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GROUPEMENTS SYNTHÉTIQUES

Cette rapide esquisse microbiologique nous conduit à une synthèse analogue à celle qui a été faite à propos des parentes d'ordre nutritif. Dans ces derniers temps, le nombre des microbes s’est multiplié étonnamment et on peut alors se demander si des maladies, differentes au premier abord, ne tiennent pas néanmoins au même élément pathogène (vaccine et variole pour certains auteurs — septicémie, fièvre puerpérale, érysipèle — ostéomyélite, certains furom les et abcès — boutons de pays chauds — ). Mais il ne faut pas trop généraliser ces tendances synthétiques; car, des états morbides bien définis, les pyohémies, les septicémies, résultent de micro-organismes variés. C’est par cette dernière étude, basée sur des faits cliniques et expérimentaux certains, que nous commencerons.

Parentés des affections pyohémiques et septicémiques

En effet, à ce double point de vue, on doit distinguer les pyohémies, d’une part, et les septicémies, d’autre part. La distinction clinique de ces affections consiste dans la présence de métastases et de pus dans la pyohémie et dans leur absence dans la septicémie. Cependant on a trouvé des métastases dans la septicémie et l’on a créé la troisième forme mixte nommée septico-pyohémie .

Boinet. — Les Parentés morbides.

Pyohémies. — Les pyohémies peuvent être produites par des microbes variés : comme Rosenbach, Frankel a rencontré, dans le pus, quatre micro organismes distincts.

1° Le premier, identique au microbe de la fièvre puerpérale, se présente sous la forme de colliers de pertes, et Billroth le décrit sous le nom de streptococcus pyogène ;

2° Des amas de micrococcus ont l’aspect de grappes de raisin. On les nomme, pour cette raison, staphylococcus.

En se servant de la culture fractionnée, d’après la méthode de Koch, Ogston réussit à produire un staphylococcus jaune en forme de mycélium, et un staphylococcus blanc de même forme, qui représente donc la troisième forme que l’on rencontre dans le pus. Les deux espèces de staphylococcus ne diffèrent que par la couleur.

La question importante serait de savoir si le streptococcus et le staphylococcus, qui diffèrent l’un de l’autre par leurs caractères biologiques, donnent lieu à des affections cliniques différentes : le staphylococcus se trouve là où le tissu est rapidement nécrosé, où la quantité du pus, qui se forme rapidement, est abondante. Le streptococcus, au contraire, s’avance en glissant ou en rampant, pour ainsi dire, dans le tissu lamineux, et produit une affection d’un caractère érysipélateux sans véritable suppuration.

Yoilà pourquoi le streptococcus provoque si fréquemment une infection générale avec des abcès métastatiques et tous les symptômes de la pyohémie. Jamais, au contraire, le staphylococcus ne détermine l’infection purulente.

Dans l’ostéomyélite, Rosenbach trouva le même coccus en plaques jaunes, mais, comme Becker, il découvrit aussi que ce micrococcus était identique au staphylococcus

aureus.

Il y a encore une différence entre le streptococcus et le staphylococcus. Le premier micro-organisme est d’une faible vitalité, tandis que l’énergie vitale du second est véritablement extraordinaire. Rosenbach réussit à obtenir une culture active de streptococcus en traitant une ancienne culture desséchee depuis trois ans.

Septicémies. — Les septicémies constituent un groupe destiné à s'accroître dans des proportions considérables. Actuellement elles peuvent être divisées en deux groupes. Le premier renferme les septicémies dues à un microbe pathogène qui habite le sang, se généralise et se répand dans tous les organes (charbon bactéridien) : Dans le second groupe, au contraire, les microbes se localisent en foyers, y donnent naissance à des produits toxiques et ne passent pas dans le sang pendant la vie (gangrène gazeuse) : ce seraient les microbes saprogènes de Rosenbach ; mais le mot saprémie serait avantageusement remplacé par celui de histo sepsie (Gharrin). Les hémo-sepsies correspondent aux septicémies dans lesquelles le sang habité est capable par lui-même de transmettre la maladie.

Parmi les microorganismes septogènes on peut citer le vibrion septique de Pasteur qui, d'après Arloing et Chauveau, existerait dans la septicémie gangréneuse.

La septicémie de Davaine, de Pétri (1), produirait chez le lapin une infection que Toussaint considère comme semblable au choléra des poules.

