‹ Les Parias de France et d'EspagneChapitre 8 sur 22 · NOS · texte numérisé non relu

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la population sont extrêmement rares, d'où il suit que la race de Chubitoa, si race il y a, est à peu près pure.

Cependant les deux populations se mêlent dans leurs plaisirs et leurs affaires, comme les enfants se mêlent à l'école qu'ils fréquentent à peu près également. L'instituteur ne fait pas de différence pour l'intelligence entre les uns et les autres. Il y acepenpendant encore beaucoup d'illettrés dans le village comme en tout le pays basque.

J'ai lu dans un manuscrit resté inédit de feu l'abbé Cazeneuve que, quand il fut appelé à la cure d'Anhaux, en 1836, les paroissiens de ce village refusaient à ceux de Chubitoa l'honneur d'offrir le pain bénit, mais « je fis disparaître, dit-il, ces vaines prétentions de façon que les cagots de Chubitoa furent placés à tous égards sur le pied de l'égalité. » Nous avons eu l'honneur de nous entretenir avec le successeur de l'abbé Cazeneuve et c'est avec un plaisir que tout cœur généreux comprendra que nous entendîmes cet ecclésiastique, qui compte à présent 22 ans de résidence, faire l'éloge des anciens parias pour leur assiduité au travail, leur adresse manuelle et leur inteUigence, leur politesse unie à une certaine élégance de manières, leur docilité et leur modestie.

Je n'ajoute ni ne retranche rien au portrait moral tracé par le digne pasteur.

Tant de bonnes qualités, jointes à des avantages physiques sensiblement égaux à ceux de leurs voisins, devraient leur mériter une réhabilitation complète, et de fait il en est presqu' ainsi. On leur jette bien encore quelquefois à la face, dans les disputes, l'épithète injurieuse de cagot qui les met en fureur ; mais, en somme, on vit en bonne intelligence dans la commune d'Anhaux. Les gens des communes voisines font encore les délicats et ne frayent pas avec les Chibutains. On se réunit cependant en procession une fois par an pour les Rogations sur une montagne voi-

sine. Naguère il en résultait des disputes de préséance et des rixes qui n'ont pris fin que quand la gendarmerie a pris le sage parti d'accompagner la procession.

« Comment expliquez-vous, disais-je à l'une des fortes têtes d'Anhaux, le mépris et la répugnance dont les gens de Chubitoa ont si longtemps été victimes ? — Dans des temps très-éloignés, me répondit-il, deux armées se sont battues et ce sont les malades de l'armée fugitive qui sont restés et ont formé la souche des agotac. »

Poursuivant notre route à l'ouest, nous arrivons au bout de 6kilom., à la grande et élégante bourgade de St-Etienne-de- Baïgorry que baignent les eaux torrentueuses de la petite Nive. L'œil est agréablement frappé par la propreté des rues et des maisons. La plupart de celles-ci portent gravés, sur le linteau de la porte, en guise de numéro, le nom du fondateur qui sert à la désigner, la date de l'érection et une devise qui est comme un écho d'outre-tombe de la sagesse du fondateur. Par exemple : « Vivons en paix. »

Mais si rapide est le progrès jusque dans les derniers recoins des Pyrénées qu'un ingénieux habitant a trouvé une devise qui vaut une réclame. La voici :

« Mémento novissima tua !!

« Et in œternura non peccahis.

« Irrigoyen, fabricant de chocolat. »

Sur la croupe d'un coteau qui domine l'assiette de Baigorry, s'élève l'ancien manoir seigneurial d'Echaux , et au pied de ce château et comme sous sa protection , s'étagent sur la pente de la colline un groupe de chaumières qui forment le hameau de Michelena. C'est l'ancienne cagoterie séparée de St-Etienne par la rivière, et habitée aujourd'hui comme dans le passé par des tisserands et des manœuvres. On n'y compte qu'un seul char-

pentier, encore est-il étranger au village, mais il s'y est marié, — Au dire de mon hôtelier , vieillard de 78 ans, il n'y a qu'une cinquantaine d'années que les gens de Michelena ont commencé à se mêler à la population et en 1848, pour la première fois, ils ont conquis l'entrée du conseil municipal.

Les jeunes gens cherchent volontiers à se marier soit dans le bourg, soit dans les villages voisins; d'autres émigrent à La Plata ; mais dans le hameau il n'y a pas dix familles qui ne soient de la race pure des agotac.

Le recensemet de 1872 accuse pour Michelena 38 ménages et 154 habitants, ce qui donne 4 individus par ménage; exactement la même proportion qu'à Chubitoa. On y compte 3 octogénaires.

