‹ Les Parlers des Vosges MéridionalesChapitre 13 sur 67 · TRAITEMENTS COMMUNS IRRÉGULIERS · texte numérisé non relu

TRAITEMENTS COMMUNS IRRÉGULIERS

Un nombre important de traitements communs se présente sans régularité. Les uns ont été contrariés dans leur développement par des influences analogiques, les autres appartiennent à la phonétique syntactique qui, comme on sait, ne s’exerce pas avec la rigueur des développements phonétiques ordinaires : nous en avons déjà constaté les effets dans certaines variations de la quantité relevés (6 2 sq. En outre il est fréquent que ces deux phénomènes se manifestent concurremment. Par suite, les faits sont si compliqués et d’un aspect si incohérent que l'explication en devient fort embarrassante.

À. — Vocalisme.

$ 18. Traitement de la voyelle représentant o latin tonique fermé et entravé.

Trois traitements sont en rivalité daus toutes les localités. On trouve à la fois «et partout: 1° # dans kÿz 1-10, 15-22, -X124,#k1s 11, 13, 14 coudre L.'etc. 22% dans so/eourte L., etc.; 3° wo dans bourse c. 113, etc. Bien plus ils coexistent parfois dans le même mot; c’est ainsi qu’on a 6 etw dans kwôr I-11b, 13, 46-22, Æ0r M2) el Ont ame die, A EE courrecourir L., fwbé 1-8, 19-22, -€ 8-11 b, e, 13-18 et fôre 12 fourche L., « etô dans rouge c. 669, genou c.384, soleil c. 716, formé partout avec le suffixe wclu, à et wô dans büé 1-8, 19-21, -€ 8/-18 etbwdé 22 bouche L., müe 1-8/, 11 a, c, 9-11 b, e, 13-22 et mwÿé 12 mouche L., #, 8 et wÿ dans court c. 217,four c. 358. Il arrive aussi qu’un même mot présente deux traitements dans les parlers de tous les témoins d’une localité :

c’est ainsi que le Val-d’Ajol dit à la fois #6 toutL. et #ijé tou jours c. 759.

La situation est la même dans d’autres parlers lorrains. M. Horning, qui ne l’a pas relevée dans notre région, l’a constatée dans plusieurs localités de la Lorraine annexée ( 104 et 105. M. Haiïllant donne pour Uriménil à la fois couhh, cohh et couot, court, fouo, four, et mouhhe, mouche, l AL. pour Gérardmer 76 mo, mouche, et be, bouc, etc. ; dans les parlers de la région messine Ô est particulièrement fréquent, cf. This, À 49 sq., Zeligzon, À 46, et cependant This cite © 47 his, coudre. Il serait facile d’allonger cette liste, v. Herzog, Einleitung, À 46, et l’on trouverait des faits semblables dans les parlers franc-comtois pour lesquels il suffira de signaler pôt, goutte, môe, mouche, et fä, four, des points 23-26 de mon enquête.

Un tel état de choses n'est pas aisé à expliquer, et les brèves interprétations qu’en ont données MM. Horning et Meyer- Lübke me semblent peu satisfaisantes. M. H. se contente, dans une note de la page 51, de se demander si « o n’a pas été diphtongué dans cette position, comme le fait est vraisemblable pour é entravé ; 0 serait une réduction d’ou, comme o, a sont des réductions do. Les deux éléments seraient encore reconnaissables dans # ». On remarquera l'obscurité de la dernière phrase. M. M. L., Gr. d. R. Spr., I, $S 142 et 144, est plusafhrmatif et admet qu’en lorrain o fermé entravé s’est diphtongué en ôw qui, par ôw, s’est ensuite réduit à 6, sauf après les labiales et les gutturales, après lesquelles une métathèse wo > ou se serait produite. Mais il ne dit pas comment, dans cette hypothèse, il explique les cas fréquents où l’on trouve o après des labiales et des gutturales et la présence d’#. On voit que la démonstration de M. M. L. est insuffisante ; de plus elle se heurte, dans notre domaine, à une objection sérieuse. Si l’on considère wo comme l’état le plus ancien, on est amené, pour expliquer les formes avec 0, à admettre que wo se réduit à o dans des parlers qui manifestent au contraire üne tendanee très nette à développer w, ainsi qu'on le verra plus loin Ç 40.

En conséquence, il me paraît plus satisfaisant de prendre

comme point de départ non pas une ancienne diphtongue mais une des deux voyelles 0, # et de voir dans w un phonème d’origine récente. Mais est-ce o qui a succédé à # ou inversement ? Il faut avouer que le choix est délicat, et l’on ne peut trouver aucun secours dans les textes du Moyen Age, dont les graphies sont, on le sait, ambiguës, cf. Kisserling, Die betonten Vokale im Altlothringischen (Inaug. Diss. Halle), 1890, p. 11 sq. La part qu’on peut faire au mélange des parlers est restreinte ; on voit bien que kwd, fwd, court, four, qui coexistent à côté de küe, füé dans les localités 2-6, y sont des formes étrangères, et que de même, à Uriménil, les formes couhh, cohh et couot ne peuvent pas être toutes trois autochtones : mais ce sont là les seuls cas où l’on puisse être affirmatif. D'autre part l'extension d’o est si grande qu’il est difficile de le considérer comme issu d’# et en même temps de justifier la persistance d’# dans un certain nombre de mots. S'il faut donc admettre qu’x est dû à un développement secondaire, quel en a été le procès? L'influence d’une labiale précédente ne peut pas être la cause essentielle, puisque « coudre » et « court » présentent également #. Par contre, il me semble qu’on rend compte d’une façon satisfaisante de l’état actuel en supposant qu'à s’est développé en syllabe ouverte.