La septicémie de Koch, chez les souris, la septicémie provoquée par le microbe trouvé par Pasteur , dans la salive d'un enfant enragé, et retrouvé depuis dans d'autres salives, la septicémie dite salivaire ou des crachats fort

(1) Pétri (Centralblatt fur die medicin. Wissensch. 1884, nov.f.

analogues à la précédente, les septicémies de Sternberg, de Frankel (1), de Gaffky, rentrent dans la même catégorie. Pour cet auteur, le microbe, cause de cette septicémie, est peut-être le même que le pneumococcus de Friedlander. Cette même conclusion a été formulée par Klein (2). Enfin, des manifestations symptomatiques à peu près semblables sont déterminées par les septicémies de Mattéi et Bordoni[ 3). Les recherches de Zienaki (4) ont fait connaître les zooglées d’une septicémie humaine. Enfin, dans une thèse, publiée en 1885, M. Charrin a étudié, surtout au point de vue expérimental, une variété de septicémie qui offre le plus grand intérêt. Ces expériences, en effet, éclairent la pathogénie de certains états septicémiques consécutifs à quelques maladies, à la fièvre typhoïde, par exemple, c’est aussi, une preuve frappante du mode diction de certains microbes qui prépnrent les voies à d’autres. Voici les principales conclusions que donne M. le Dr Charrin.

L’infection se fait, soit par la voie intra-veineuse, soit par les voies respiratoires, soit par la voie péritonéale, soit par le tissu cellulaire sous-cutané. « C’est par la voie vasculaire que cette infection se fait le plus rapidement. Par la voie digestive, l’infection se produit plus lentement. Cela tient sans doute au manque d’érosions de la muqueuse intestinale, comme la rapidité de l’infection par les vaisseaux tient à ce qu’on dépose immédiatement le germe dans son habitat naturel, le sang. Mais d’où vient ce microbe.

U) Frankel. Société deméd. int . de Berlin, 13 juilleU885.

(2j Klein. In Semaine médicale (lettre d’Angleterre), 1885, n° 74.

(3) Mattéi et Bordoni (Congrès de Pérouse, Semaine médicale ),

1 885, no 40.

(4) Zienaki. (Beitrage zur Kenntniss der Microb bei Septic. Prager Zeitschrift), 1883.

Cet auteur pense que, dans le cadavre de ses premiers animaux, ce microbe venait de l'intestin. On sait qu'après la mort les bactéries contenues normalement dans le tube intestinal peuvent faire migration.

Cette migration pourrait même s’effectuer pendant la vie dans les maladies qui, comme la fièvre typhoïde, le choléra, font tomber avant la mort les barrières épithéliales de l'intestin, ou permettent aux microbes de les traverser. Ce sont là des septicémies secondaires. » (Charrin.)

La broncho-pneumonie consécutive à la diphtérie fournit encore un exemple de ces infections secondaires.

D'après M. Darier, la culture des microbes recueillis dans le tissu pulmonaire de sujets atteints de broncho-pneumonie diphtéritique permet de reconnaître la présence de plusieurs microcoques et d'un bacille. Ces microcoques sont au nombre de trois, ce sont le staphylococcus aureus, le staphylococcus aibus et le streptococcus pyogène. Le staphylococcus albus est plus grand oue l'aureus et plus virulent.

Le streptococcus dont la culture est grisâtre ne germe qu'au bout de deux ou trois jours, il est disposé en chaînettes longues de plusieurs centimètres.

Quant au bacille décrit par Lœfler et Klebs, M. Darier n’a réussi à le cultiver que dans un seul cas et il n'a pu aller au-delà de la quatrième génération : ce bacille se présente sous la forme de petits corps arrondis contenant des grains colores.

Ces expériences prouvent que la broncho-pneumonie, compliquant la diphtérie, n’est pas toujours, une lésion vraiment diphtéritique. Un exemple de ce genre est donné par M. Aubert ( Lyon med., janvier 1886). pour qui la blennorrhagie prépare le terrain à l'invasion des microbes étrangers.

L’uréthrite, produite d’abord par un microbe, est ensuite entretenue par d’autres. C’est probablement là une circonstance très répandue en pathologie ; et dans un grand nombre de cas l’évolution d’une maladie considérée comme unique peut se composer en réalité de la succession de deux ou plusieurs affections de nature différente. Aussi la maladie doit-elle être envisagée plutôt dans l’organisme atteint, comme manière d’être de cet organisme, que dans sa cause extérieure : le point de vue microbien doit souvent céder le pas au point de vue organicien.

