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TRAITEMENTS D'EXTENSION LIMITÉE

Dans un certain nombre de traitements, dont plusieurs sont parmi les plus importants de notre domaine, le développement nouveau ne se présente que dans une partie des localités, tandis que le traitement ancien se conserve intact dans les autres. Il convient donc de consacrer un chapitre spécial à ces faits que leur aspect actuel ne permet de considérer ni comme convergents ni comme divergents.

A. — 1 Vocalisme.

$ 44. à << Ë << ancien & <a latin tonique libre, sauf après

palatales.

Le traitement qui fait l’objet de ce paragraphe est un de ceux qui ont le plus attiré l’attention des dialectologues, depuis qu'Ascoli, dans un article fameux Schizzi franco-provenzali, Archivio Glottologico Italiano, IT, pp. 61-120, a essayé d’établir qu’a latin tonique libre, sauf après palatales, s’est conservé dans une région située à l'Est de la France et comprenant notamment le sud des Vosges, c’est-à-dire précisément le domaine de notre enquête. Depuis, la limite tracée par Ascoli a été rectifiée, cf. p. ex. Suchier, Gr. Gr., 2° éd., p. 755, mais en somme le traitement de nos parlers n’a pas encore été examiné dans le détail.

Disons tout de suite que nous considérons l’a de ces parlers comme secondaire, car, avant d'aborder la discussion, il faut exposer les faits qui sont singulièrement plus compliqués que les études précédentes ne le laissaient voir.

Dans tous les mots où la voyelle est devenue finale après la

chute des consonnes finales, le traitement des localités 11, 13- 15 est uniformément &, et celui du Val-d’Ajol uniformément à. Dans le reste du domaine, à savoir l'aire 1-10, 16-22, il faut considérer la nature des sons qui précèdent la voyelle.

1° Quand le mot ne contient dans la syllabe précédant la voyelle ni une voyelle antérieure ni un y, et qu’en outre il n’a pas perdu par syncope une. voyelle antérieure, le traitement de tous ces villages est régulièrement à : nà, prà nez, pré L., etc. ; si essuyer c. 311 ét jouer c. 424 ont un & dans l’aire 1-7 à côté de hwä, crier, cf. 34, cette particularité est due à une action analogique, cf. À 141.

2° La syllabe précédente contient une voyelle antérieure.

Si la voyelle est ï, # ou #, tous ces parlers ont & : Jofilé, fiümé, brœlé, spé faufiler, fumer, brûler, souper L., etc. Il en est de même quand à se réduit à y : 5 fyé se fier L., oublier c: 543, etc.; en dehors de quelques cas de substitution de suffixe, la seule exception apparente que nous ayons relevée est fr&mä 1- 8 fermer L., mais la métathèse du 7 y est plus récente que le changement d’e en a. On remarquera notamment dans la c. 710 siffler l’opposition des deux formes fyttà et fy@té, toutes deux représentant l’a. fr. flatüter, de quelque façon qu’il faille expliquer %; cf. encore khcova et khkeuvé, écouvillonner, donnés comme coexistant à La Bresse par Hingre.

Quand la voyelle précédente est e, ë est parfois le traitement de tout le domaine : clarté L., ëmé 2 a, $ b, c, d,faimerid., tyènë S f, -èn- 21 a tonner id., dépyémé muer c. $14. Mais à côté de ces mots on en trouve d’autres qui ont à ‘enterrer c. 300, bwëlé 18, 20 b, mais -& 2 b, c, s b, c, d,7 b << belare beugler c.98 et pleurer L., les représentants de l’a. fr. flatrer au sens de caresser c. 135, germer c. 387. |

3° La voyelle antérieure de la syllabe précédente est tombée. Dans beaucoup de mots le traitement est partout ë#: cuisiner c. 237, les formes issues du participe passé du v. filer au sens de fil c.345, les noms de lieux formés avec willure, cf. Introd. Mais allumer c.26 etsonner c.717 offrent des faits différents :

élmä est la forme de l'aire 1-8” et de 17 a, et « sonner », partout où la voyelle est tombée, se dit sa. |

2° La voyelle est précédée d’un y issu d’un / combiné ou d’æ

Dans ces deux cas # est le traitement le plus fréquent : cf. d’une part « clair » p.54, té clef L., et de l’autre 596, fyé suer, tuer L.; y peut même être absorbé par une palatale précédente, comme on l’a vu dans quelques formes d” «essuyer » et de « jouer » p.61. Par contre, sarcler c. 684 et souffler c.720 ont ä dans un domaine presque identique à celui d’élmà, et il en est de même d’enfler L. Quant à sanglier c. 681 et «trembler » trembler c. 766, ils présentent une substitution de suffixe partout, sauf sgyà, -dyä, sanglier, du Val-d’Ajol.