Dans cette hypothèse, à se serait maintenu quand il était suivi de deux consonnes dont la première était implosive : c’est ainsi que nÿ, vo, 16, nous, vous, tout, où la voyelle est finale, ont pu subsister grâce à des groupes syntactiques tels que « nous le faisons », etc. Dans les mots terminés par une consonne tels que « bouche », « mouche », etc., s’est développé dans les phrases où le mot s’est trouvé devant un mot à initiale vocalique. Des exceptions comme bwÿé, bouche, de 22, mwÿe, mouche, de r2 deviennent ainsi facilement explicables : elles représentent les formes usitées devant consonne et où plus tard un w s’est développé dans des conditions exposées { 40.

L'interprétation proposée ici a l'avantage de s’accorder avec le développement d’# dans la syllabe protonique, cf. Ç 25, 3°, et aussi de s'appliquer au cas embarrassant de « cheveu », qui est traité dans le paragraphe suivant.

$ 19. Traitement de la voyelle dans l’ancienne terminaison el < lat. illu.

Tandis que ceux c. 142 N. E. se dit partout 56, v. encore Ÿ 129, 1°, cheveu c.181 se présente partout avec #. Le traitement de « ceux » est fort ancien, car les textes du Moyen Age ont fréquemment des graphies telles que ceoz N'AL. 2529, 41, ceos id. 2531, 48, etc., cf aussi Schwan-Behrens, $ 211, Rem. # de « cheveu » est donc récent et, conformément à l'interprétation adoptée dans le paragraphe précédent, il faut non pas l’attribuer à Pinfluence de la labiale v, mais y voir un développement particulier de phonétique syntactique.

$ 20. 0, u, ï en syllabe finale terminée par une consonne.

C’est encore à la phonétique syntactique que sont dues les variations du traitement des mots où 0, #,i se trouvent dans la syllabe finale devant une consonne.

Tandis que certains mots conservent la voyelle étymologique, d’autres l’affaiblissent en &, é et, devant une nasale, en #; et souvent la phonétique syntactique cause en outre des modifications secondaires de la quantité.

1° 0, u, i devant une consonne autre qu'une nasale.

On trouve d’une part des mots tels que 10 1-8, 19-22, -e 8/-18 cloche L., pôé 1-8, 19-22, -e 8-18 — fr. poche louche L. avec o partout conservé, et d’autre partsoc c.713, bydé, -€ (f.) (pour les témoins qui ont fourni ces formes, cf. le Lexique au mot indiqué plus loin), qui représente le fr. bloc avec changement de genre bille de bois L., où æ s’est développé en syllabe entravée :.

Il en est de même d’ # qui est devenu æ dans jét 1-8, 19-22, j- 8-18 juste L., h®j 1-8, 19-22, 3 16-18 et, avec une voyelle allongée, h&é 11 c, 13 a, 15 a, -j 8! b, 9 huche L. Pour z, cf. génisse c. 383.

2° 0, u, i devant nasale.

1. Brosse c. 120 N. E. est plus ou moins refait sur « brosser » qui,

de son côté, doit à « brosse » l'ü de nombreuses localités,

La syllabe étymologique persiste souvent partout, avec des modifications de la quantité, p. ex. dans hom me, lune, cuisine L. D’autres fois au contraire elle s’est abrégée et affaiblie en syllabe entravée. Les faits sont ici assez compliqués. Les deux traitements sont en rivalité dans personne c. 573, pomme c. 594. En outre, dans les cas où la voyelle est réduite, elle est ordinairement #, conformément à ce qu'on a vu ( 9, 2°; mais, en plus d’allongements secondaires, on trouve aussi æ, & dont l’interprétation est délicate comme le montre l’exposé suivant.

A côté d’én une L., seule forme de tout le domaine, et de pyém 1-11 C, 13-16 a, 17-22, pyém 12 plume L., les témoins 17 a, b, 16 b disent pyém, et de même l’aire 11, 14,15 emploie j élëm j'allume c. 27. æ, issu d’o, a une plus grande extension : si « moissonne », cf. moissonner L., ne présente -ë7 qu’au point 11, pém, pomme, est usité dans les localités 8’, 9, 10, 16 et 19. Enfin, en ce qui concerne i, « cuisine », forme verbale de cuisiner L., n’offre -èn que chez les témoins 11 a, c, ailleurs on dit -ên, -ên et, avec allongement, -ên au point 12.

æ,é semblent bien représenter l'état antérieur à e dans les mots dont la voyelle étymologique est o ou 4. Mais le fait n’est pas absolument certain pour les verbes où nous pouvons avoir affaire à des reformations analogiques d’après les formes où la voyelle est protonique, cf. ( 24. D'autre part, à Remiremont, & est peut-être dû à une régression récente ; on voit en effet par k@jèn, il cuisine, que tout ë y devient é; on peut y signaler encore pès pièce L. des témoins 11 a, c, «®y, &- suif c. 730, cf. sur ce mot p. 8, et ér&y, étrille, de 11 c, cité p. 6.

$ 21. Traitement de la voyelle nasale en (&) issue d’e latin devant ñn ou m entravés en syllabe protonique.

