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CARACTÈRES DISTINCTIFS

Ici, en effet, tout se réduit à une question soit de graine (microoganismes pathogènes), soit de terrain. L’organisme peut être rendu favorable au développement du microbe par des modifications d'ordre nutritif , provoquées par une maladie dite constitutionnelle (scrofule et tuberculose). Dans certains cas, à ces troubles nutritifs s’ajoutent des modifications (diabète) qui créent des milieux de culture favorables. Mais l’influence microbienne n’est pas moindre, ou bien elle résulte de l’anémie et la dénutrition amenées par une maladie infectieuse ou bien encore un organisme pathogène peut ouvrir la voie à d’autres agents infectieux (rougeole et tuberculose, scarlatine et diphthérie, fièvre typhoïde et septicémie, etc.). Gomment peut on établir les parentés d’ordre infectieux ? Elles ont été d’abord basées sur des similitudes syndromatiques .

Malgré la spécificité indéniable de toutes ces maladies infectieuses, les auteurs ont voulu établir entre elles de

certains liens de parenté. Ces groupements basés sur les similitudes anatomo-pathologiques ou cliniques sont commodes au point de vue de la description des maladies ; mais il importe de ne pas oublier que ces groupes sont artificiels et que les parentés sont souvent des parentés de convention.

C'est ainsi que l'on a formé les parentés dites syndromatiques. Les expressions symptomatiques analogues sont les syndromes. Ils peuvent être identiques dans des maladies qui n’ont de commun entre elles que leur manière générale de léser l'organisme.

En voici un exemple : considérons deux individus qui sont en même temps pris de frissons, point de côté, ascension thermique, crachats sanglants, puis rouillés. On trouve dans les deux cas un point de pneumonie avec râle crépitant, souffle tubaire, bronchophonie. A partir du septième, neuvième jour seulement, ces malades diffèrent. L'un, le pneumonique vrai, fait sa résolution ou meurt de sa pneumonie fibrineuse, à coccus à capsule . L'autre, s'il meurt, montre un poumon dont fhépatisation est formée par la pneumonie fibrineuse, desquamative, tuberculeuse, avec des granulations extra-alvéolaires tuberculeuses aussi en lieu et place des granulations fibrineuses d'Andral. Il y a une pneumonie tuberculeuse lobàire à granulations confluentes, et de cause bacillaire ou Zooglœique. S'il survit, il fera une pneumonie caséeuse pseudo-lobaire. Dans les deux cas un syndrome majeur, le syndrome pneumonique a été observé ; si bien que quatre fois sur cinq on prendra l'affection tuberculeuse pour une pneumonie franche. (Th. de Hanot et travail de M. le professeur Renaut sur la tuberculose en 1878 et Th. de Bard.)

De ces faits communiqués par M. le professeur Renaut,

il résulte que l'identité symptomatique ne permet pas de conclure à la parenté. Et ici, nous avons pris un cas type. Les autres parentés syndromatiques, qui forment les grands groupes : 1° des maladies typhoïdes; 2° des maladies telluriques; 3° des fièvres éruptives et des maladies miasmiques diverses ; enfin, 4° des maladies virulentes, sont loin de reposer sur des analogies aussi frappantes. Ainsi, on réunit dans un même groupe typhus, fièvre typhoïde, typhus à rechute, fièvre jaune et peste à bubons, sous prétexte que ces affections s’accompagnent de stupeur, (tupoc) et qu'elles naissent dans des conditions infectieuses semblables. La spécificité de chacune de ces maladies est trop nette pour qu’il soit utile de montrer combien ces parentés sont factices. Le groupe des maladies telluriques est certainement précieux au point de vue de l’étude, mais le fait supposé ou prouvé de l'origine simplement tellurique du paludisme, du choléra de la suette, etc., ne fait que des parentés bien indécises. Les fièvres éruptives peuvent se succéder, s'associer (thèse de Bez) ; mais ne conservent-elles pas toujours leur individualité propre et on a singulièrement exagéré la fréquence de ces hybrides, qui, en pathologie comme ailleurs, n'ont qu'une courte vitalité et une existence éphémère. Si les maladies sont bien spécialisées ; elles ne s'excluent pas pour cela et leur combinaison accidentelle ne produit que ces alliances fortuite^ dont nous n'avons pas à nous occuper.

L'individualisation des maladies virulentes (syphilis, morve, rage, charbon) indique encore qu’un même mode d'action des micro-organismes pathogènes ne suffit pas à faire de véritables parentés morbides. Cependant, il ne faut rien exagérer, car l'importance nosographique de ces affinités, de ces similitudes est considérable.