Il faut avouer qu'ici les cagots ou plutôt leurs descendants sont reconnaissables. D'abord, ils sont généralement petits ; leur taille atteint rarement 5 pieds (!'" 62) et reste le plus souvent au-dessous. Ils sont bruns avec des yeux petits et de couleur fauve représentée assez exactement par les n"** 3 et 4 de la gamme chromatique de la Société d'Anthropologie ; quelquefois gris-clair (no 15 de la même échelle), quoiqu'accompagnés de cheveux et de sourcils noirs ou châtains foncés. La tête est large à la région pariétooccipitale, tandis que le front est plus ou moins étroit et bombé. La face est large toujours et de couleur terne, loin d'avoir la fraîcheur de celle des Basques en général. Les pommettes font chez quelques-uns une saillie légère. Le nez est gros ; la bouche grande et disgracieuse, les lèvres étant lippues ou privées de la courbe ordinaire sans laquelle la bouche semble coupée comme avec un couteau. C'est bien le type de Chubitoa mais enlaidi.

Ce qui le distingue actuellement, ce ne sont pas des caractères de race, mais des attributs du tempérament scrofuleux et les tristes effets de la misère qui n'est pas fciite pour embellir les

gens. Quand on voit ce que sont devenus les Irlandais de Flews (i) abâtardis par la misère , on ne s'étonne pas trop de trouver chez les pauvres gens de Michéléna, eu égard aux conditions dans* lesquelles ils vivent, une certaine dégradation du type national , enlaidi mais non méconnaissable. N'ont-ils pas, en effet, cette forme caractéristique de la tête qui distingue le basque de tous les autres hommes de race blanche ?

Ne remarque-t-on pas chez eux le contraste fréquent et non moins typique entre la teinte claire des yeux et de la peau et la couleur brune des cheveux ? En général, chez tous les peuples , il y a corrélation entre le teint de la peau et des yeux et la couleur des cheveux, tandis que chez le basque, qu'il soit cagot ou non, qu'il ait les cheveux blonds ou noirs, les yeux et la peau sont toujours d'un teint clair.

Pour écarter autant que possible les erreurs d'appréciation , je n'ai visité que les familles de tisserands qui, héritières depuis un temps immémorial du métier de leurs pères, avaient plus de chance d'être de vraies et pures familles d'agotac. Chez elles, j'avais toute liberté de prendre des notes, séance tenante, sous prétexte de m'enquérir de l'industrie du tissage , comme je l'avais fait à Chubito. Ailleurs je n'aurais pas trouvé à compter les fils de la chaîne, ni à discuter la quahté de la trame ou le prix de revient du mètre de toile. — Or, l'industrie de ces braves gens s'exerce dans des conditions particulièrement défectueuses et insalubres. Gomme leurs maisons sont adossées aune colline, elles sont humides, mal éclairées et mal aérées. L'étable à porc et l'atelier se partagent le rez-de-chaussée ; l'étage au-dessus qu'habite la famille n'est

(1) Cf. De Quatrefagcs. Unité de l'espèce humaine. P. 227-228. A la suite des guerres entre rAngieterre et l'Irlande, en 1641 et 1689, une multitude d'Irlandais furent repoussés dans une région montagneuse qui s'étend a l'est de la baronie de Flews jusqu'à la mer. Depuis cette époque ils ont eu a subir presque constamment les effets désastreux de la faiofi et de la misère sous toutes les formes. Il en est résulté pour eux une dégradation marquée des traits et de la taille qui les distingue tristement de leurs fières du comté de Meath restés dans des conditions meilleures.

encore le plus souvent qu'un rez-de-chaussée par derrière à cause de la déclivité du terrain. Ces gens travaillent donc toute la journée dans une espèce de sous-sol obscur, sur la terrre battue, séparés seulement par une cloison de l'écurie au- dessus de laquelle ils passent la nuit. Il n'en est pas ainsi à Ghubito dont les ateliers, établis sur un plateau et planchéiés, sont au contraire dans les meilleures conditions de salubrité ; d'autant plus qu'on n'y vit pas en promiscuité avec les animaux domestiques. — C'est aux conditions défectueuses d'habitation et de régime que j'attribue la propension des Michelénais aux scrofules et les conséquences qui en découlent pour les attributs de la race. Je m'attendais à trouver aussi des goitres, mais on m'a affirmé qu'ils étaient rares aujourd'hui : de fait je n'en vis pas un seul. Ceux qui vivent au grand air, comme laboureurs et manœuvres, sont peut-être plus grands et plus vigoureux ; cependant je tiens de M. Ch. d'Abadie, propriétaire du château, qui les emploie souvent et qui est leur bienfaiteur, qu'ils ont moins de vigueur et de feu que les autres Basques ; en revanche, ajoutait-il, ils sont plus humbles et plus dociles.

La vallée de Baïgorry n'est séparée de la Navarre espagnole que par un chaînon des Pyrénées, par de là lequel on entre de plainpied dans le bassin supérieur de la Bidassoa connu sous le nom de Vallée de Baztan. Entre deux crêtes sourcilleuses couronnées de nuages, vous apercevez une coupure appelée le port d'ïspégui qui permet aux piétons et aux cavaliers de franchir l'imposante barrière. Le sentier s'engage d'abord dans une gorg6 sombre au fond de laquelle gronde un affluent de la Nive ; puis, s'élevant brusquement, il déroule ses blancs lacets sur les flancs escarpés de la montagne à travers les bois et les bruyères. Le port ou col forme lui-même un petit plateau désolé où l'œil n'a plus d'autre horizon que le bleu du firmament et lés roches nues, mais quel-

ques pas encore et le splendide panorama de la vallée de Baztan se déroule à nos pieds, pièce à pièce, comme les décors d'une féerie.