Les faits actuels sont fort complexes : à ou la voyelle dénasalisée o sont rares, on trouve sporadiquement & et très fréquemment ê. La vallée dela Haute-Moselle qui, ordinairement, ne dénasalise pas les voyelles nasales brèves, ne présente avec ê’que gencive c. 380 et sét recueilli dans la plupart des localités de cette vallée sentir L. Le préfixe « en » est presque toujours devenu é, cf. empoigner c. 283, remplir c. 642, et l’on verra

$26 ad finem que cet # est même parfois sujet à disparaître. Cependant les témoins a et c de Remiremont disent ëfà enfant L. à côté d’éfà de tous les autres témoins, 9 dit ôpäiä et 18, 21 a d- emporter L., 17 a-c, 21 a ôdrä endroit L.,au Val-d’Ajol, où & est également prépondérant, ensemble L. se dit àsôn ; enfin, la préposition en c. 289, à côté d’# qui est le traitement le plus répandu, offre Ô aux points 9, 10, d aux points 16, 17 et 6 au point 12.

Étant donné que le traitement de cette nasale dans la syllabe tonique suppose partout un ancien on, cf. Ç 11, il est improbable qu’en syllabe protonique en (2) ait été conservé avec sa prononciation ancienne. De plus, en cette hypothèse, on ne voit pas comment il faudrait expliquer les formes avec 0, d, 6. Il faut donc admettre que la nasale de la syllabe protonique a passé, comme celle de la tonique, par le stade 4 et que, dans quelques cas seulement et par analogie, elle a suivi le même procès 6, d’où à. Le plus souvent une dénasalisation s’est produite, et 4 est devenu successivement 4 aujourd’hui disparu puis &. Le traitement d'année c. 32 appuie cette explication.

Les mots empruntés au français tels que charpentier c. 162 flottent naturellement entre les deux traitements. On ne peut pas faire état du pronom adverbial en c.284-8 qui peut être considéré comme tonique ou protonique, ni de sentier c. 704 qui peut être refait sur « sente » ; enfin dans les futurs detenir,venir, L. là de l’aire 17-22, p. ex. à la 3° pers. du singulier fré, vüre, est très probablement récent, cf. Ç 51.

Mais il reste à expliquer « gencive » et « sentir ». Le premier doit la conservation d’é à la palatale précédente, comme gendre c. 381. « Sentir » est plus embarrassant ; on ne peut pas songer à

r. Les formes de ce mot sont étonnamment variées : c’est qu’en effet au stade ä deux développements étaient possibles, soit 4 4 < ë, soit a <60< 0 ; de plus ades localités 12, 20, 21 représente un développement secondaire récent d’é en ä, conforme au 51; mais de toute façon la présence de deux traitements dans plusieurs localités de la région de Remiremont, cf. aussi anaue et onaue à La Bresse dont la deuxième forme est plus usuelle d’après Hingre, est certainement due à des faits de mélange.

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voir dans é l'effet d’une nasalisation récente ; la seule explication possible, c’est d’en attribuer le maintien à l’action des voyelles 5, “ au participe (on verra Ÿ.$r des faits analogues d’accommodation vocalique), et à une action analogique dans les formes toniques. Ê

Enfin au Val-d’Ajol le triple traitement ë, 6 et 4 est vraisemblablement dû à un mélange de parlers.

$ 22. Syncope de la voyelle d'une syllabe protonique intérieure ou initiale.

Ces syncopes sont fondamentalement de même nature que celles qui ont produit les formes du français larcin, soupçon, à. fr. corcier, cf. Meyer-Lübke, Hist. Gr., Ÿ 132, mais nos parlers sont allés dans cette voie beaucoup plus loin que le français.

1° Les cas de syncope de la voyelle protonique en syllabe intérieure sont nombreux, et toutes les voyelles sont sujettes à subir le développement, c’est ce qui ressort des exemples suivants : allumer.1c.26/ moisSonner cor cheminée oseille c.537 que la plupart des localités désignent par un dérivé en cette d’un simple que M. Mever-Lübke rattache à *acidula EW. 104, noyer c. $27 qui, sauf au point 12, est exprimé partout par un dérivé en #er du mot qui signifie noix << nux *gallica M. L., EW. 3659, servante c.706 désigné dans la majorité des localités par des représentants du fr. demoiselle, carnaval c. 136 désigné encore en quelques points par le composé « carême entré ».

Comme la plupart des mots qui pouvaient être atteints par ce développement sont des verbes ou des dérivés, il n’est pas surprenant que, dans beaucoup de cas, la voyelle ait été maintenüe ou rétablie sous l’influence des formes où elle est tonique : c’est ce qui s’est produit dans un nombre variable de localités pour cerisier c.147 d’après « cerise » mais avec une quantité différente, aiguiser c. 12, arranger c. 46, les représentants du fr. limaçon limace c. 455 ; de même renverser c6$o qui se dit (r}éfeà 1-7, -£- 21 est refait sur les formes toniques aux points 11

et 14 qui disent ruyagé (réwôéé de 8’, 12, 13 vient d’un autre éty-

mon *revolvicare M. L., EW. 728$ plutôt que *reverticare id. 7278 et Horning p. 119 s. v° revwoÿi). Il arrive même que la voyelle soit partout maintenue, p.ex. dans les représentants de *pertusiare trouer c. 769, déjeûner L., etc. Si dans boulanger c.r10 la voyelle intérieure n’a pas été syncopée, c’est que nous avons affaire à un mot français adapté et que la syncope de la voyelle - de la syllabe initiale, tout en exigeant un moindre effort, le transformait moins ; dévèté 1-10, 16-22, y 11-15 — fr. arch. devantier tablier L. est plus étonnant : c’est sans doute un mot introduit assez récemment, si on le compare à « arranger » syncopé dans la majorité des localités et à dèffi — fr. dévêtir de l'aire 1-19 déshabiller L.

