‹ Les Parias de France et d'EspagneChapitre 9 sur 22 · VIA M RESTITUIT · texte numérisé non relu

VIA M RESTITUIT

LA MIIIXIV

AMIGUS S. C.

Mais je dois dire que les archéologues n'ont pas tous lu de la même façon cette insciiption dont on a peine aujourd'hui à trouver la trace. Marca avait cru y voir le nom de César prohablement au dernier mot de la première ligne ; d'autres enfin (chose étrange) la rapportent tout simplement à l'un des plus anciens seigneurs-souverains de Béarn qui aurait fait ouvrir la roule.

Que de choses ne pourraient-ils pas nous dire encore ces rocs si fièrement campés en travers de la route, au devant du pont jeté sur le torrent écumeux et profond?.. Ils ont vu défiler les armées romaines, et successivement les hordes bigarrées des Vandales, des Visigoths, des Francs et des Sarrazins ; car toutes les invasions de France en Espagne ou d'Espagne en France ont passé en partie par là. C'était la grande voie romaine de communication entre l'Aquitaine et la Tarraconaise ; plus tard, le cami roumiu (chemin romain) des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.

Au sortir de cette gorge sauvage, le terrain s'élargit et le paysage prend un peu plus d'ampleur et de variété à Sarrance. Marguerite de Navarre y avait un ermitage auprès de l'abbaye de Prémontrés dont on voit encore la chapelle jadis féconde en miracles. Marguerite s'y recueillait pour composer les galantes nouvelles de VHeptaméron. Après un nouveau défilé, la vallée se dépjoie pour former le charmant et spacieux bassin de Bédous.

A Bedons lou bou biladge A Bedons cagots son touts ;

disait-on autrefois. Mais les temps ont bien changé. Carolle, l'ancien quartier des parias entre le bourg et l'abbaye de St-Jeande-Laxô, n'existe plus. — Le gave a balayé et purifié ce territoire maudit, en épanchant ses eaux dans la prairie et en emportant jusqu'aux pans de muraille de la vieille abbaye.

Un peu plus loin, voici Accous, patrie de Despourrins, le dernier des troubadours béarnais. Il est beaucoup moins connu dans son pays par ses tendres élégies que par sa « cahille » (cheville). Ainsi nomme-t-on la colonne commémorative élevée par la munificence des amateurs de langue romane, en France, sur le tertre ombragé de grands arbres où il aimait à venir chercher l'inspiration. C'est

en effet un site délicieux et poétique où l'oreille n'entend d'autre bruit que le murmure de la brise qui caresse les feuilles et le chant des oiseaux dans le bocage ; où l'œil embrasse d'un regard toute l'étendue du petit et charmant bassin de Bedous fermé de toutes parts par de hautes montagnes, du sein desquelles il se détache semblable à un grand parc anglais émaillé de chalets rustiques et arrosé d'eaux vives. Accous a encore son petit quartier des Chrestiaas sur le bord opposé du ruisseau qui l'arrose. Je n'oserais pas affirmer que la caste réprouvée s'y soit maintenue aussi bien que le nom. Le quartier peu séduisant, en raison de sa vétusté, n'est plus habité que par de pauvres gens dont quelques-uns sont malsains, mais dont la généalogie n'est pas certaine. Par contre, il est avéré que des familles plus aisées, dont ils ont peut-être pris la place, sont maintenant de l'autre côté de l'eau où ils ne serait ni aisé ni discret d'aller les chercher. Dans l'intérêt même de la vérité scientifique, il faut être réservé ici comme à Bedous, et laisser les uns et les autres laver leur linge sale en famille.

Lou patron d' Accous

De cagot lou tretabe,

Y Michel de Bedous

Garroufe lou damabe,

{Chansons de Navarrot.) C'cst-h-dire que les patrons d' Accous et de Bedous, St-Martin et St-Micbel, se renvoyaient les épithètes de cagot et de garrotté.

En croisant la grande route de la vallée, on peut s'engager à main droite dans un sentier abrupte tracé le long d'un véritable précipice au fond duquel on entend mugir, sans l'apercevoir, un torrent furieux. Mais après une ascension pénible à travers le fourré, on arrive étourdi par le bruit et baigné par le brouillard à une éclaircie d'où l'on voit avec saisissement une rivière se précipi-

ter d'un seul bond à plusieurs centaines de mètres de profondeur La nape d'eau rebondit sur la roche, bouillonne, écume, se disperse en des milliards degoutelettes irisées de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. C'est un spectacle majestueux ! Bientôt on traverse le ravin sur un pont branlant, établi juste au-dessus de la cascade et d'où l'œil découvre alors un panorama tout nouveau.

