SCÈNE VIII
Les Mêmes. MARIE.
MARIE, au Domestique qui Tintroduit.
Merci» monsieur, (a Desponaîs.) Bonjour, mon ami. (AMaxii»., Monsieur... (a Defsenaît.} Vous n'avez donc pas vu le comte?
DESGENAIS*
Non^ mon enfant^ pas encore^ mais il ne peut tarder, et nous allons l'attendre.
Mais ma tante qui est dans la voiture...
DESGENAIS
Oh! elle dormira, (prëieotint Maxime.) Monsieur Maxime de Tremble, Marie... un cœur honnête!... Vous pourrez vous entendre.
MARIE
SI monsieur a besoin d'une amie...
MAXUIE.
Ah! mademoiselle!
DESGENAIS
Oui, sacrebleu ! il a besoin d'une amie, car il aime et il n'est pas aimé.
MARIE, e'mue.
Et cela fait bien souffrir, n'estrce pas, monsieur?
DESGENAIS* à part.
Maladroit que je suis!... (Haut.) Pardon, mon enfant... (ii lui
essuie les yeux.)
MARIE, s«uriant.
C'est passé, mon ami !... (EUe s'éioigoe m pea.)
MAXIME, bas & Deigeoais.
QuVt-elledonc?...
DESGENAIS, bas.
Elle aimait Raphaël, et Raphaël est mort en en aimant une autre, (a lui-même.) Et sans Tavoir même remarquée, elie^ cet ange de candeur et de bonté! Et je suis sûr que cent autres encore passeront comme lui sans le voir auprès de mon trésor. (Gaiement.) Allons, décidément notre globe n'est pavé que d'imbéciles!
MARIB^ revenant à loi.
Ah! mon ami^ vous m'aviez promis...
DESGENAIS
De laisser passer la foule sans lui tirer la langue^ c'est convenu Je le disais tout à l'heure à monsieur Maxime; ca me sera bien un peu difficile... L'habitude... Mais je penserai a toi^ et je n'oublierai plus ce que je dois faii'e dans l'intérêt de ma petite Marie.
MARIE
Et dansle vdtre.
DBSGENAIS^ gaiement.
Oui, je trouverai charmant tout ce que dira le premier venu^ s'il paye patente et s'il a des breloques à son gilet ^ et je délivrerai une pinte de mon sang sur la simple présentation d'une carte d'électeur. Avant peu^ je serai un courtisan, un pied plat; je prendrai un professeur de courbettes ^et j'achèterai un petit encensoir. Avant peu tout le monde m'estimera^ excepté moi. Mais^ bath !... au diable les grandes vertus dont on ne rend pas la monnaie ! et vivent les petits vices à l'effigie et ayant cours !
MARIE
Ah ! mon ami^ vous ne pensez pas ce que volis dites.
DESGENAIS
Si fait, mademoiselle!... Et je vais penser comme ça jusqu'à ce que j aie fait fortune^ et alors I... oh! alors^ je me dédommagerai... Tu épouseras un honnête homme. Je connais quelqu'un de très-fort qui te trouvera ça. — C'est un en^ployé à ISL section des médailles. — Et une fois mariée, tu donneras à dîner à nos contemporains une fois par semaine... On se dira des vérités tout le temps. .. Au dessert^ il n'y aura plus personne. Ce sera très-gai.
MARIE*
Vous voyez bi^n que vous continues.
DESGENAIS
Non^ je finis... Je vide mon sac dans l'antichambre^ en atten* dant que j'entre au salon.
GANDlNy dans la conltsie.
Ah! ah ! bravo!... très-joli!... ce sera magnifique... (il entre,
BQiTi de Jastin^ et salue en pissanu) Et tU dis que le petit bOUdoir CSt
restauré aussi?
JUSTIN
Oui, monsieur^ vert et or.
GANDIN
Voyons Çâ !».. (ll dUparaU an îDstant da c6të oppoaë.)
MAXIME
Quel est ce monsieur?
ÂGTB PRBMIBR 17
DESGENAIS
Ah ! ma foi! un bon guide à suivre pour la route que je me suis tracée... Cette chose en noir se nomme Paul Gandin. C'est une sorte de claciueur parasite^ que Ton invite à dîner, pour faire les enti ées à chaque service et crier : Bravo ! au Champagne!... Monsieur Paul Gandin est la plus heureuse nature que Ton puisse voin.. Sa petite existence est un étemel jeu d'optique^ une illusion perpiétuelle ! Bref! il est venu à bout de se prendre au sérieux ex de croire qu'il existe, et sous prétexte qu il cause avec des actrices^ soupe avec des mUlionnaires, trotte avec des marquis et salue des officiers de la Légion d'honneur, monsieur Paul Gandin a fini par se croire positivement homme de lettres, riche, noble et décoré !
BIARIE, qui Begardait des albums, avec reprodie*
Mon ami, je vous y prends encore.
DESGENAIS, s* asseyant près de Marie.
C'est le fond du sac. Il n'y a plus rien.