2° La syncope de la voyelle protonique de la syllabe initiale présente des faits analogues aux précédents : parfois elle se produit uniformément dans tous les parlers, mais fréquemment aussi la voyelle est maintenue ou rétablie, surtout par analogie. Ici de plus les faits sont compliqués par la phonétique syntactique : la syncope en effet ne pouvait avoir lieu qu'après un mot à finale vocalique; c’est pourquoi les formes non syncopées sont plus résistantes que dans le cas précédent. Si l'on ne fait pas état des mots qui ont le même traitement en français, les cas où la syncope est commune à tous les parlers ne sont pas très nombreux, chiprexsolert#r6, Yausidites ci243; pisser c 583; connaître L., verrou id., voulez-vous c. 807 (où l’on peut ne pas tenir compte de v#lë 11, évidemment refait sur le français, ni de velé des témoins 11 a, c, dont a emploie aussi vlE), etc. ; plusieurs mots ne sont plus connus de quelques témoins, mais les réponses suffisent pour prouver que la forme synco- Déend existé partout, cf, mévI-10,/ 16-22) VII) 12114, Pt amétiernAntiSSernL MsIEnTT<O AIONC 2 LTD 0; Doi mia, à, tsta cellier id, mere rrta ob, 12 4 belumierenf;0cf" aussi lampe cU4405#cependant pré panier c.$$s0o a une aire actuellement fort restreinte, et peut-être est-il trop hardi d’être aussi affirmatif pour ce mot. Au reste un a étymologique est sujet à être syncopé comme les autres voyelles : c’est ce que montre la forme actuelle pkovle des

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témoins 9, 16 b, 17a, b du nom de lieu Peccavillers (section de Saint-Amé), issu de « Pascal + viler », aisément reconnaissable dans Paschaveleir cité dans l'introduction, Pescaviler NAL. 2542, 52 (Mai 1295).

En de nombreux cas, la syncope ne s’est produite: que dans une partie des localités : à côté de bzà 1-7, 17-22, les points 8-10 c, 12-16 disent pézd, 11 a-c pé- pesant L., cf. encore les représentants de pisellu pois c. 592, léger c.444. Dans ces mots la forme non syncopée est celle qui était usitée après consonne ; mais dans d’autres mots, particulièrement dans les verbes, ce peut être aussi l’analogie d’autres formes ou de mots voisins qui a soit entravé le développement, soit fait disparaître la forme ancienne : ainsi l’extension de la forme syncopée est assez grande dans je perds c. 568, perdu c. 570, donner c.259,faner c. 335, elle l’est moins dans il fallait c. 333, elle est très restreinte dans les représentants de *Hitiare téter c. 748 et dans sécher c. 700. De même moulin c.$11 a subi dans de nombreuses localités influence du v. moudre L.,et monnaie c. $06 peutêtre celle de mener c. 490, s’il ne s’agit pas simplement d’un mot français adapté. Les formes du dérivé de gallu pour désigner lècochet L:jélé 20,04; 16%e; 7-78 c 8 d État Mar a, 18, j- 19 a-c, jô- 15 a, sont remarquables à côté du traitement de « geline » poule c. 602 (cf. Meyer-Lübke, Einfübrung in das Studium d. Rom. Spr., 2° éd., $ 138) et sont évidemment dues à l’influence analogique des représentants de gallu jo 1-8, 19-22, 08-18 coq L. De même si pêcher c. 558 et püed 1-8/, 11 a, c, -6- 12, -£- 9-11 b, 13-22 poisson L. ont partout une voyelle protonique, c’est probablement sous l'influence des formes toniques de « pêcher » (qui par une réaction réciproque doivent leur # à « poisson »), comme moisson c. $04 va de pair avec moissonner id. Il arrive même que la syncope n’ait pas lieu dans des mots qui la subissent en français, soit par l’analogie des formes toniques p. ex. dans « mener », soit par l’action de la phonétique syntactique : c’est ainsi que chemin c. 171 est uniquement dissyllabique, après voyelle comme après consonne, dans les aires 1-7, 17-22.

La conservation de la voyelle protonique peut provenir de bien d’autres causes, date de l'introduction du mot, celle de la réduction d’un groupe de consonnes intérieur, etc. Le besoin de clarté peut par exemple réagir contre les forces aveugles du développement phonétique : ainsi les représentants de so/ariu au sens de fenil L. sôlé 1-10, 16-22, -éy 11-15 ont partout conservé la voyelle protonique, dont la chute eût amené une confusion gênante avec « cellier », cf. p. 25.