C'est la nape liquide qui décrit sa courbe gigantesque, disparait tout-à-coup dans un épais brouillard et reparaît au delà sous forme d'un ruban argenté décrivant mille sinuosités sur le tapis d'émeraude de la prairie.

Nous nous arrachons à ces merveilles de la nature pour suivre prosaïquement un sentier de chèvre qui nous conduit droit à Lescun. Ce village est perché comme un nid d'aigle sur un des contre-forts du pic d'Anie, au milieu d'un cirque de montagnes , de sorte qu'il se trouve placé comme au fond d'un entonnoir à 950™ de hauteur. C'est un cachot à ciel ouvert !

Le premier quartier qu'on rencontre, en contre-bas de l'éghse, est le Béziat. Voici la Iwun (fontaine) deons cagots qui suffirait à nous indiquer l'ancienne destination de ce quartier. Les maisons en sont misérables, parfois délabrées, leurs hôtes sont des pasteurs et des artisans. Quelques pauvres familles espagnoles sont venues combler les vides effectués par la mort ou par le progrès de l'aisance qui permit à d'anciens parias d'aller bâtir ou acheter dans le haut du bourg. Mais l'aspect de celui-ci n'est guère plus séduisant. Des maisons basses, aux murailles lépreuses, à peine éclairées par de petites fenêtres ogivales percées dans des murs d'un mètre d'épaisseur, entourent l'église; c'estl'ancien quartier des purs qui s'est agrandi par de nouvelles constructions à une époque relativement moderne. En somme l'aspect du village n'a probablement guère changé depuis l'époque où il était le théâtre de luttes opiniâtres entre les cagots et les purs. La tradition de ces

luttes se rattache h la légende des maisons en grosse maçonnerie qui entourent l'église et dont j'ai trouvé l'écho chez un vieillard de 79 ans, en pleine possession de ses facultés. Ce Nestor des cagots mordernes me disait en me montrant la maison surmontée d'une tour en ruine presqu'accolée à l'église et faite de blocs énormes parfaitement équarris : voici l'ancienne demeure du chef des « pillurs ! » — « Qu'était-ce que les pillurs ? — Des brigands qui habitaient toutes les maisons que vous voyez autour, — Et ceux qui vivaient au bas de la côte, au Béziat, qu'étaient-ils? — C'étaient nous, et les pillurs nous appelaient « louseagotz-»; venez à l'église. Vous voyez cette petite porte aux trois quarts murée, à côté du grand portail : c'était la nôtre ; et ce boyau à gauche de l'église était notre cimetière. J'ai connu le temps où l'on payait encore la faveur d'être enterré ailleurs ; à présent on n'enterre plus dans le couloir de gauche, en partie occupé par une chapelle nouvellement ajoutée à l'église. — D'où venaient les pillurs et les cagots dont vous me parlez? — Oh ! c'était en un temps où l'on se battait beaucoup , et les pillurs étaient venus d'Espagne se mettre chez nous ? — Que ne les chassiez- vous ? — Bah ! ils étaient les plus forts ».

J'ai cité ce colloque pour montrer l'incertitude des traditions, ici comme partout, et leur incohérence. Qu'est-ce que ces pillards qui se seraient établis de vive force à Lescun et y auraient formé souche? Aucun historien du Béarn n'en a fait mention. — Nous savons seulement que ce village était une des douze premières baronies du pays souverain de Béarn et qu'il fut possédé jusqu'au commencement du XIIP siècle par des seigneurs auxquels il prêtait son nom, comme Fontaner, baron de Lescun en 1234, dont parle Marca à la page 581 de son histoire. Il passa depuis en diverses maisons, entr'autres celle de Foix d'où

sortit Thomas de Foix, dit le maréchal de Lescun, qui fut tué à Pavie.

