FRÉDÉRIC RÉGAMEY
MESSIEURS, le peintre des escrimeurs, des lames yaillantes et des nobles cœurs; saluez!
Eég-amey était tout désig*né pour cet honneur. En 1870, nous le trouvons comme fourrier dans la lég-ion des Amis de la France, un bataillon de mobilisés étrangers qui prit vaillamment part à la série des combats sous Paris. Bien que né dans la capitale, notre peintre était, en effet, fils de Suisses, et il ne se fit naturaliser qu'après la campagne.
De cette époque l'artiste conserve une série de dessins exécutés dans la tranchée par un froid terrible, la veille des batailles du Bourget et de Champigny . Outre leur valeur artistique, ces œuvres témoignent d'une singulière tranquillité d'esprit et méritent, à ce double point de vue, d'être signalées.
La guerre terminée, Régamey, resté à Paris, recueille des documents sur la Commune. On remarque dans son atelier un fusain représentant une barricade élevée rue de Rennes, à l'angle de
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la rue du Vieux-Colombier. Une pièce vient de tirer et, tandis que le canon, dans son recul, sort de son embrasure, des hommes, g-rimpés sur les tas de pavés, g-esticulent en hurlant. Tous les personnag-es sont vivants, et Ton sent que c'est là un dessin fait sur place.
Ce qui donne aux compositions de Rég-amey une saveur toute particulière, c'est qu'étant très versé dans le maniement de Tépée, il peint ses escrimeurs sans les faire poser; il regarde les g-estes, les retient, et campe ses personnag^es presque de mémoire. Tout rintérêt réside ici dans le mouvement, et si Ton fait poser son modèle on le fîg'e fatalement,
Rég*amey n'est pas arrivé du premier coup à la spécialité qui Ta rendu célèbre, ainsi que le démontre cette brève histoire de sa vie.
Son père était dessinateur lithog-raphe à l'époque où cet art commençait à peine à être appliqué en France, et il fonda à Paris un atelier de chromolithog-raphie. On y faisait du métier dans toiite son horreur, dit l'artiste. Eégamey entra avec ses deux frères à Técole de dessin de la rue de l'Ecole de Médecine, où M. Lecoq de Boisbeaudran avait réuni un petit noyau d'élèves dont quelques-uns sont devenus célèbres; comme Cazin, Lhermitte, Alphonse Leg-ros, Fantin, Georg*es Bellang-é, etc.
La guerre survint, et Régamey prit le fusil. La campagne terminée, il rentra à l'atelier paternel. Dans la journée, il s'occupait de lithographie, mais
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durant ses matinées et ses soirées, il fat tour à tour illustrateur, journaliste, dessinateur, paysag-iste; il fit du plein air et essaya de la g-ravure sur bois. De toutes ces tentatives, il a conservé des qualités très diverses et tine souplesse de talent qui permettent d'aflarmer que son dernier mot est loin d'être dit.
Sans cesse attiré par les exercices du corps, il fut tout naturellement amené à s'occuper plus spécialement de scènes d'escrime et de sport. Cela lui valut de faire la connaissance de Vig-eant, un maître d'armes doublé d'un artiste et d'un lettré, qui le poussa énerg-iqueuient dans cette voie.
Rég*amey composa alors son aquarelle de V Escrime française au XIX^ siècle^ qui fut exposée en 1886 au Figaro et obtint au Salon un vif succès. Dans une vaste pièce, ouvrant sur une serre, devant tous les maîtres de l'escrime française heureusement groupés autour de Jean Louis, deux hommes sont aux prises : l'un est le comte de Bondy, couvert d'un léger pourpoint de soie que, dans un superbe dédain de son adversaire, il a cru pouvoir revêtir; l'autre, le professeur lyonnais Lafaugère, dont le fleuret déchiquète le costume du noble personnage. Les têtes, superbes d'expression, reflètent la passion qui anime les deux combattants. Il est superflu, d'ailleurs, de s'étendre sur les qualités d'une œuvre qui a valu à son auteur la lettre suivante de Philippe Gill :