Finalement tant de causes concourent à entraver la syncope que les mots où elle n’a pas lieu sont peut-être plus nombreux que ceux qui l’ont subie ; et ces parlers dont la syncope est en somme un trait caractéristique en arrivent à présenter des formes où la voyelle protonique est longue, non seulement sous l’influence d’un simple comme dansle diminutif qui désigne la petite scie à un homme c.691 dans l'aire 1-8/, mais dans des mots dont le simple n'existe plus ou n’a jamais existé dans notre région, ou même dont la terminaison est identique à un suffixe usuel, p. ex. bouleau, poison L., etc. Ce dernier fait se remarque dans un nombre important de mots : que l’on compare à la voyelle brève de garder c. 374 la voyélle longue de parrain, marraine, mardiemarteutilierl., et au traitement de faine Li *fagina, cf. 28, 2°, celui delait L. << “*lacticellu qui se dit Jasé dans tout notre domaine lorrain, tandis que les parlers franccomtois limitrophes ont des formes à voyelle brève Jësé 23, ld- 24, 25, là- 26.

$ 23. Réduction d’# en hiatus à w.

Cette réduction se produit soit à l’intérieur du mot, soit en syllabe initiale, cf. d’une part alouette c.30, les représentants de l’a. fr. affouer allumer c.26 et de l’autre chouette c. 190, bwé boyau c.116, hwe hoyau ZL. recueilli seulement en quelques points, et les formes du pronom relatif et interrogatif « où » dans le composé «où est-ce que » c.539-541. Mais dans le deuxième cas la phonétique syntactique a fait parfois subsister les formes non réduites : c’est ainsi que l’aire 1-7 dit à la fois eme essuyer c. 311, j#è jouer c. 424 et éùüé chier c.188

RD

(sur l’# de ces verbes, cf. À 143), et que r#el, avant-train de la charrue, charrue L., est la seule forme attestée par les témoins qui ont indiqué ce mot. Au contraire, dans louer, nouer L., les formes réduites avec w sont si résistantes qu'après consonne, outre läà 1-9, les témoins 2 a, e, 4 a disent léwä, et qu’à l’initiale 24,6, 4 a,18, 20 a ont employé réwa, cf. les formes analogues de Noël c. 524.

$ 24. Affaiblissement des voyelles protoniques en &, & et ë.

Quand la voyelle protonique n’a pas été syncopée soit pour une des causes exposées dans le paragraphe précédent, soit parce que les consonnes qui l’entourent nécessitent un phonème vocalique ou parce qu’elle est initiale, nos parlers la réduisent très fréquemment à &, 4 (ces deux signes peuvent être considérés comme équivalents pour les raisons indiquées p. 2); mais ce développement est aussi souvent entravé que celui de la syncope et pour les mêmes causes. On peut citer comme exemples de faits communs à tout le domaine sépë partout sauf -à 12souper L., drëmi dormir id., fémäy 1-10, 14-22, -êy 11, 13, -é 12 fumée id.. Certains mots ou formes de moindre extension méritent d’être également signalés : les représentants de l’a. fr. escupir << *exconspuere avec modification de laterminaison ? Kôrting 3374 cracher c. 224, les formes anciennes de « *roublier » oublier c. 543, r&yé recueilli dans les localités 1-9, 11, 14, 15, 16 au sens de « râcler le fumier de l’étable » fumier L., qui est un dérivé de « râble » << rutabulu*, les représentants de l’a. fr. subler (plutôt que sibler) au sens de siffler c. 710, le dérivé de «coin » << cuneu coin à fendrele bois c. 197.

La voyelle protonique passe parfois au stade ë#: dans couleuvre c. 216, fourmi c. 360 l'aire en est assez restreinte, mais couture c.220l’atteste pour presque toutes les localités etconnaissons c. 20$ également partout où des reformations secondaires

1. M. Thomas, qui a rattaché à rofulus toute une série de formes méridionales, Nouveaux Essais, p.329, propose de considérer notre verbe comme dérivé de ce type, mais les faits réunis Ç 89, 4°, semblent être plutôt à l’appui de notre hypothèse.

d’après l’infinitif n’ont pas eu lieu, cf. encore Plombières Z. et les formes du nom des habitants de Ventron id. Il est possible que dans « fourmi » et « couture » le développement d'ë soit le résultat d’une assimilation partielle à la voyelle claire de la syllabe tonique. Au contraire un ancien e devient assez fréquemment &, é dans je perdrai c. 569, perdu c.570, perdrix c. 571, dimanche c. 252 dont la syllabe initiale correspond presque partout à celle de l’a. fr. diemanche, fermer L., vêtir id., « dévêtir » déshabiller id., maréchal-ferrant c. 479, «limaçon »limace c.45$, mots où la voyelle est dans le voisinage d’une consonne labiale, et en outre dans éternuer c.31$ au seul point 12 et dans les représentants de *sternire faire la litière c. 459 à la fois au point 12 et dans l'aire 1-7 : cf. sur les relations de ces voyelles & 27.

Enfin d’une façon analogue un # protonique en hiatus et soutenu par un groupe de consonnes initiales tend à s’affaiblir en é, ë dans corvéec. 214, écrouelles c.277, truelle c. 770 (probablement après développement d'un w entre # et la voyelle suivante bien que je l’aie pas saisi partout, cf. 28, 3°).