Ces considérations nous conduisent à la question de

Yhybridité . Mais l’hybridité constitue-t-elle donc une parenté entre les maladies qui entrent dans sa composition? Certainement non.

Deux maladies s’associent fréquemment chez les mêmes sujets et dans les mêmes conditions météoriques, telluriques et infectieuses. Les exemples abondent, choléra et dysenterie, choléra et malaria, malaria, dysenterie et fièvre typhoïde, rougeole et scarlatine, suette et choléra. « Cette hybridité déjà signalée par Torti ( maladies proportionnées ), puis par Jacquot et par de nombreux contemporains nous a paru dans le travail que nous faisons en commun avec M. le professeur Kelsch (Kiener, comm. écrite) tenir à deux conditions dont la plus importante est l’exposition de l’individu à un foyer morbigène où sont réunis deux agents spécifiques tels que ceux de la malaria et du choléra, de la dysenterie et de la fièvre typhoïde, etc. La deuxième consiste dans une certaine similitude ou un certain antagonisme des effets toxiques des deux agents morbides en raison de laquelle les effets se somment dans un cas et se contrarient dans l’autre; ces derniers cas visent Y antagonisme. On rencontre ici deux questions : les maladies qui créent l’immunité à l’égard d’une autre, comme la vaccine et la variole. Ce mystérieux et unique fait pathologique n’est pas encore complètement élucidé malgré les remarquables recherches de M. le professeur Chauveau (in thèse Berthet, Lyon, 1883).

Les vaccinations de Pasteur sont plus faciles à saisir et l’immunité résulte ici de l’action successive de poisons de même nature gradués dans leur intensité ; sans admettre la transformation, affirmée par Buchner, du bacille anthracis en bacille du foin, les modifications apportées par Y oxygène (choléra des poules (Pasteur) charbon et rouget

des porcs (Chauveau), la chaleur (charbon, Toussaint, Chauveau, charbon symptomatique ou emphysémateux du bœuf et septicémie puerpérale, Arloing), le passage par diverses espèces animales (vaccine, etc. Chauveau, rouget, rage (Pasteur) ; rage, Gibier [Soc. biolog. juillet 84] ; morve [son atténuation par le chien, v. Bouley, prog. en méd.] ou dans des individus présentant un certain degré d’immunité (clavelée, Pourquier, acad. sciences, nov. 85), la composition des milieux de culture (septicémie puerpérale, Arloing), la lumière (Arloing [charbon], Duclaux [divers micrococcus]), la dessiccation , Y action des antiseptiques , etc., etc., suffisent à rendre probable une certaine transformation des maladies infectieuses par les passages successifs d’espèce à espèce, de race à race, ou même seulement d’individu à individu. Mais peut-on grouper les maladies infectieuses sur des caractères précis, tirés de Yhistoire naturelle de ces microorganismes.

L’état actuel de la science ne permet pas d’établir facilement la parenté des microbes.

On ne peut poser que des règles générales qui doivent présider à leur classification en groupes principaux.

Les points sur lesquels on peut établir ces parentés sont les suivants :

1° On peut invoquer d’abord leur fructification (spore? endogènes ou arthrospores avec lesquels on peut ranger les microbes sans spores connus).

2° Il faut ensuite considérer leur forme (régulière, bâtonnet droit, spore).

3° On doit tenir compte des dimensions , mais seulement pour les microbes semblables sous tous les autres rapports ;

4° En dernier lieu, il faut examiner le polymorphisme et le monomorphisme.

En outre, pour classer les microbes à plusieurs formes, on devra évidemment se baser sur celle qui est la plus fréquente et la plus habituelle.

Et cependant cette classification première ne peut nous mener bien loin : il s'agit en effet d'êtres nombr eux, d’une organisation simple, d’espèces réelles et variées. Aussi est-il fort difficile de les distinguer les uns des autres en invoquant uniquement les caractères naturels.

La cause principale de la difficulté qu'on éprouve provient surtout du peu de connaissances techniques que l'on possède sur cette nouvelle brandie de la science, étudiée depuis si peu d'années : on devait donc être exposé à confondre souvent des espèces semblables au premier abord, mais distinctes en réalité.

Dans ces dernières années, on est arrivé à un nouveau caractère auquel on a attribué une grande importance, c'est le mode de germination des spores : le nouveau bacille peut se produire de manière que son axe coïncide avec celui de la spore qui lui donne naissance (bacillus anthracis) ; ou bien encore son axe peut être perpendiculaire à celui de la spore (bacillus subtilis).

Cependant il convient de faire remarquer que, d'après de Bary , cette différence serait sans importance.