Mais, par contre, l’étude microbienne paraît prouver, d’après certains auteurs, que des affections considérées comme distinctes résultent d’un même micro-organisme toujours identique ou légèrement transformé — (variole et vaccin ■ — érysipèle, septicémie, fièvre puerpérale — ostéomyélite, furoncles, abcès — certaines affections cutanées des pays chauds — ). Examinons ces quelques points.

Les rapports, les parentés morbides de la variole et de la vaccine ont été longuement étudiés. On a mis à contribution les recherches histologiques sur les microbes de la vaccine et de la variole M. Straus a communiqué en 1882 à la Société de biologie le résu'tat de ses travaux sur le coccus des pustules vaccinales. M. le professeur Renaut a signalé un coccus semblable dans les pustules varioliques. Mais ces intéressantes constatations de microbes de forme semblable ne pouvaient trancher la question. L’expérimentation a été invoquée. Dans une série de recherches M. le professeur Chauveau a établi que la variole inoculée à des animaux détermine des pustules dont l’inoculation ultérieure produit la variole et non la vaccine ; aussi, la vaccine ne serait- elle pas une variole modifiée. Dans son

discours de la rentrée des Facultés ( Revue scientifique , 14 novembre 1885) M. Chauveau se demande même si la variole ne serait pas plutôt un degré accentué de la vaccine. Ces questions méritent de longs développements qui ne rentrent pas dans notre cadre. Aussi nous renvoyons à la thèse de Berthet (Lyon 1883), au livre de Bouley « Le progrès en médecine par l’expérimentation » , aux travaux de Warlomont (de Bruxelles), à la récente communication de Willoughby ( Semaine méd.), lettre d’Angleterre, 1885, n° 24. Malgré ces nombreux travaux, malgré les dernières expériences de M. Chauveau la parenté de la variole et de la vaccine présente encore bien des points obscurs.

Erysipèles et fièvre puerpérale. — M. le Dr Landouzy a prouvé, par des tableaux statistiques de la mortalité parisienne, Fétroit parallélisme existant entre les infections puerpérales et Férysipèle. Le chiffre qui représente la mortalité due à la première des deux maladies est 268 : la seconde a 269 pour coefficient. Le rapprochement, à ce point de vue, ne saurait être plus précis, surtout si Fon observe qu’il est identique pendant cinq années consécutives. La médecine expérimentale apporte également son appui à l’établissement de cette parenté ou de cette analogie bien constatée cliniquement. M. le professeur Arloing (sur Fagent virulent de la septicémie puerpérale. Académie des sciences, 26 mai 1884) donne les conclusions suivantes :

1° Les différentes formes de la septicémie puerpérale reconnaissent, comme l’admettait M. le professeur Chauveau, un seul agent qui, suivant son activité, produit l’une ou l’autre forme ;

2° S’il est démontré que ce microbe est unique, il n’est pas prouvé qu’il soit spécial à l’état puerpéral: seule-

ment la puerpéralité réalise des conditions favorables à son introduction et à son évolution dans l’organisme humain.

Ces faits semblent indiquer que certaines maladies, en apparence disparates, peuvent résulter de l’action d’un même élément pathogène. Des observations du même ordre ont été citées par M. le Dr Rodet, la même parenté existerait entre l’ostéomyélite, certains furoncles, quelques abcès du sein; ces affections résulteraient de l’action pathogène d’un même micro-organisme, le microbe orangé. Cette question est longuement exposée dans la Revue de Chirurgie , 1885.

Dans les parentés morbides du paludisme , il faut distinguer deux choses importantes, ou bien les déterminations morbides sont dues au microorganisme pathogène de l’impaludisme et alors nous n’avons pas de parentés à établir entre des affections identiques, ou bien encore les maladies intercurrentes tiennent à l’état de réceptivité créé par l’intoxication palustre, et alors, cette simple alliance ne fait pas partie de nos véritables parentés.

Cependant, il existe quelques points en litige Nous ne ferons que les indiquer. Certaines fièvres, de nature palustre, qui présentaient soit une gravité exceptionnelle dans certains pays (fièvre hématurique des Antilles), soit une prédominance marquée d’un symptôme saillant (fièvre bilieuse mélanurique), ont été considérées comme des entités morbides distinctes. Mais la plupart de ces affections ne sont que des formes pernicieuses de l’impaludisme (Laveran). S’il existe une prédominance des lésions et des symptômes du côté du rein (Pellarin, Benoît), on a la fièvre hématurique des Antilles, la fièvre bilieuse mélanurique de la côte d’Or. (Voir Corre, Traité des fièvres bilieuses , Paris, 1883.) Cependant, la fièvre

bilieuse inflammatoire est envisagée par quelques médecins comme étant de même nature que le typhus amaril (Voir Nielly, Traité des maladies exotiques). Cependant la fièvre rémittente bilieuse de Tlnde et de Madagascar ne serait, pour quelques auteurs, qu'une fièvre jaune des acclimatés, des créoles (Corre). De l’influence de la race dans les maladies infectieuses, Gaz . Hebd ., 1869.