Le soleil d'août dardait ses flèches de feu sur les moissons dorées et sur les villages épars dans la campagne. La petite ville d'Arizcun avec ses maisons de briques, son église, son couvent monumental et son donjon en ruine, procurait l'illusion d'un décor d'opéra éclairé d'une lueur rougeâtre par les feux de bengdle. Nous sommes en Espagne ! Pour descendre point d'autre chemin que les ravines et les sentiers tracés par les pas des mules. Au bas de la montagne nous traversons Errazu, dont les hôtels blasonnés et délabrés présentent le spectacle affligeant de la grandeur déchue. Puis voici Bozate, le quartier général des agots de la Navarre espagnole ; village pittoresque mais sale, dont les masures grimpent les unes au-dessus des autres le long des sentiers rocailleux tapissés de fumier. Le pas de ma mule attire à la lucarne d'une de ces masures une tète digne du pinceau de Raphaël. Ce n'était pas la brune et grosse Dulcinée de Toboso, c'était la vierge blonde et rosée du grand peintre qui ra'apparaissait encadrée dans cette fenêtre. Quel bon augure mais aussi combien je dus en rabattre bientôt ! Je m'hébergeai chez un boulanger, petit homme trapu, au nez retroussé et aux yeux gris pétillants de vivacité. Il avait le front bombé, la tête grosse, les cheveux châtain foncé. — La famille était nombreuse et je me mis à table au milieu d'elle, ce qui me permit de l'examiner à loisir. Le père était un grand vieillard à tête blanche, mais qui paraissait avoir été blond, car il avait les yeux d'azur et la peau très blanche ; la mère une toute petite vieille à l'œil noir, à la peau tannée et ridée ; la femme de mon hôte une poupée brunette, sémillante et accorte qui nous servait à table, montrant avec un gracieux sourire des dents blanches comme des perles ;

ses trois enfants en bas-âge étaient blonds comme des chérubins. Un parent revenu d'Amérique avec un petit capital avait pris place à table. C'était un grand gaillard, carré des épaules, aux cheveux châtains, aux traits mâles et réguliers, qui faisait ainsi que l'hôte tous les frais de la conversation avec moi, les autres ne parlant que le basque. Ces bonnes gens furent pendant les deux jours que je passais avec eux d'une amabilité de bon aloi, curieux sans indiscrétion et généreux avant de savoir comment on récompenserait leur hospitalité. Je leur ai fait deux autres visites en 1874 et 75, et ils n'ont point démenti mes premières impressions. Le lendemain matin de mon arrivée, jour de l'Assomption, tout le village en fête se précipite au premier son des cloches vers l'église d'Arizcun ; les hommes portaient avec une désinvolture légère le costume national basque : chemise bien blanche sans cravate, veste ronde à boutons argentés, large ceinture, berret sur l'oreille ; les femmes étaient drapées dans une longue mante noire à capuchon. Je suivis la foule. Nous traversâmes sur un pont branlant le torrent de Baztan qui sépare l'ancienne cagoterie de la paroisse et, à la distance de i kil. 1/2, nous arrivâmes à l'église qni occupe le centre de la petite ville. Comme dans tout le Pays Basque, la place des femmes est dans la nef, tandis que les hommes montent à des tribunes qui en occupent le fond et les côtés. La galerie du fond est garnie de bancs en amphithéâtre et coupée transversalement en deux parts par une balustrade derrière laquelle vont s'asseoir les gens de Bozate. Mais cette place est plutôt consacrée par l'usage qu'obligatoire, car mon hôte et quelques-uns de ses camarades restent avec moi par devant.

Le chœur de l'église, avec son autel richement décoré, ses statues enluminées, parées de velours, de dentelles et dechnquant, n'a aucun caractère original ; mais le coup d'œil de la nef est

plus intéressant. Devant chaque femme accroupie sur le sol nu ou sur un mauvais tapis est un petit fauteuil en bois plein, entre les bras duquel repose, sur une nape, un gros cylindre de mince bougie de cire enroulée sur elle-même et dont le bout libre dressé en l'air brûle pendant la messe. Ce gigantesque rat-de-cave doit sans doute durer toute l'année. J'étais curieux de voir comment on procéderait à l'offrande et au baiser de la paix ; mais il n'y en eut point. Peut-être cette cérémonie a-t-elle été supprimée pour éviter les anciennes disputes de préséance et en faire perdre jusqu'au souvenir. Au sortir de l'église je remarquai qu'il y avait deux bénitiers, en haut et en bas de l'escalier, luxe d'autant plus superflu que celui d'en bas restait à sec. Je sus plus tard que c'était l'ancien bénitier des cagots.

