AE
Un seul mot (d)évo avec L. atteste l’amuïssement du k final, parce que ce phonème a eu dans nos parlers un développement particulier, dont il sera parlé ( 36.
Les faits concernant y final sont beaucoup plus compliqués que les précédents, ét parfois même l'interprétation en est tout à fait incertaine. On sait en effet que les parlers orientaux et particulièrement les lorrains présentent fréquemment au Moyen Age
après la voyelle tonique un ? parasite, cf. entre autres Schwan- Behrens, ch. IV, p. 128, et III° partie, p. 97, Suchier, Gr. Gr., pp. 764-$. Mais on en connaît mal l'extension et les conditions, si bien que l’explication des faits actuels est souvent obscure. On trouve par exemple un y final dans « feu, jeu, lieu », cf.Ç9, dans Ja région de Remiremont, dont on ne peut dire si c’est un traitement ancien en recul, ou un traitement nouveau et analogique d’après les nombreux mots qui conservent un y final issu d’une ancienne palatale ; cf. aussi s&y 21, 22, sy 12 sureau c.734. Mais c’est certainément à une extension analogique de ce genre que sont dues les formes avec y particulièrement fréquentes au Val-d’Ajol telles qu'&y eu c.73, s&y su c. 688. De même il est probable que le y final fréquent dans la région de Remiremont après é — fr. eau, p. ex. dans läséy 11 a,c lait L., etc., est récent; en tout cas le développement se produit également dans des formes françaises adaptées telles que déy 11 a-c dé L., et il est caractéristique du français populaire de la région de Remiremont, cf. À 74.
Il peut même arriver que l’état actuel de nos parlers ne permette pas de reconnaître s’il faut le rattacher aux faits les mieux établis du Moyen Age. Le traitement &, correspondant à & du français < 4 latin tonique libre, appartient à tous les textes lorrains ; quelques exemples de notre région suffiront : donei NAL. 2529, 41, meix, prei id. 2531, 66, etc. ; or nos parlers ne présentent actuellement aucune trace de y. Mais ces réserves faites, il existe des cas nombreux où un y, encore attesté dans un nombre variable de localités, est ailleurs en voie de recul.
a) y issu d’un ancien |.
Un y, issu d’un ancien /, très anciennement final, dans des formes masculines, subsiste encore partout dans päy pou L., mais il s’amuit fréquemment ailleurs et dans une aire variable, cf. genou c.384, verrou L., seuil id., soleil c.716 partout formé avec le suffixe uclu, les représentants de l’a. fr. cramail crémaillère c.227; l’'amuïssement est général dans les représentants de l’ancien accusatif issu de filiu fils c. 347 et dans ceux de « mil » millet Z.
b) y développé entre voyelles.
Suivant un traitement très répandu dans les parlers lorrains, cf. Horning, $ 132 et 171, et Mever-Lübke, Gr. d. R. Spr., I, $S 378 et 436, un nombre considérable de mots, qui se terminent en français par une voyelle suivie d’un e féminin, est, dans nos parlers, terminé par un y. Ce y peut s'être développé entre la voyelle et le féminin en hiatus après amuïssement ancien d’une dentale, cf. p. ex. année c. 32; il peut aussi représenter le deuxième élément d’une ancienne diphtongue, p. ex. dans dôy, doigt c.256, qui correspond à l’a. fr. doie <*dita, ou une ancienne palatale dans le mot qui équivaut au fr. raie < riga, roy partout sauf ray 16 a, r0 12, au sens de sillon L. ; l’origine du y n’est pas certaine dans charrue c.16$, ôy partout sauf wôy 12 0102.
Après z et , ce y est actuellement en voie d'amuiïssement, cf. aralonéesc 38, chargée © 159 Hs, tenues» s. v.tenir L.; il est également notable dans roue c. 667, queue L. käy 1-10, 16-22 mais kü 11-15. Le Val-d’Ajol présente des faits particuliers : il emploie à la fois woy, oïie, swdysoie L., imytaie id. et ro, sillon, m#nô monnaie c. $06, où l’on a affaire soit à un développement spontané soit à un mélange de parlers: il est en outre difhcile de dire si la terminaison & qui correspond au français é p. ex. dans «année » y a perdu un ancien ÿ ou, comme dans les parlers franc-comtois, ne l’a jamais possédé.