L’analogie a considérablement compliqué l’aspect actuel de nos parlers. Très fréquemment l’influence des formes verbales toniques ou celle d’un simple a troublé l’évolution de la voyelle protonique. Parmi les verbes on peut citer il buvait c. 103 où le traitement phonétique Pé- n'existe qu’en quelques points, fermez c.342 pour les formes de « clore », frévë de 11, 13-15 à côté de #rüvà des autres localités trouver L. Les faits sont plus complexes dans les verbes « couvrir, mourir, nourrir, pourrir » : & a passé de la syllabe protonique dans les formes toniques où il est devenu &, puis il a repassé avec cette nouvelle quantité longue dans la syllabe protonique ; il en est de même d’& de fy@ié, -à — a. fr. flaüter siffler c. 7ro et d#, au point 12, dans les verbes «ouir » et « jouir » qui s’y disent éy et jéy, entendre L,., TÉUSSIENC/05:

Les cas où un simple a réagi sur un dérivé, empêchant ou faisant reculer le traitement propre à la protonique, sont fort nombreux, cf. entre autres clocher c. 195, pommier c.596, pru-

nier c. 619 pour les représentants du dérivé de « beloce » << *bullucea Meyer-Lübke, EW. 1390, taie d’oreiller c.736 désigné partout par un dérivé en effe, oison L. dont la consonne même vient d’« oie», modifiés à des degrés divers par cloche L., pomme c. 594, prune c. 618, taie, oie L.; cf. encore éteule c. 316, dont la forme f#ld de 21 montre qu’ô des autres localités est analogique, ou brosser c. 120 souvent refait sur « brosse ». Il en est de même de poignée L. et d'empoigner c. 283 qui sont refaits sur poing c.590 et les formes toniques du verbe dans l’aire 1-16, tandis que dans l’aire 17-22 la voyelle protonique esté, é; poignet L. est même refait à peu près partout. En ce qui concerne l'# de päniy, épüué, püuô de 1, 2, l’origine en est semblable à celui de päyi pouvoir c. 606 et d’autres mots étudiés ( 25. Journée c.425 est particulièrement intéressant ; car les formes avec & des deux vallées montrent que, si o protonique en syllabe terminée par r + cons. s’est généralement développé en %, cf. Ô 25, et ne s’est pas réduit à &, é, la résistance de cette voyelle vient non pas d’une date différente des développements, mais de l'influence conservatrice exercée par les formes toniques. On comprend que dans ces conditions la voyelle de tel mot qui est conservée dans nos parlers ait été réduite ailleurs au point de s’amuïr complètement : c’est ainsi que « pourceau » qui a dans tout notre domaine une syllabe initiale p# porc c. 598 se dit p’hhé à Mailly (Meurthe-et-Moselle), etc., Adam, p. 362, cf. dans ce même village p’hhon, poisson, id., p.360, et de nombreuses formes de « pommette » pomme, pomme de terre, pommier AL. et Adam, p. 360 sq.

Finalement la loi de l’affaiblissement de la voyelle protonique est si fréquemment battue en brèche que, même dans des mots non dérivés, elle ne s'exerce que dans une partie des localités, quand elle n'a pas été complètement annihilée, par ex. dans oiseau L., cf. les formes À 25. C’est ainsi que le représentant d’*oricione dérivé d’ora au sens d’ourlet c. 545, attesté dès le Moyen Age par oresson du Psautier Lorrain, cf. Apfelstedt, Loth. Ps.,p. 175, et Mever-Lübke, Gr. d. R. Spr., IL, $ 413, se dit 6rsô dans plus de localités qu’#rsô (dans le v. correspondant

ourler c. 544 s’est substitué à & sous l'influence des nombreux verbes à initiale ër-, cf. plus loin 6 27). Le mot qui signifie nombril c.$28 et qui contient l'élément radical du fr. boudine, encore dans Oudin (1642) avec le sens de « nombril » d’après le D. G., présente des faits analogues. Fromage c. 368, froment c.369, fourmic.360, n’est-ce-pas? c. 522 vraisemblablement formé de « non + mie » conservent également la voyelle ü dans un nombre variable de localités. On peut cependant, à propos de frômi, fourmi, usité seulement dans les deux points 2 et 8”,se demander si nous n’avons pas affaire à un phénomène de régression causé par la labiale suivante.

$ 25. Maintien d’#, à et développements secondaires dans la syllabe protonique.

On a vu dans les paragraphes précédents que la voyelle protonique, malgré la tendance de tous nos parlers à la syncoper ou à la réduire, est fréquemment maintenue. C’est ainsi qu’# représente un ancien o devant / implosif dans la syllabe protonique comme dans la tonique, cf. käé couteau L. et $ 10.'A la suite du maintien d’un ancien o, dont on a déjà noté quelques exemples à la fin du © 24, il s’est produit un développement secondaire en # dont les conditions sont délicates à saisir.

1° 4 représente régulièrement une ancienne diphtongue « dont le y a été absorbé par une palatale suivante, cf. poisson L. cité $ 22, moisson c. $04, poison c. 593, #ÿé 1-8, IT a, c, -h- 9-11 b, d, e, 12-22 oiseau L., quelques formes de « poignée, empoigner » citées Ÿ 24, et aussi büed 1-8", 11a, b- ttc, bago 9-11 b, d, 16-22, bÿ- 11e, 13-15, -& 12 buisson L,., mot d’origine obscure, cf. M. L., EW. 1226, mais dont la forme ancienne est boisson. Si la consonne labiale a pu jouer quelque rôle dans le développement d'o en #, « oiseau » montre que cette condition n’est pas essentielle, v. en outre plus loin p. 33.0 est rare; je ne l'ai noté en rivalité avec # que dans les représentants de l’a. fr. Zuissel << *globuscellu, M. L., EW. 3794, pelote L. Dans noisette c. 526 # n’est attesté que par nühät du Val-d’'Ajol, dont on peut rapprocher m#éy noyer

c. 527, ailleurs & peut provenir de l’affaiblissement d’un ancien o ou être analogique d’après « noix ».