Il est d'usage en haute comme en basse Navarre de danser après vêpres sur la place de l'église. La danse et le jeu de paume sont des rendez-vous communs à tous les jeunes gens des hameaux, qui composent la paroisse. Il n'en est pas de même ici. Arizcun a sa place de bal et Bozate la sienne. Sept ans avant ma visite, un frère de mon hôte s'était vu expulser grossièrement de la place d' Arizcun, et plus récemment encore, pareille mésaventure était arrivée à un autre jeune homme de son village. L'un et l'autre avaient demandé réparation de l'injure devant l'alcalde et obtenu 50 réaux de dommages-intérêts. Mais comme l'argent, en passant par les mains de Vescribano, lui avait, en vertu de son poids, glissé dans la poche, les Bozatenses ne se souciaient plus de s'exposer à des avanies sans compensation possible.

Les gens de Bozate s'amusent donc entr'eux sur leur petite place. Leur danse calme et décente n'est qu'un pas cadencé qui s'exécute on tournant autour d'un ménétrier qui tient la flûte à trois trous d'unemain et de l'autre frappe avec une grosse baguette sur un tambourin pendu à sa ceinture. Les deux sexes ne se tou-

chent pas même du bout du doigt ; ils se tiennent par l'intermédiaire d'un mouchoir et forment une chaîne qui, sous la direction d'un chef de file, se déroule en zig-zags, se replie sur ellemême, se range en cercle, et imite assez bien les allures d'un serpent qui, après avoir bien rampé, s'amuserait à se mordre la queue. Que nous voici loin de Baïgorry avec la fandango et la valse écheveléesur l'air de Madame Angot! Sous couleur de prendre un intérêt excessif à celte danse fantastique, j'examinais à loisir filles et garçons, comme j'ai eu tout le temps d'examiner pères et mères en trois voyages consécutifs. La plupart appartiennent au type brun, de taille moyenne chez les hommes (entre 1 m. 62 et 1 m. 65); petite et même très-petite quelquefois chez les femmes, au teint mat, aux yeux fauves le plus souvent, gris-clair quelquefois (1); à l'occiput proéminent ; au front plus ou moins étroit et convexe ; à la chevelure noire ou châtain foncé et lisse. Un quart environ appartient au type blond ou châtain clair, plus grand et plus svelte, à la tête régulièrement ovalaire, aux yeux bleus (2), au teint rose et aux traits généralement plus agréables, quoique les autres ne soient pas laids non plus. Naturellement, le croisement de ces deux types fondamentaux a donné naissance à nombre de variétés intermédiaires; mais presque tous les sujets sont blonds dans la première enfance. La population, composée de 300 habitants environ, ra'a-t-ondit, car je n'ai pu consulter le tableau de recensement, répartie en une soixantaine de ménages, est très saine. Je n'y ai pas vu ni pu me faire indiquer un crétin, un goitreux, un scrofuleux. Seule, une femme, amputée du bras droit, l'avait perdu, à ce que j'ai pu comprendre, par suite d'une tumeur blanche du coude. C'est qu'aussi cette population a beaucoup plus d'aisance que celle de Michelena. Leur vallée est une des

{\) ÎN"''s 3, 4, 1S du tableau chromatique précité. (2) N^-s 9 et 14 id.

mieux exposées, des plus spacieuses et des plus fertiles des Pyrénées. Elle produit en abondance le blé, le maïs, les haricots, les fèves, et nourrit en de gras pâturages un assez grand nombre de bestiaux. Les gens de Bozate se livrent à la culture de la terre comme fermiers ou petits propriétaires, et élèvent beaucoup de porcs et de volailles. Un petit nombre exerce les différents états réclamés par les besoins de la communauté : ceux de meunier, boulanger, maréchal-ferrant, charpentier et tisserand. En somme, ils vivent bien, boivent du vin et forment une population vigoureuse, saine, laborieuse et pacifique.

Mon hôte, sollicité par des questions naïves de me rendre compte des particularités que j'avais notées, soit à l'église, soit ailleurs, comme aussi de quelques cancans qui m'étaient venus aux oreilles, m'expliqua, entre deux verres de vin, que : « en des temps très-éloignés — e)t tiempos rnuy remotos — deux rois s'étant fait la guerre, ceux du parti vaincu avaient été forcés de s'établir à Bozate qu'ils avaient fondé et en quelques autres villages. On les appelait agates, nom qui, suivant lui, ne signifie rien et qu'il est d'ailleurs défendu de leur donner aujourd'hui. Il n'y a pas longtemps encore que les vecinos voulaient faire les maîtres avec eux, mais aujourd'hui il n'y a plus de vecinos, ou plutôt tout le nionde Test. » C'est du reste un garçon dégourdi que mon hôte, et d'un scepticisme politique effrayant. Il me glisse à l'oreille, en chgnant de l'œil, qu'il porte du pain aux carlistes à Pénaplata, ce qui ne l'empêche pas de fournir les libéraux à Errazu. Exempt de préjugés, il fait fi de celui dont il peut être l'objet, et l'on peut en causer discrètement avec lui. Il est bon de dire qu'il a un peu voyagé et travaillé de son métier à Bayonne d'où il a rapporté un excellent souvenir de la France et des Français. Je le crois au-dessus de la moyenne de ses concitoyens pour l'intelligence et l'éducation; mais cette moyenne