Faut-il voir, dans la tradition populaire, une réminiscence altérée de quelques exactions dont les cagots auraient été victimes sous le régime féodal des anciens barons de Lescun ? C'est ce qui semble le plus probable. Quoiqu'il en soit, leurs descendants se sont si bien émancipés et mêlés avec le reste de la population que c'est à peine si l'on trouverait aujourd'hui vingt familles de leur descendance pure sur une population de 1,200 âmes dont le 1/4 environ habite le Béziat. — La plupart des sujets sont bruns mais il y en a aussi de blonds, et l'on trouve quelquefois les uns et les autres mêlés dans la même fgmille. Ainsi dans celle de L. . , t, réputée de pure race cagote, le père, de qui je tiens la tradition ci-dessus rapportée, était évidemment blond autrefois, car il a les yeux d'un bleu d'azur et le teint très clair ; mais ses fils et ses filles sont bruns et tous de haute taille comme lui. L'un d'eux qui est sous-officier en retraite, et placé par son instruction bien au-dessus des sots préjugés qui pourraient l'atteindre, m'a confirmé les récits du père. Dans la famille C. . . e, le père et le fils sont grands, blonds, avec des yeux bieus et des oreilles qui ne laissent rien à désirer snrtout au point de vue de la grandeur ; ils ont le nez aquilin, le teint rouge et frais, la face longue, le crâne ovalaire. Cette famille est aujourd'hui une des plus aisées et des plus considérées de l'endroit.

Il ne faudrait pas croire que tous les sujets blonds fussent grands ; car tel n'est pas le cas pour la nombreuse famille de X. ancien conscrit de 1814, dont la taille figure sur sa feuille de congé pour un 1™ 625 et dont la sœur, les fils et les filles sont tous, comme lui, de taille moyenne. — Les traits du visage n'ont rien de constant, pas plus chez les bruns que chez les blonds, et ne présentent aucun caractère distinctif par rapport aux autres habi-

tants ; pas même la brièveté du lobule de l'oreille. Nous prierons le lecteur qui resterait encore indécis à l'égard de ce prétendu caractère spécifique de regarder autour de lui, en quelque province qu'il habite, et nous osons lui prédire qu'il y trouvera des oreilles courtes tout comme chez les cagots. Il y a une assez forte proportion de vieillards parmi les descendants des cagots de Lescun ; j'en ai déjà cité deux, mais j'ai vu aussi une femme de 94 ans, pas trop décrépite et sœur de l'ancien militaire dont il a été question.

A Arête et à Lannes, villages voisins d'Aramitz, dans la délicieuse vallée de Barétous, les cagots vivaient complètement séparés des autres, il n'y a pas plus de 40 ans. Aujourd'hui encore dans le deuxième de ces villages, ils sont enterrés au même rang que leurs pères. Les mariages mixtes sont fort rares à Lannes et Ton ne recevrait pas l'eau bénite à l'église de la main d'un cagot. Autrefois à Arête le bedeau la leur donnait au bout d'un bâton. La tradition formelle du pays est que ce sont des fils de ladres La croyance populaire n'est pas moins bien arrêtée à Borce, (vallée d'Aspe), où il y avait naguère une portion du village qui leur était spécialement affectée comme à Etsaut et ailleurs. Leurs pères passent pour avoir été couverts d'ulcères et rongés de vers. Le docteur Tarras, qui est de Borce, se rappelle le temps où le préjugé était encore dans toute sa force et où les alliances mixtes étaient tout- à-fait impraticables. Ceci dura jusqu'à ce qu'un nommé A, . ., qui était riche et père de plusieurs belles filles, trouva à les caser, en dehors de sa caste, avec des jeunes gens séduits par leur beauté ou par leurs écus. Lui-même fut nommé maire après 1830. et depuis cette double réhabilitation l'exemple a été suivi. — Au dire du même médecin, les cagots de Borce étaient bruns et avaient la peau onctueuse et luisante, comme il arrive assez souvent du reste chez les gens de cette complexion. — Mais je puis affirmer que

leurs descendants ne sont pas tous de même, car j'en connais de châtains-clairs et qui ne se distinguent ni par le teint, ni par la taille, ni par la forme arrondie de la tête des autres béarnais. L'un d'eux qui exerce une profession libérale n'a pu se marier à une fille qu'il aimait et dont il était payé de retour, à cause de l'opiniâtre préjugé du père de la jeune personne.

De ce que nous avons montré les cagots béarnais établis de préférence dans la vallée du Gave d'Oloron, nous ne voudrions point laisser croire que là fut uniquement leur séjour. Pau en était entouré. Il y en avait notoirement à Gelos, Bizanos et Jurançon, comme en témoignent des registres censiers de 1674 pour la première paroisse, de 1762 pour la deuxième et de 1704 pous la troisième. Lons, Morlàas en avaient également.

