y6 << y& devant L
On a vu, ( 9, que y® est le traitement correspondant d’une façon normale au français ew issu du latin o ouvert tonique et libre. Devant Z la plupart des parlers de la vallée de la Haute-Moselle développent y# en 50, et l’on trouve aussi 6 au Val-d’Ajol. Les faits sont les'suivants : meule à aiguiser L. se dit myôl dans l'aire 3-8', cette dernière localité employant aussi la forme antérieure my&l ; de même trémie, fréquemment refait sur « meule », est dit férmyôl par $ a et fré- par 6a, 7 a, 8 a, 8’ a, 9. Pour désigner les poutres qui soutiennent un plancher, 6 b, c seuls ont employé sy0l << sola, tandis que 1 €, $ b, 8'b, 9, 16 %b, 78, 19 ac, 21-24, 22 a ont dit s@1,; cf. poutre L: Enfin pour la bobine ou cannette du tisserand, qui est désignée par le représentant de l’ancien-haut-all. spuola, 4 a, $ a, 6 à, 8’ b disent pyôl, 12 a épyol, mais $ d, 8° f py&l, bobine, cannette L.; et de ce mot on a tiré un dérivé qui désigne une espèce de dévidoir pyülù 4 a, 5 a, poly 8° d, f dévidoir c. 248 NE:
Ce traitement yo est manifestement récent; on remarqueraqu’il n’a pas atteint les points 1 et 2 de la vallée de la Haute-Moselle. Mais il est impossible de décidér si, dans les points $ et 8 et 12 où les deux traitements yo et yæ sont en rivalité, nous sommes :
en présence d’un développement en cours ou d’un phénomène de recul.
B. — Consonantisme.
Sa7.eCb<e, j.
Cette double série de phonèmes dont l’extension est très grande constitue un des traitements les plus caractéristiques des parlers orientaux et particulièrement de la Lorraine; l’on peut en trouver un classement assez confus dans Adam, pp. 25-48, plus scientifique dans Horning, pp. 81-84, et surtout dans un article de M. Cuny, Palatales et vélaires dans la vallée de la Meurthe, Revue des langues romanes, t. XLIX, p. 521 sq.
La situation respective des deux séries de phonèmes dans notre domaine peut se définir de la façon suivante : €, j se rencontrent exclusivement dans l’aire 1-8/, £ h exclusivement dans l'aire 9-10, 13-22, Remiremont et Le Val-d’Ajol (cette localité a en outre une prononciation plus vélaire £) participent aux deux traitements. À Remiremont les témoins b, e, f ne connaissent que £, h,c ne connaît que €, j, a hésité entre les deux prononciations : pour le Val-d’Ajol, cf. Ç 87 :. Cette distribution se rencontre sans exception toutes les fois que ces phonèmes correspondent :
a) À d'anciennes spirantes s, ? en contact avec un phonème palatal :
1° Soit dans des groupes qui contenaient un y d’origine latin, cf. graisse c.295$, les représentants du fr. huis p. 42, « poisson » p. 26, maison c. 465, etc.;
2° Soit quand elles se sont trouvées devant et plus rarement après une voyelle antérieure, cf. sanglier c. 681, sœur c.714, suif c.730, sur c.733, prise L., assise c. S1, les représentants de « mise » au sens de mèche de fouet c. 485 ;
b) Au groupe latin sk devant à ou une voyelle antérieure, cf. « mouche » p. 18, échelle c. 264, descendre c. 245 ;
1. À Plombières qui est voisin du Val-d’Ajol, on trouve également cette dualité de traitements, le centre avece, fl le hameau des Granges avec £,h, d’après P. Passy, Revue de philologie française, 1892, p. 139 sq.
NS
c) Au groupe rs, quelle que soit l’origine du s, cf. force L. morceau id., et plus haut 6 37.
