‹ Les Parisiens chez euxChapitre 13 sur 22 · J. BARBEY D'AUREVILLY · texte numérisé non relu

J. BARBEY D'AUREVILLY

Vous souvenez-vous, ôvieux gentilhomme deleltres, vous souvenez-vous du i)etit garçon blond et timide, plus timide encore que blond, qui, par une belle journée d'avril frappait à votre porte et vous surprenait... dans votre sieste sans doute — je ne sais, votre costume et votre attitude bizarres sont restés entourés du plus profond mystère pour moi qui vous voyais pour la première fois ce jour-là. J'avais franctii désespérément des kilomètres pour arriver au vieux quartier qui vous abrite, et je venais vous soumettre un péché de jeunesse que j'ai sincèiement expié depuis. Mais vous dormiez, hélas ! J'ai comme une vague souvenance d'une chemise blanche à dentelles, d'une calotte rouge avec des cheveux noirs autour, de deux yeux surtout, de deux yeux aux lueurs éteintes, presque farouches, et qui semblaient nager dans des brouillards lointains, terriblement étrangers à tout ce que je sentais en moi d'humain et de familier. Vous ne pouviez \ ous expliquer ma présence dans votre chambre, cela se voyait. Moi,

abasourdi, je n'osai lever les yeux, à cause des dentelles et de la calotte rouge. Je me suis heurté contre une table couverte de yjapiers et de fioles d'encres de couleurs diverses. J'ai failli renverser les fioles et inonder les papiers. J'ai dit deux ou trois choses qui n'avaient aucun rapport avec l'objet de ma visite. Puis tout à coup j'ai eu une peur horrible, les murs tournaient autour de moi, j'ai jeté mon péché sur une table, je cours encore. Vous avez dû être satisfait, ô gentilhomme 1

Mon péché trouva-t-il quelque indulgence à vos yeux? En avez-vous dit quelques mots dans le journal où vous teniez alors le sceptre de la critique ? Je ne m'en suis pas informé, je n'ai pas voulu le savoir, désireux avant tout d'oublier à jamais l'affreux souvenir de cette journée.

Cette confession faite, il va de soi que je n'ai presque rien à dire sur M. Barbey d'Aurevilly. Longtemps après l'événement mémorable dont je viens de parler, on me montra, un soir de première, à l'Odéon, un cavalier superbe, aux cheveux exactement tels que je me figurais les fameuses tignasses de 1830, au chapeau à la Bolivar incliné sur l'oreille ; à la redingote pincée à la taille et juponnant dans le bas, au pantalon clair collant et à sous-pieds. Sa main droite, gantée de gris perle, s'appuyait sur un jong antique, tandis que

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