.
D’après Dickinson (med. chirurg. transactions, 1870), le diabète est primitivement et essentiellement de nature nerveuse, et il base sa théorie sur des lésions disséminées sur la moelle allongée, la protubérance, les olives, le bulbe, le plancher du quatrième ventricule et sur le pourtour du canal central de la moelle.
Dyce Duckworth (Brain, t. III, p. 1, 1880) a proposé pour la goutte une théorie analogue. Pour lui, l’affection siégerait dans la moelle allongée, où, d’après les faits de
Buzzard, on pourrait placer le centre trophique des jointures.
Ges ingénieuses théories ne sont pas encore suffisamment établies sur l’observation ; mais elles indiquent et résument l’étroite parenté que l’on constate entre la famille arthritique et la famille névropathique.
Mais, à côté des déterminations rhumatismales classiques, il existe un rhumatisme vague ambulatoire (Lcveillé) qui a été désigné aussi par Gerdy sous le nom de rhumatisme nerveux et que Besnier et Homolle ont dénommé rhumatisme vague ou constitutionnel. La mobilité et la variété des manifestations symptomatiques expliquent la confusion des termes et l’incertitude des descriptions. M. le professeur Teissier vient de faire une clinique très intéressante sur cette névropathie rhumatismale généralisée. Cette étude, basée sur l’analyse de 20 observations qui lui sont personnelles (8 femmes et 12 hommes) porte sur trois points principaux destinés à éclairer la question si complexe de ces parentés morbides : 1° L’étiologie qui, après avoir envisagé les conditions générales de sexe, d’âge, de milieu social, etc., comprend : 1° Les antécédents héréditaires (affections cérébro-spinales et arthritiques) ; 2° les antécédents personnels (débilité organique, excitabilité congénitale ou acquise. Ces malades appartiennent à un niveau social élevé). Souvent on trouve dans leurs antécédents héréditaires une branche névropathique et une branche arthritique, par exemple, un père diabétique et une mère qui a une sclérose en plaques. Les manifestations morbides des divers appareils rappellent aussi cette double origine.
Dans la période de germination du rhumatisme vague, les phénomènes habituels du début sont : névralgies, vertiges, troubles dyspeptiques. Ces manifestations du
Boinet. — Les Parentés morbides. 6
rhumatisme vague sur les différents appareils ou systèmes organiques, sont les suivantes :
I. Appareil digestif : gastralgie, dyspepsie, signes de dilatation ventriculaire. Dyspnée gastrique , troubles cardiaques secondaires, subjectifs, objectifs : intermittences d’origine gastrique : signes stéthoscopiques.
IL Appareil circulatoire . Palpitations , battements artériels généralisés , troubles de calorification ; troubles vaso-moteurs du côté de la face, etc.
III. Appareil cérébro-spinal : Hyperesthésies (musculaire, nerveuse, spinale) hypéresthésie viscérale. Spasmes et palpitations musculaires . Exagération des réflexes. Tremblements . Troubles cérébraux ou psychiques : Vertige , impressionnabilité extrême, insomnie, cauchemars, terreurs, consomption et hypochondrie ;
2° Si on examine Y évolution de la névropathie rhumatismale générale, on est frappé de ses rapports avec l’adiposité, la cachexie nerveuse;
3° Li étude de la nature de cette névropathie indique ses parentés pathologiques. Son origine rhumatismale ou goutteuse est prouvée : 1° par les influences héréditaires présidant à son développement ; 2° par plusieurs manifestations qui tiennent évidemment du rhumatisme ; 3° par l’examen des urines qui révèle, chez ces malades l’existence d’un trouble de la nutrition rendant les combustions imparfaites. Ses rapports avec l’oxalurie de Begbie et de Beneke sont très intimes. L’oxalurie et la phosphaturie sont fréquentes. Enfin les dernières considérations portent sur l’explication de la déchéance organique, albuminurie intermittente cyclique de Pavy, insuffisance des oxydations intra-organiques. En général, les troubles des oxydations sont similaires à ceux de l’arthri-
tisme. De cette étude sont tirées trois indications importantes au point de vue du traitement et ayant trait à l’état nerveux, aux troubles nutritifs, à la dyspepsie.
Herpétisme. — La fréquente association des manifestations nerveuses et des déterminations arthritiques déterminent chez les sujets qui en sont atteints une série de troubles morbides que l’on a désignés d’une manière générale sous le nom d’HERPÉnsME.