2° Les mots dont le type étymologique contenait un o entravé devant r + consonne présentent des faits plus compliqués. Le traitement le plus répandu et régulier est # : il suffira de donner comme exemple typique p#fä 1-10, 16-22, -Ë II, 13-15, péd 12 porter L. Mais des réactions analogiques nombreuses sont intervenues. L’ô du participe passé tordu c. 758 est évidemment dû aux formes toniques, cf. tordre c.757, et l’analogie s’est même exercée sur un dérivé local qui désigne un bâton servant à serrer la corde de la voiture à foin autour d’une autre pièce de bois #dô $ d, -à 14 a, b, 15 a, -ÿ0 11 a, jô 12 a, mais 1408 c, 8/ d, f, T6 à, 19 c, 222 voiture L. Gâteau c376, quisedit régulièrement ff dans les localités 1-7, 13, 14, se dit füfé aux points 8-9, 17-19 d’après ft — fr. tourte tartine c.742. Journée c. 425 n’a la voyelle# que dans l'aire 11-15 ; dans les deux vallées à a été maintenu ou rétabli d’après jour L.; sur les formes avec é, cf. 24. Le mot local rôté 2 c, s c, d, 6 a, 8 a, 8" f,1r1e,1$Sa,19c, rwôeé 12 a qui désigne l’herbe ramassée en longues bandes après avoir été fanée tas L. conserve la voyelie du simple, dont il dérive avec le suffixe €, — a. fr. reorte < retorta, v. bardeau L. Enfin wÿ a été fréquemment introduit par analogie, surtout à La Bresse, cf. écofrnée c.274, fourneau 61, Corbeau, 21e,

3° Le traitement des mots dont la voyelle est actuellement en syllabe ouverte, réserve faite de ceux dont il vient d’être parlé, est particulièrement difficile. ü et # y coexistent partout, cf. d’une part les dérivés de « mouche » et de « bouc » abeille c. 4, bouc c.115, d'autre part bouteille c. 115 ; parfois ils rivalisent dans le même mot, p. ex. dans les représentants de « courroie » arc-en-ciel c. 40 et courroie L. Les faits exposés 1° et 2° et À 18 montrent que nous avons affaire à un développement d’ô en # et non au développement contraire, comme on pourrait être tenté de Le supposer. Ces mêmes faits et le traitement de mots tels que kürà bientôt c. 99 montrent en outre qu'il n'est pas dû à une labialisation et que, d’une façon ana-

logue à ce qui a été admis 18, à est devenu # spontanément en syllabe ouverte.

Mais si cette loi est vraisemblable et peut convenir aussi aux faits exposés 1°, il faut reconnaître qu’elle a été fréquemment entravée, au point même quo est plus représenté qu’#. L’analogie a certainement joué un rôle important surtout dans les verbes, et c’est ainsi qu’on peut expliquer à des représentants du fr. bouter au sens de mettre c.494, du fr. douter au sens de craindre L., etc.; de même l’ô de pont, pondu, de 20-22 à côté de püni des autres localités pondre Z. vient de la syllabe tonique. On a vu aussi p. 26 que moulin c.s11 doit lù de divers points au v. « moudre » ; et wÿ de kwôrä, bientôt, 20 et 22 a la même origine que celui des mots étudiés 2°. Finalement, en raison de ces modifications analogiques, le développement d’ô en # a été entravé; c’est pourquoi on voit ÿ subsister sans cause apparente dans de nombreux mots tels que « bouteille » déjà cité, bôtô partout bouton L., les représentants du fr. archaïque moutier môté 1-10, 16-22, -éy 11-15 église id., ceux de solariu au sens de fenil, cf. p. 27, collier c.198, soulier c. 721, etc. Cet état de choses a aussi pour conséquence que les patoisants, ayant le sentiment qu'® correspond au fr. u, assimilent avec d des mots empruntés, cf. bourrelier c. 112, et qu'ainsi il est impossible de reconnaître si certains mots comme « bouton », etc., sont récemment adaptés ou doivent leur voyelle à un développement spontané.

6 26. Chute dé initial.

Le qu’on appelle prosthétique et qui s’est développé dès l’époque latine devant $ + cons., cf. Schwan-Behrens, (Ç 10, 4b et 28, tombe très fréquemment par un phénomène de phonétique syntactique analogue à ce qui s’est passé en Italie et ailleurs, cf. Meyer-Lübke, Gr. d.R. Spr., I, $ 273. Toutefois l’accord complet de nos parlers ne se manifeste que dans une forme, très usuelle il est vrai, le participe passé du v. être 4% << statutu, mais à imparfait le Val-d’Ajol dit ë#, étions, étä était c. 325, à

Les parlers des Vosges méridionules. 3

côté de fi et des formes commençant par { des autres localités. Dans les autres mots l'extension des formes sans Ë est moindre encore ; on trouve la voyelle non seulement dans les parlers de la région de Remiremont, mais encore dans ceux-de la vallée de la Moselotte où, en raison dela persistance de s devant éonsonne, un & d'appui est souvent nécessaire : épais €. 303, éternuer c. 315, éteule c. 316, étoupe c.320, étrangler c. 321,étroite c. 327, etc.; il est même partout maintenu dans le représentant du fr. échevette au sens d’écheveau c. 266, d’« épier » au sens de regarder c.640, épaule c. 305, étoile c.319,en partie sous l'influence du français.