Les parentés morbides du second groupe ne rentrent pas dans notre cadre. Aussi ne discuterons-nous pas la question de fièvre typhoïde palustre qui est tantôt une manifestation paludique à masque typhoïde (Torres Homer), tantôt une coexistence de la fièvre typhoïde et de la fièvre intermittente. Aussi M. le professeur Laveran, qui a longuement traité cette question ( Traité des fièvres 'palustres), conclut-il fort justement : « En résumé, le paludisme et la fièvre typhoïde constituent deux entités morbides bien distinctes, qui relèvent de causes absolument différentes et qui ne peuvent se transformer l’une dans l’autre; ces deux maladies, loin de s’exclure, comme le croyait Boudin , s’appellent au contraire et se succèdent souvent chez un même individu ; ce qui permet de comprendre que l’on rencontre quelquefois les lésions de la fièvre typhoïde à côté de celles du paludisme. » Cette sorte d’hybridité ne puurrait-elle pas s’expliquer suivant les cas, soit par l’exposition du malade à un foyer commun d’infection contenant les germes différents des maladies distinctes, soit au contraire par un état de réceptivité créé par l’intoxication palustre. La coexistence si fréquente de la dysenterie et du paludisme doit être interprétée de la même façon. Le paludisme favorise aussi le développement du choléra, mais il faut bien se rappeler que les accès pernicieux peuvent revêtir la forme soit dysentérique soit cholérique (voir les travaux de Lin-

guette, 1864, Didiot. Rel. de la camp, de Cochinchine., R.-M. méd. mil., 1865, Libermann, 1867).

Nous ne devons pas non plus insister sur les parentés morbides du paludisme et du diabète indiquées par Burdel (de Yierzon) (1859-1871), Griesinger (1), le professeur Verneuil (2), Barudel (3), Le Roy de Méricourt (4), Sorel (5), etc ; mais qui, certainement, ont été exagérées. Il importe, en effet, de ne pas confondre glycosurie et diabète. On a multiplié les parentés morbides du paludisme et de certaines manifestations nerveuses, et dans une étude très complète M. le professeur Verneuil (6) se demande quel est, dans la pathogénie des névralgies, le rôle du paludisme et des prédispositions individuelles. M. le professeur Laveran pense que le paludisme n’intervient qu’à titre de cause prédisposante en déterminant une anémie rapide et très profonde (| loc . Clt.).

Les relations du paludisme et de la maladie de Raynaud ont été signalées par Rey, Marroin, Calmette, Mourson, mais Verneuil et Petit (7) pensent que l’asphyxie locale est une des manifestations les plus contingentes du paludisme.

Les parentés morbides, envisagées d’une façon un peu générale, éclairent la question des endémies, des maladies exotiques, qui ont été multipliées outre mesure.

Les manifestations de la syphilis, chez des populations

(1) Archiv. der Eeilhunde , 1859.

(2) Bulletin ac. de méd., 1881; Gazette hebdom ., 1882.

(3) Recherches cliniques sur la goutte et le diabète , Paris, 1873.

(4) But. ac. méd., 1881.

(5) Gaz. Eebd., 1882.

(6) Revue Chirurgie ., 1881.

(7) Revue de Chirurgie . 1883.

restées longtemps indemnes, peuvent offrir parfois une telle intensité qu’elles sont décrites comme des affections nouvelles recevant le nom du pays où elles évoluent.