~ 145 — elle-même ne fait pas déshonneur à l'Espagne. — Au contraire, j'ai trouvé les paysans de Bozate moins grossiers et plus propres que les paysans espagnols en général , privilège qu'ils partagent du reste avec tous les Basques. La culture de l'esprit ne marche certainement pas de pair avec celle du corps : il n'y a point d'école à Bozate, et il n'est pas probable que les enfants, surtout les filles, fréquentent celles d'Arizcun ou d'Errazu. Je n'ai pas vu un seul homme ou femme, à l'église, avec un livre à la main. — Mais la proportion des illettrés est, dans notre pays basque, de 62 0/0, d'après la statistique de M. L. Soulice. Nous ne jetterons donc point la pierre aux gens de Bozate. S'ils ont su conquérir l'égalité devant la loi, et s'ils ne se montrent pas inférieurs à leurs concitoyens, ils n'ont pas encore pu rompre complètement la barrière du préjugé (1). Les Bozatenses continuent de s'allier entr'eux à moins d'émigrer au loin. « Qui voudrait d'un Agot? » me disait une jeune fille d'Urdax.

Ces villages, comme tous ceux des vallées basques, fournissent à l'Amérique de nombreux émigrants dont quelques-uns reviennent avec une petite fortune. Un cagot d'Elisondo, rentré riche d'Amérique, a marié sa fille à un secrétaire du gouverneur civil de Pampelune.

(i) La plus récente mention qui ait été faite des agots est, k notre connaissance du moins, dans le grand « Dictionnaire géographique, statistique et historique d'Espagne p par Madoz, qui s'exprime ainsi . « Les Agotes n'ont jamais obtenu d'emplois publics ni la moindre intervention dans le gouvernement et l'administration de la vallée (de Baztan) comme les autres habitants; et même à l'église ils avaient naguère une place séparée. Les Bastaneses ne contractent jamais de mariage avec des personnes de cette race, et si l'on peut citer quelqu'exen.ple du contraire, c'est au moins une exception très-rare et fort singulière. Les législateurs navarrais n'ont cessé de s'occuper d'améliorer le sort de ces infortunés, mais quoique la prévention qui pesait coutr'eux ait beaucoup diminué, il faut l'attribuer à l'action toute puissante du temps plutôt qu'aux dispositions législatives » .

{Die. liist. rjéog. estadis. de EspanaçovH» Pascual Madoz. — art. Baztan.)

Nous avons dit que Bozate était comme le quartier général des Agots de la Haute Navarre, parce que c'est l'endroit où ils sont le plus nombreux et le mieux circonscrits depuis le XV siècle tout au moins, suivant le témoignage de l'histoire, et peut-être depuis plus longtemps. H y a encore un certain nombre de familles qui passent pour être de la même caste dans plusieurs autres localités de la vallée de Baztan et des vallons voisins. Telles sont Elizondo où elles sont établies dans le quartier de la rive droite et exercent des professions manuelles ; mais ce n'est que par une tradition incertaine qu'on peut les distinguer des autres familles d'artisans parmi lesquelles elles vivent. Elles sont également dispersées dans les bourgs d'Oronoz, Ciga, Zugaramurdi, Urdax, Maya, où l'on voit encore à gauche du grand portail de l'église la petite porte aujourd'hui murée par laquelle les parias entraient dans le saint lieu.

Il est temps de nous demander si les caractères que nous avons reconnus aux ci-devant cagots de la Haute et Basse-Navarre les distinguent de leurs voisins. Nous ne le croyons certainement pas, après une étude comparée très-attentive. Nous avons parcouru le pays basque dans tous les sens, nous avons assisté deux fois à la fête patronale de St-Etienne de Baïgorry qui réunit tous les montagnards des environs ; nous nous sommes trouvé à St-Jean-Piedde~Port un jour de grand marché et nous avons pu nous convaincre : 1° que le type basque n'est pas unique; 2° que le plus commun est décidément celui-ci : tête fortement développée en arrière, front étroit et un peu bombé, cheveux châtains ou noirs ; yeux gris ou châtains, toujours dans les nuances claires ; peau blanche dans les parties habituellement couvertes ; nez régulier, mâchoire fine ; taille moyenne, élégante, allure dégagée.

Le grand développement de la tête en arrière et la teinte claire des yeux, même avec une chevelure brune, sont les traits les plus frappants du Vasco-Navarrais, qu'il soit Cagot ou non . Mais à côté de ce

type fondamental il y en a un autre plus grand, d'un teint plus clair et plus rosé, et dont la tête au lieu de former un ovoïde très renflé par derrière est plus rapprochée de l'ellipse. Les yeux sont d'un beau-bleu d'azur ou verdâtres (n°' 13 et 9) ; les cheveux blonds mais jamais d'un blond fade. J'ai vu quelques filles de ce type avec un profil grec. — Naturellement, le mélange des deux depuis un temps immémorial a donné naissance à des variétés intermédiaires.

