JEAN DESBROSSES
C'est, avec Harpig-aies, le dernier survivant de peintres illustres ayant noms Decamps, Troyon^ Rousseau, Millet, Corot et Chintreuil. Dédaignés et incompris pendant long-temps, ils ont souffert ensemble la faim et le froid; une étroite amitié les a unis jusqu'au jour où la mort impitoyable a fauche les rang-s de cette pléiade qui a porté si haut le renom de Part français et a fait de notre école paysag-iste la première du monde entier. Aujourd'hui on admire les œuvres de ceux d'entre eux qui ne sont plus, on offre jusqu'à 500,000 francs d'un Millet, et l'on oublie trop de payer un juste tribut d'hommag*es à ceux qui survivent.
Jean Desbrosses est né à Paris; il est, à ce titre, depuis de longues années le président de la Société des Parisiens de Paris. Fils de pauvres g*ens, il vit ses deux frères aînés devenir l'un sculpteur, l'autre aquafortiste et peintre. Le premier est mort jeune, le second existe encore et a été un des collaborateurs assidus de la maison Cadart, le célèbre éditeur d'eaux-fortes.
La vocation y était. Un jour, Desbrosses, que ses parents avaient placé comme apprenti tapissier, s'essaya à dessiner; mais cela ne faisait pas Taffaire de son père, qui lui sig*nifia qu'avant de s'amuser il fallait g*ag*ner son pain. Desbrosses déclara qu'il se jetterait à Peau plutôt que de ne pas se liv^rer à la peinture. Accueilli par Chintreuil, dont il devint rintime, il partagea sa vie de travail passionné et aussi, hélas! de misère à peu près constantOc La vallée d'Ig*ny, la Tournelle, Septeuil près de Chartres, furent les témoins de cette existence commune que la mort seule de Chintreuil devait interrompre.
Jean Desbrosses est aujourd'hui un homme de cinquante-huit ans, de taille moyenne; la barbe blanche et de g-rands cheveux rejetés en arrière encadrent un visage bruni par le soleil et le haie; les yeux vifs et mobiles éclairent une physionomie ouverte et sympathique au premier abord.
Son atelier, 20, rue de Lubeck, est encombré d'une multitude d'études diflférant profondément les unes des autres et dans lesquelles le peintre a mis toutes les ressources de son art, sans jamais s'astreindre à une méthode fixe. Il s'est toujours placé en face de la nature et a essayé de la reproduire de son mieux; aussi est-il bien inutile que l'artiste vous indique la provenance de ses toiles; elles la disent elles-même : ce ciel gris et lourd vient du Nord; celui-ci, terne, quoique bleu, est du Centre; voyez cet autre éclatant de lumière^