‹ Les Parlers des Vosges MéridionalesChapitre 19 sur 67 · LOT · texte numérisé non relu

LOT

de même de la dénasalisation de chien c. 186 et des représentants de l’étymon *assianu au sens de petit bardeau bardeau c. 83, et de la reformation de jouer c. 424 d'aprés les formes toniques, cf. $ $9 ; dans ces mots l'absorption du y n’a eu lieu que dans l'aire 17-22 qui la présente également dans chier c. 188, sur lequel cf. Ÿ 143 ; mais même là y a persisté dans « essuyer », cf. les formes de l’infinitifessuyer c. 311 aux points 18, 19et khié, rkhie (sic) de La Bresse d’après Hingre, le participe passé féminin employé au sens d’abri contre la pluie c.7et plus haut 6 34. Enfin jeune c.422, qui a dû passer par les stades juene, jyen, conserve y aux points 9, 10 et 12.

On sait qu'on explique par une propagation analogique la réduction de ye à e qui a eu lieu en français dans tous les verbes de la première conjugaison : le développement s’est produit régulièrement après les consonnes palatales et a gagné les verbes où le y était précédé d’une autre consonne, cf. Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., I, $ 259, 260, Schwan-Behrens, $ 243. Mais dans notre région il ne s’est pas propagé avec autant d’intensité qu’en français.

Après d, t le y persiste partout dans ëdyé 1-10, 11b, 12, 16-22, & 13, à- 11a, c, d, 14, 15 aider L., v®dyé partout sauf væ- 12 vider id.; mais dans le verbe formé de « re + guetter » qui signifie regarder . c. 640, cf. $ 151 s. v°, le Val-d’Ajol dit réwèté, etelé jeter c. 419 occupe un nombre assez important de localités. |

Après s, yé subsiste encore à peu près sans exception dans l'aire 8-10, 16-22, cf. chasser c.166, les représentants de *fittiare téter c. 748, maiséväsavancer c. 60 a déjà gagne les points 16 et 17.

Enfin après 7 (on sait en effet que les parlers orientaux ont palatalisé à dans les verbes en irare, urare, cf. Suchier, Gr. Gr., p. 755) Y est prédominant dans l'aire 17-22, cf. cirer c. no 2 mécurye 7e 19 d, -#r-.20 ©, 27e, 22%brassurer L, pélaryé 19 ac, d,20c, 21.4, €, 22b,-&r- 17 f,g paître id., rküryé 17 g, 6k- 19 d, éfkè- 21e, 22b récurer id., firé 17 a, mais ffrÿé 17 f, g-22 tirer id.; ailleurs il n’a laissé que

quelques traces, et je n’ai relevé que pétäryé aux points 13 et 15.

$ 40. Développement d’un w devant voyelle.

Ce traitement très répandu dans nos parlers a une double origine : il se produit soit par diphtongaison, soit par développement de w après une consonne labiale.

1° o représentant o latin ouvert ou fermé s’est diphtongué régulièrement devant un groupe 7 H consonne qui aujourd’hui est souvent amuï en tout ou en partie (les variations de la quantité de lo, d’origine syntactique, sont sans importance ici), cf. kwôn, fwé corne, fort L. et d’autres exemples cités ( 18. Mais on rencontre des exceptions dont l’extension est variable et l’interprétation délicate : quatorze c.624 qui présente des formes sans w non seulement dans tout notre domaine, mais dans les autres parlers lorrains, cf. la carte de l’AL. et Horning $ 87, doit sans doute cette particularité à l’ancien groupe initial kw, v. plus haut Ç 35, qui aura empêché le développement du w dans la syllabe tonique. Mais a-t-on affaire ailleurs à des formes anciennes où la diphtongaison n’a pas eu lieu, ou à des formes récentes où un recul du w se serait produit, il est difficile de le décider d’une façon certaine, et la question est encore compliquée dans plusieurs exemples par la possibilité d’une influence française : cf, foe ri a force L', pot tra; c.porte-id., tordre c 757 orge c.535, rüfé et rot cités Ÿ 25, les formes correspondant à l'a Yrcourre 25 or = Ar Nourletartine C:742/10410Rb: 2:80, HD, 406 4 f7ta bi8 b8 bo metoune

Quoi qu'il en soit, la diphtongaison d’o n’est pas nécessairement liée à la présence d’un r suivant : bwôé, bouche, de 22, mwët, mouche, de 12, cf. $ 21, de même que bwëb << all. bube fils c. 347 doivent peut-être leur w à la labiale précédente. Mais à La Bresse, on dit kw6 cou L. et Hingre donne aussi la même forme au sens de coup, bien que je n’y aie recueilli que k6, comme dans toutes les autres localités ; on notera encore les formes avec w du mot fr. adapté rengaine L. Au Val-d’Ajol le développement, tout en n'atteignant pas ces derniers mots, a une extension remarquable ; on y dit en effet w0y, swôy, gwe, jwôn,

tw0y, w0e, EWOYE, wôl, kwbe oïe, soie, gauche, jaune L., tableÆc sauge ci plisser. cLsorourlet c'545; truie c.771; l’AL. donne en outre wüé, orge, tandis que j’y ai obtenu la forme wÿre, orge c. 535, cf. Ô 75, 6°; enfin kwä encore c. 291 de cette même localité, cf. 6 69, 7°, a probablement une origine semblable. M. P. Passy a remarqué cette particularité du Val-d’Ajol Revue de philologie fr., 1892, p. 145.