On a vu plus haut p. 8 que nos parlers possèdent encore dans quelques expressions figées une ancienne forme de « dieu » où y s'était développé ; ce y persiste encore dans la région de Remiremont et dans la vallée de la Moselotte. On trouve un y de même origine dans les formes de « suif » de l'aire 11-15, cf. p. 8, dans l'adjectif pronominal méy mien L. de l’aire 19-22 et dans les formes d’imparfait en éy, sur lesquelles cf. 6 137.
c) y issu d’une ancienne palatale.
Les conditions dans lesquelles ce y apparaît ont déjà été exposées p. 7 sq. Dans le suffixe correspondant au fr. ser l'aire 11-15 le conserve régulièrement. Dans les mots qui contenaient étymologiquement un o latin suivi de y, il a une extension moindre : on ne le trouve plus guère que dans les localités 11, 12 et 13,
, g, 18 disent aussi fés®y — fr. fossoir, pioche à fer large, pioche L. Là même il est fréquemment amuï : c’est ainsi que dans huit L. &y n’a été indiqué que par 12 b. Dans les mots dont l’étymon possédait un e latin
cf. p. 9, cependant 17 2, 6 g
ouvert suivi de y, celui-ci a davantage résisté : si & lit », 3 p. s. du v. lire L., se dit partout X et si le participe passé ne se dit y qu’au Val-d’Ajol, lit c. 458, pis c. 581 et six c. 712 ont un y final dans les deux aires II-15 et 19-22, et le pronom personnel féminin tonique issu d’*i/lae léy 1-10, 16- 22, léy 11-15 le conserve même partout. Quant à dix c. 254, il est probable que déye, -£ de la région de Remiremont doit le maintien du y à l'influence des formes sans consonne finale que je n'ai pas recueillies, et qui n’existent peut-être plus aujourd’hui.
6° La spirante finale €, 6.
« Six» a perdu partout toute trace de son ancienne spirante finale, de même que les représentants d’*exarsu au sens de sec c. 697-9, cf. sur ce mot '6 85, 2°. Par contre «huis » au sens de porte L. la conserve partout, &e 1-8”, 11 a, c, & 9-11 b, 13-22; 0612249 bi CF'aussi( 37
7° L'après Ps.
Cetamuïssement ne se produit que dans la vallée de la Moselotte, parce que c’est la seule partie de notre domaine où s, à l’état de £, se soit maintenu devant consonne, cf. Ç 43; mais il n’en comprend pas toutes les localités. Si l’on compare crête c. 229, croûte c. 236, les représentants de l'impératif de « dévêtir » au sens d’ôte tes habits c. 538, hêtre L., on voit que seule l’aire 20-22 amuit le # et présente des formes se terminant avec £, tandis que les villages situés en aval conservent encore £t. L’aire même 20-22 n'a pas perdu toute trace de l’état antérieur : j'ai recueilli mæ£lé qui correspond à l’a. fr. moiste << *muccidu Meyer- Lübke, EW. $711, non seulement chez les témoins 19 a-d mais chez 21 a, cf. humide L.,et Hingre donne également méukhte pour La Bresse. Le v. meukhtié, devenir humide, signalé aussi par H., explique peut-être lirrégularité de « moiste », cf. encore sur ce mot ( 78.
— 8° d du groupe nd.