En résumé, si l’on considère la répartition des faits, on constate que, toutes les fois qu'il y a désaccord entre la vallée de la Haute-Moselle et celle de la Moselotte, à se trouve dans la première, & dans la seconde. Les villages 9 et 10 qui sont situés à la limite des deux aires se rattachent à la vallée de la Moselotte pour « allumer, enfler, sarcler, souffler », mais à la vallée de la Haute-Moselle pour « flatrer » ; quant à ë#/mä, allumer, de 17 a, c'est probablement une forme accidentelle. Or cette répartition s'accorde bien avec la position des deux vallées. En effet ë est le traitement unique de la région qui avoisine au nord la vallée de la Moselotte, cf. pour la vallée de Cleurie Adam, pp. 161, 380- 398, 419, et pour Gérardmer, AL. point 76. Seuls quelques villages placés, non loin de Vagney, dans la vallée du Bouchot, qui débouche dans celle de la Moselotte, à savoir Gerbamont, Sapois, Rochesson, et en outre la commune de Basse-sur-le-Rupt, formée de hameaux situés dans les hauteurs dominant au nord Vagney et Thiéfosse, présentent des faits analogues à ceux de ces localités. De son côté la vallée de la Haute-Moselle touche à la partie du département de la Haute-Saône, où nos cartes montrent que le traitement régulier est 4 aux points 23 et 26, et 4 aux deux autres 24 et 25. Quant à la région de Giromagny (Territoire de Belfort), séparée de la partie orientale de notre vallée par la masse considérable du Ballon d’Alsace, le traitement y est également a, cf. Horning, ( r, AL. point 65.

Par contre, quand la voyellese trouve devantune consonne dans frér, mér, per frère, mère, père L., fève c. 343, cf. aussi sève L., les parlers vosgiens ne connaissent que le traitement £. Nous n’examinerons que plus loin, $ 49, les mots qui contiennent la terminaison correspondant au français &, dont le rapprochement n'est pas présentement nécessaire.

Cet exposé détaillé était indisposable avant la discussion de la question posée par Ascoli, qui ne possédait sur nos parlers que des renseignements fragmentaires. C’est également le cas des autres linguistes qui en ont parlé du reste sommairement. Aucun d’eux n’a vu l’importance des mots qui présentent 6. M. Horning, $ 1, traite rapidement des mots en jé, mais il considère que les verbes ëlmè, br&lé, àrivé, que Thiriat lui a communiqués comme usités à Saint-Amé (ärivé est d’ailleurs inexact au lieu dérivé), sont empruntés au français ; mais, si l'emprunt est possible, le traitement de la voyelle finale n’en est pas moins local. Quant à la question de l’origine d’#, M. Horning la rappellesimplement en note, sans essayer de la résoudre. M. Meyer- Lübke en parle brièvement et incline à considérer a comme secondaire, Gr. d. R. Spr., I, (6 225 et 262, en s'appuyant sur tyè, clef: le passage de #ya à tye sous l’influence de y est exclu, dit-il, par le fait que le développement d’« en e après ty issu de cl n'existe pas dans ces régions. Suchier, Gr. Gr., p. 755, exprime une opinion semblable, cf. aussi la carte I à la fin du volume, mais il s’occupe des parlers franc-comtois : il invoque comme argument contre l’antiquité d’a l’existence d’autres a secondaires issus d’e.

Au point de vue de la géographie linguistique, rappelons que tous les autres parlers lorrains ne connaissent qu’e ou des phomènes issus de cet e, cf. Horning, S r, les cartes de l’AL. et ce qui a été dit plus haut p. 72. Si cependant les parlers situés au sud de notre domaine ne présentaient qu'a, cette continuité géographique sérait sans doute un argument 'puissant en faveur de l'antiquité de ce phonème ; mais on sait qu'il n’en est rien. M. Grammont, La Franche-Moniagne, pp. 66 sq., s'appuie précisémént sur la présence d’e à Montbéliard pour contester l’anti-

quité d’a dans les parlers de la Franche-Montagne. Vautherin, Châtenois, p. 17, indique que dans cette localité peu éloignée de Montbéliard les infinitifs et les participes de la 1'° conjugaison sont en af ; cf. aussi les formesféve ou faîve, fraire, raîve, séve. De plus, dans les villages 24-26 de mon enquête, on trouve à la fois la deuxième personne du pluriel en é, cf. asseyez-vous c.49 et de nombreuses formes en & qui paraissent représenter d’anciennes terminaisons en ex, p. ex. à l’a tä, ils l’ont tué, 26 mais « il est » fié 25, 26, äsé, assez, 26, à- 25, grife, («je suis») égratigné, 24, 26, e éédré, voiture à échelles, 24, 25, etc.

D'autre part, si l’on examine les conditions phonétiques dans lesquelles à se rencontre, le traitement de « fève, frère », etc., prouve qu’il n’est pas ancien. Car on ne voit pas pourquoi l’a se serait conservé dans les mots en atu, are, etc., et aurait évolué vers e dans « fève », etc., tandis que le développement contraire s'explique aisément.