2° Il est très fréquent que, danstous nos parlers, après les différentes consonnes labiales un w apparaisse devant les voyelles 4, e, 0, et dans ce cas nous avons affaire non à une diphtongaison comme dans le cas précédent, mais à un développement de w sous l’action de la consonne labiale. L’amuïssement d’un r placé après la voyelle qui a eu souvent pour conséquence de l’allonger a pu contribuer à ce développement ; mais si les mots où ces deux phénomènes coïncident sont trop nombreux pour que ce soit un effet du hasard, cet amuïssement n’en est cependant une condition nécessaire. Citons comme exemples typiques : après b bwñyé 1-7, -ôÿé 8-22 bâiller L., après p parler c. 553, paroi C. 554, pwärè 1-7, -0rè 8-21, -èn 22 parrain L., après m les représentants du fr. marcher au sens de battre en grange c. 87 et de l’a. fr. mitan au sens de milieu c. 498.

Mais à côté de ces mots qui ont partout le même traitement, d’autres, également nombreux, ne présentent w que dans une partie des localités.

Après b w est limité dans bercer c.9s à l’aire 8-11, 13-22, dans baver c.89 à l’aire 8-10, 16-22, dans brebis c.118 aux points 9-11, bwèné baigner L. n’existe même qu’au point 5 ; cf. encore bégyé du point 1 à côté de bwägyé de la vallée de la Moselotte bégayer c.92, et bédlô de 12 à côté de bwädlé de l'aire 16- 22 bavard c. 88, sur l'origine de ces mots, cf. & 151.

Après p pwëtü, -üjé, -ähé trou, trouer c.769 n’appartiennent qu'à l’aire 9-11, 13-16, cf. aussi perche L. On remarquera particulièrement que, tandis que puwë 1-15, pwû 16-22 par L. présente un w partout, ce w manque dans les composés formés de « tout + par » + un pronom personnel au sens de seul L. et c. 707 dans toute l'aire 17-22.

Après mw comprend les deux vallées dans le mot qui désigne

une couverture de bardeaux posée contre le mur c.85 et qui semble correspondre au fr. ramée avec une extension de sens diff cile à expliquer ; il est également développé presque partout où le mot est usité dans les représentants du latin masu au sens de jardin c.414 et dans les dérivés en « ée » désignant le charme c. 160, cf. encore les représentants de mare au sens de lac L., les formes de Saint-Amé id.; mais il est plus restreint dans minuit c.499, « flammèche » au sens d’étincelle c.317; muwëté marteau L. ne se rencontre que dans l’aire 9-11, 13-16, muwëti Martin id. etautomne c.$9 qu’aux points 9-11, jérmuw germer c.387 et smwä semer L. qu’au point 18. Parfois w manque partout sans raison apparente, cf. manger c. 472, maréchal-ferrant c.479, matin, mardi, marguillier L., etc. L'influence du français a pu jouer un rôle; on le voit clairement dans « mère, père » qui ne possèdent plus de forme labialisée qu’au sens de femelle, mâle L., muvër, puér 19 a, 21 a, et mwére, pwére Hingre ; mais cette explication ne’ s’applique pas à tous les mots. Enfin, dans certains cas, on peut se demander s’il ne s’est pas produit un recul phonétique de w, par exemple dans rämoy c.85 de 20 et 21, rmoyé guérir c. 404 < re + medicare de 11, môjô maison c.465 des parlersde la vallée de la Haute-Moselle. Quoi qu’il en soit, le développement du w doit avoir commencé anciennement, à en juger par le mot Giramoix d’un texte de 1342, NAL. 2532, 127, qui représente sans doute la localité actuelle de Gérardmer.

Après f les exemples sont peu nombreux : fève c.343 où w est assez ‘répandu, fwäy de 4 a, 5 a, c, d, 6 b, 71c fée” L',1cf. aussi fwaue Hingre, fwérmäf 9 et fwérmwäe 1 a étincelle FC TT I UEPINatATINENL

Le traitement des mots où w correspond à un v ancien est analogue aux faits précédents : à côté de veiller c.779, vert c. 787 qui ont w partout, les parlers sont en désaccord dans travailler c. 763, les formes issues de *canapatu chénevis c.174, les représentants du fr. vaisseau au sens de cercueil c.145, cf. aussi vhi de 20-22 voisin L. Toutefois il convient d’ajouter qu'on ne peut affirmer que w se soit développé après v, qui se

serait ensuite amui; bien que cette hypothèse soit assez probable, cf. 6 17, 3°, il est cependant possible que w soit issu directement de v, cf. aussi $ 12, 4°. De toute façon le cas de corvée c. 214 est particulièrement obscur et se prête à diférentes interprétations, cf. ( 28, 3°.

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