Par contre, quand les phonèmes £, } se sont réduits à €, j devant une consonne dans les conditions définies 42, £ (€) h se présentent sans régularité. C’est ainsi que je n’en ai relevé aucun exemple dans les localités 13 et 14, et que je n’en puis citer qu’un seul pour 9, 12, 15, 16, à savoir arranger c. 46. Dans l'aire même 17-22, où le traitement est plus fréquent, il est cependant irrégulier. €, h la comprennent tout entière dans acheter c.8, jetér <c, 410, étc.s mais dans ichenilletc2r75 1genêtÆ; genièvre c.382, « jumeau », p. 66, les représentants de l’a. fr. geline poule c. 602, ils n'existent que dans l'aire 20-22, dans genou c.384 h ne se rencontre même que dans les localités 21 et 22, et on ne le retrouve nulle part dans cheval c. 179, je mangerais c.475, etc. Toutefois €, h pénètrent par extension analogique là même où é, j devraient dans l’aire 19-22 subsister régulièrement, p. ex. dans &#, achète, 17 a, 18, 19 c, 20 a, £ét, jette, 17 a, 18, 20 a, ën éënéy, une chenille, 20-22, etc.
L'opinion la plus répandue sur les relations de succession des deux séries de phonèmes £ (6) het €, j, et qui paraît à première vue la plus simple, consiste à considérer que £ (£) h sont issus de 6,7, cf. G. Paris, Romania, X, p. 607, Apfelstedt, Lothr. Ps., p. XLIN, 'etc., et elle semble appuyée par les faits qui ont été exposés en dernier lieu : il est en effet incontestable que, dans les cas où £, h proviennent d’anciens é, j, ils ont passé par le stade &, j. Cependant M. Horning est d’un avis contraire: son principal argument est que dans des villages de la région messine plusieurs infinitifs de la 1'° conjug. présentent y après les spirantes f, h ou €, j issus des phonèmes anciens indiqués 1°, 2° et 3°, tandis que ce y est absorbé par €, jissus de &, j. Cet argument me paraît être sans valeur : le même fait se retrouve dans notre région, cf. p. ex. pêcher c. 558, et le y est certainement, ici et là, un simple cas d'extension analogique due à l'influence des nombreux verbes en yé dans notre région, en yé ou ÿ&y dans la région messine. (C’est même ainsi qu'il faut expliquer les formes de chauffer L., cf. aussi 141, qui ont paru
inexplicables à M. H.). Cette interprétation est rendue évidente, pour notre domaine, par la comparaison du traitement de la 3° pers. sing. de l’ind. prés. de « pêcher » p#eï(y) 8 b, 8 b, -£- 9, 10 b, 11 b, 13 a, 16 a, 17 a, 18, 19 b, 20 a, -£- 12 a à côté de püe de 8 b, 11 c, où la terminaison (y) correspond au fr. te des verbes en ser tels que « marier », etc., cf. $ 141. L’argument fondé sur le traitement d’ « échelle » ne me paraît pas plus convaincant. Si € est le traitement le plus ancien, on devrait, dit M. H., avoir une forme avec un y secondaire et une voyelle æ ou des formes analogues ; mais / a pu empêcher ce développement. Enfin, il tire un troisième argument du traitement des mots tels que le latin musca, dont l’évolution #> € lui paraît peu vraisemblable. C’est ce dernier argument qui a le plus frappé M. Mevyer- Lübke, qui s'appuie sur le traitement de « mouche » (653 pour admettre qu’en lorrain « soit € et £ sont tous deux issus de s’ (c-à-d. s mouillé), soit € est issu de £ » ; mais il est aussi contestable que les deux autres, cf. p. 66, 1. 4, et le développement récent de # à £ dans « acheter » signalé plus haut. Au reste, à propos des parlers de la Franche-Comté, dont le traitement est fort semblable à celui des parlers lorrains, M. H. ajoute en note; p. 83, qu'il est disposé à admettre que € n’y est pas issu de €. On peut donc conclure que dans notre domaine €, j représentent l’état le plus ancien, et £ (€), h un développement relativement récent, et qui n’a pas même réussi à se substituer complètement à l’autre à Remiremont et au Val-d’Ajol.