Cet amuiïssement ne se produit également que dans la vallée de la Moselotte, et seulement dans les points 20 et 2r; il est en effet consécutif d’un traitement propre à cette région. Dans la terminaison des mots qui correspondent à des mots français en endre, la voyelle se dénasalise en dégageant un #, cf. $ 38; de là provient le traitement ünd de La Bresse et, par une réduction postérieure, ün des deux points 20-21, cf. cendre c.143, descendre c. 245$, etc. Je n'ai relevé ce développement que dans les mots en dnd ; « joindre » qui s'emploie au sens d’atteler les bœufs c. 54 se dit jéd dans l'aire 20-22 ; Hingre donne, outre jède, jèn'de et seulement khén’de, éteindre, que je n’ai pas demandé aux points 20 et 21.{ ne subit pas le même traitement, cf. trente c. 767 où la dénasalisation n’a pas suivi la même voie que dans les mots en endre, et on verra plus loin ( 98 que dans aire 19- 22 la 3° pers. du pluriel de l’indicatif présent est en #; cependant dans le canton de Faulquemont de ia région messine, l’ancienne désinence nt est réduite à # dans les verbes à radical terminé par une voyelle, cf. This, Ÿ 122, et Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., IPSSTr39:
Les anciennes terminaisons aïgne, eigne, correspondant au fr. agne, eigne, igne se sont réduites à & (à suivi d’une résonance nasale » à La Bresse) dans la partie la plus reculée de la vallée de la Moselotte, mais cette innovation n’a pas complètement éliminé la prononciation antérieure. Montagne c.$o7 ne se dit môlên qu’au point 22 (dont le témoin 22 a a également employé môtey, sans doute en raison de ses déplacements), cf. aussi montain Hingre. Dans « Allemagne » qui sert à désigner l’Alsace L.,&a une extension plus grande : älmèn 22 à, b, — ë 20c, 21 a,e, olmè 19 d. Hingre cite en outre pour La Bresse /din, ligne à pêcher, pein, peigne de tissage, et même campain, campagne, et de mon côté j'ai recueilli À 20 c, 21 e ligne L., pê 21 peigne c. 560 et vw 21 vigne c.791, mais ln 19 d, pu 20, 22, vëg 19, 20 et käpèu, 21, 22 campagne L. Hingre donne lui-même, outre campaigne, le mot régional charpaigne, qu'il traduit
— par charpagne, terme du fr. populaire de tout notre domaine, et qui concorde avec éÿrpèn de la carte 550 panier.
Cette réduction du y final a été relevée par M. Horning dans une autre localité orientale, la Poutroie, 178, et je l’ai notée dans une région très éloignée, la Nièvre, la môtè d ealô, la montagne de Chalon, d’après Meunier, Monographie phonétique du parler de Chaulgnes, p. 110, $ 219, Paris, Champion, 1912.
Les formes du mot correspondant au fr. fange << goth. fani Meyer-Lübke, EW. 3184, étymologie qui soulève des difhcultés, et très usité dans les parlers orientaux pour désigner un terrain marécageux et particulièrement dans des noms de lieux, donnent en apparence une extension beaucoup plus grande à la réduction d’aigne à ë. J'ai en effet recueilli d’une part fèy (£.) 1 c, 2 c,(m.) 20,45 C0 bi 8 co een (SU DAMON 7428 d'autre part fé (f.) 17a,.19 a-d, 20 c, 21ae, fêr 22 et l’expression di fè 1& 9,16 b, 17 a, b, 18, 19 d, 22 a, fange, fangeux L. De plus, dans les noms de lieux, à côté de rôt fèu, la Ronde- Feigne (Bussang) de 1 c, 2 c, j'ai obtenu non seulement rôt fè 21 a, la fèd l évya, Feigne-de-l’'Envers (Ventron)id., mais wéryôfé, Mailleronfeing (Bellefontaine) 11 a, 13 b, la fè lôyo (ce dernier mot est un nom de personne dérivé du nom ancien de la commune d'Éloyes L., qu'on appelle aujourd’hui suivant les parlers é ou à lôy—fr. « es +- loges»), les Fains-Loyaux (Saint-Étienne) 15 ; cf. aussi dans le long article de Haïllant Uriménil feine les noms de lieux cités, particulièrement Plainfaing, commune du canton de Fraize, Ranfaing, commune du canton de Brouvelieures, tous deux dans l’arrondissement de Saint-Dié. Mais s’il est possible et même probable que dans la vallée de la Moselotte, où le mot est encore féminin, fe soit la réduction de fèy, comme le montre la comparaison du patois rôt fè et du français Ronde-Feigne, il semble bien qu'ailleurs fé soit une forme masculine refaite : on remarquera en effet que le mot est souvent masculin, et on notera aussi l’expression di jé l& qui explique probablement le changement du genre, bien que je ne l’aie guère recueillie que là où fe est encore féminin; enfin on en trouve une autre preuve dans le nom de lieu Plainfaing, dont le premier élément est l’adjectif masculin « plain ».