Les Basques les plus grands sont dans la Soûle, mais les tailles très hautes, c'est-à-dire dépassant 1 mètre 75, sont rares, et les très-petites, au dessous de 1 mètre 60, le sont également partout. J'estime que la proportion des blonds est de 20 à 25 0/0, que j'ai établie numériquement à Baïgorry le jour de la fête locale ; mais je répète que presque tous les basques ont la peau blanche, le teint rosé et les yeux de couleur claire même quand ils ont les cheveux noirs.

Transportons-novis maintenant en Béarn où nous ne trouverons pas de centres d'observation aussi considérables ni aussi sûrs que Bozate et Ghubito, mais où l'on peut encore choisir avec discernement des points de comparaison non illusoires. Il faut pour cela suivre la vallée du gave d'Oloron depuis son embouchure jusqu'à sa source aux pieds des glaciers des Pyrénées. C'est en cette portion, la plus riche du pays, qu'on comptait jadis le plus grand nombre de propriétés ecclésiastiques, appartenant à l'évêché d'Oloron et aux abbayes de Sordes, Lucq, Préchac-Josbaig, Ste-Christine, Sarrance ; de sorte que dans le Béarn nous voyons les cagots se rapprocher de préférence des abbayes.

Cependant, la première communauté de parias dont nous rencontrions aujourd'hui les restes, en remontant la rivière, était établie dans un fief des Gramont, à Escos. La vieille église de ce village a encore sa petite porte et son bénitier des cagots sur la façade laté-

raie droite, au coin du cimetière où ceux-ci étaient enterrés tout à fait au fond et à gauche, à l'ombre d'un grand noyer que l'on y voit encore. Nous n'avons pu savoir si l'on attachait une vertu particulière à cette espèce d'arbre, le seul en pareil lieu. Le cimetière est abandonné depuis quelques années et les descendants des familles proscrites prennent rang dans le nouveau avec les autres, absolument comme à l'église où on les confinait autrefois dans le recoin des fonts baptismaux. Leur petite porte est condamnée et, chose singulière, on en a ouvert une autre à côté pour les besoins du culte. Inutile d'ajouter que le bénitier lui-même n'est plus en usage. Ces renseignements que je tiens d'un vieillard de 80 ans, m'ont été confirmés par M. l'abbé Lansalot, curé d'Escos depuis 38 ans et natif d'une commune voisine. Au commencement de son ministère, les mariages mixtes souffraient quelques difficultés mais n'en présentent plus aujourd'hui.

Le vieillard m'a raconté que, dans sa jeunesse, les cagots étaient profondément méprisés et laissés à l'écart. — Pourquoi? demandais-je ; étaient-ce de mauvaises gens, des espèces de bohémiens? — Non, mais ce n'étaient pas des gens de bonne souche et l'on n'aurait pas pris de l'eau bénite après eux ni passé par leur porte, oh dam ! non ! — Étaient-ils riches ou pauvres? — C'étaient des journaliers ; ils n'avaient que peu ou point de terre. — Se distinguaient-ils par leurs traits des autres habitants ; étaient-ils bruns ou blonds ? — Bah ! il y avait de tout ; ils ressemblaient aux autres. — Y a-t-il encore de leurs descendants dans le village ? — Certainement, ce sont tels, tels et tels. »

Après ce colloque auquel nous avons cru pouvoir laisser, pour plus d'exactitude, sa tournure famiUère, nous avons compulsé les anciens registres de la paroisse et retrouvé quelques-uns des noms fournis par notre interlocuteur. Le plus vieux date du XVP siècle. Les parias y figurent en très petit nombre, proportionnellement,

tantôt sous le nom de capot, tantôt sous celui de cagot. Nous en avons donné un exemple au chapitre II, p. 57, note. Ils paraissent avoir habité à cette époque le quartier sud du bourg d'Escos ; mais là n'était point leur berceau : il était à un kilomètre plus loin, sur la route de Sauveterre, aux bords du Gave, au hameau qu'on appelle encore Lous Cagots, composé de quatre maisons, dont l'une est appelée au crestiaa et une autre un peu écartée au caperaa, comme si elle avait été habitée par un prêtre. Le propriétaire du crestiaa, qui ajoute à son nom patronymique celui de sa maison , est tisserand et son voisin charpentier comme l'étaient leurs pères. J'ai vu ces deux hommes et une'femme d'une troisième maison dite cahane. Tous sont de taille moyenne, les hommes sont blonds avec des yeux bleus ou verdâtres, la femme brune avec des yeux roux ; mais rien dans leurs traits ni dans la forme de leur tête ne les distingue des autres habitants. Et, cependant, leur résidence, leur profession, 'leur nom, tout accuse leur origine. Non loin d'Escos est Salies, vieille cité béarnaise, dont nous avons compulsé les archives déposées à l'hôtel de ville. Elle avait aux XVP et XVII^ siècles, et probablement avant, une communauté assez nombreuse de parias établis dans le faubourg St-Martin ; mais il n'en reste plus que le souvenir. Les parias figurent sur les registres de la paroisse St-Martin sous le nom de capots. Nous en avons donné un exemple au chap. ii, p. 58, note.

