‹ Les Parisiens chez euxChapitre 4 sur 22 · MONTMARTRE · texte numérisé non relu

MONTMARTRE

les jeunes do Montimirtre, j'en suis cerlain, savent tout cela aussi bien que moi.

Ils n'ignorent pas qu'aujourd'hui on n'entre plus dans la vie par groupes, lig'ués contre ceux qu'on tente de subjuguer, qu'au moderne struggle for life les plus vieilles amitiés se déchirent, les cœurs les mieux faits pour se comprendre se séparent, les mains les plus Iraternelles se désenlacent, et qu'on ne tarde pas à se trouver seul, face à face avec sa miséra])le individualité.

El qu'alors il est bon de ne pas avoir gaspillé dans les cabarets toutes ses illusions, tous ses enthousiasmes et même toutes ses haines, si on ne veut pas (jue cette individualité personnitie, traits pour traits, une figure moderne, plus sombre encore que l'égoïsme, une figure du néant : l'Indifférence, source de toutes les médiocrités.

Rien ne m'empêcherait de m'arrôter ici si je ne tenais, à propos des Jeunes de Montmartre , à faire une distinction absolument nécessaire. Parmi les nombreux cabarets où ils se réunissent, il en est un qui mérite de n'être pas confondu avec les autres, c'est la brasserie du Chat noir — devenue, sous le patronage du peintre Rodolphe Salis, un des derniers refuges des vrais artistes et des vrais littérateurs de la colline Montmartre. C'est là un coin de Paris vraiment curieux.

122 LES P.ViilSlENS CHEZ VAX

L'élément bohème y est représenté • tout comme ailleurs, mais les vrais talents — de toute espèce, de toutes nuances, y éclipsent les non-valeurs. Emile- Goudeau, Maurice Rollinat, Dubut de la Forêt, le dessinateur Uzès, Deschaumes, etc., autant de noms qui marchent fièrement à la conquête de Paris, et qui feraient volontiers oublier les nombreux Don Quichotte littéraires ou artistiques gravitant autour d'eux et cherchant quotidiennement querelle aux ailes du moulin de la Galette.

Maurice Rollinat mériterait même ici un article spécial. Mais depuis que Sarah Bernhardt lui a mis au front un peu des flammes de son auréole d'artiste, depuis qu'Albert Wolff et tous les chroniqueurs à sa suite ont apporté chacun leur pierre à son piédestal, — un piédestal bâclé en huit jours — Rollinat est archiconnu. Et je suis certain qu'à l'époque où paraîtra ce livre, son volume annoncé, les Névroses, l'aura définitivement imposé au public.

Vous souvenez-vous, Rollinat, des fameux mercredis qui nous réunissaient boulevard Saint-Germain,, avec la fine fleur des Hydropalhes, chez Marie Krysinska, cette virtuose endiablée, Polonaise dans l'âme et artiste jusqu'au bout des ongles, qui avait voué un culte à Miirger et à Chopin, à Beethoven et à Henri Heine ?...

En voilà une qui aimait vos vers et votre musi-

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