no
Suivant une autre réduction, y perd parfois à la fin du mot son élément palatal et devient #. Ce traitement a dû se produire devant les mots à initiale consonantique, comme on le voit également à l’intérieur du mot en différents points dans étranglerait c. 322. Actuellement il est localisé dans l’aire 11-15 où du reste y persiste encore plus ou moins suivant les points et les témoins, et il se manifeste -dans des mots de toute époque, cf. montagne c.507, peigne c. 560, signe c.7II, vigne c.79I, charogne, empeigne, ivrogne, ligne L., etc. On ne peut pas faire état de bwôn borgne L., usité partout, pour conclure que la réduction de y à # appartient à tout le domaine ; car, outre que ce mot est d’origine inconnue, cette forme isolée peut bien avoir été empruntée.
Bien que l’amuïssement des consonnes finales soit, comme les pages précédentes le montrent, plus important dans nos parlers qu’en français, il arrive qu’une consonne sy maintienne, alors qu’elle est amuïe en français. On a déjà vu plus haut p. 42 le cas d’« huis »; de même chez la plupart des témoins deux et trois ont des formes à consonne finale à la pause : dis partout SAUNA 12 0, OP 1 OUelTe dc 0 9-11 D, ,13-22,:-0 12; et dix c.254N. E. conserve cette forme, même devant consonne. En outre l’analogie fait parfois triompher à la pause la forme à consonne sonore, normalement usitée devant voyelle, dans #r07, trois, 1 b, 7a, dix c. 254. Toutefois, il ne faut pas voir dans früt fruit c.370 une forme où f final se serait maintenu par une action de la phonétique syntactique, mais le représentant d'un étymon “fructa qui se retrouve dans d’autres parlers
romans, cf. Meyer-Lübke, EW. 3537, et Gr.d. R. Spr., IL, 54.
$ 30. Les liaisons.
En raison de l’amuïssement des consonnes finales, les hiatus dans la phrase sont plus nombreux qu’en français.
1° Entre adjectif et substantif, on a vu p. 39 que « beau » se dit ordinairement bé même devant voyelle, pti petit L. est la seule forme usitée. Au contraire kel quel L. dans la phrase [« Quel âge as-tu ? »] a été employé par presque tous les témoins.
pre
Les noms de nombre présentent de même ordinairement des formes à finale consonantique devant les mots à initiale voca- lique; cependant di deux L., trôtrois id. sont très fréquents devant voyelle, surtout dans la vallée de la Haute-Moselle, et ce fait est assez remarquable en raison des particularités signalées plus haut sur ces deux noms de nombre.
2° Aprèsun substantif, la liaison ne subsiste que dans quelques locutions usuelles : je n’ai guère recueilli que d ën&t ë kix, d’aujourd’hui en quinze, 20 a et 22 a aujourd’hui L., dé 107 ë ôt, de temps à autre, 2c.
3° Après une forme verbale, la liaison n’est régulière que lorsque le pronom sujet de la 3° personne est postposé, cf. p. ex. elle L.; je n’ai pas demandé « vas-y, donnes-en », cf. toutefois à la fin du paragraphe. Elle est en outre assez fréquente après « c’est », cf. être L., et, avec des consonnes variées, dans l’imparfait prochain formé, comme on le verra À 125, avec l’ancien adverbe ôr. Mais, en dehors de ces cas, elle est exceptionnelle : je n'ai relevé queë for®t ét, il faudrait être..…, du témoin 20 a, v. la c.334 N. E., et un y d’origine obscure, dû peut-être à une propagation de celui que nous verrons 4°, entre l'indicatif présent d’« avoir » et le participe « eu » au seul point 19, avoir L.
4° Après les prépositions et les conjonctions la liaison est également très rare, sauf dans des composés tels qu'avant-hier L., qui de plus présente parfois un ZX analogique, etc. Je n’aien outre recueilli que p#z «en avoir » des témoins 9 et 14 a, cf. en c. 285 N. E.,Ëyén…., À une..…., des témoins T9°c éti22a, à L., qui est refait sur & y 5, à un, cf. p. 38, et & y är, à l'heure, de 17 f, g heure L. qui a peut-être la même origine.