Les documents anciens seraient ici particulièrement utiles ; malheureusement, parmi les chartes de l’abbaye de Remiremont que j'ai copiées, analysées ou lues, il n’en existe pas qui proviennent d’une façon certaine de la région où a se présente actuellement ; en tout cas, on peut noter que dans aucune on ne trouve de formes en a. En outre, dans les pièces publiées dans les Documents rares, la déclaration des droits du ban de Ramonchamp, faite en 1341 parle maire Gérardin, contient entre autres la forme preis, prés, t. IL, p.'219, et celle du ban de Vagney, faite en 1345 par Jehan de Pliänoy (section actuelle de Basse-surle-Rupt), de nombreux infinitifs en er, eir, id. p. 223 sq.

De lexposé et de la discussion qui précèdent, il ressort qu'Ascoli s'est trompé en considérant qu'a, dans nos parlers, représente directement & latin, et que MM. Meyer-Lübke et Suchier ont raison d’y voir le résultat d’un développement secon-: daire. Maisil convient en outre de remarquerla diversitéactuelledes traitements. Tandis que, dans les parlers des localités 23-26 de la Haute-Saône, 4 n’a laissé subsister que très peu d’e et que le Val-d’Ajol offre un état assez semblable, nos deux vallées conservent beaucoup d’anciens e, et des deux c’est la vallée de la

Moselotte qui en possède le plus. Faut-il conclure de cette variété qu'a pénètre par emprunt? Cette conclusion n’est pas nécessaire. On a déjà dû remarquer que la plupart des mots cités sont des formes verbales, infinitifs ou participes ; et par conséquent, les différences de l’extension d’a peuvent être dues à des phénomènes d’analogie. Il semble cependant que les parlers voisins exercent une certaine action, puisqu’e résiste davantage dans la vallée de la Moselotte qui est limitée au nord et à l’ouest par des parlers ne connaissant que ce traitement.

$ 45. 7y (3, ?) << yéy < ancien vie € latin ata après palatales.”

D’après les deux cartes araignée c. 38, chargée c. 159 bis, auxquelles nous n’ajoutons pas de nombreuses formes qui ne font que les confirmer, toute la vallée de la Moselotte et les localités 9 et 10 disent &y (on trouve yéy dans les mots où y n’a pas été absorbé par la consonne précédente) ; au contraire les localités 1-8”, 11, 12 et 14 présentent (y), qui se réduit ordinairement à 7? aux points 13 et 14. Les deux exemples cités du point 13 ont des formes particulières, éërjéy refait sur les participes des verbes en ë, éréné probablement repris au français, mais on y dit éri, airée, éôsri, chaussée d’étang, brési, brassée, pwëyi, poignée, etc.

M. Horning, S 13 (cf. aussi Meyer-Lübke, Gr. d. R. Spr., I, $ 267), a expliqué exactement l’origine d'y) par une réduction du groupe yey. Mais comment convient-il d'interpréter les faits de Paire 9, 10, 16-22 ? M. H., qui n’a recueilli que quelques formes de cette région, est disposé à considérer au moins les formes participiales comme refaites sur le masculin. Il est bien certain que ce genre de réactions analogiques n’a rien d’invraisemblable; le participe passé féminin du v. tirer L. en est un bon exemple : à côté de fräy, part. fém., s d, on trouve un substantif de formation plus ancienne fri(y), portion de pré entre deux rigoles, 2 c, $ d, pré L. Toutefois M. H. à tort de considérer comme embarrassants et peu probants les mots knayey, quenouillée, de Saint-Amé, et megey — a. fr. maisniee de Saint- Amé et de La Bresse, et d’autre part de s’appuyer sur næti, nuitée,

de La Bresse, pour admettre qu’; est également le traitement régulier de ces localités; si ce mot que j'ai également recueilli, cf. n&ti(y) 5 c, d, 20 a, 21 e, 22 b et neñtie Hingre, n'est pas refait sur un verbe en 7, tel qu'aineñli noté à La Bresse par Hingre à côté de neñtié, il faut y voir un emprunt comme d’autres formes citées ( 88, r°. En effet, il existe une série importante de mots où l'aire 9, 10, 16-22 présente (y}ey et qu'il est peu vraisemblable d’expliquer par des reformations analogiques : cf. « poignée » mancheron c.470, évyéy 16 a, 19 caiguillée L., . brèsyéy brassée id., bwdeëy 16 a, 17 a, 18, -é- 19-22, porte extérieure du fenil, môt d’origine obscure, fenil id., kéreéy 16 a, 18, -£- 19 b, c, ce qu'on met dans la crèche, foin id., éôsyéy 21 a chaussée d’étang id., etc.

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