Nous savons par un registre terrier, dressé en 1676 par les commissaires royaux chargés de la confection de nouveaux rôles dans le ressort du Parlement, que cette ancienne capitale du Béarn comptait à cette époque sept maisons habitées por des « capots y (1). Il y avait auparavant une maladrerie hors la ville, sur les bords du ruisseau de l'U, de l'autre côté du pont qu'on connaît encore aujourd'hui sous le nom de pont des ladres, bien que cette désignation commence à tomber en désuétude. La chapelle et le cimetière où l'on enterrait les capots n'ont disparu qu'à la fin du siècle dernier. La trace des cagots est plus récente à Lons, village situé à 4 kilomètres de Pau, où se voient encore les restes de l'ancien hameau des réprouvés consistant en cinq ou six maisons délabrées dont deux seulement sont habitées. Ce hameau est situé à 1 kilomètre du bourg au haut de la côte deous cagotz et le sentier abrupt qui y mène s'appelle encore « camin deous cagotz. »

(4) SCnéchaussée de Morlàas, t. III, folio i48, Archives des Basses-Pyrénées.

Si du Béarn nous passons dans la Bif^orre, nous trouverons des traces nombreuses des anciennes communautés de cagots dans la poétique vallée d'Argelès et ses ramifications.

« En Terranère et Mailhoc Que soiin lous grands cagotz.

En Andurans et Canarie Qu'ey la gran cagoterie. »

J'eus la bonne fortune de rencontrer à Argelès un vieillard de 80 ans dont la mémoire était encore fraîche et qui me servit de cicérone en mes excursions. Cet homme était d'Aucun dont dépend précisément le hameau de Terranère, cité dans le couplet satyrique qui précède. A quelques kilomètres d'Argelès et sur la route des Eaux-Bonnes on s'engage dans le val d'Azun qui n'est qu'une ramification de la vallée d'Argelès.

Aux approches d'Aucun et à 8 kilomètres d'Argelès, on rencontre à main gauche un chemin vicinal dont l'entrée est marquée par deux grands peupliers placés dans un petie espace lozangique qui porte le nom de houssats deoûs cagots — fosses des Cagots. C'est leur ancien cimetière abandonné depuis un siècle. En continuant par ce chemin, vous franchissez un torrent appelé le Gave d'Azun et vous êtes dans un hameau dont les premières maisons sont délabrées et en partie abandonnées, mais qui en présente ensuite quelques-unes de plus confortables. C'est Terranère exclusivement occupé jadis par des charpentiers, aujourd'hui par des cultivateurs, sauf deux ou trois familles qui ont conservé le métier de leurs ancêtres. La population ne se compose d'ailleurs que de huit ménages qui ne sont pas tous sans croisement.

Je commence ma visite par la doyenne du village, « la mère des cagots, » comme dit mon cicérone, titre qu'elle ne mérite d'ailleurs que pour son âge, car c'est une vieille fille. J'admire en elle

les restes d'une beauté qui a survécu aux injures du temps ; des yeux bleus, un nez long et droit, un visage ovale, une peau bien blanche et une taille svelte, malgré ses 70 ans. Nous retrouvons ces mêmes caractères chez un voisin, presque du même âge, tandis que sa femme est une petite brune à l'œil fauve (n" 3 de Téchelle chromatique). Cette femme a le lobule de l'oreille petit, mince et complètement adhérent, tandis que son mari l'a normal et bien détaché. Cependant l'un et l'autre sont de purs cagots d'après mon cicérone qui les connaît depuis leur enfance. — Je rencontre une autre femme de même type dans une autre ménage. Bref, les types brun et blond se présentent ici en nombre àpeu près égal et avec leurs caractères distinctifs, le deuxième étant plus grand et plus fort que le premier.

Je n'ai noté aucune diathèse organique parmi ces gens, tandis que j'ai aperçu quelques goitres à Argelès et à St-Savin.