Parmi les faits concernant les conjonctions, il faut signaler l’emploi indifférent de kä et kät, quelle que soit l’initiale du mot suivant quand ZL., et vit ë y &@t, vingt-huit, des témoins 17 f, 19 c, 20 a, 22 b vingt L., dont le y parait être une propagation de celui que nous venons de voir après,« à ».
s° Les faits obtenus concernant l’adverbe sont peu nombreux. Quand ladverbe précède l’adjectif, #rô trop L. est la seule forme usitée ; par contre « bien » est partout lié par #, et ce traitement
est de beaucoup le plus répandu dans l'expression « je voudrais bien avoir de celle-ci », bien L; cf. aussi 16 ë lé rôd, tout à la ronde TB 2014021 a, 22 a autour, L:
A côté de ces cas où, dans l’ensemble, la liaison a rarement lieu, il en est un certain nombre où elle est au contraire constante, à savoir après les articles et les pronoms et adjectifs pronominaux, en notant ce fait important que y et w ont partout la valeur de consonnes et empêchent toute liaison : je n’ai relevé qu’une exception pour w dans in wôe auge c.$7 au Vald’Ajol.
Il s’est même produit après les pronoms quelques développements analogiques. « on », p. ex. dans on a c. 67, « on est » être L., est lié dans de nombreuses localités par un ? qui provient probablement de « nous, vous » ; l'influence d’ « ils, elles » est exclue puisque ces deux pronoms se disent partout ë?, ëll devant voyelle. De même, on emploie partout « ça z » devant une forme verbale à initiale vocalique, cf. ce L.; seul le témoin 18 dit sà «est », mais c’est très probablement un usage individuel. Dans l’expression donne-m’en c.284 la plupart des témoins disent « me-s-en », évidemment d’après « nous-en », et de même une forme 7? s'emploie après je c. 418 d’après « nous-y », etc.; ce développement ne s’est produit que dans les localités où le pronom « je » a une seule forme ÿ, et où par conséquent le groupement de « je » avec « y » était devenu à peu près impossible sans ce procédé.
$ 31. Assourdissement des consonnes finales.
Conformément à un traitement qui dépasse de beaucoup notre domaine et qui appartient sans doute à la phonétique syntactique de tous les parlers français, une consonne sonore qui devient finale par suite de la chute d’un e féminin s’assourdit, quand elle se trouve en contact avec une sourde suivante, cf. rais-toi c.739, à côté de l’infinitif se taire c.738, exprimé parrout par le représentant de l’a. fr. coisier < *quetiare Meyer-Lübke, EW. 6956 ; laconsonne de mange c.474 est restée sonore devant « puisque tu as faim », là où les témoins ont fait une pause.
LNAÈtES
Ce phénomène d’assimilation est semblable à celui qui se produit à l’intérieur du mot, cf. ( 81, À r°.
C’est par une extension analogique de ce traitement que les consonnes sonores finales sont devenues sourdes en toute position, sauf naturellement devant une consonne sonore suivante. Mais ce phénomène caractérise la région de Remiremont et surtout les points 11, 13 et 14, où l’assourdissement a lieu à peu près sans exception. Les points 12 et 15 le présentent également, mais avec moins de régularité, cf. le traitement du suflixe age p. ex. dans fromage c.368, il neige c.520, le représen= tant du latin wber au sens de pis de la vache c. 582, garde C372, ilgarde 375$ airo0iden 367 seize oz ateenTe C765: 405 11-15. saufid07 121b douze Le etc-2Arbrec29; gerbe c. 385, herbe c.406, cf. aussi rid', meule à écraser le chanvre, 14a, chanvre L., sont à peu près les seuls mots où la consonne finale n'ait paru moins nettement sourde, et peut-être ce fait est-il simplement attribuable à l'insuffisance de mon audition.