Il est de toute évidence qu'il faut, avant tout, établir la constance de ces caractères, et les études faites en ce sens sont encore fort peu nombreuses.

La place des spores (médiane ou terminale) peut être invoquée, seulement quand elle est constante ; cependant on sait que certaines bactéries ne présentent pas toujours ces mêmes particularités.

La forme du bâtonnet peut, en effet, varier ou rester la même au moment de la formation de la spore.

Les cils pourront peut-être servir un jour de caractères,

mais leur observation est environnée de grandes difficultés, et rien de bien précis n’est encore acquis à leur égard.

11 faut maintenant arriver à de nouveaux caractères distinctifs qui, pour la plupart, sont artificiels :

1° Il n'est pas douteux que le mode dé culture de Koch, sur terrain solide, a non seulement permis d’isoler rapidement et sûrement les divers microbes, mais encore d’ajouter aux caractères déjà connus, les particularités propres aux colonies qui, on le sait, ont pour point de départ une seule bactérie. Ce caractère, excellent au point de vue pratique et technique, a-t-il une valeur réelle au point de vue d’une classification naturelle ?

Mais des microbes, tout à fait dissemblables, ont les mêmes colonies : cependant, pour une même bactérie, la colonie montre des caractères constants dans un même milieu.

2° La détermination des divers milieux de culture , où croît ou ne croît pas le bacille, peut aussi constituer un nouveau caractère (bouillons, solutions de peptones, gélatine nutritive, agar-agar, sérum, sang, tranche de pomme de terre, etc.)*

On peut encore trouver là un excellent moyen de distinguer entre elles des bactéries que d’autres analogies empêchent de différencier facilement.

3° La température nécessaire au développement des micro- organismes peut encore être utilisée pour établir des parentés. Il faut alors considérer :

a. - Le développement maximum.

b. — La température minima à laquelle le développement s’arrête.

c . — La température maxima à laquelle le développement cesse.

d. — La température à laquelle la bactérie est tuée.

e. — La température à laquelle est tuée la spore.

f. — La température minima à laquelle se forment les spores. Cette température paraît toujours constante,

g. — L’optimum de température pour la formation des spores.

h . — L’optimum et le minimum pour la germination des spores.

4° La façon dont le microbe se comporte vis-à-vis des teintures employées à la coloration (citons le bacille de la tuberculose, celui de la lèpre, celui de la syphilis), occupe une place assez spéciale et donne parfois des indications importantes. Dans un autre sens, le bacille de la fièvre typhoïde se colore en général moins bien que les autres bactéries.

Il est probable que tous les degrés intermédiaires existent.

5° Les produits d’ excrétion formés par chaque bactérie (Gautier). Parmi ces produits, il faut compter les ptomaïnes ; elles ne sont pas les mêmes pour les différents microbes Ainsi Bneger a établi que le bacille de la fièvre typhoïde forme une ptomaïne spéciale, que. le staphylococcus en produit une autre et que, dans la putréfaction, toute une série de ptomaïnes prennent naissance.

Or, les ptomaïnes jouent certainement un grand rôle dans faction pathogénique des microbes, le rôle principal, au moins pour certains d’entre eux.

Il est très difficile, au point de vue d’une classification rationnelle, de préciser la valeur des considérations sur les milieux de culture, l’influence de la température., la coloration et les produits d’excrétion.

Que} poids doit-on leur donner pour rapprocher ou séparer deux espèces de microbes ?

On peut chercher des points de comparaison dans le règne végétal.

D’après le Dr Riestch, il ne semble pas douteux que la sécrétion des ptomaines ou poisons, et la nocuité qui en découle soient tantôt un caractère d’adaptation, relativement récent, par conséquent moins fixé; tantôt au contraire ce caractère semble devoir être considéré comme plus ancien, mieux déterminé, par conséquent plus important au point de vue d’une classification, d’un rapprochement à établir.

Comme exemples des premiers cas on peut citer : soit les renonculacées, soit les champignons comestibles et vénéneux, appartenant à des espèces très voisines les unes des autres.

La digitale n’est-elle pas presque isolée, comme plante vénéneuse, dans la famille des scrofularinées ?

A l’appui des seconds cas, se présente la grande analogie de propriétés dans toute ia famille des solanées, loganiacées, strychnos, ignatia, etc.

Pour certaines plantes, les propriétés toxiques s’altèrent et se perdent plus facilement que pour d’autres, par suite de l’influence du terrain, de la culture, etc.

Même lorsque ce caractère est relativement constant (solanées, etc.), on croirait commettre une aberration en botanique en le plaçant au même niveau que les caractères botaniques ordinaires, même les moins importants.