Ce village, célèbre par son ancienne abbaye et par le tombeau du saint à qui elle doit sa fondation, est situé dans une autre ramification de la grande vallée d' Argelès. Les villages de la Rivière de St-Savin formaient au moyen âge, sous la présidence de l'abbé, une petite république où les femmes avaient voix délibérative tout comme les hommes. C'était un gouvernement peu onéreux que celui de l'abbé : l'épaule droite de chaque sanglier tué dans la vallée, un quintal de truites du lac de Gaube et deux fromages par tète de berger formaient toute sa hste civile. Ajoutez-y seulement un bouquet offert à chaque grande procession par la plus jolie fille d'Argelez que le bon père payait d'un « haiser de paix ». N'a-t-il pas mérité que Bertin célébrât dans ses vers :

« Le bon dîner, la courte messe Du bon abbé de Saint-Savin » I

Pour si modeste que fut le tribut, ce seigneur modèle savait

défendre ses administrés; ce que ne font pas toujours des gouvernants beaucoup plus chers. A preuve la terrible vengeance qu'il tira des gens de la vallée d'Aspe qui, au XIV« siècle, se permettaient de butiner son territoire (1).

L'abbé de St-Savin n'était pas moins attentif à sauvegarder la santé de ses sujets que leurs propriétés. Aussi le voyons-nous défendre aux capots que l'efficacité des bains sulfureux de Cauterets contre les maladies de la peau attirait de loin, de se baigner avec ou avant les autres (2).

Les Cagots entendaient la messe à l'abbaye en se tenant à la porte de l'église où l'on voit encore la trace de leur bénitier à l'extérieur. C'est une petite excavation de forme semi-circulaire pratiquée dans le mur. — Il ne reste plus aujourd'hui à St-Savin que le souvenir de ces hommes, mais ils ont encore quelques descendants au hameau voisin de Mailhoc, composé de cinq maisons dont une est déserte depuis une' vingtaine d'années. Le site charmant de ce hameau lui mériterait plus de faveur : il est ombragé

(1) Voyez dans Lous priviledges franquesses et libertats... de la montaigne et val d'Aspe, page Al, comment finit cette affaire merveilleuse que nous ne racontons point parce qu'elle est étrangère k notre sujet, — Le document est du l^r juin 1348. (Imprimé à Pau chez Jérôme Dupoux M.DC.XGIV.)

(2) L'an mil six cent quarante sept et le 9^ jour de May a la requête du Révérend Père Don Hugues Calmet religieux réformé, vicaire général au monastère de St-Savin, ordre de St-Benoît, en Lavedan, les consuls du dit lieu de St-Savin, sur les plaintes qui ont été faites audit R. P. vicaire général, que différentes sortes de capots ou gézitains se rendent aux bains de Cautères dans la catane appelée des Capots et se sont licenciés de se dire maîtres au Petit bain et de s'y baigner quand bon leur semble, croyant y avoir quelque droit, ce qui n'est pas, et qui ne leur est permis que par pure charité ; lesdits consuls, pour mettre ordre aux abus et aux mauvais déportements des Capots, de quel pays et canton que ce soit, ont ordonné que d'ors en avant lesdits capots ne se baigneront au petit bain du bas du dit Cautères, de nuit ou de jour, qu'après que les autres se seront baignés, à peine d'un petit écu pour chaque fois qu'ils contreviendront, la moitié au profit du dit vicaire général et l'autre moitié des consuls de la dite rivière de St-Savin, etc.... [Arch. des B. Pyrénées. Clergé régulier H. 68.)

de grands arbres et entouré de gras pâturages ; les montagnes qui l'encadrent sont à pente douce et couvertes de cultures jusqu'à une grande hauteur. Il possédait avant la Révolution une petite chapelle à l'usage de ses habitants, tous cagots. J'y ai visité la famille d'un tisserand, composée de l'homrne et de la femme, âgés d'une soixantaine d'années, et de leurs fils. Ce sont des sujets au teint clairet aux yeux bleus, de taille moyenne et de traits réguliers, comme on en voit beaucoup en Bigorre, particulièrement dans la vallée d'Aure.

Argelès avait autrefois un quartier de cagots situé sur la hauteur qui domine l'église et la ville, et oii se trouve aujourd'hui l'hôpital. C'est Canarie dont parle la chanson, mais où l'on ne trouve plus que de pauvres gens venus de tous côtés. — Quant à Andurayis^ ce n'est plus qu'une grande ferme appartenant à un propriétaire d' Argelès.

