MALADIES ALIMENTAIRES
M. Fournier (Gaz. Hebd. 1884) émet l'idée suivante:
« Ce que nous savons le moins, c’est la série des variations de ces microorganismes ou de leurs métamorphoses et on ignore souvent le lien qui rattache les plus virulentes d’entre elles à telle algue d’eau douce ou -regardée comme inoffensive. L’hétérœcisme des Urédinées en est un exemple. Peut-être les parasites nocifs se trouvent-ils dans certains cas sur les végétaux alimentaires comme portent à le soupçonner pour le béribéri les observations de Lacer da. »
Ces quelques considérations qui, certes, peuvent être étendues, n’expliqueraient-elles pas quelques points en litige sur l’étiologie de la pellagre. Son microorganisme pathogène aime le maïs, c’est son habitat de prédilection, mais il peut se développer sur d’autres végétaux et alors il ne faut plus s’arrêter à incriminer telle céréale plutôt que telle autre ; il faut aller plus loin et rechercher la cause initiale primordiale qui évolue de préférence dans telles ou telles conditions bien déterminées. Ces considérations seraient peut-être applicables, jusqu’à un certain point, à l’étiologie de certaines affections cutanées des pays chauds. Ces boutons, en effet, sont observés surtout dans les régions où les dattes abondent. Dans le corps d’occupation de Tunisie, le dicton (pas de palmiers,
pas de boutons) était bien connu. Dans une carte géographique de Tunisie, que nous avons dressée en donnant aux diverses régions des teintes d’autant plus foncées que les boutons étaient plus fréquents, les endroits les plus teintés correspondaient aux points où le palmier prospère; mais, ce n’est qu’avec une bien grande timidité que nous émettons l’idée que le microorganisme du bouton tunisien trouve peut-être sur le palmier et à certaines époques de l’année, un milieu plus favorable à son développement.
Peut-être pourrait-on étendre, avec une sage réserve, quelques-unes de ces considérations à certaines maladies alimentaires, au béribéri, par exemple, qui se développe de préférence à une certaine époque de l’année, dans la saison des pluies et chez les gens qui ne se nourrissent que de riz (Rochard) et dont l’alimentation insuffisante et de mauvaise qualité ( Christie et Rogers ) manque d’albuminate et de graisse (Gayet) (i). Duane et Simmons , qui indiquent les causes prédisposantes sus-énoncées, sont convaincus que le béribéri est dû à une cause de nature miasmatique et tellurique. P rager et Plomb en font une variété de scorbut. A propos de cette dernière affection, nous dirons que si la brillante plaidoirie de M. le professeur Villemin, sur la nature infectieuse du scorbut, n’a pas emporté toutes les adhésions, elle a prouvé, au moins, qu’il ne fallait pas s’arrêtera cette étiologie banale, et que l’on devait invoquer d’autres causes que le manque de tel ou tel principe chimique successivement incriminé.
Mais d’autres liens de parenté existent encore entre ces maladies dites alimentaires. En outre de l’alimentation insuffisante ou viciée, ces maladies ont des symptômes voisins. D’après Le Roy de Méricourt, le béribéri pré-
(1) Gayet. Du béribéri. Archives navales, 1884.
sente les plus grandes analogies avec le lathyrisme, affection déterminée par l’ingestion du lathyrus sativus (Mühry) . Gomme dans la pellagre, on observe dans le béribéri une inflammation dégénérative des nerfs périphériques etM. Scheube, rappelant les faits d’atrophie musculaire signalés dans cette dernière affection, en fait une neuritis multiplex endemica. Cette théorie nerveuse est, du reste, proposée avec des variations par Swaving, Silva Lima. Enfin, dans un article récent, Baelz (Archives navales, 1884) considère le béribéri comme une maladie infectieuse miasmatique entraînant une névrite multiple endémique.
Cette affection, que nous avons prise simplement pour exemple, établit non pas la parenté vraie, mais les étroites affinités étiologiques symptomatologiques qui réunissent les maladies alimentaires ; de plus, ces faits portent à penser que la pathogénie du scorbut par exemple ne se réduit pas simplement à la privation alimentaire d’une substance chimique ou organique.