GEORGES GAIN I9I
rubans, et les rires des enfants roses et joufla.us animent ce coin de Paris.
Mais rhiver yenu, toute cette g*aieté disparaît, les feuilles jaunies jonchent le sol, la fleur a perdu
Les plis de sa robe pourprée,
on ne voit plus ni rubans ni toilettes; les femmes, comme les hirondelles, sont parties vers des climats plus doux, et les rires des enfants ont cessé avec leurs jeux. Seuls, quelques Ang-lais, long*s, jaunes et raides, vêtus des ig*aobles costumes qui, en voyag-e, leur servent de vêtements, se promènent mélancoliquement dans les allées désertes sous la conduite d un cicérone. Ce qui les attire en ces lieux, ce n'est pas la vue des plates-bandes nues, des arbres dépouillés et des allées vides ; leurs g*uides portent que le jardin est orné de nombreuses statues, œuvres de sculpteurs célèbres, et ils veulent voir s'ils ne pourraient pas en enlever quelque petit éclat de marbre ou de bronze. De ces statues, certaines sont situées en bordure de la rue, de façon a ce que tout le monde puisse les contempler; ce sont g*énéralement les meilleures. Parmi celles-là, les deux bronzes établis en face de la rue de Castig-lione font Tadmiration des connaisseurs. Ils sont sig-nés, en effet, d'un des plus g-raads animaliers de ce siècle, Gain, le père du . peintre auquel est consacré cet article. Elles sont si connues qu'il est à peine nécessaire d'en rappeler le sujet.
Le groupe de droite représente un hippopotame unicorne qui, dans un élan furieux et irrésistible, éventre un tig*re; celui de g*auclie, un lion qui, voyant sa compag*ne s'approcher d'un sang-lier qu'il a abattu, Tarrête de sa larg-e patte.
Ce sont deux chefs-d'œuvre, et le public, séduit par le modelé et la vie qui s'en dég*age, ne peut passer indifférent devant eux.
Georg-es Gain avait donc de qui tenir au point de vue artistique ; mais nous trouvons encore dans sa famille un sculpteur de talent, son grand-père, et son frère, peintre distingué, auteur des livrets de la Vivandière et de la Navarraise. Il est d'ailleurs intimement mêle lui-même au mouvement littéraire de ce siècle. Ses cartons sont remplis de lettres de littérateurs célèbres ; il a été l'ami de Dumas, d'Augier, de Labiche, de tous ceux dont notre époque s'honore à juste titre.
Ce commerce avec les esprits les plus remarquables de notre temps a encore affiné ce Parisien de race. Ses œuvres sont toujours d'une grande distinction; pour arriver plus sûrement à ce résultat, il n'a pas hésité à abandonner les horribles vêtements de nos jours, et à faire revêtir à ses personnages les pittoresques costumes de la Révolution. C'est ainsi qu'il nous a charmés avec le Buste de Marat aux halles^ son premier Salon qui fut acheté par M. Georges Berger, l'aimable président des Parisiens de Paris ; Un tribunal soies la Terreur; Une rixe au cabaret de la Rotonde^ actuel-