MARCEL BASCHET I5I
de ses plaisirs, de ses soucis, s'adonnant à Tétude de leur art sans song-er aux exig-ences du lendemain.
D'ailleurs, ainsi que tout autre sentiment, celui du beau se développe au contact des belles œuvres; Tœil se fait aux lig-nes si g-racieuses de Raphaël ou si puissantes de Michel-Ang-e. L'esprit s'imprègne de l'exquise simplicité de composition et de coloris qui est la note dominante des maîtres, et le peintre qui, durant son séjour à Rome, a copié les admirables toiles de ses illustres devanciers ou s'en est habilement inspiré pour ses propres tableaux, s'est formé le g'oût et a appris son métier. Ses productions n'ont rien perdu de la fougue de la jeunesse, mais on y sent l'horreur, bien justifiée d'ailleurs, de ces insanités qui font la joie de certaines écoles.
C'était aussi l'avis d'un maître qui a eu sur notre école française une puissante influence. Répondant à cette critique que « la résidence des pensionnaires à Rome est trop prolongée, et que le lieu du séjour des jeunes artistes doit varier selon le caractère de leur talent », Ingres, avec sa grande autorité, écrivait dans un rapport au ministre des Beaux- Arts d'alors :
« Je combats cette opinion : Rome réunit tous les caractères possibles et représente l'art dans toute son apogée ; son ciel, la beauté de ses sites, son climat même, tout y est riche de poésie ! Je voudrais donc que les pensionnaires y fussent comme attachés.
« D'ailleurs, dans le cours de leur séjour, ils font, avec Tagrément du directeur, des voyages de quelques mois en Toscane, à Venise et autres lieux ; mais leurs œuvres obligatoires sont à l'Académie de Eome.
« Et puis tous les musées de TEurope ne sont-ils pas représentés à Rome dans les nombreuses galeries des princes romains, et les seules peintures du Vatican par Raphaël et Michel-Ange ne sontelles pas le sublime apogée de l'art?
« Tout ce que cette ville éternelle renferme de richesses et de monuments d'architecture en font comme le vestibule de la Grèce, pour ainsi dire.
« Les pensionnaires n'ont donc pas trop de cinq années à Rome. »
Élevé à ces saines traditions du passé, Baschet ne pouvait que se perfectionner. Travailleur consciencieux, il fit chaque année les envois que l'Académie exige de ses pensionnaires. Le dernier d'entre eux figure au Théâtre d'Application.
Revenu de Rome en 1888, Baschet expose en ]889 le portrait de sa grand'mère. Il obtient une seconde médaille, est mis hors concours, et le tableau entre au musée Decaen à l'Institut; musée trop peu connu, soit dit en passant, où figurent nombre d'œuvres remarquables d'artistes généreusement pensionnés par M"^® Decaen.
Depuis lors, il envoie régulièrement chaque année au Salon des Champs-Elysées ; c'est le portrait de M. Merville, président à la cour de cassation;