« Comme ces espèces végétales dont la culture fait sortir des variétés qui se propagent par leurs graines, et de même que celles-ci, après avoir traversé une longue série de générations, pourront, dans certaines conditions de terrain et de climat, reproduire la forme primitive de l’espèce, de même, dit G. de Mussy, les manifestations herpétiques sont des formes des métis de l’arthritisme, qui ont fait souche et qui sont darwinés , si je puis m’exprimer ainsi. Contrairement à l’opinion de Bazin, je crois que les formes d’athésiques pures sont rares; je pense, au contraire, avec Pidoux que les formes mixtes ou métis sont très communes. »
D’après Bazin , les gastralgies, les migraines, certaines formes d’asthme, des dartres sèches ou humides parmi lesquelles l’eczéma, le pityriasis, le lichen, les urticaires aigus ou chroniques, l’eczéma coulant, des herpétides exfoliatrices et aussi des leucorrhées et des diarrhées rebelles, bref la plupart des manifestations de i’arthritis constituent l’herpétisme, mais elles présentent, d’après cet auteur, suivant qu’elles sont engendrées par l’une ou l’autre diathèse, des caractères différents; mais, il faut bien le reconnaître, ils n’ont pas toujours la netteté suffisante. Mais cet herpétisme est tellement semblable à l’arthritisme que les élèves de Bazin eux-mêmes ont renoncé
à en faire la distinction (Lécorché). PourPidoux, l’herpétisnie est une forme bâtarde de l'arthritis : M. Lancereau ( Traité de V herpétisme, 1883) réunit les deux diathèses sous le nom d'herpétisme ; il en sépare la goutte et le rhumatisme articulaire aigu et y fait rentrer, outre les affections précédemment indiquées, le spasme de la glotte, les palpitations cardiaques et artérielles, la spermatorrhée, l'aspermatisme, l’incontinence nocturne d'urine, le vaginisme, l'œsophagisme, le spasme anal, l’hémoptysie, t'hypérémie biliaire, la polyurie, l’hypochondrie, la dilatation de l'estomac, l’entérite membraneuse, la crampe des écrivains, l’ostéite déformante et la rétraction de l’aponévrose palmaire : il faut attendre de nouvelles observations pour établir le rapport de ces divers états morbides avec la diathèse herpétique ou arthritique (Hallopeau).
D’après Lancereau, chacun des désordres pathologiques qui se rattache à la diathèse qu'il appelle herpétique a son moment spécial d'apparition : les troubles spasmodiques du larynx appartiennent au jeune âge; les migraines, les accès d'asthme, les spasmes vésicaux, la polyurie et la graveile se rencontrent surtout à l'âge adulte ; les lésions matérielles, affectant surtout les articulations et les artères, se montrent vers l'âge de quarante à cinquante ans, alors que commence la période de déchéance organique.
En présence de cette association intime des manifestations arthritiques et névropathiques, une explication analogue à celle que Dickinson et Duckworth avaient proposée pour le diabète et pour la goutte était indiquée. Aussi M. Lancereau, en passant en revue les affections névropathiques , névralgies , viscéralgies , qui accompagnent si fréquemment les manifestations de l’herpétisme, tenant compte de la prédominance dans les fièvres des
accès névropathiques chez les herpétiques, considérant l'hérédité, la symétrie des lésions cutanées, etc., en arrive à cette conclusion peut-être prématurée, que l'herpétisme est le fait de troubles de l'innervation sensitive, motrice, vasomotrice et que partant elle constitue une névrose complexe. Mais cette séduisante conception réclame de nouvelles preuves et il est sage de se tenir sur une prudente réserve. En résumé, nous dirons avec Féré : « L'arthritisme n'a-t-il qu'une puissance excitatrice particulièrement active ou bien l’arthritisme et la diathèse névropathique sont-ils deux états congénères résultant d’un trouble de la nutrition différemment spécialisé ? C'est cette dernière interprétation que j'accepte : c’est à titre d'états de dégénérescence que la névropathie, la scrofule, la tuberculose, l'arthritisme, etc., se trouvent combinés dans les familles, et dans certaines conditions leurs manifestations se transforment réciproquement. »
L'arthritisme, lui aussi, peut aboutir à ces conséquences, mais sous d'autres formes ; rarement, en effet, il favorise la phtisie; cette maladie prend alors le caractère scléreux; ces malades font tout à la sclérose, mais il n'en est pas toujours ainsi ; des maladies du même groupe morbide (le diabète) peuvent produire et produisent souvent (Bouchard) des altérations nutritives telles que (e terrain est rendu propice à l’éclosion de la tuberculose (soit par la débilité organique, soit par les modifications du milieu) : on sait, en effet, que le bacille de la tuberculose aime les milieux sucrés. Cet arthritisme arrive plus souvent à une autre déchéance organique, le cancer.