L'apocope s’est également produite non seulement dans essuyer c. 3II, essuie-mains c. 310 exprimé par un dérivé ou un composé de ce verbe, à côté duquel essayer c. 309 révèle une action probable du français, mais aussi dans quelques mots où & provient d’une ancienne nasale, cf. enclume c. 290 et surtout encore c.291. Bien que la phonétique syntactique ait contribué au maintien fréquent de la voyelle, cf. encore échelle c. 264, la chute a commencé à se produire à une date fort ancienne, ainsi que le montre la forme xaley dérivée d’« échelle », que j'ai relevée dans la phrase une cherre de loingnez a cher xaley rendu a Remiremont d'un texte non daté, mais probablement du xiv® siècle, NAL. 2542, 76.

$ 27. Les voyelles caduques & et &.

Tous nos parlers possèdent deux voyelles caduques ëet &, saut à Remiremont où & est prépondérant, et même exclusif chez les témoins a et c. Au contraire, dans toutes les autres localités, la voyelle la plus usitée est ë : de, ne, que L.,cerise c. 146, chenille c. 175, les représentants de « geline » poule c. 602. ë apparaît fréquemment après les chuintantes &, €,j,j: chemin c. 171, chemise c.173, cheval c.179, génisse c. 383, etc. Dans ce dernier mot la voyelle est également caduque, bien que je n'aie recueilli que la forme usitée après consonne : c’est ce que montrent les deux formes données par Hingre ene geneusse, lai hneusse. Or il prouve que la présence d’ë ne dépend pas essentiellement d'une labiale voisine. Au reste & existe encore dans

me 44 nu

d’autres conditions : il est assez fréquent à la fin des mots terminés par un groupe de consonnes, quand ils sont suivis d’un mot à consonne initiale : arbre c. 39, chambre c. 151, ombre c. S31, et aussi la 3° personne du pluriel de l'aire 19-22, cf. pondent c. 597, portent c. 599, etc.

Il semble bien qu’# représente l’état le plus ancien et que soit un développement nouveau qui tend à sy substituer. On a vu plus haut Ÿ 24 qu’un ancien e protonique devient assez fréquemment &, é; et la même rivalité des-deux phonèmes existe dans des mots où la voyelle est soutenue par les consonnes voisines ou l’a été jusqu’à une époque très récente : cheminée c. 172, chevreuil c.184, chevron L., mercredi c. 491. Dans le cas particulier où une voyelle a été développée entre consonne et r final, cf. montre c. 508, dans des conditions exposées Ç 143, nos parlers ont une préférence marquée pour ë qui devient & au Val-d’Ajol et & seulement à Remiremont, cf. aussi Ç 20 ad finem.

L'hypothèse qu’é est dû à une régression récente est beaucoup moins vraisemblable. Mais il est bien certain que la coexistence des deux traitements amène parfois un développement secondaire d’&, é en ë. C’est ainsi qu’il faut expliquer les cas cités $ 24, où une ancienne voyelle protonique o, # est devenue e, après avoir nécessairement passé par le stade &, 2; de là aussi les trois voyelles #, é, ë de corvée c.214 et le traitement du fr. fruand paresseux c.552, dont la forme frèyà du point 12 est sans doute l'étape intermédiaire entre trüyà et téryà des autres localités. C’est enfin en raison de cette rivalité de traitements que des mots récemment empruntés au français comme garde-cham pêtre c. 373, orphelin c. 536, quatre-vingts c. 625, la 3° pers. du sing. de « servir » refaite sur l'inf. cf. servir L., simplement id. présentent à la fois é et ë.

Les conditions dans lesquelles la voyelle caduque tombe ou se maintient ont été si clairement et si complètement exposées par M. Grammont, La Franche-Montagne, p. 22, qu’il suffit de renvoyer à cet ouvrage. Les parlers de mon domaine ne présentent que quelques particularités dignes de remarque. Quand les mots à initiale formée de consonne + y sont précédés d’un mot à finale consonantique, il se développe régulièrement entre la con-

sonne et le y un ; deliaison, par ex. dans suer L. syé après voyelle, siyé après consonne (partout sauf au point 12 qui dit éà), cf. aussi roue c. 667 et lièvre c. 454; cet à devient rarement ë, je ne lai recueilli que dans « lièvre » au point $. Enfin il est une autre particularité notable de nos parlers : dans les mots qui commençaient anciennement par 7 He + cons., nos parlers présentent fréquemment, quand ces mots sont après consonne ou commencent la phrase, des formes avec ër + cons. : regarder c.640, recevoir, reculer, rechute L., etc., dont lé provient vraisemblablement, par agglutination, des pronoms atones « le », « la », de l’article, ou de la préposition « de », etc.

B. — Consonantisme.

$ 28. Développement de consonnes entre voyelles en hiatus.

L’amuiïssement des diverses voyelles protoniques en hiatus est un fait bien connu du moyen français, cf. Schwan-Behrens, ( 271; et il n’est pas surprenant que le même développement se soit produit dans de nombreux mots de mon domaine : d6, vé dé; ‘veau Li jeun c427, chaîne 149 issus d'anciennes formes “deal, veel, jeün, chaeine, et les participes passés bÿ, rs, vü, tù (cf. Ç 26), etc. Il n'y aurait donc pas lieu d’insister sur ces syncopes, s’il n'existait pas un groupe important de mots ou de formes, qui présentent, dans un nombre variable de localités, une voyelle protonique non syncopée et séparée de la voyelle tonique par un des phonèmes v, y ou w.

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