En dehors de l'aire 11-15, l’assourdissement est peu répandu; le point 16 est le seul où il se manifeste avec quelque fréquence ; ailleurs il est sporadique, cf. eôs 10 a, b, 11, 12a-16 chose L. mœÿ, moisit, 9 moisir L., aire et grange c.15 et 394, bise C. 100, etc: ; quatorze c. 624 a une sourde finale dans une aire plus considérable qui comprend les localités 9-17, 19-21. On voit par ces exemples que le phénomène est étranger à la plupart des parlers de la Haute-Moselle ; cependant, ainsi que le fait est indiqué dans lAtlas, introduction, p. xx, la sonorité des consonnes finales est moins nette qu’en français, et j'aimême noté griÿ 2c, 6b grise L., mortwëés 2c mortaise L., bles s cBlaise L., et lôe, -s $ d, qui représente probablement le même type que le fr. longe et s'emploie pour désigner la longue poutre qui passe sous les essieux, voiture L. Pour le s du féminin kéryés, creuse, profonde c.617 de l’aire 19-22 et d’autres adjectifs en eñsse et aussi pour celui du substantif bét&s, lait de beurre, cf.
$6 145 et 147.
: 6 32. Métathèses de r.
Ces métathèses qui sont multiples sont souvent en contradiction apparente : c’est un fait qui résulte à la fois de l’époque différente à laquelle elles ont dû avoir lieu et de réactions analogiques qui en ont troublé le cours.
1° D'après les c. 222 couvrir et $47 ouvrir, exprimé dans la plupart des localités par un composé avec « de » (pour la reformation de l'aire 11-15, cf. 143, B}, r s’est placé par métathèse après la consonne initiale. Le traitement existe actuellement dans toutes les formes verbales, et cependant k®uri des témoins 1b,5$a,7a, 8a, c semble prouver que la métathèse s’est d’abord produite dans les formes toniques.
2° Suivant une autre métathèse, r implosif final dans la syllabe protonique passe après la consonne initiale, cf. fourmi c. 360 et corvée c.214 ; fromage c.368 est un exemple douteux parce que le traitement est analogue à celui du français ; quant à drämi dormir L. et à fermer L. et c. 342, on ne peut pas non plus en faire état, parce que la métathèse a pu se produire dans les formes toniques. Quoi qu’il en soit de ces deux verbes, elle est attestée très anciennement par la forme saint fremin NAL. 2531, 78, et en tout cas elle est antérieure à la suivante.
3° D’après celle-ci, 7 combiné avec la consonne initiale d’une syllabe protonique passe à la fin de cette syllabe. Toutes les localités la présentent dans les formes de « prendre », cf. prenez c. 614, les futurs de verbes tels qu’entrer, rentrer, montrer L., les représentants de l’a. fr. trestuit tous c. 761, et également à peu près sans exception dans ceux de l’a. fr. grillet aux sens de grillon et de grelot c. 401 et 398 ; elle se produit même dans des mots récemment adaptés du français tels que brebis c.118, grenouille c. 400. Mais souvent elle ne comprend qu’une partie du domaine et reste localisée dans la vallée de la Moselotte, sauf térwël truelle c.770 qui existe au point $ et quelques formes de la préposition « entre » en composition, cf. entre c. 302 N.E. Dans la vallée même de la Moselotte l'extension en est variable : à côté de fourmi c. 360, fromage c.368, froment
c. 369, premier c. 613, les représentants du fr. fruand au sens de paresseux c.552 qui couvrent l'aire 17-22, éôdèrué 19-22 chardonneret L., issu par étymologie populaire du croisement de « chardonneret » et de « chaudronnier », broyer c.123, corvée c.214, prêter c. 615, péryé 20-22 prier L., kéruä 19-22 crever L. ne dépassent pas le point 19 qui parfois ne possède pas le traitement. Exceptionnellement ékérwélécrouelles c. 277 existe au seul point $ ; mais dans ce cas il est très probable que nous avons affaire, comme dans groseille c.402, à un mot influencé par le français. Le traitement de mots comme « fromage, froment, premier » est-il dû à une action semblable du français dans les points où la métathèse n’est pas attestée ou en est-il indépendant, il est impossible de le dire. Mais en tout cas, ailleurs l’irrégularité a nécessairement une autre cause. Dans les verbes « crever » etc. elle est clairement due à l’influence des formes toniques où la métathèse n’a pas lieu, cf. ces formes au Lexique; et comme ces verbes sont à la fois assez nombreux et très usités, le développement de la métathèse a été par propagation analogique entravé dans des substantifs tels que « fourmi », etc.