On n’a jamais songé à rapprocher la scille de la digitale parce qu’elles sont toutes les deux diurétiques.

Il y a ici une foule de caractères différentiels qui nous manquent chez les bactéries.

Mais, quand il existe des différences bien constatées, cette simple sécrétion des ptomaines, serait insuffisante pour opérer des rapprochements. En effet, la forme atténuée du bacillus anthracis peut être cultivée sans acquérir de nouvelles propriétés virulentes. La forme atténuée

et la forme virulente ont toutes deux 15° pour minimum de germination des spores et cette atténuation résulterait? d'après Metschnikoff (dans Virchow' s Archiw, 1885), de l’absence de formation de ptomaïnes.

Les bactéries ne peuvent former ni des races, dans le sens attaché à ce mot en histoire naturelle, ni des variétés normales résultant du croisement des espèces. Mais les bactéries sont certainement susceptibles de se modifier par suite de certaines conditions spéciales de nutrition, de température, etc. Mais, pour comprendre ces modifications si faciles, il faut tenir compte de la rapidité avec laquelle les générations se succèdent. En effet, une bactérie se divise une fois par heure : On aura donc 24 générations en un jour et 720 pour un mois. Comparée à la reproduction d’une plante annuelle, la bactérie aura, par conséquent, autant de générations en un mois que la plante en aurait en sept siècles.

Dans de bonnes conditions, certaines bactéries se divisent quatre ou cinq fuis plus vite : si Fon a soin d’éviter l’accumulation de produits de sécrétions par de fréquentes transplantations d’un vase à l’autre, on peut influencer, toujours de la même manière, une longue série de générations.

Le mode d’atténuation du charbon, beaucoup plus rapide au-dessus de 42° qu’au-dessous, permettrait aussi d’envisager ces modifications d’une tout autre manière.

Bien que les travaux récemment publiés ne donnent aucune solution complète, on peut, croyons-nous, conclure de ce qui précède, qu’il existe entre quelques microbes une certaine parenté . Cette parenté , encore douteuse, ne peut, en tout cas, ressortir que d’une similitude de fructifications de forme et de réactions organiques.

Les premiers caractères que nous venons d’indiquer ne permettent pas de constituer des parentés microbiennes. L’histoire naturelle de ces micro-organismes ne donne pas de meilleurs résultats. Ainsi les micrococcus, absolument semblables au premier aspect, déterminent des réactions organiques très différentes. Cependant, certaines familles naturelles de microbes produiraient des maladies qui ont entre elles de grandes affinités. Ainsi les microbes du genre micrococcus existeraient dans les fièvres éruptives et daas des maladies qui font certainement partie du même groupe (oreillons, méningite cérébro-spinale). Le genre bacille est pathogène des maladies virulentes, syphilis, tuberculose, morve. Mais la diphthérie, qui pourtant se rapproche beaucoup des fièvres éruptives, et qui a de si grandes affinités avec la scarlatine, serait due à des microorganismes des deux genres. Cependant l’un d’eux ne serait que secondaire et n’aurait qu’une spécificité bien limitée. Mais vu les incertitudes qui régnent encore sur ces points, on ne saurait établir ces rapprochements avec trop de réserves. Les affinités pathologiques des microbes ont un plus grand intérêt. Les uns vivent à la surface de l’organisme, trouvant dans les revêtements épithéliaux leur terrain de culture (bronchite, broncho-pneumonie, coqueluche, choléra, blennorrhagie); alors l’organisme n’est pénétré par aucun germe vivant Mais non contents d’être la cause de la maladie actuelle, ces microbes peuvent détruire la barrière épithéliale, qui empêchait l’invasion de l’organisme par les micro-organismes du second groupe. Alors seulement interviennent ces derniers agents pathogènes qui ont le sang, la lymphe ou les parenchymes pour milieux de culture. Ainsi, suivant l’expression de M. Héricourt, l’organisme se trouve envahi par cet ennemi de la seconde heure, par deux cohortes d’ennemis ; les uns

chargés de pratiquer une brèche dans l’organisme, les autres mettant à profit le travail des premiers pour pénétrer au cœur de la place. Mais certaines fièvres éruptives semblent protester contre cette division tranchée.

Le microbe de la rougeole ou de la scarlatine, qui ordinairement vit et prospère à la surface des épithéliums, pourrait pénétrer plus profondément. Cette invasion serait peut-être la cause de certaines formes infectieuses. Cependant cette distinction est importante, car elle nous rend compte de certains états complexes, tels que la septicémie consécutive à la fièvre typhoïde.

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