Près de Sauveterre est le village d'Osserain dont les cagots contra aient des alUances au XVIP siècle avec leurs pareils d'Escos, ainsi le nous en avons relevé la preuve sur les registres de cette dernièi ^ paroisse. Aujourd'hui, s'il y reste de leurs descendants, comme c'est probable, ils sont fondus avec le reste de la population.

En remontant toujours le cours du Gave, nous arrivons à Na-

varrenx. Dans ses fraîches et riantes campagnes, presque sous

— isoles canons de cette forteresse dont un proverbe béarnais a fait l'emblème incontesté de la force, il y avait de nombreuses communautés de parias, d'où sortit un jour, pour s'élever de rien jusqu'aux plus hautes fonctions de l'état, l'homme oublié de ses compatriotes dont il fut l'honneur, le laborieux et honnête Dufresne. Les communautés dont nous parlons étaient Sus, Gurs, Préxac-Josbaig, Dognen, qui a encore son quartier dit des Chrestiaas, situé à l'entrée /lu bourg et à main droite quand on y arrive de Navarrenx.

La statistique de 1872 accuse pour ce quartier 66 habit., répartis en 16 ménages, ce qui tait 4, 1 par ménage ; le bourg principal a 340 habit, en 78 ménages, ou 4, 3 par ménage. Il y a 1 octogénaire parmi les 66 habitants de Lous Ghrestiaas. Ils étaient, autrefois, m'a-t-on dit, sous la « directe » du château d'Oroigne dont on voit aujourd'hui les ruines, à l'extrémité méridionale du quartier, sur les bords du Gave d'Oloron. Toujours est-il qu'ils étaient établis sur les terres de ce domaine féodal qui fut vendu et morcelé en 1793 ; le marquis de Lons, son propriétaire, ayant émigré.

Un homme intelligent et lettré, qui a bien voulu me piloter dans son village natal de Dognen, m'a affirmé qu'il ne reste plus aux Ghrestiaas que huit ménages où l'ancienne caste soit restée pure de tout mélange. Le premier que nous visitons est celui d'un petit propriétaire qui exerce en même temps la profession de charpentier et même de cabaretier. On lui accorde beaucoup d'intelligence et il en a l'air. C'est un homme de taille moyenne, à la tête en poire avec un front haut et saillant, des yeux et des cheveux châtains, le nez aquilin, le menton pointu, et des oreilles dont le lobule est adhérent. Son cousin qui est le chef d'un autre ménage ne lui ressemble pas du tout, si ce n'est par l'absence de saillie de l'occiput qui me frappe d'autant plus que je sors du

pays basque. Il a la tète ronde avec des cheveux châtains, des yeux gros et verdâtres, l'oreille bien conformée, une haute taille, une forte carrure. Ses enfants sont charmants, blonds avec des yeux bleus. Les quelques personnes que je vois encore appartiennent au même type mais avec une taille moindre.

A une petite heure de marche nous arrivons à Prexac-Josbaig, commune de 475 hab., parmi lesquels on compte une vingtaine de familles, de la lignée plus ou moins pure des anciens parias, exerçant pour la plupart, comme à Dognen, le métier de charpentier, mais disséminées dans le bourg (1). Elles ne se distinguent en rien ni pour rien des autres habitants. En voici une par exemple qui porte le nom patronymique et vraiment catégorique de Chrétien. Le père est un petit homme, de 5 pieds à peine, à la tête ronde avec des yeux bleus, des cheveux gris, un grand nez et des oreilles bien conformées. La mère qui porte des boucles d'oreille comme pour protester contre le dicton populaire est de taille moyenne, de traits réguliers avec des yeux châtain-clair.

(J) Prexac-Josbaig n'est séparé, que par le Gave du bout g plus important de Préxac-Navarrenx. Il était au XIV« siècle un fief de l'abbaye de même nom.

La vallée de Josbaig depuis Prexac jusqu'à Oloron parait avoir été un des refuges de prédilection des parias qui s'y trouvaient sous la dépendance de l'évoque d'Oloron et de l'abbé de Prexac.

On'^lit dans une chanson satirique citée par M. Francisque Michel en son livre:

A Jousbaig quouan dé bilatges A Josbaig combien de villages

Qui touts an un gian renoum Qui tous ont un grand renom

A Gérouce, Orin y St-Gouin A Géronce, Orin et St-Gouin

A Moumour, Geus y Prexac a Moumour, Geus et Prexac

Oun qui bet, même à Aren On voit même k Aren

Tous lous cagols de Jousbaig Tous les cagots de Josbaig

Célébra dap allégresse Célébrer avec allégresse

Toutes lurs institutions ; Toutes leurs institufons

Mey après dans la détresse Mais après dans la détresse

Que s'neyen de libations. Ils se noient dans les libations.

Le fils est un beau gars, brun, comme devait être la mère dans sa jeunesse et à tête ronde. Dans un autre ménage nous trouvons le frère et la sœur, deux jolis sujets de 17 à 20 ans, bruns, de traits réguliers, de taille moyenne et bien prise, en un mot du plus beau type béarnais.