Ainsi M. Rochard, dans une remarquable étude sur le scherlievo, a prouvé que ce mal de Fiume (autre dénomination de cette affection) était simplement une forme grave de syphilis qui s’est manifestée au commencement du siècle en Illyrie, et qui avait tous les caractères de la vérole, décrite au xve siècle, par Fracastor. Les descriptions de Cambieri (1801), de Moulon , de Bartli (1859) lèvent les doutes. Alors, il faut considérer, comme de nature le plus souvent syphilitique, les affections parfois bizarres qui, suivant les pays, ont été désignées sous les noms de : falcadine , sïbbens d'Ecosse , button scurwy d'Irlande , jpian de Nérac, mal de Sainte- Eupliemie, de la baie de Saint- 1 aul, maladie de Brümm (en Moravie), de Chavanne Lure , radesyge,pian d' Amérique, yaws d'Afrique , frambœsia , bobos du Brésil, gallao de Guinée, bouton d’Amboine, touga de la Nouvelle- Calédonie (in Rochard).

Mais il serait téméraire de pousser trop loin cette synthèse. La verruga peut servir d’exemple. Pendant longtemps on a admis ses analogies marquées avec le pian, avec les yaws d’Afrique, avec les bobos du Brésil, etc.

M. Dounon , dans une bonne thèse faite sous l’inspiration deM. le professeur Renaut , rejette la nature syphilitique de cette affection. Peut être existe-t-il plusieurs formes, ou bien le terme verruga comprend-il des affections diverses; mais le fait est que, d’après le Bxist Med. Journal , un étudiant Daniel Carriou s’est inoculé la verruga à l’hôpital et a succombé trente-huit jours après l’inoculation en présentant les symptômes suivants : fièvre adynamique, dermatite généralisée, altération du

sang rappelant la leucocythémie. La période d'incubation a été de vingt-trois jours.

Les mêmes observations s'appliquent aux parentés que l'on a voulu établir entre la lèpre et Vaïnhum. Les uns^ comme Corre (1), concluent à l'identité ; les autres (' Guyot ) (2), (Fout an) (3), pensent que l’aïnhum est une trophonévrose dont le processus anatomique est celui de la sclérodermie et qui mérite le nom de sclérodermie annulaire .

Filariose. — En résumé, la connaissance plus parfaite des

organismes pathogènes des maladies endémiques montre qu’un certain nombre de ces affections très disparates en apparence, et considérées jusqu'ici comme des entités morbides distinctes, relèvent pourtant de la même cause. La filariose (filarious diseases) en est un exemple.

Nous avons déjà vu les affinités de l'éléphantiasis des Arabes, du lympho-scrotum. Ces lymphorrhagies cutanées qui contiennent des filaires embryonnaires alternent très régulièrement avec la chylurie tropicale (Annales de Dern. et de syphilog ., n° 4, 1881). Le 4 août 1866, Wucherer découvre ces filaires dans les urines d'un malade atteint de chylurie tropicale.

Après une série de recherches, Manson et Lewis concluent « 1° que la chylurie et l'éléphantiasis sont associés à la présence de cet hématozoaire microscopique ».

Dans le même ordre d'idées, quelques auteurs rattachent à la filariose une dermatose parasitaire spéciale que M. Nielly a récemment observée à l'Ecole de Brest sur un jeune mousse, qui n'avait jamais quitté la France. Dans

(1) Corre. Arch. méd. navale , 18 sept. 1880.

(2) Guyot. Observ. recueillies à Nouméa. Arch. méd. navale , 1880.

(3) Foutan. La question de Vaïnhum , 1 882.

les vésico-pustules, cet auteur a trouvé un nématoïde, analogue aux filarides, qui mesure 333/1000 de millimètre en longueur et 18/1000 de millimètre en largeur. Cette affection serait identique au craw-craw de la côte occidentale d’ Afrique, observée en 1875 par O’Neil (médecin de la marine anglaise) sur des noirs de la côte d’Or. Cette papulose filarienne est nouvelle pour les observateurs des climats tempérés. Cette découverte a un double intérêt scientifique; car, si elle est identique au craw-craw, le fait contient une solution précise de géographie médicale et le craw-craw n'est pas plus exotique que l’aïnhum et la lèpre. Les mêmes embryons de nématoïdes existeraient dans certains boutons observés sur des chevaux venant de Hongrie (Baillet, de Toulouse). Enfin, cette affection est très probablement causée par l’ingestion d’eau stagnante renfermant des nématoïdes analogues et comme le crawcraw avec lequel elles ont de grandes analogies, ces vésicopustules guérissent lorsqu’on abandonne le pays où on a ressenti les premières atteintes. Nielly ( Gaz. Hebd . 1884).

Ainsi une étude plus complète de certains organismes pathogènes réunit en un seul groupe les affections qui semblent si distinctes. Mais si ces recherches sont confirmées, ces affections sont parentes au plus haut degré, bien plus, elles deviennent identiques.

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