‹ Les Parisiens de ParisChapitre 15 sur 28 · MARCEL BASCHET T · texte numérisé non relu

MARCEL BASCHET T

que de toute part on découvre, est caractérisée par les deux pavillons élancés qui la surmontent et qui se dressent parmi les arbres, épaulant une façade larg-e et claire. Du côté extérieur qui reg-arde Rome, le bâtiment est d'un aspect froid; des fenêtres assez simples et fort espacées^ une porte très haute qui a un balcon pour couronnement : telle est la placide ordonnance adoptée en 1540 par Annibal Lippi, lorsqu'il érigea ce palais pour le cardinal de Montepulciano, Cette sobriété a été bien entendue, surtout si, dès cette époque, on avait l'intention de faire de la façade opposée un joyau d'architecture, enrichi, en guise d'émaux et de pierres fines, d'une collection de bas-reliefs en marbre, débris précieux de la sculpture antique. Ce côté du palais, avec son portique porté sur des colonnes splendides et g-ardé par des lions, cette façade, d'une somptueuse fantaisie, contraste vivement avec l'autre dont le dessin a été, sans preuve aucune, attribué à Michel-Ange. »

M. Francis Wey, qui décrit si bien l'aspect extérieur de l'école, fait une peinture non moins heureuse de l'intérieur :

« Ce sont en général des taudis que les chambres, que les ateliers de nos pensionnaires dans ce magnifique palais, dont les murailles forment presque un musée. Les cloisons sont lézardées, les murs infiltrés, les poêles fument et sont en désarroi ; tout m'a semblé mal tenu, sale, détérioré ; les serrures ferment à peine des portes branlantes. »

Pourquoi n'emprunterais-je pas au même auteur la note philosophique?

« La France, dit-il, se procure à bon marché rhonneur de décerner à Télite de nos artistes un si glorieux couronnement de leurs études : nos pensionnaires de la villa Médicis reçoivent de l'État deux cent dix francs par mois. Ils ont à prélever là-dessus leur nourriture, soixante-quinze francs par mois ; il faut qu'en outre ils achètent leur vin et qu'ils donnent la bonne-main aux serviteurs ; cette pension alimentaire oblig-atoire absorbe environ douze cents francs II leur reste donc à peu près treize cents livres pour se vêtir, se chauffer, s'éclairer, s'approvisionner de toiles et de couleurs, pour payer des modèles et... pour voyag'er. Tel est le sort des lauréats de la peinture, de la sculpture, de la g-ravure et de la composition musicale. »

Comme tout ici-bas, l'école de Rome a eu ses détracteurs, et l'on a souvent critiqué l'instruction artistique qu'y recevaient les pensionnaires. Il est possible que certaines des réclamations formulées contre cette institution soient fondées, mais je me demande ce que deviendrait le grand art chez nous si l'on supprimait Técole de Rome, ainsi que la proposition en a déjà été faite. Les meilleurs de nos jeunes artistes y développent leurs talents à la source du beau. Pendant quatre ans à l'époque oii les influences extérieures ont le plus d'action sur l'avenir d'un homme, ils vivent écartés du monde,

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