Pour ne pas nous répéter, nous dirons que les autres personnes qu'il nous fut donné de voir présentaient les mêmes caractères. A l'école primaire où leurs enfants étaient confondus avec les autres et bien faciles à examiner, il était impossible de saisir aucune différence. Il n'est plus question de cagots à Prexac- Josbaig, du moins ostensiblement, mais il n'y a pas plus de vingtcinq ans que le petit bénitier, toujours subsistant à l'église, est hors d'usage. Ceux qui s'en servaient étaient enterrés dans l'allée du cimetière qui longe le chemin. A Dognen aussi pareil usage existait.

Suivons le cours du Gave jusqu'à Oloron, et d'Oloron passons à Lurbe, village distant de dix kilomètres. — Le quartier qu'on appelle aujourd'hui le Béziat, c'est-à-dire voisinage, faubourg, était jadis l'asile des Cagots, qui y vivaient sous la protection de l'abbaye voisine de St-Christau. Ce monastère a fait place à une station balnéaire élégante et réputée pour la cure des maladies de la peau. La tradition locale a conservé le nom de hain des ladres à l'une des fontaines de l'établissement. Un ancien proverbe disait :

Sent-Christdu A Saint-Christau

Pèt mude lou malau. Le lépreux change de peau.

Le Béziat n'est séparé du bourg que par le ruisseau torrentueux de la Ricq, et ne s'en distingue aujourd'hui que par l'aspect plus pauvre et plus délabré des maisons. Il est composé d'une quarantaine de feux et contient environ le quart de la population de

la commune qui est de 523 habitants. Mais tous ses hôtes ne sont pas de la lignée des anciens parias, car le mélange de la population des deux rives de la Ricq a commencé vers les premières années du siècle. Cependant, je tiens des deux personnes les mieux en situation d'être bien renseignées que les unions mixtes rencontrent encore des difficultés et que la réputation de cagot est toujours très-mal portée. C'est la plus sanglante injure qu'on puisse jeter à la tace de quelqu'un.

Je me suis fait désigner et j'ai visité sous un prétexte ou sous un autre les familles dont la descendance était le mieux établie ; j'ai pu voir les enfants à l'école au milieu de leurs camarades, et je suis heureux de témoigner que nulle part ailleurs petits campagnards n'ont répondu avec autant d'instruction et plus d'intelligence à des questions posées sur les différentes parties du programme des écoles primaires.

Tous les sujets examinés appartiennent au type béarnais le plus répandu et que je caractérise par une tête arrondie (par conséquent sans prolongation de l'occiput comme chez les Basques), des cheveux noirs ou châtains et des yeux de même couleur, un système pileux luxuriant même chez les femmes, qui ont quelquefois de la barbe, par des traits réguliers et une taile moyenne, un peu inférieure à celle des Basques, surtout moins dégagée (1).

(1) Tel est le Ivpe le plus généralement répandu , mais j'ai aussi noté dans la vallée d'Ossau un autre type franchement brachycéphale, a face large avec des pommettes parfois saillantes, une petite taille, une peau brune et une physionomie plus ou moins laide chez les femmes surtout.

Bien que les Béarnais soient généralement bruns ou châtains, les sujets blonds ne sont pas rares dans les hautes vallées d'Âspe, de Barétous et d'Ossau. J'estime qu'ils y comprennent près du quart de la population. En régie générale, dans le Béarn comme dans le pays basque, le teint des habitants est plus clair dans la mop.tagae que dins la plaine ; c'est dans le nord du département surtout k la frontière des Landes, que la population est plus brune.

La population du Béziat n'est pas malsaine, puisque même en donnant des consultations gratuites, partout fort appréciées, je n'ai noté qu'une famille manifestement entachée du vice scrofuleux. Quant à la conformation légendaire de l'oreille, je ne l'ai notée que chez quelques individus.

Les descendants des anciens parias ne se distingueraient moralement des autres habitants, au tlire de leur excellent curé, que par une plus grande susceptibilité et une certaine méfiance, qu'explique trop bien la longue succession d'avanies endurées par leurs pères. Autrefois , tous les cagots de cette localité étaient bûcherons ; ils sont aujourd'hui cultivateurs et petits propriétaires.

Si de Lurbe nous dirigeons notre route droit au sud, nous ne tarderons pas à nous engager dans la vallée d'Aspe par un étroit défilé au fond duquel le Gave roule ses flots tumultueux. Les rochers énormes, à peine entr'ouverts pour livrer un étroit passage à côté du torrent, ont reçu le nom de Pêne d'Escot. C'étaient les Thermopyles de la petite République pyrénéenne du moyen âge, sur lesquels les Béarnais ont toutes sortes de légende. Marca a cru y voir des traces du passage de César qui, suivant lui, aurait fait ouvrir à coups de pic le rocher qui barrait le passage à son armée.

Un duumvir romain y a consigné en caractères aujourd'hui rongés par la mousse et le temps qu'il a fait rétablir par deux fois la route de la vallée (1).

(1) Voici celte inscription telle qu'elle est donnée par Pjlassou dans ses Observations sur la vallée d'Aspe. Pau, chez Vignancour 18!58, in-S».

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