‹ Les Parisiens chez euxChapitre 18 sur 22 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

ployés, des acheteurs et des auteurs. Les ({tiatre murs sont capitonnés de volumes montrant du haut en bas leurs dos symétriquement alignés. L'espace restreint compris entre ces quatre murs est encombré de piles de livres échouées dans tous les coins, d'un comptoir servant d'étalag-e intérieur, de deux comptoirs plus petits, affectés à des usages divers, d'une cage d'escalier en colimaçon, communiquant avec l'entresol et d'une chaise ou deux, le tout disposé de façon à rendre la circulation aussi difficile que possible et à ne pas permettre de passer deux de front nulle part.

Par quel prodige douze personnes, et plus, arriventelles chaque soir, à se caser dans les interstices ménagés entre les comptoirs, les murs et l'escalier, c'est ce que je ne me charge pas d'expliciuer. Je m'y suis si souvent trouvé moi-môme en bonne et nombreuse compagnie que la simple constatation du fait me suffit. Une ou deux chaises seulement, ai-je dit, et je suis même certain que M. Sau\aître les considère comme un ornement superflu, attendu qu'assis on tient plus de place que debout, et quo, si on voulait se mêler d'offrir des chaises à tout le monde, il n'y aurait plus de place pour s'asseoir.

Dans de telles conditions et de tels milieux, les tempéraments les mieux équilibrés deviendraient certes mélancoliques, et la littérature contemporaine se serait dès longtemps ressentie dos mornes heures d'anti-

chambre imposées aux auteurs édiles par j\I. Denlu, n'était le kaléidoscope de la galerie, par delà les vitrines, et tout le train d'une grande promenade parisienne qui passe à niveau du fameux rez-de-chaussée. Sous ce rapport, la librairie jouit du même avantage qu'une terrasse de boulevard, la galerie offrant le coupd'œil toujours pittoresque, animé, infiniment varié, du plus fréquenté de nos trottoirs.

Car en dépit de la disparition des anciennes galeries de bois et des maisons des jeux, tous les dessus etles dessous de la capitale tiennent encore comme en raccourci dans ce coin du Palais-Royal, dont la physiologie est bien connue des Parisiens.

Il faut ajouter que le trop-plein de la librairie Dentu fournit chaque soir son contingent à la masse flottante des promeneurs du dehors. L'effrayant steeplé-chase d'auteiu"s que déterminent quotidiennement les heures d'audience de M. Dentu, m'a conduit aune hypothèse fantastique dont j'entrevois nettement la solution, chaque fois que, trouvant le petit local bondé comme un intérieur d'omnibus, je me vois réduit à rester sur la plate-forme, je veux dire dans la galerie.

xle suppose que, pour une raison ou pour une autre, M. Dentu ne puisse paraître à son bureau pendant plusieurs semaines, et que le contingent de personnes qu'il devait recevoir quotidiennement se reporte de lendemain en lendemain jusqu'au jour fixé pour sa

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