‹ Les Parisiens de ParisChapitre 14 sur 28 · JULIEN DUPRÉ I · texte numérisé non relu

JULIEN DUPRÉ I

au Salon des Champs-Elysées. Mentionné en 1879, médaillé en 1880, puis en 1881, il obtenait à l'Exposition universelle de 1889 une médaille d'arg-ent avec la Récolte des foins, et était nommé chevalier de la Lég-ion d'honneur en 1892.

Entre temps, il a épousé la fille du peintre Langée, et a aujourd'hui trois grands enfants, deux filles et un garçon.

De 1872 à 1875, Julien Dupré suivit les leçons de peinture de M. Laporte, professeur aux cours du soir institués par la ville de Paris et obtint la médaille accordée par la Ville au lauréat de peinture et de dessin; mais voyez la chose bizarre : cet élève, un des plus brillants qu'aient produits et que produiront jamais ces cours du soir, n'a pas encore reçu de la Ville la moindre commande. Ah! comme les choses se passeraient autrement si l'artiste, au lieu de naître dans la capitale, avait vu le jour à Carpentras ou à Toulouse! Il n'est faveur dont l'accablerait sa ville natale; on ferait tout pour le mettre en relief; mais Dupré est Parisien, cela suffit à nos édiles, il est jugé et condamné.

Soyez tranquilles, ce n'est pas dans une des salles de l'Hôtel de Ville que vous verrez un jour ces belles vaches qui vont dans une rue de village, tirées par une gamine et poussées par cette femme qui les fustige de sa houssine. Le Salon terminé, elles s'en iront à l'étranger, avec cette superbe gouache et cette belle étude qui les accompagneront aux Champs-Elysées.

Ai-je besoin de dire, en terminant, que Dupré est un bon et brave homme? Il m'a rappelé le mot du rossig-nol de la ravissante fantaisie de Daudet :

Quand le peintre s'installe devant sa toile au milieu de ces prairies et de ces buissons qu'il adore, tout le petit monde ailé voltig*e autour de lui et s'arrête d'abord de chanter.

— C'est un artiste ! dit la fauvette.

— Est-ce méchant? demandent les violettes. Le vieux rossig-nol répond :« Pas du tout! » et, sur cette assurance, les oiseaux se remettent à gazouiller, les sources à courir, les violettes à embaumer, commxe si le monsieur n'était pas là.

Je suis ^ùr que Dupré va relire le Sous-préfet aux champs.

17 mars 1895.

MARCEL BASGHET

JE me trouvais un jour au tribunal de la Seine ce sanctuaire où la magistrature assise se donne le plaisir de faire tenir debout les pauvres diables qui tombent sous sa coupe. A l'appel des causes, un plaideur, que je connaissais quelque peu, s'avança jusqu'à la tring-le pompeusement décorée du nom de barre, et demanda au président la permission de défendre lui-même ses intérêts. Il le fit avec habileté et montra de la chicane une connaissance qui ne laissa pas d'étonner quelque peu ses adversaires. Comme je le félicitais, à la sortie, de sa science juridique :

« Que voulez-vous, me dit-il, bon chien chasse de race. Ma mère était Normande, et j'ai beau avoir vu le jour dans la capitale, plaider est pour moi un plaisir divin ! »

Nous rencontrons chez Baschet le phénomène inverse. Par suite d un déplacement de ses parents en villég-iature, il est né en 1862, à Gag-ny (Seineet-Oise), où sa famille possède une propriété. Mais il est Parisien de mœurs, d'habitudes, d'allures ; il

liabite la ca])itale pendant la plus grande partie de Tannée, et c'est à peine si sa tache originelle de Seine-et-Oisien Ta empêché de faire partie des Parisiens de Paris, société dont son père est membre, d'ailleurs.

Marcel Baschet appartient à une famille d'artistes. Son père, M. Ludovic Baschet, s'occupait de peinture depuis longtemps; ses envois au Salon avaient même attiré sur lui l'attention des connaisseurs lorsque le nombre des enfants augmentant €t la guerre de 1870 ayant diminué les ressources et ruiné les espérances du peintre, il abandonna ses pinceaux et se lança, en 1872, dans la librairie. La maison Baschet est trop célèbre par ses publications artistiques pour qu'il soit besoin de faire remarquer que celui qui la dirige, en réussissant dans cette industrie nouvelle, n'a rien perdu de ^es habitudes et de ses aspirations premières.

Vivant au milieu des artistes, Marcel Baschet ^'intéressa très jeune à la peinture ; il enlumina d'abord consciencieusement tous les bouts de toile mis à sa portée, puis entra à l'atelier Julian où il eut pour maîtres Jules Lefebvre et Boulanger. En 1883, il enlevait le grand prix de Eome avec ce sujet : Œdipe maudissant Polynice.

Tous ceux qui ont visité à Rome notre école française en ont rapporté une impression très vive.

« Élevée sur la colline des Jardins, d'où elle domine la ville et les campagnes, la villa Médicis,

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