Nous n'avons pas visité les cacous bretons, mais le docteur Mauricet fils, de Vannes, dans une note qu'il a bien voulu remettre à M. Rozenzweig à notre intention, donne sur eux les quelques renseignements que voici : <i Les cacous s'allient entr'eux ; ils habitent des faubourgs presque toujours appelés Madeleine ; le plus souvent ils sont cordiers de profession, vivant seuls, séparés des habitants, mal vus. Ils ont un caractère méfiant et taciturne. Encore à présent on dirait qu'ils s'étonnent qu'on pénètre dans leur domicile, et leurs yeux fiKes, presque sauvages, ne vous quittent plus de regard. Leurs habitations sont malsaines, leur alimentation insuffisante, leurs mariages consanguins : autant de causes étiologiques pouvant expliquer la diathèse scrofuleuse et souvent scorbutique qu'ils présentent. Ils sont sujets à des affections cutanées dans la paume des mains, de la nature du lichen agrius et dues, je crois, à leur profession. Un grand nombre

m'ont semblé, autant qu'on en peut juger sans prendre de me-

sures, avoir l;i lête ronde, presque brachycéphale » (1). Ce dernier caractère est celui des Bretons en général (2).

Il est temps de tirer des conclusions de cette longue revue ■ anthropologique. Nous dirons donc : Si les cagots basques sont basques; les cagots béarnais, béarnais; et les cagots bretons, bretons par leurs caractères physiologiques; alors ils ne forment et n'ont jamais formé une race, mais une caste.

La linguistique vient à l'appui de cette conclusion , puisque les parias dont nous avons tracé l'histoire, en quelque province de France et d'Espagne qu'ils habitent, n'ont aucun idiome particulier, mais parlent la langue de leurs voisins. Il semble, dit un philologue de profession, M. W. Webster, que ni Cordier ni Francisque Michel n'ont pris en considération qu'il n'existe aucune trace d'une langue particulière aux cagots. On ne note pas même la moindre différence de prononciation dans l'idiome de la population ambiante qui est aussi le leur. Ce serait une circonstance bien remarquable qu'une race étrangère, isolée de la population ambiante par les barrières d'une proscription sévère, ait si totalement oublié la langue de ses ancêtres qu'il n'en reste pas la moindre trace ni dans son langage habituel ni dans les documents les plus anciens et qu'elle ait appris la langue de ses voisins de manière à la parler aussi bien qu'eux, même chez les Basques, dont la langue est si totalement différente de toute autre langue européenne » (3).

Avant de terminer ce chapitre, nous croyons devoir signaler un autre résultat de notre enquête physiologique, résultat d'une

(1) Lettre datée de Vannes, le 19 février 1876.

(2) Sur la classification et la nomenclature craniologiques diaprés les indices céphaliques^ par M. Paul Broca, in Revue d'Anthropologie, T. l*', P. 385, an. 1872.

(5) Quelques Observations sur les Cagot$, par W. Webster, in Bullet. de la Société Ramon. 1867, 2« livraison, P. S9.

haute importance au point de vue social : c'est que les mariages consanguins n'ont pas eu ici les effets pernicieux qu'on leur a attribués d'une façon beaucoup trop absolue (1).

Les parias du midi comme ceux de l'ouest se sont mariés à tous les degrés de parentage, sauf ceux qui constituent l'inceste, depuis le XIII" siècle jusqu'à nos jours, au point quelescagots comme les cacous se traitaient entr'eux de cousins. Notre siècle a vu les premières exceptions à cette règle, laps de temps toutà-fait insuffisant, croyons-nous, pour que l'infusion d'un sang étranger ait pu retremper toute une population si elle avait été abâtardie par six siècles d'alliances consanguines. — Nous n'insisterons pas davantage sur une question incidente dans le sujet que nous traitons, mais tant de fois agitée contradictoirement que nous ne pouvions nous dispenser d'indiquer au moins les résultats d'une expérience séculaire au milieu d'une population nombreuse et vivant d'ailleurs dans des conditions très-diverses. Là où les conditions hygiéniques sont restées mauvaises, la race est abâtardie, et partout où elles sont bonnes, nous trouvons une population saine et robuste, quelle que soit d'ailleurs, dans l'un et l'autre cas, la nature des alliances qui perpétuent les familles.

(1) Cf. Boudin, médecin en chef de l'hôpital St-Martin. « Du croisement des races et des espèces. Ch l""". Nécessité du croisement des familles » iii Mémoires delà Société d'Anthropolog. T. !*•'.— Francis Devay. Traité spécial d'hygiène des familles. 2' édit., p. 276, Paris 1838.

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