‹ Les Parisiens de ParisChapitre 11 sur 28 · ÉMILE ADAN IO · texte numérisé non relu

ÉMILE ADAN IO

fresques de Pompéi et d'Herculanum, il en fit en aquarelle des reproductions qu'aujourd'hui encore il revoit avec plaisir. Lorsqu'il exposa ces souvenirs des villes disparues, les membres du jury estimèrent g*ravemerit que c'était là l'œuvre d'un jeune architecte et, à son grand étonnement, il fut classé dans la section d'architecture. Pendant long*temps, ses toiles furent des copies de monuments antiques où se mouvaient quelques personnag^es. Puis il changea de genre, et, tout en utilisant les documents qu'il avait recueillis, il ne s'en servit plus que comme accessoires. Il donna ainsi nombre de délicates compositions : Une vente sous le Directoire^ qui lui valut, en 1875, une troisième médaille, le Maître de chapelle^ la Partie du grand- 'père.

Telle paraissait devoir être la note définitive d'Adan, lorsqu'on 1882 il exposa son Soir d'automne. La composition avait cédé la place à l'interprétation fidèle de la nature. L'artiste avait vu cette femme isolée, accoudée sur la terrasse aux arbres antiques, et avait rendu tout ce que cette scène offrait de séduisant.

Une seconde médaille récompensa l'heureux auteur, qui fut mis hors concours.

Dès lors, Adan avait trouvé sa voie; en 18835 il donnait la Fille du passeur, cette toile si vraie de coloration et de dessin, qui a trouvé, au Luxembourg, tant d'admirateurs; en \^'^^^V Abandonnée ; 1885, la Fin de la journée. Sans relâche, les œuvres se

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succèdent : cette vieille femme et Tenfant qui vont à rég-lise pleurer et prier , c'est VAnniversai7^e; cette forêt aux arbres énormes d'où, le soir venu, les femmes, courbées sous le faix, rapportent des charg-es de bois plus g-rosses qu'elles, ce sont les Fagots; cette paysanne qui va, au crépuscule, cbercher de l'eau à la fontaine, c'est le Soir d'été. Citons encore les Brûleuses d'herbes, une des plus ravissantes toiles du peintre.

De telles œuvres appelaient le succès. En 1889, Emile Adan obtenait une médaille d'or à l'Exposition universelle; presque toutes les expositions étrangères auxquelles il prenait part lui valaient des récompenses; et à la suite de celle de Moscou, en 1892, il recevait du ministère des beaux-arts la décoration de la Lég*ion d'honneur, aux applaudissements de ses nombreux amis.

Notre peintre est un travailleur infatig-able; depuis 1864, il expose régulièrement au Salon des Champs-Elysées. L'éditeur Jouaust lui a confié l'illustration des Fables de La Fontaine et de Florian, des Filles de feu de Gérard de Nerval, de Gertrude, deTheuriet; pour Lemerre, il a composé les dessins des poésies de Ch. Read; l'an dernier, il illustrait TJn cœur simple, de Flaubert.

Dans toutes ces œuvres, il apportait cette science de la composition, cette patience dans Tobservation, cette note fine et distinguée qui est la dominante de ses productions.

Mais cela ne suffisait pas encore à son activité^

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et, depuis douze ans, il expose aux aquarellistes. L'aquarelle, qu'il exécute fort bien, est pour lui un ag-réable passe-temps, et les cartons de son atelier sont remplis de ses études.

Est-il nécessaire d'ajouter qu'Adan est Parisien dans l'âme? Né à Paris, il y demeure 75, rue de Courcelles; il fait partie de la Société des Parisiens de Paris et, plus heureux que beaucoup de ses pays, il a une de ses toiles au Luxembourg*. Ce n'est pas, d'ailleurs, le seul musée où l'on puisse trouver un de ses tableaux. On yoit de lui, à Rouen, des Moines dominicains, dans l'égalise de Saint-Clément; aux musées de Saint-Étienne et de Pau, des toiles de sa seconde manière; et au musée de Mulhouse, son Soir d'été. Mais la g'rande majorité de ses œuvres s'en est allée en Belg-ique, en Ang-leterre, au Brésil et surtout aux États-Unis, Les Américains ont fini par comprendre combien ils étaient arriérés sous le rapport artistique. Par vanité de millionnaires d'abord, par esprit d'initiative ensuite, ils ont voulu acquérir le g-oût qui leur manquait. Ils ont alors envoyé leurs élèves étudier en France et ont acheté pour des collections particulières ou pour leurs musées les meilleures toiles de nos maîtres, apportant ainsi un juste tribut d'hommage à l'art français. C'est heureux pour les peintres, mais il est regrettable que des œuvres, dignes de figurer dans notre patrimoine national, passent ainsi en masse à l'étranger. Je souhaite fort que la fameuse caisse des musées, dont on

parle tant, soit enfin créée un jour ou l'autre pour remédier à ce mal, et que la Fille du 'passeur ait son pendant au Luxembourg-, devenu le musée des peintres parisiens.

Et pendant que sur un coin de table j'écris ces lignes, la mer en furie se brise sur la côte avec un bruit terrible. Elle envoie dans les airs des flocons d'écume et la vieille falaise tremble par moment sous la poussée des flots. D'énormes nuages gris courent au ciel avec une rapidité inouïe, et le vent siffle furieusement, balayant tout sur son passage : c'est la tempête.

Tréport, 3 janvier 1895.

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